GENESE, EVOLUTION, SOURCES XLI
L'on n’a pas la prétention de faire ici ce travail. L'on se bornera à revenir sur quelques noms qui, dans l’état actuel de la recherche, semblent devoir rester inscrits sur la liste des sources importantes.
Il y a d’abord des sources antiques. Semblables en cela aux Pensées de Pascal, les Maximes sont antistoiciennes, comme l'indique assez clairement leur frontispice, où l’on voit démasquer un buste de Sénèque! ; l’œuvre de Sénèque constitue donc, au moins théoriquement, une source négative des Maximes, tandis qu'il y aurait lieu d'examiner si celle d'Épicure n'en constitue pas une positive. Nous disons 44 moins théoriquement parce qu'il était très possible de se référer à la pensée de Sénèque ou d'Épicure sans se reporter soi-même à leurs écrits; il semble toutefois que La Rochefoucauld avait effectivement fréquenté l’œuvre de Sénèque®.
Parmi les moralistes français, c’est le nom de La Mothe le Vayer qui s'impose d’abord, en raison de la publication en 1642 de son traité De la vertu des païens; lorsque La Rochefoucauld ou Esprit se donnent pour tâche de prouver la fausseté des vertus, ils prennent exactement le contrepied de ce livre. Voilà encore une source négative, qui a pu jouer pour l’auteur des Maximes un rôle analogue à celui de Raymond de Sebonde pour l’auteur des Essais. Au reste Montaigne luimême fut, on l’a vu, l’un des inspirateurs les plus notables de La Rochefoucauld, ainsi que son disciple Charron, dont le
1. Cf. illustrations du présent volume. - La légende même, quid vetat ?.… qui accompagne la gravure, est empruntée à l’antiquité; c’est un souvenir d’Horace : Ridentem dicere verum quid vetat ? (Sat. 1, 1, V. 24-25), « Qu'est-ce qui empêche de dire la vérité en riant? »
2. Cf. à ce sujet le témoignage de Méré (lettre 49): mais n’a-t-il pas exagéré ?
3. Au reste Sénèque semble lui avoir inspiré parfois positivement (et non plus pour le critiquer) des maximes. Par exemple la maxime 148 peut venir de ces mots du De Ira : Saepe adulatio, dum blanditur, offendit, « souvent l’adulation, en caressant, blesse » ; la maxime supprimée 42, de ces mots de De Providentia : Opus est ad notitiam sui exberimento, quod quisque posset nisi tentando non didicit, « Pour se connaître il est besoin d’épreuve, parce que chacun n’apprend de quoi il est capable qu’en essayant » ; la maxime posthume 23, de ces mots de la 5° des Lettres à Lucilius : Spem metus sequitur, « La crainte accompagne l'espérance ». (Rapprochements proposés, entre beaucoup d’autres souvent moins convaincants, par Dreyfus-Brisac.)