III. LE LIVRE
« L'un, par l'engagement de son auteur, fait servir la métaphysique à la religion, fait connaître l’âme, ses passions, ses vices, traite les grands et les sérieux motifs pour conduire à la vertu, et veut rendre l’homme chrétien. L'autre, qui est la production d’un esprit instruit par le commerce du monde et dont la délicatesse était égale à la pénétration, observant que l’'amour-propre est dans l’homme la cause de tous ses faibles, l'attaque sans relâche, quelque part où il le trouve; et cette unique pensée, comme multipliée en mille manières différentes, a toujours, par le choix des mots et par la variété de l'expression, la grâce de la nouveauté?. »
Ainsi, huit ans après la mort de La Rochefoucauld, la cause était entendue : ils étaient deux, deux seulement, Pascal et lui. L'auteur des Caractères n’avait pas besoin de les nommer; leurs ouvrages, pouvait-il écrire, « sont dans les mains de tout le monde ».
D'où venait, en ce qui concerne La Rochefoucauld, la reconnaissance d’une telle supériorité ?
Il faut avouer que la principale explication qu’en donne
1. Le livre des Maximes, c’est l'expression qu’emploie La Fontaine à la fin de la fable L'Homme et son Image (1, XI, dédiée à La Rochefoucauld).
2. La Bruyère, Discours sur Théophraste, in Caractères, éd. Garapon, Classiques Garnier, p. 15.