LIV INTRODUCTION
de La Bruyère; c’est pourtant de pittoresque qu'il s’agit pour être discret, il n’en est pas moins sensible.
À travers lui pointe cette autre qualité que nous avons mentionnée : l'humour. Le goût de l’image insolite, la manière piquante d'introduire comparaisons et personnifications, en sont déjà des signes. Il en existe bien d’autres.
Certes La Rochefoucauld n’a pas publié la maxime : «1/ est quelquefois agréable à un mari d'avoir une femme jalouse : il entend toujours parler de ce qu'il aime! », maïs il 1 avait écrite! Il a publié celle-ci : « Ce qui nous empêche souvent de nous abandonner à un seul vice est que nous en avons plusieurs?. » On discerne chez lui un goût de la plaisanterie — voire de formes de plaisanterie assez faciles — qui lui inspire parfois des mots dans le style de ce qu’on appela plus tard la « comédie rosse ». Nous en avons déjà cité quelques-uns tirés des Mémoires; les Maximes ne sont pas en reste. « Nous avons tous assez de force pour supporter les maux d'autrui » ; « la magnanimité méprise tout pour avoir tout»; «la ruine du prochain plait aux amis et aux ennemis 3» : en lisant ces sentences, on ne peut s'empêcher de penser que Dancourt et Le Sage ne sont pas très loin. Plus caractéristique encore est la série des sarcasmes dirigés contre les femmes; ils relèvent de la vieille tradition gauloise : « Le moindre défaut des femmes qui se sont abandonnées à faire l'amour, c'est de faire l'amour »; «il y a peu d'honnêtes femmes qui ne soient lasses de leur métier 4»...
La Rochefoucauld possédait à coup sûr le don de la caricature et de la satire. Les Réflexions diverses lui donnèrent plus de facilités pour s’y livrer que les Maximes : caricature dans le morceau intitulé Des coquettes et des vieillards, satire dans plusieurs évocations historiques des Événements de ce siècle, où dans le Portrait de Mme de Montespan qui leur fait suite, mais c'est dans une maxime que, s'amusant à peindre le comportement dun homme engagé dans une conversation