LE LIVRE LV
qui tantôt le laisse indifférent, tantôt le touche de près, il nous le montre « soudainement paralytique », assoupi, mort | même, et tout à coup ressuscité !; c’est aussi dans une maxime que l’on trouve le plaisant développement sur les lamentations | affectées de certaines femmes après la mort d’un être cher : « Elles ne laissent pas d'opiniätrer leurs pleurs, leurs plaintes, et leurs soupirs; elles prennent un personnage lugubre… Elles s'efforcent de se rendre célèbres par la montre d'une inconsolable affliction… On pleure pour avoir la réputation d'être tendre, on pleure pour être plaint, on pleure pour être pleuré; enfin on Pleure pour éviter la honte de ne pleurer pas?. »
Il ne serait pas excessif de prétendre que l'on discerne parfois chez La Rochefoucauld les signes d’une véritable fantaisie verbale; tel certains auteurs comiques3, il semble alors se griser de mots, se livrer à des sortes de gasconnades. C’est en partie par là que l'on pourrait rendre compte des curieuses réflexions XI et XII (Dz rapport des hommes avec les animaux, De l'origine des maladies), dans lesquelles, partant d’un principe général, il prend plaisir à accumuler les exemples et les précisions parfois cocasses. On trouve des effets analogues dans le grand développement sur l'amour-propre placé en tête de la première édition des Maximes : « Il voit, il sent, il entend, il imagine, 1l soupçonne, il pénètre, il devine tout. Il est tous les contraires : il est impérieux et obéissant, sincère et dissimulé, miséricordieux et cruel, timide et audacieux... Il est inconstant d'inconstance, de légèreté, d'amour, de nouveauté, de lassitude et de dégoût Il vit partout, et il vit de tout, il vit de rien. » Toutefois lon doit remarquer que ce cliquetis de mots a été retranché dès la seconde édition, et que le morceau
2. Max. 233. - Cf., à la maxime supprimée 41, un exemple de parodie (à propos de la victoire). |
3. Cf. l'ouvrage de R. Garapon, La Fantaisie verbale et le comique dans le théâtre français, Paris, 1957.
4. MS 1. Il est piquant de comparer la façon humoristique dont ce texte est introduit dans le recueil de Sercy (L'Amour-propre à Mademoiselle***:; cf. notice de la maxime) avec le sérieux que lui confère, dans la première édition des Maximes, le Discours de La Chapelle- Bessé qui le précède immédiatement; la première manière de le présenter correspondait moins mal à sa véritable nature.