ARTICLE II
Au milieu du monde, dans la fréquentation avec le prochain, se tenir en la présence de Dieu, et occuper son cœur à de saintes affections.
Jusqu'ici nous avons vu comment on doit principalement pratiquer la charité dans la solitude, étant séparé du monde. Nous allons maintenant voir comment on doit la pratiquer de fait dans nos relations avec le prochain, afin que notre conduite soit, en toutes choses, parfaite et surnaturelle. C'est à cela que nous vont servir les pratiques et les affections suivantes :
Le Ier exercice, c'est d'avoir une sincère compassion des persounes affligées. Quand vous aurez donc affaire avec de telles personnes, représentez-vous alors que Jésus-Christ triste, affligé et abandonné, demande de vous, dans ces personnes, du secours et de la consolation ; à ces considérations vous pouvez former dans votre cœur toutes sortes d'affections. i° Un ardent amour envers Dieu et envers ces personnes qu'il veut que vous aimiez en vue de lui.
2° Avoir une sincère compassion, à cause de leurs afflictions.
5° Offrir à Dieu le sang de J.-C, et le prier de les consoler et do les délivrer de leur croix.
4° Les recommander dans la plaie du cœur de Jésus, et le prier de les fortifier dans leurs souffrances; de leur accorder la patience et la résignation à sa sainte volonté. A cette charité intérieure joignez aussi la charité extérieure. Montrez-la dans tout votre maintien, par vos regards, pr.r vos paroles douces et consolantes, enfin dans toute votre conduite, que ces personnes affligées puissent voir qu'elles out affaire à un véritable ami, à un cœur compatissant.
Le 2e exercice, c'est de se réjouir réellement avec ceux qui sont dans la joie et le contentement. Si vous avez donc
à traiter avec quelqu'un qui vit content, qui est dans la joie, soit à cause de son état de vie, soit qu'une affaire lui ait bien réussi, soit pour toute autre bonne raison, représentez-vous simplement que c'est Jésus-Christ qui consoie cette àme, par sa bonté iniinie. A cette pensée, formez toutes sortes d'affections.
1° Formez un ardent amour envers Dieu et envers cet homme qu'il veut que vous aimiez en vue de lui.
2° Excitez en vous une joie sincère, à cause du bonheur dont jouit cet homme par la grâce de Dieu.
3° Offrez à Dieu le sang de J.-G. pour lui, et priez-le de lui augmenter ce bonheur, ce contentement.
4° Recommandez-le dans les plaies de J.-C, et priez que Dieu lui accorde en ce jour de nouvelles grâces et miséricordes. Montrez aussi extérieurement cet amour que vous portez dans votre coeur, par la part que vous prenez au bonheur du prochain.
Le 5e exercice, c'est de traiter avec la plus grande douceur les personnes qui sont d'une humeur difficile ou pour lesquelles on sent de la répugnance. Si vous avez affaire avec une telle personne, représentez-vous simplement que toute la sainte Trinité habite en elle, et veut que vous l'aimiez en elle comme dans son enfant. Que cette pensée vous fasse produire toutes sortes d'affections. Ie Un ardent amour pour Dieu et pour le prochain qu'il veut que vous aimiez en vue de lui.
2° Le remercier pour toutes les grâces et miséricordes qu'il a accordées au prochain.
5° Offrez à Dieu le sang de J.-C. en expiation pour tous les péchés que le prochain a jamais commis.
4° Priez Dieu par les mérites de ce sang précieux, de combler le cœur du prochain de grâces et de miséricordes.
Outre ces affections intérieures, ayez soin de ne montrer extérieurement que charité et douceur.
Le V exercice, c'est de traiter avec douceur et condescen-
dance les personnes qui viennent nous demander un conseil ou une assistance.
Quand donc une personne s'adresse à vous pour une telle raison, représentez-vous simplement, comment Jésus veut être aimé de vous dans cette personne. A celle pensée formez toutes sortes de saintes affections. 1° Un amour fervent envers Dieu et envers celle personne, en vue de lui.
2° Un saint désir de l'assister et de satisfaire entièrement à sa demande.
3° Invoquez pour elle la grâce et la miséricorde divine afin que Dieu l'assiste dans ses peines.
4° Recommandez-la dans le cceur et les plaies de J.-C, priez-le d'être pour elle un Père de miséricorde. Avec celle disposition du cœur, agissez aussi extérieurement en satisfaisant à la demande de celle personne, s'il vous est possible, et qu'elle ne demande rien de contraire à Dieu.