‹ Maximes spirituelles et diverses instructionsChapitre 18 sur 53 · OEUVRE DE CHARITÉ · texte numérisé non relu

OEUVRE DE CHARITÉ

Supporter les faiblesses du prochain, avec patience et charité.

Des motifs de patience et de charité.

ic' motif. Dieu supporte mes péchés et mes défauts avec patience et charité, il est doue juste et raisonnable que je supporte aussi les péchés et les défauts de mou prochain avec patience et charité.

Si j'avais un rayon de la lumière divine, et que je connusse bien l'horreur de mes péchés, de ma malice, ô Dieu ! comme j'en serais épouvanté ! Je n'ai laissé passer aucun jour sans me montrer rebelle à Dieu, et sans mépriser ses inspirations. I! ne s'est passé aucun jour que je n'aie reçu de Dieu de nouvelles grâces, de nouveaux bienfaits, et chaque jour j'en ai abusé, pour l'offenser. Il ne l'est passé aucun

jour que je n'aie sensiblement conlrislé mon Dieu : néanmoins, (}u"a fait Dieu? Il a supporté avec patience mes

péchés et mes ingratitudes, et il les supporte encore actuellement ; au milieu de mes ingratitudes, il a continué et continue encore à m'aimer. Une telle miséricorde de Dieu sut-elle pas vraiment exiger que j'aie compassion de

mon prochain, et que je souffre patiemment ses défauts 1 Un homme aussi méchant et aussi ingrat que moi n'est-il pas obligé d'accomplir Sa volonté de Dieu, et de témoigner à son prochain une sincère charité, malgré ses défauts, puisque Dieu lui-même en a pour moi malgré les miens.

2e motif. Je désire que les autres supportent mes fautes avec patience et charité; il est donc juste que je supporte aussi celles des autres.

Ce serait un très-grand aveuglement et un très-grand orgueil, que de croire que les autres n'ont rien à souffrir de moi. Je trouve dans les autres beaucoup de choses qui me répugnent ; ils trouvent aussi en moi bien des choses qui leur répugnent ; je trouve chez eux bien des faiblesses et des imperfections; eux aussi en trouvent beaucoup en moi; j'ai souvent de la peine de ce que je dois souffrir de la part des autres ; eux aussi en ont souvent de ce qu'ils doivent souffrir de moi. Malheur à mon amour-propre! Combien de paroles dures, piquantes, qui vont au cœur, qui ont peut-être fait verser des larmes; plusieurs personnes u'ontelles pas eu à souffrir de moi" Quelle incivilité, quelle âpreté, quelle morosité, quelle défiance, quels soupçons. quelle mauvaise humeur, quel entêtement n'ai-jepas fait supporter aux autres? Combien de fois ne me suis-je pas réjoui en secret, quand quelque chose n'allai! pas selon leurs désirs? Combien peu ai-je eu compassion d'eux dans leurs peines, et que je me suis peu occupé de leur bien-être ? Combien de fois n"ai-je pas aiguisé ma langue contre eux, et critiqué leur conduite ? Va homme comme moi peut-il donc se plaindre des fautes des autres? n'a-t-il pas assez de motifs de s© laisser fouler aux pieds par tout le monde, et de se

laire, quand même le monde entier s'élèverait contre luit

5e motif. Quoi que je puisse souffrir de là part de mon prochain, ce ne sera jamais autant que Jésus a eu à souffrir de moi.

Quel genre de souffrance pourrait me survenir de la part de mon prochain, que Jésus n'ait souffert par amour pour moi? L'ingratitude fait peine : Judas était un de ceux que Jésus avait le plus aimés, et auquel il avait prodigué le plus de bienfaits ; et il l'a vendu pour trente pièces d'argent et livré à la mort! Voyez! jamais vous n'avez éprouvé une ingratitude pareille. Les fausses intentions qu'on nous prête, et les fausses accusations nous blessent. Ou accuse Jésus d'ivrognerie, de sorcellerie, de blasphèmes, de séduire le peuple. Voyez ! pareilles choses ne vous sont jamais arrivées. Les persécutions font de la peine. On a garotté Jésus comme un meurtrier, on l'a traîné lié devant les tribunaux, coudamné injustement, et crucifié d'une manière atroce! Voyez! jamais on ne vous a traité si cruellement. Où est maintenant votre amour, votre charité? Comment imiiez-vous Jésus- Christ, si vous ne pouvez pas supporter avec patience les petits chagrins que vous cause votre prochain?

4e motif. Quelque grande que soit la souffrance que me cause le prochain, jamais je ne souffrirai autant que j'ai mérité de souffrir.

J'ai péché, et par mes péchés j'ai mérité l'enfer ; ainsi j'ai mérité d'être abandonné de Dieu à jamais ; d'être maudit à jamais, comme un ennemi de Dieu, par les anges et les saints ; j'ai mérité d'être tourmenté à jamais par les démons et par les réprouvés. Voilà ce que j"ai mérité, et je ne dois pas à mon mérite d'avoir échappé jusqu'à présent à ce malheureux étal, mais je le dois uniquement à la miséricorde de J.-C. Vraiment Dieu est infiniment bon et miséricordieux, parce qu'il a voulu échanger pour moi des peines éternelles en de petites peines temporelles en ce monde. Je suis vraiment ingrat à l'infini, si je ne supporte de petites adversités par amour pour celui qui a été infiniment miséricordieux envers moi.

Des pratiques ou exercices de cette charité et de celle patience.

V exercice. — Ne jamais changer ou altérer la bienveillance du cœur, ni la douceur ou l'affabilité de son visage, quelles que soient les personnes auxquelles nous avons affaire.

Il y a toutes sortes de personnes au monde : des personnes fausses, orgueilleuses, ingrates, défiantes, soupçonneuses, colériques, retenues, entêtées, ennuyeuses, tristes, piquantes et mordantes, dédaigneuses, médisantes, imaginaires, artificieuses et rusées, audacieuses et téméraires, envieuses, et sujettes à d'autres semblables défauts. Quel que soit le caractère des gens auxquels nous aurons affaire, nous devons toujours marcher avec eux dans un esprit de charité, A celte fin nous devons observer deux points :

1e Ne jamais donner place dans notre cœur, ni à la colère, ni à l'impatience , ni au chagrin, et lorsque nous y remarquons quelque chose de semblable, nous devons l'étouffer à l'instant en nous excitant à la charité avec ferveur.

2° Nous devons nous faire violence et avoir grand soin de témoigner de toute manière noire charité el notre bienveillance, notre affabilité à de telles personnes.

Sainte Françoise, dame romaine, était favorisée de cette grâce extraordinaire de voir toujours près d'elle deux anges et d'en être instruite dans toutes les rencontres. S'il arrivait que la Sainte se laissât aller un peu à la faiblesse humaine, et qu'elle montrât un peu de mécontentement sur la conduite de son mari, aussitôt les anges se retiraient d'elle, jusqu'à ee qu'elle eût reconnu sa faute el s'en lut corrigée.

2e exercice. — Ne pas former de mauvais soupçons; ne pas porter de jugements téméraires, ni dire une parole désavantageuse contre personne, pour aucune affaire, pour aucune raison, en aucune occasion.

il appartient à Dieu seul, mais pas à moi, de porter des jugements sur la conduite des hommes. Lorsque nous

sommes tourmentés par do pareilles pensées, nous devons alors ou excuser le prochain dans noire cœur, ou, si nous ne pouvons l'excuser, nous devons nous rappeler nos propres péchés, el nous abaisser au-dessous du prochain, et reconnaître sincèrement qu'il vaut mieux que nous; ou former pour le prochain un actp de charité et détourner ainsi les pensées désavantageuses (i).

Si nous tombons dans une occasion ou une rencontre où Ton critique, où Ton blesse le prochain, nous devons le défendre, ou si nous ne pouvons pas le défendre, alors nous devons, sans aucun respect humain , garder un silence opiniâtre.

5e exercice. — Fréquenter volontiers des gens difficiles, el ne jamais les fuir sous aucun prétexte.

Beaucoup de personnes fuient de telles gens, pas par haine, mais par la crainte de pécher, de manquer. On regarde cette précaution comme une vertu, mais ce n'est qu'une faiblesse. La charité veut que nous n'évitions jamais ces gens, mais que nous les traitions, en toutes occasions, avec bonté et charité ; la charité veut que nous les recherchions soigneusement, afin que nous brisions par-là notre nature, et que nous pratiquions la vertu dans toute sa pureté.

4e exercice. — Chercher souvent l'occasion de rendre un service h des personnes tracassières et difficiles, et le leur rendre avec zèle et amour.

Sainte Catherine de Sienne apprit un jour qu'il y avait dans un hôpital une pauvre femme tellement attaquée de la. lèpre que personne ne voulait s'approcher d'elle. La sainte se hâta de la visiter, de lui offrir ses services, et elle lui promit de la bien soigner. Depuis ce moment elle la visita deux fois par jour, lui procura tout le nécessaire, et lui rendit tous les services imaginables avec la plus grande

(1) S. François de Sales dit : Si la conduite du prochain peut être envisagée de cent manières, quatre-vingt-dix-neuf en mauvaise part, une seule en bonne part, c'est de cette manière que nous devons l'envisager, afin de ne pas trouver le prochain coupable et de ne pas blesser la charité. {Note du Trad.)

bonié. Néanmoins, celte méchante femme ne lui témoignait aucune reconnaissance ; elle persécutait, maltraitait, diffamait, injuriait la sainte, et se moquait d'elle, sans cesse et de la manière la plus cruelle; elle lui disait des paroles dures, blessantes et pleines de colère, comme si elle avait eu une esclave devant elle. La sainte, malgré tous ces mauvais traitements qu'elle eut à essuyer, ne laissa jamais le moins du monde refroidir sa charité; elle la soignait encore avec plus d'amour et de fidélité, elle tâchait d'adoucir sa colère par des caresses et de bonnes paroles. La Sainte continua ses soins jusqu'à la mort de celte femme qui expira dans ses bras. Alors elle lava son sorps et le porta au tombeau sur ses épaules. 0 mon Dieu î combien nous sommes encore éloignés de suivre cet exemple! et combien peu nous possédons cet esprit de charité!

ô" OEUVRE DE CHARITÉ.

Ne négliger aucune occasion de faire quelque, bien au prochain.

Des motifs de cette condescendance ou bienveillance.

ipr motif. Le service ou l'acte de charité que je rends au prochain, c'est à J.-C. que je le rends.

C'est une vérité que notre divin Sauveur nous a enseignée lui-même : Ce que vous aurez fait a un des moindres des miens, dit-il, c'est à moi que vous l'aurez fait. Celui qui nie celle vérité, nie la foi, et il n'est pas chrétien. Ainsi, quand j'assiste quelqu'un dans ses peines et ses nécessités, c'est comme si j'avais soulagé Jésus, lorsqu'il était assis auprès du puits, fatigué du voyage, ayant faim et soif; si j'assiste quelqu'un dans des travaux pénibles, ou que je l'y remplace, c'est comme si j'avais assisté Jésus à porter sa croix ; si je visite et console un malade, c'est comme si j'avais visité Jésus sur le calvaire et l'avais consolé dans ses douleurs sur la croix. Voilà ce que la foi nous enseigne. Que cherchez-

tous, que désirez-vous «Jonc sur la terre, ô mon âme! si vous ^estimez et si vous ne désirez pas l'occasion d'exercer ia charité ? Ne regardons-nous pas avec élonnemenl le bonheur de Sle. Marie-Magdeleine d'avoir reçu Jésus dans sa maison ? celui de Simon le Cyrenéen, d'avoir aidé Jésus à porter sa croix? celui de St. Joseph d'avoir nourri Jésus au prix de son travail cl de ses sueurs ? Sommes-nous aujour-

d'hui moins heureux que ces saints ne l'étaient alors : Bienheureux ceux, dit le divin Sauveur, qui oui cru sans avoir vu. Bienheureux sommes-nous, mon âme, quand nous faisons du bien au prochain, et que nous aimons en lui Jésus, que nous ne pouvons y voir que des yeux de la foi, mais d'une foi vive.

émotif. Les œuvres de charité que je fais à l'égard de mon prochain, me sont plus utiles qu'à celui pour qui je les fais.

Nous devons, en vérité, une grande reconnaissance à celui qui accepte un service de notre part, si nous voulons bien regarder ce service h la lumière de la foi. Car que reçoit celui à qui nous rendons un service? une petite consolation, une satisfaction de courte durée, un petit secours temporel. Et moi qui rends ce service, qu'est-ce que je reçois? quelle est ma récompense ? une nouvelle grâce surnaturelle, une augmentation de mérite, un degré de plus dans la gloire éternelle. Ne devons-nous donc pas désirer ardemment, et accepter avec la plus grande joie l'occasion de faire une œuvre si profitable? Oh! si notre foi était un peu plus vive, et notre désir pour les biens éternels un peu plus fervent, que ne ferions-nous pas? On a vu autrefois de nobles dames, des princesses agenouillées devant les lépreux, de leurs tendres mains essuyer le pus des plaies et nettoyer des malades couverts d'ulcères; on a vu dans ces temps des seigneurs servir les pauvres et les malades; ou les a vus porter les morts au tombeau, et les porter sur leurs nobles épaules comme des trophées de gloire. Si nous avions la même vue, le même amour de ces saints hommes,

nous nous étonnerions beaucoup moins de ces œuvres que de la tiédeur et de l'aveuglement de tant de chrétiens qu'on ne peut émouvoir, qu'on ne peut décider à pratiquer une œuvre de vraie charité.

5e motif. L'œuvre de charité dont je m'acquitte à l'égard de mon prochain n'est pas un bienfait, mais une dette.

Si je n'ai pas entièrement perdu la raison, et si je ne me suis pas dépouillé de toute la nature humaine, je dois reconnaître que je dois plus à Dieu que je ne pourrais jamais lui payer, quand même je donnerais eu reconnaissance mon sang et ma vie en actions de grâces et de louanges pour toute 1'éîemilé. Tous les jours de ma vie passée ont été, de la part de Dieu, des jours remplis d'amour, de grâce et de miséricorde; les jours présents sout remplis de bienfaits; les jours à venir seront, comme je l'espère, des jours encore plus abondamment remplis de ces grâces et miséricordes. N'ai-je donc pas une très-grande obligation, un très-grand devoir de me montrer reconnaissant envers un Dieu si bon et si libéral envers moi! Comment ne m'acquillerais-je donc pas de ce devoir? Dieu est infiniment heureux, et ne peut rien recevoir de ma part pour son bonheur; il n'a aucun besoin de moi. Puisque ce Dieu si sage ne peut, d'aucune façon, lien recevoir de moi, et qu'il exige cependant ma reconnaissance, il veut donc que je fasse au prochain, que je donne au prochain, ce que je ne peux faire ni donner à lui-même. Je peux faire du bien à mon prochain, et ce bien Dieu l'accepte comme si je l'avais fait à lui-même. Comme je ne puis done jamais faire autant pour Dieu, que je ne lui doive encore infiniment plus ; et comme je commettrais une grande ingratitude envers lui, si je laissais échapper une seule occasion de l'honorer et de lui plaire, de même je commets une grande ingratitude envers lui, quand je néglige une seule occasion de faire quelque bien à mon prochain.

4e motif. C'est à moi-même que je fais du tort et pas au prochain quand je lui refuse un service, un acte d« charité.

Quoi tort est-ce que je lui fais quand je lui refuse un service? il est privé d'une petite consolation, d'un petit secours, d'une petite satisfaction, qu'il aurait pu recevoir de moi : voilà tout le dommage qu'il peut facilement remplacer; car s'il s'adresse à Dieu et souffre ce refus avec patience et humilité, il en obtiendra en revanche un bien infini, que je n'aurais pu lui procurer en versant (oui mon sang pour le lui obtenir. La chose ne se passe pas ainsi de mon côté. Si je refuse un servire à mon prochain , je me prive alors d'une grâce qui disparaît pour moi à tout jamais. Et qui sait quelle grâce? peut-être une grâce sans laquelle je ne pourrai pas vaincre les tentations qui m'attaqueront dans telle ou telle occasion; peut-être une grâce sans laquelle je resterai longtemps sans faire aucun progrès; peut-être une grâce suivie de beaucoup d'autres qui auraient éclairé mon entendement, ému fortement ma volonté, qui m'auraient fait ressentir les consolations du ciel, impressionné mon cœur par de saintes affections; peut-être une grâce qui aurait été suivie d'un amour de Dieu très-pur, d'une union trèsintime avec cette bonté infinie! Dieu est admirable dans ses voies envers ses créatures. La privation d'une seule grâce est souvent cause qu'on s'arrête au milieu du chemin de la perfection, sans y aller jamais plus avant pour le reste de sa vie. Et souvent la force d'une seule grâce fait qu'on avance de plus en plus jusqu'à ce qu'on ait atteint le terme bienheureux, sa fin , sa stabilité dernière, en un mot jusqu'à ce qu'on meure dans la grâce finale.

Des exercices ou pratiques de la bienveillance.

ier exercice. Ne jamais refuser un service qu'on nous demande.

Pour pratiquer cette vertu il faut avoir une foi vive. Celui qui croit fermement que le service qu'il rend au prochain c'est à Jésus-Christ qu'il le rend , ne sera jamais si

dur el si insensible que de refuser un service à son prochain. Du temps que Jésus vivait sur la terre, qui aurait en îc cœur assez dur, pour ne pas Paire avec joie ce que Jésus serait venu lui-même lui demander? ou si Jésus descendait aujourd'hui du ciel pour demander leiie ou telle bonne œuvre, quel est celui qui aurait assez peu de charité et de piété pour la lui refuser?

2e exercice. Chercher l'occasion cl la saisir avec joie pour faire du bien, et rendre un service au prochain, quand même on ne nous l'aurait pas demandé.

Tel a été l'esprit des saints de tous les temps. La charité est inséparable de la vraie sainteté, et on se réjouit d'avoir l'occasion d'exercer la charité quand on a l'esprit des saints. Si nous sommes autrement disposés, nous pouvons dire que nous n'avons pas de charité réelle; et moins sentons-nous le désir, le plaisir, la joie de faire du bien aux autres, plus nous sommes éloignés de la véritable vertu. Le feu et la charité ne s'arrêtent jamais. Le feu saisit et consomme par ses flammes tout ce qui l'entoure et tout ce qu'il peut saisir ; la charité s'étend aussi et travaille pour le bien de tous ceux pour lesquels elle peut agir. Oh ! quelles actions héroïques n'a-t-on pas vu opérées jadis par les saints! et quelles actions semblables ne verrait-on pas encore de nos jours, si nous avions la même charité! On ne peut rien lire de plus beau louchant la charité, que ce que fît la bienheureuse Julienne de la Croix, carmélite. Il y avait dans son couvent une vieille religieuse qui avait à l'œil un abcès dégoûtant et puant ; les chirurgiens avaient déclaré que c'était fait d'elle, si elle ne s'en laissait sucer le pus parmi chien, à quoi la religieuse ne pul jamais ^e décider. La charité héroïque de Julienne vint au secours de la malade ; elle approcha sa bouche de l'ulcère, suça le pus non pas une fois, non pas (}cu\ fois, mais jusqu'à ce que la malade fût entièrement guérie.

5e exercice. Faire les actions que l'obéissance ordonne dans une communauté, avec un esprit de charité parfaite.

11 y a beaucoup d'actions de cette espèce. Par exemple, ou nous ordonne d'instruire les enfants à l'école; de servir les autres; défaire tel ou le! ouvrage; de remplacer un autre dans sa besogne; de soigner un malade ; on n'a personne sous la main pour faire tel ou le! ouvrage, on nous en charge, et beaucoup d'autres choses semblables. Si Ton n'est pas bierréclairé d'eu haut, on comprendra difficilement combien de telles actions de charité sont précieuses aux yeux de Dieu, et avantageuses pour la perfection. Les vertus les plus parfaites, comme le renoncement à sa propre volonté, l'obéissance, sont généralement unies à la charité que Dieu aime particulièrement. Celui qui sait bien saisir l'occasion de pratiquer la charité, a trouvé une mine d'or d'où il lire des richesses immenses pour le ciel. Mais il faut remarquer que les œuvres de charité doivent être pratiquées avec un esprit et une inclination qui tend da plus en plus à la charité la plus parfaite. Pour cette fin quatre choses sont nécessaires.

1° Former une foi vive au commencement d'une action, savoir qu'en la faisant pour le prochain, on la fait pour Jésus même. 2° Former ensuite une intention parfaite de faire celle action uniquement pour l'honneur et l'amour de Dieu, pour lui plaire; en protestant formellement qu'on la l'ail pour J.-C. et pas uniquement pour l'homme. 5° Aus^i longtemps que l'action durera, on aura soin de passer ce temps dans la joie intérieure et extérieure, afin qu'on puisse voir que celle action nous plaît et nous intéresse. 4° Si l'action est de certaine durée, on se rappellera souvent pendant sa durée cette vérité, que c'est pour Jésus et pas pour les hommes que Ton travaille. Une œuvre faite dans cet esprit, est extrêmement précieuse aux yeux de Dieu.

4e exercice. Avoir une sincère compassion des malades, des personnes affligées ou qui ont d'aulres adversités; les visiter souvent; les consoler et alléger leurs croix autant que possible.

Faites aux autres ce que vous voudriez qu'ils vous fissent :

— ÎOO — Toilà !e précepte de la charité. Qui de nous donc, tant que nous sommes, ne désire pas d'être consolé et assisté dans ses afflictions et ses adversités? Nous devons donc agir aussi dans cet esprit. Les saints sont toujours compatissants, et un cœur gouverné par la charité est aussi sensible aux misères d'autrui qu'aux siennes propres. Plusieurs saints ont eu de la tendresse, même pour les animaux sauvages qui souillaient, comme on peut le voir dans les vies deSte. Rose de Lima, de St. François d'Assise et autres.

4e OEUVRE DE CHARITÉ.

Rendre le bien pour le mal.

Motifs de cet amour de bienfaisance.

ifr motif. Celui qui me fait un tort, me donne occasion d'acquitter une grande partie de mes dettes que j'aurais dû expier autrement en purgatoire.

Rien n'est plus agréable à Dieu que de garder le silence sur un tort qu'on nous fait et de le prendre pour un bienfait. Une telle vertu, qui procède d'une charité ardente, va au cœur de notre Sauveur et le force d'être bon et miséricordieux envers nous. On peut par-là eiî'acer quelquefois les péchés de plusieurs années, et éviter plusieurs années de purgatoire. Ne devrions-nous donc pas nous réjouir chaque fois que se présente l'occasion de pratiquer une vertu si utile? Mais l'aveuglement de notre nature et le dérèglement de notre amour-propre sont tels, que nous nous réjouissons de ce qui fait matière pour notre purgatoire et l'allume pour nous, et que nous nous affligeons, que nous nous irritons de ce qui fait éviter le purgatoire, de ce qui l'éteint pour nous. Croyez-moi, àme chrétienne ! les heures les plus heureuses de votre vie jusqu'à ce moment, ont été celles où vous avez eu à supporter un tort, une injustice,

une injure. Croyez-moi, les heures les plus heureuses île toutes celles que aurez encore à vivre, seront celles où vous aurez à souffrir de la part de votre prochain.

2e motif. Celui qui me fait un tort ou une injure, me donne occasion d'obtenir de Dieu de nouvelles grâces, qne je n'aurais jamais eue sans cela.

Une seule grâce de Dieu vaut plus que tout ce monde visible, voilà ce que la foi m'enseigne. Celui donc qui me fait un tort ou une injure, me procure, quoique contre son intention et sa volonté, un plus grand bien, que s'il me donnait tout ce monde visible pour le posséder et en jouir avec justice pendant toute l'éternité. Un seul degré de la grâce de Dieu procure plus de bonheur pour toute l'éternité, que la possession de tous les biens de ce monde. Voilà ce que la foi m'enseigne. Celui donc qui me fait un tort, une injure, m'aplanit, quoique sans le savoir et sans le vouloir, le chemin à un plus grand bien, que s'il me donnait toutes les couronnes, tous les sceptres, tous les biens, toutes les richesses, tous les honneurs, tous les plaisirs du monde, et le droit d'en jouir, de les posséder avec justice, pendant toute l'éternité. Un bien si grand, si immense, celui-là me le procure qui me fait un tort ou une injure, et sans lui, je ne l'aurais jamais eu pendant toute l'éternité, je ne l'aurais jamais obtenu. N'ai-je donc pas 'un motif d'aimer un tel homme, et de récompenser un bien éternel qu'il me procure, en lui procurant un bien temporel"? N'ai-je donc pas un motif d'avoir une tendre compassion d'un homme qui, en me procurant un si grand bien, se crée pour lui-même un si grand mal, par exemple, celui du purgatoire?

5" motif. Celui qui me fait un tort, une injure, me donne une occasion de pénétrer de plus en plus dans le cœur sacré de Jésus, et d'eu obtenir de nouvelles grâces, que je n'aurais jamais eues sans lui.

Chaque œuvre de charité a deux effets : le premier c'est délier l'âme plus étroitement à Jésus-Christ, de l'unir plus intimement à lui qu'auparavant, car puisque Jésus est d'une

bonté infinie, il se tourne vers l'âme, au moment que çelleci se tourne vers lui en lui faisant une œuvre de charité dans la personne du prochain ; il la reçoit cordialement, et l'unit à lui par une augmentation d'amour. Alors cette union entre Jésus et Pâme se fortifie; l'amour, l'amitié, la confiance grandissent toujours et à tel point que Dieu et l'âme ne forment plus qu'un cœur et qu'une volonté. Le deuxième effet, c'est non-seulement d'augmenter dans l'âme Sa grâce sanctifiante, mais encore de l'éclairer de plus en plus pour l'avenir et d'émouvoir son cœur de plus en plus. Jésus est infiniment libéral. Ainsi il ne reçoit rien gratis. Une seule œuvre de charité, surtout quand elle est unie à une grande victoire sur nous-mêmes, est souvent, non-seulement le commencement de notre salut éternel, mais encore celui de plus grandes grâces et d'une haute sainteté.

Ae motif '. Celui qui me fait un tort, une injure, me donne occasion d'obtenir un nouveau deiné de "loire dans le ciel, que je n'aurais jamais pu obtenir sans lui.

Ce que Dieu, dans sa bouté et sa miséricorde, peut me donner de plus grand, c'est quand il me donne l'occasion d'acquérir une nouvelle gloire pour le ciel. Ce qu'un homme par son amour et par toutes ses facultés peut procurer de plus grand à un autre homme, c'est lorsque, par sa conduite, ses exhortations, ou de toute autre manière, il lui donne occasion d'acquérir une nouvelle gloire pour le ciel. Or, celui qui me fait un tort, une injure, me donne occasion d'acquérir un bien si grand, si immense; occasion que je n'aurais jamais eue sans lui. Si je regarde donc la chose par la lumière de la foi, et que je considère ce bien immense que me procure un tel homme, je vois que je lui suis beaucoup plus obligé qu'à tous les autres qui m'aiment tendrement, mais qui contribuent peu à ma perfection. C'est une vérité incontestable, que mes plus grands bienfaiteurs ici-bas, sont ceux qui me haïssent, ceux qui me méprisent, ceux qui s'opposent à mes caprices, à mes inclinations, à ma volonté. Car ils détruisent en moi ramour-propre; ils enrichissent

mon àme des biens célestes, et me disposent, me rendent propre à l'union intime avec Dieu.

Des exercices de cet amour de bienfaisance.

1er exercice. Souffrir en silence et avec douceur les torts el les injures, de quelque nature qu'ils soient, et de quelque côté qu'ils nous arrivent.

Cet exercice, comme il a déjà été dit, demande deux choses. La première, c'est de regarder d'un visage serein ceux qui nous font un tort ou une injure; de leur parler avec bonté et amitié; de les traiter avec charité, et de ne leur jamais montrer ni colère , ni chagrin , ni mécontentement. La deuxième, c'est de ne jamais nous en plaindre à d'autres, ni murmurer, ou nous montrer tristes, mais quel que soit le tort ou l'injure, il faut l'ensevelir sous un silence éternel.

Nous trouvons un bel exemple sur cette matière dans les chroniques de la société de Jésus. Un frère de la société était allé recueillir des aumônes pour le couvent de Lisbonne. Il arrive chez un grand seigneur portugais qui haïssait la société. A peine le frère eut-il dit un mot, que cet homme d'Etat, transporté de colère, commença à vomir et contre le frère et contre toute la société des accusations, des calomnies, des injures les plus atroces. Le frère reste immobile et écoute avec un visage serein le calomniateur jusqu'au bout. Alors il lui dit avec douceur : Monsieur! vous venez de me donner une aumône spirituelle ; je vous prie maintenant, de me donner aussi une aumône corporelle pour mes frères. Celte humble réplique toucha tellement le cœur de cet homme, qu'il demanda pardon au frère, lui lit une large aumône; de plus, depuis ce temps, il aima toute la société, comme un bon père aime ses enfants, et l'exalta parlou t.

2e exercice. Ne jamais perdre la charité et la bienveil-

lance intérieures envers ceux qui nous font un tort ou une injure.

Cet exercice demande pareillement deux choses. La première, c'est de ne jamais admettre dans son cœur ni colère, ni chagrin, ni mécontentement, el d'en étouffer et dompter les premiers mouvements. La deuxième, c"est, pendant tout !e temps que nous sentons celte chaleur et ces mouvements déréglés, d'élever notre cœur vers Dieu, par de fréquentes affi i lions d'amour.

5e exercice. Rendre un service ou tout autre bienfait, aussitôt qu'on peut en trouver l'occasion, à celui qui nous a (ail quelque tort ou injure.

C'est une des plus excellentes pratiques que l'homme puisse employer pendant sa vie. 11 est clair que celui qui est conslanl dans cette pratique, esl le temple du Saint-Esprit qui demeure dans son cœur et qui l'a déjà rendu parfait dan., l'amour. Citons ici un bel exemple de cet homme apostolique, nommé Emmanuel Fernandez. Il s'était fait beaucoup d'ennemis à cause de ses instructions solides contre ies vices. Ne pouvant souffrir ce prédicateur, quelques scélérats se jettent sur lui et le massacrent. Comme il respirait encore lorsqu'ils l'abandonnèrent, il se mit à les rappeler, et leur dit : pourquoi fuyez-vous, mes frères? vous avez blessé votre âme d'une blessure bien plus mortelle que celles que vous avez faites à mon corps. Revenez, repentez-vous de votre péché. Revenez, donnez-moi cette consolation que je puisse vous rendre la vie de votre âme, avant ma mort. Celte parole, revenez ! prononcée par un mourant, el dans une telle circonstance, était bien trop touchante pour rester san.- impression. Un de ses meurtriers revient, reconnaît son péché avec une grande componction, il en reçoit l'absolution; là-dessus le saint homme rend l'esprit, plein de joie et de consolation, d'avoir pu rendre la vie de l'âme à celui qui lui avait été celle du corps.

4e exercice. Si l'on ne peut pas avoir l'occasion de faire du ' bien à celui qui nous a l'ait du mal, il faut au moins prier pour lui, ou faire pour lui une œuvre de pénitence.

— i05 — Rester une heure à genoux devant son crucifix, envoyer au ciel bon nombre d'affections du cœur, prendre la discipline, ou faire toute autre œuvre de pénitence pour celui qui nous a offensé. Ce sont des actes de vertus qu'on peut appeler héroïques ; ce sont des actes de vertus qui attirent sur nous de grandes grâces; ce sont des actes que Dieu récompensera dans le ciel par une gloire immense.

2e MAXIME.

Vivre en uuiou et cliarilé avec ceux qui habitent avec nous.

Une maison où habitent véritablement l'union et la charité, est un paradis terrestre et la vive image de la patrie céleste.

Si quelqu'un se trouve bien, tous s'en réjouissent et rendent leur bonheur parfait; si quelqu'un est indisposé, se trouve mal, ils compatissent tous à ses souffrances et tâchent d'adoucir sa croix; quelqu'un a-l-il besoin d'un secours, tous sont prêts à l'assister ; quelqu'un est-il affligé, ils ont tous soin de le consoler. C'est l'état le plus heureux, le plus beau sur la terre, c'est limitation du paradis. Au contraire, une maison où ne régnent pas la vraie charité et l'union, c'est un coupe-gorge et une miniature de l'enfer. Tout y est semé de ronces et d'épines; on ne peut mettre le pied nulle part, ni étendre la main sans se blesser; si l'on est estimé, si l'on est en état de prospérité ou de santé, de bien-être, alors il faut supporter l'envie, la jalousie, la haine, la colère, l'injure ; si l'on souffre, si l'on est triste, affligé, alors, pour augmenter encore son mal, on doit souffrir des rires moqueurs, des railleries, des discours piquants et antres choses semblables ; dans cet étal on est opprimé de tous côtés, on est comme le raisin sous le pressoir, on nage jour et nuit dans les larmes; cet état est un état bien malheureux, le plus malheureux qui soit sous le soleil; une telle maison est une maison remplie de malheurs C'est pourquoi celte instruction commande que les membres d'une famille ou d'une

communauté aient grand soin de s'aimer cordialement [es uns les autres, et de travailler à garder toujours l'union la pins intime. Nous allons expliquer tout cela brièvement.

Aimer sincèrement, cordialement tous les hommes.

Rien n'est plus rare que la charité parfaite envers le prochain. Nous aimons, mais ce n'est que par des inclinations, des mouvements naturels. Te! ou tel est porté pour nous ; il ne nous cause aucun chagrin; il est bienveillant et honnête envers nous, l'aimer c'est de l'amour naturel ; les infidèles, les pavens s'aiment aussi de la sorte. Quelqu'un a un bon naturel, il est gai, agréable; il ne nous manque jamais, il s'accommode bien avec tout le monde ; l'aimer c'est de l'amour humain, et purement naturel; les infidèles éprouvent aussi un pareil amour. Tel autre cherche nos avantages, il est porté pour notre intérêt, il défend notre cause dans toutes les circonstances, et nous donne chaque jour de nouvelles marques de ses affections intimes envers nous ; l'aimer uniquement pour ces raisons, c'est un amour ogoïile. Les mondains, les enfants du monde ne sont jamais en défaut d'un pareil amour. Le vrai amour, la charité sincère, surmonte la nature, il regarde Jésus-Christ dans tous les hommes, il met, il embrasse tous les hommes sans exception dans sou cœur; il s'efforce de faire du bien à tout le monde.

Pour imprimer dans son cœur celte vertu si rare et si délicate, ce que Dieu demande cependant indispensablemeut à tous ceux qui désirent s'unir à lui, il faut souvent méditer les vérités suivantes, selon la méthode et la manière de l'oraison affective.

Première verilé.

Tous les habitants d'une maison, tous les membres d'une famille ou d'une communauté, sont tous enfants du Père éternel. Un père aime ses enfants, et il veut aussi qu'ils

soient 3imés par d'autres. Il aime qu'on les caresse el qu'on les traite bien. Il voit avec grande peine qu'on les méprise, qu'on les maltraite. Le tort et la peine qu'on leur fait lui vont au cœur et le blessent sensiblement. Peu importe que son enfant soit estropié, paralysé, grossier, impoli, et nonobstant le père veut qu'on aime cet enfant. Maintenant, mon âme ! détournez vos yeux d'un père terrestre pour les élever vers le Père céleste, qui nous a tous créés. C'est lui qui nous a tout donné : la nature, le corps, rame, tout ce que nous avons, tout ce que nous sommes; il aime tendrement tous ses enfants, Comment acceptera-t-il le mépris qu'on témoigne à ses chers enfants? qu'en pensez-vous? Allez et traitez un grand, un prince, comme vous traitez les enfants du Très-Haut, oh ! quel châtiment vous attendra ! Après avoir bien considéré ces vérités, formez les affections suivantes :

i° Formez un ardent amour envers Dieu et envers ceux qui cohabitent avec vous.

2° Repentez-vous des péchés que vous avez commis contre la charité que vous leur devez.

5° Réjouissez-vous sincèrement des dons naturels et des grâces qu'ils ont reçus.

4° Ayez une sincère compassion de tous leurs maux, soit de l'âme, soit du corps.

5° Offrez à Dieu, pour tous, le Sang précieux de J.-C, afin qu'il les comble tous de sa grâce.

Deuxième vérité.

Tous les habitants d'une maison, tous les membres d'une famille ou d'une communauté, sont tous enfants de Jésus- Christ. Le Fils de Dieu, aussi bien que le Père élernel, les aime tous tendrement comme ses enfants. Il les a tous enfantés sur la croix, et les a aimés jusqu'à répandre pour eux la dernière goutte de son sang. C'est pourquoi il veut que nous les aimions tous avec tendresse, el que nous les traitions avec une tendre affection comme ses enfants.

Et afin de nous y exciter, il a ajouté ces paroles à son commandement : En vérité, en vérité, je vous le dis, ce que vous aurez fait aux moindres des miens, c'est à moi que vous l'aurez fait. Combien ces paroles sont terribles pour ceux qui n'ont point de charité ! Ce que je fais à mon prochain, je le fais à J.-C. î Ainsi; si je permets dans mon cœur un dépit, un mécontentement secrets, de la haine ou de la colère, c'est comme si je portais haine à J.-C. avec les Pharisiens. Si je critique, si je juge, ou méprise mou prochain ; si je critique sa conduite, si je le rabaisse et en parle avec moquerie, c'est comme si je persécutais J.-C. avec les prêtres juifs. Au contraire, combien ces paroles sont consolantes pour ceux qui aiment sincèrement leur prochain ! Ce que je fais à mon prochain, je le fais à J.-C; ainsi, lorsque je ie console et l'assiste, c'est comme si j'avais consolé J.-C. dans sa tristesse sur le mont des Oliviers. Lorsque je défends el soutiens mon prochain, c'est comme si j'avais soutenu Jésus sur la croix contre ses ennemis. Ces pensées ne sont pas des pensées humaines, mais des vérités éternelles de l'Evangile. Après les avoir bien considérées, formez les affections suivantes:

1° Formez avec ferveur un acte d'amour envers Dieu, et envers ceux avec lesquels vous habitez, en vue de Dieu.

2° Remerciez-le sincèrement pour tontes les grâces et les miséricordes qu'il leur a accordées, priez-le de leur conserver et augmenter ces grâces et ces miséricordes.

5° Offrez à Dieu pour eux le sang précieux de Jésus- Christ, el priez-le de les préserver de tout mal de l'âme et du corps, et de les combler de plus en plus de ses grâces el de ses miséricordes.

4° Formez le bon propos de ne jamais pécher contre la charité, et de ne jamais laisser échapper aucune occasion de rendre service au prochain.

o° Priez Dieu de vous donner un sincère et tendre amour pour le prochain, et qui embrasse tous les hommes comme les enfants de Dieu.

Supporter en tout, et toujours avec patience les défauts du prochain.

Supporter avec patience les fautes et les défauts du prochain, c'est une excellente œuvre de charité. Elle consiste dans les praiiques ou exercices suivants :

ipr exercice. Il ne faut pas perdre la tranquillité intérieure ou la paix de Pâme à cause des défauts de notre prochain, ni se permettre pour cela des impatiences, des colères ou des mécontentements; mais il faut se tenir en la présence de Dieu, lorsqu'on est dans l'occasion de voir ou de s'occuper de ces défauts, et il faut s'occuper alors de quelques actes ou affeclions intérieures d'amour ou de charité.

Dans une famille ou une communauté il y aura toujours des défauts à supporter. Il y a des défauts qui proviennent de la nature, et ceux-ci sont difficiles à corriger. Ainsi il y a des personnes qui sont naturellement sombres, tristes, lentes et nonchalantes dans leurs occupations, ennuyeuses et rebutantes dans leur conversation ; elles murmurent toujours, se plaignent et déclament sur tout. Ce qui leur plaît aujourd'hui, leur déplaira le lendemain ; elles ne savent pas ce qu'elles ont et se trouvent mal partout. D'autres défauts viennent de la malice de l'homme. Ainsi il y a des hommes qui sont extrêmement rudes, grossiers, emportés, qui brûlent comme la poudre, qui méprisent les autres et les avilissent; ils sont orgueilleux; d'autres ont une mauvaise langue et nous attaquent rudement; d'autres encore qui évitent la fatigue, et laissent aux autres l'honneur de s'occuper d'une affaire difficile; il y en a aussi qui s'informent de tout, examinent tout et critiquent tout ce que vous faites et tout ce que vous ne faites pas. II faut, dans ces rencontres, vous conduire de la manière suivante.

1° Contemplez la sainte Triniié dans celui qui a tel ou tel défaut, considérez qu'elle habite dans son cœur, et l'aime

tendrement malgré ses défauts. Ne détournez jamais votre esprit de celte sainte considération. 2° Comme Dieu supporte ce défaut dans sa créature, supportez-le de même, et domptez à cet égard tout sentiment de colère et de mécontentement. 5e Vous étant représenté Dieu, dans cet homme, entretenez-vous intérieurement avec sa divine Majesté, et produisez des affections d'humiliation, de reconnaissance, de charité, le tout en faveur de cet homme.

2e exercice. Supportez en silence les défauts du prochain, et ne donnez jamais des signes de mécontentement, ni par des paroles dures, ni par un regard courroucé ou peu amical.

Se taire dans ces circonstances, et parler avec bonté à ceux qui se montrent rudes, grossiers et emportés envers nous, c'est une grande vertu qui nous ait ire beaucoup de grâces ; c'est posséder le véritable esprit du doux et aimable Jésus. C'est ainsi qu'agissent tous ceux qui imitent véritablement l'humilité de Jésus. Celui qui agit autrement, ne connaît pas ce que c'est qu'aimer.

3e exercice. Nous ne devons pas nous plaindre des défauts du prochain, en aucun temps, en aucune circonstance, ni à personne; mais nos paroles doivent être telles qu'elles ne pourraient causer le moindre mécontentement au prochain s'il venait à les apprendre.

Se taire et toujours se taire, c'est une pratique propre à la vraie charité et h l'humilité. C'est ainsi qu'avait agi un saint religieux de la société de Jésus, nommé Antoine Baldinuccius, dans un voyage qu'il fit avec un prêtre séculier. Ils arrivèrent dans une prairie, en plein jour ; le prêtre séculier demanda au père de lui permettre de s'y reposer un peu ; le P. Antoine y consentit avec bonté, et le prêtre entra dans un si profond sommeil qu'à la nuit tombante il n'était pas encore éveillé. Que pensez-vous qu'aurait fait un homme impatient dans cette circonstance? de quelle manière aurait-il éveillé le dormeur? Voici ce que fit le P. Antoine, pour ne pas nuire au sommeil de son corn-

pagnon, cl pour que Tair de la nuit ne l'incommodai pas: ii rassembla du bois et des branches mortes el fil du feu auprès de son compagnon qui continua à dormir toule la iMiit ; le père Antoine se mil à genoux et passa la nuit en prières, jusqu'à ce que le prêtre s'éveillât, au point du jour.

Donner la préférence à tous ceux qui habitent avec nous.

Celle œuvre que nous commande spécialement ce paragraphe, comprend les exercices suivants :

1er exercice. \\ ne faut pas être jaloux des grâces el des dons naturels et surnaturels par lesquels le prochain nous surpasse, mais il faut s'en réjouir sincèrement.

Les dons naturels sont: la santé du corps, un jugement sain, des manières agréables, une humeur gaie, des sciences utiles, d'autres talents distingués, qui font parvenir à loules sortes de positions l'une préférable à l'autre; les dons de la grâce sont : une piété ardenle, le zèle pour l'oraison, le recueillement et l'union continuelle avec Dieu, el beaucoup d'autres grâces qui allument souvent le feu de l'envie, de la jalousie et de la haine dans le cœur des autres. Si vous voulez donc réellement pratiquer la charité dans toute sa perfection, conduisez-vous de la manière suivante :

1° Réjouissez-vous sincèrement de tous les dons naturels et surnaturels des autres, comme si c'étaient les vôtres.

2° Remerciez-en Dieu, et priez-le de les leur conserver.

5° Priez-le de les leur augmenter, et même plus abondamment qu'à vous, si c'est ainsi sa sainle volonté.

4° Si vous remarquez qu'il s'élève de l'envie ou de la jalousie dans votre cœur, réprimez-la aussitôt, el formez à la place les sentiments que je viens d'énumérer. Voilà en quoi consistent l'esprit intérieur et la vraie charité.

2e exercice. En toutes choses, laissez aux autres ce qu'il y a de meilleur, si cela est en votre pouvoir; si les autres

sont honores, aimés et estimés, et vous méprisé ; si on les écoule et Ton se conforme à leur avis, et que Ton rejette le vôtre, qu'on regarde comme indiscret ; si Ton accorde aux autres ce qu'ils désirent, à vous, au contraire, on le refuse ; si Ton donne aux autres ce qu'il y a de meilleur, pour la nourriture, le vêlement, le logement et les autres nécessités , à vous, au contraire ce qu'il y a de pire ; si Ton emploie les autres à des offices plus relevés, mais vous, on vous laisse là, on vous croit sans aptitude; si l'on a plus de soin des autres dans leurs maladies que de vous ; si Ton suit les autres, et qu'on vous évite ; en un mol, si les autres sont maîtres et maîtresses et vous l'esclave, sachez que Dieu vous a placé dans un état oh vous pouvez pratiquer la charité dans sa première pureté, et dans le degré le plus pariait. Vous devez donc l'entreprendre de la manière suivante :

1° 5'il se présente une d(:$ occasions susdites, réjouissezvous alors avec votre prochain, et remerciez Dieu de ce qu'il permet que les autres soient dans une meilleure condition que vous.

2° Montrez-en extérieurement tout votre contentement, par vos paroles cl par vos manières, et ne vous en plaignez jamais.

3° S'il s'élève à ce sujet dans votre cœur, de la tristesse ou de l'envie, réprimez-les aussitôt; réjouissez-vous de nouveau du bonheur du prochain, et louez-en Dieu intérieurement. Cela s'appelle arracher du fond l'orgueil et l'amour-propre avec leur racine ; pratiquer l'amour ùu prochain dans toute sa pureté, comme il est dans le cœur de Jésus , et l'imiter exactement.

Faire du bien aux antres, autant qu'il nous est possible.

L'amour ne sait pas être oisif. Faire du bien aux autres, c'est l'effet de cet amour, et cet effet est inséparable de la vraie charité. Ces exercices ou pratiques sont les suivants ;

Le 1er exercice c'est de ne refuser à personne ce que l'on peut faire sans pécher ou sans imperfection. Aider les autres à murmurer, à se plaindre, à déclamer, à invectiver, à rapporter, à babiller en secret ; transgresser les règles pour complaire à d'autres ; ce n'est pas aimer, ce n'est pas avoir de la charité, mais c'est du scandale, et la destruction de la discipline, de l'éducation spirituelle. En toutes autres choses, il ne faut refuser aucun service à sou prochain. Le père Picino avait reçu d'un ange un beau crucifix dont la matière était inconnue. Quelle joie lui dut causer un tel cadeau ! Quelques années après, un autre père, qui connaissait le mystère, eut la hardiesse de lui demander ce crucifix. Le saint homme lui répondit : mon Père ! vous me demandez un irésor auquel mon cœur est attaché; mais tout doit céder à la charité. Après ces paroles, il le lui donna, et il ne le redemanda plus.

Le 2e exercice c'est de ne laisser passer aucune occasion de rendre service aux autres. Cette pratique est très-facile, pleine d'agréments, si l'on a soin de marcher en la présence de Dieu, et de croire fermement que c'est à Jésus-Christ que nous faisons ce que nous faisons au prochain. Cette foi vive, accompagnée de sentiments de charité, oie toutes les peines.

5e MAXIME.

Dans le commerce avec le prochain , tenir , non pas une conduite terrestre el charnelle, mais intérieure el surnaturelle.

Je ne sais si l'on trouve, dans toute la vie spirituelle, quelque chose d'une aussi haute importance que celle instruction. Elle est irès-ulile et renferme une haute perfection. Je l'expliquerai en peu de mots, et celui qui voudra l'expérimenter y trouvera, par sa propre expérience, bien plus que ne lui dit celte instruction.

1° Celui qui y conforme sa vie, possède un moyen général et infaillible contre toutes les tentations, et une prépara-

— 1U — lion, non-seulemenl à l'oraison ordinaire ou la méditation,

niais encore à l'oraison Je contemplation, et a l'union intime avec Dieu qui est l'effet ordinaire de celte oraison. Ce qui nous distrait, et ce qui nuit à la piété, ce n'est pas le commerce avec notre prochain, mais notre négligence, parce que nous ne regardons dans notre prochain que l'extérieur, et nous perdons ainsi la présence de Dieu et le recueillement d'esprit. Si nous nous conduisions à l'égard du prochain selon l'esprit de la foi et de la vie intérieure, nous serions recueillis au milieu du tumulte et des affaires, et nous serions dans les villes comme si nous étions dans une solitude. Celui qui suit une autre roule, ne fera que ramper sur la terre, se traînera toujours dans ses vieilles imperfections, et n'obtiendra jamais de communiquer avec Dieu, ni de s'unir à lui intimement.

2" Celui qui vit conformément à cette doctrine, pratique sans cesse la charité la plus parfaite envers Dieu et envers le prochain. Toute la sainteté y est renfermée. Oh ! combien détaches d'imperfection ne se trouve-t-il pas dans notre conduite avec le prochain? Tantôt notre amour est trop vif et purement sensuel; tantôt il s'y mêle de l'aversion, du chagrin, de la colère, et nous montrons extérieurement notre mécontentement; aujourd'hui nous témoignons noire joie, notre contentement à noire prochain, parce que noire sensualité y trouve de quoi se nourrir; demain nous le mépriserons et nous nous moquerons de lui ; tantôt nous l'éviterons parce que son humeur et ses inclinations ne sont pas conformes aux nôtres. Oh ! que la vraie charité est peu commune parmi nous î n'aimer que Jésus dans notre prochain, oh ! que celte vertu est rare ! De mille personnes qui se déclarent publiquement pour la vertu, on eu trouve souvent à peine une dans le cœur de laquelle celte vertu ait réellement pris racine. Cependant il n'y a pas d'autre moyen pour l'acquérir, que de conformer son intérieur avec celte doctrine, et de mener une vie intérieure et surnaturelle dans la conduite avec son prochain. De là résulte celte

question : quelles sont les pratiques qui constituent la vie intérieure et surnaturelle dans la conduite avec notre prochain? Nous allons traiter celte demande dans l'article suivant, en expliquer les pratiques l'une après l'autre, et donner une instruction bien détaillée sur ce point important.

ARTICLE PREMIER

Considérer le prochain, non pas selon son corps, selon son extérieur, mais selon son cime et ses facultés intérieures.

1° On peut considérer le prochain comme un enfant du Père éternel. On ne doit pas croire que ce soit là une belle pensée, inventée par l'esprit humain; non, c'est une vérité éternelle que la foi nous enseigne. Cette vérité est basée sur deux raisons : La première, c'est que le prochain est une œuvre de la main toute-puissante du Père éternel; la deuxième, c'est que le Père céleste aime si tendrement, si ardemment mon prochain comme son enfant. Quant à la première raison, c'est du Père céleste que le prochain tire son origine. ïl a créé son âme de rien, il la conserve, il donne à mon prochain la nourriture et le vêtement, il pourvoit à tous ses besoins. Quant à la deuxième raison, peut-on imaginer un amour plus tendre que celui que le Père céleste a pour mon prochain? il l'a tiré du néant; c'est l'œuvre de sa toute-puissance; il l'a créé pour être un jour l'héritier du royaume céleste ; il lui a donné pour guide, pour gardien, un Prince du ciel, son Ange gardien, pour le garder et le protéger, pour raccompagner partout; par amoiir pour lui, il a envoyé sur la terre son Fils unique, à qui il a commandé de mourir sur la croix pour lui ; il lui prodigue tous les jours de nouvelles grâces, de nouveaux moyens, qu'il lui a préparés de toute éternité, afin qu'il puisse, par ces moyeus, parvenir à cet héritage éternel et bienheureux. Où a-t-il jamais existé un père» qui ait aimé

ou qui ait pu aimer aussi tendrement son enfant, que le Père éleroel aime moo prochain ? Vous voyez par-là, mon âme, avec quelle ardeur Dieu désire que vous aimiez votre prochain. Un père veut qu'on aime son enfant, et l'on touche à la prunelle de son œil, si l'on manque à son enfant, ou si on le méprise.

2° On peut considérer le prochain, comme l'enfant du Fils de Dieu.

Pour comprendre avec quelle ardeur et avec quel amour pateroel le Fils de Dieu aime les hommes, ou devrait être Dieu, el avoir autant de lumière et de sagesse que Jésus- Chrisl en a lui-même. Nous considérerons ces effets seulement superficiellement, nous comprendrons par-là qu'ils ont été immenses, sans mesure, sans fin ; qu'ils ont été infinis. C'est par amour pour l'homme qu'il est descendu du ciel et qu il s'est fait homme ; c'est par amour pour l'homme qu'il s'est laissé emmailloter et coucher dans une pauvre crèche ; c'est par amour pour l'homme qu'il a habité une pauvre maison, gagnant son pain par son travail comme un pauvre ouvrier; c'est par amour pour l'homme qu'il a supporté la faim, la soif, le froid, le chaud, la pauvreté, les privations, la misère et toutes sortes de calamités. Combien de témoignages de sou tendre amour n'a-t-il pas donnés après qu'il eut quitté la pauvre maison de Nazareth? Il a jeûné 40 jours dans le désert, passant les nuits en prières; il a souvent versé des larmes amères , sué sang et eau par la véhémence de sa tristesse, et tout cela par amour pour l'homme. Jusqu'à quelle extrémité a-t-ii porté son amour à l'approche de sa mort ! c'e-l l'amour qui lui fait voiler sa puissance, c'est paramour qu'il s'est laissé garotter comme un malfaiteur, ilageller el couronner d'épines ; c'est par amour pour l'hcmme qu'il a rendu l'esprit dans les douleurs les plus cruelles. Après tous ces témoignages d'amour il a quitté ce monde ingrat et il est retourné dans son royaume; mais a-t-il oublié les hommes dans sa gloire ? il est assis à la droite de son Père, où il lui montre sans cesse ses plaies pour im-

plorer le pardon et la miséricorde pour les hommes; sur les autels, dans le saint sacrifice de la messe, il offre tous les jours son sang pour les vivants et les morts ; il habile en corps et en âme dans nos églises, afin que tous puissent converser avec lui ; il nous nourrit de sa chair et de son sang. 0 merveille! ô abîme d'amour! Mais si le Fils de Dieu a tellement aimé noire prochain, combien désire-l-il donc que nous aimions aussi noire prochain? Ecoulez celte parole de sa bouche divine : ce que vous aurez fait au moindre des miens, c'est à moi que vous l'aurez fait. Aimer Jésus, et aimer noire prochain, c'est la même chose. Haïr Jésus, cl haïr le prochain, c'est Se même crime. Il ne veut et ne peut être aimé sans l'amour du prochain. C'est un crime aussi grand de haïr le prochain que celui de haïr Jésus. Jésus est aimé dans le prochain, et Jésus est haï dans le prochain; les deux choses ne sont pas deux choses, mais la même chose : Jésus ne peut pas souffrir qu'on les sépare.

û" On peut considérer le prochain comme l'enfant du Saint-Esprit.

Quelque vil et abject que soit l'homme selon son état naturel, il est d'autant plus grand, plus relevé selon son état surnaturel.* Le jour qu'il a été baptisé, le Saint-Esprit lui a imprimé une grâce sua naturelle et par celle grâce, oh ! à quel état bienheureux i'a-t-il élevé! il est devenu son enfant; il en est tellement aimé que jamais père sur la lerre n'a aimé son enfant aussi tendrement. SI est devenu l'héritier du royaume céleste, il a le droit de le posséder éternellement. I! esl devenu un grand prince, de sorle que s'il venait à mourir dans ce moment, il aurait sa place parmi les esprits célestes et partagerait leur bonheur ; et à tous ces titres il a un tel droit que Dieu ne pourra jamais les lui ôter, s'il ne les perd lui-même volontairement par un péché grave. Cela ne s'entend pas ainsi de tous les hommes; ceux-ci ne sont pas pareillement les enfants du Saint- Esprit, puisque tous ne sont pas en état de grâce; il est cependant certain que TEsprii-Saint aime tendrement

tous les hommes et veut les attirer tous à l'état de grâce ; il les invite par ses inspirations ; il les avertit par ses saints Auges; il les excite en leur donnant de grands moyens; il les cherche par sa charité et par sa douceur infatigables. Et qui sait, si ceux qui sont aujourd'hui les plus lièdes et les plus méchants, ne seront pas, à la fin de leur vie, les plus saints et les plus parfaits'? Il est certain que le Saint-Esprit les aimera ardemment jusqu'au dernier souffle de leur vie, et que nous devons les aimer aussi de la sorte jusqu'à ce terme. Voyez maintenant combien vous coulristez l'Esprit-Saiiit, si vous n'aimez pas un homme que cet Esprit d'amour prend pour son enfant, et qu'il aimera peut-être éternellement beaucoup plus que vous.

4° On peut considérer le prochain comme un temple de la très-sainte Trinité Si nous avions autant de lumière que les anges, ces esprits qui sont commis à notre garde et qui nous accompagnent sur la terre, nous verrions cette grande merveille, que l'homme est le plus noble ouvrage de la puissance de Dieu, et le temple vivant où habile toute la sainte Trinité. Ce même Dieu infini que les anges et les élus adorent dans le ciel, est présent dans l'àme de mon prochain, et y exécute ses décrets pleins de sagesse; il y est avec cette beauté et ces perfections qui font le bonheur et la félicité du ciel ; ce même Dieu d'amour, qui a dit ; ce que vous aurez fait à un des moindres des miens, c'est à moi que vous F aurez fait, est présent dans mon prochain, et veut y être aimé. Malheur à celui qui n'aime pas l'homme dans lequel habile un Dieu si grand, et dans lequel il veut être aimé ! ce sont là les vérités et les maximes dans lesquelles consistent la véritable charité. Celui qui voudra les acquérir et les posséder parfaitement, doit les méditer jusqu'à ce qu'il arrive à les avoir présentes clans toutes les occasions et dans toutes les rencontres avec le prochain, et jusqu'à ce qu'elles dirigent toute sa conduite.

Page 1