LXVIII INTRODUCTION
sympathie de La Rochefoucauld pour Épicure — même s'il ne l’a jamais traité de saint, comme Méré le prétend, peut-être abusivement ! — n’est pas douteuse. N en faisons pourtant pas, comme le voudrait précisément Méré, un épicurien de stricte observance?. Il a trop aimé les vertus héroïques. Il n’a pas non plus fait assez d’efforts pour se rendre indifférent à l’égard de l’amour.
N'avait-il pas quarante ans passés, et bien des rancœurs et déceptions dans le cœur, quand il écrivait dans son Portrait : « J'approuve extrêmement les belles passions » ? et n’ajoutait-il pas: « S7 jamais je viens à aimer...» ? « Ai-je passé le temps d'aimer? » demandera La Fontaine à près de soixante ans. Aussi bien, consultons notre index : l'article zmour n'est-il pas, de loin, le plus long? Sans doute n'est-ce pas, le plus souvent, pour en dire du bien que les Maximes évoquent l'amour; mais La Rochefoucauld reconnaît qu'il en existe un véritable. Sinon, il n’écrirait pas qu'il « prête son nom à un nombre infini de commerces » où il n’a point de part, ni que « les femmes croient souvent aimer encore qu'elles n'aiment bas»; moins encore qu'«zl y a une certaine sorte d'amour dont l'excès empêche la jalousie », que son « plus grand miracle » est de « guérir de la coquetterie », et qu’il n’y en a que d’une sorte, mais qu’on en voit « mille différentes copies * » ; il n’écrirait surtout pas, comme on l’a vu, que le véritable amour est moins rare que la véritable amitié. Encore une valeur à inscrire, décidément, sur la liste déjà longue de celles auxquelles a cru cet irréconciliable ennemi des illusions de l’homme.
Un dernier point doit être précisé, au terme de ce rapide examen de la pensée morale de La Rochefoucauld : comment se situe-t-elle au point de vue religieux ?
La consultation de 1663 révèle qu’il se dégagea d'emblée sur ce sujet trois catégories d'opinions :