XLII INTRODUCTION
Traité de la Sagesse avait pourtant donné lieu à de vives critiques dans l'entourage de Mme de Sablé!.
Une place à part doit être réservée à un groupe d'ouvrages récents consacrés aux passions, sujet fort à la mode : Senault, De l'usage des passions (1641); Descartes, Traité des passions (1649); Cureau de La Chambre, Les Caractères des passions (s vol. 1640-1662), et L'Art de connaître les hommes (1659); Lesclache, L'Art de discourir des passions (1660)... Le point de vue de quelques-uns de ces livres est très différent de celui des Maximes?; du moins posent-ils des problèmes que La Rochefoucauld se posera à son tour. Celui qui me semble avoir pu l’influencer le plus nettement est le second ouvrage de Cureau de La Chambre. Ce médecin s’est attaché à l'étude de la question des rapports entre le physique et le moral ; il Le fit d’abord timidement, dans Les Caractères des passions, où il n’est question que d’une action du moral sur le physique, les caractères corporels étant présentés comme les conséquences et les signes des passions; au contraire, avec L'Art de connaître les hommes, il fait figure de précurseur de la psychophysiologie : il écrit que « le tempérament et la conformation des parties sont les deux principales causes des inclinations naturelles », et que « c’est donc par pure nécessité qu'elles naissent dans l'âme, et par la connexion et la suite inévitablé que les effets ont avec leurs causes ®»; insistant particulièrement sur la psychologie comparée des deux sexes, il la présente comme un simple épiphénomène des différences physiologiques nécessaires
Le marquis de Sourdis l'avait attaqué dans un /#gement du livre de Charron, dans lequel on peut lire qu’« il fait semblant de former un sage, et en effet il forme un impie » (cité par Adam, Histoire de la littérature française au XVII siècle, t. IV, p. 111). - À ces moralistes lon n'aurait pas tort, semble-t-il, d'ajouter Urbain Chevreau, auteur d’une École du sage (1652) dont certaines phrases annoncent des maximes; on y lit par exemple qu’« il y a moins de peine à se maintenir dans les outrages de la fortune que dans ses caresses » (cf. max. 25), ou qu’« il y a des maladies d'esprit qui sont contagieuses aussi bien que celles du corps » (cf. max. 300). (Rapprochements faits par Dreyfus- Brisac.)
2. Par exemple le propos du Père Senault est à cent lieues de celui de La Rochefoucauld : il préconise une sorte de christianisation des passions qui les changerait en vertus grâce à la double action de la raison et de la grâce.