‹ Maximes spirituelles et diverses instructionsChapitre 28 sur 53 · REGLES OU MAXIMES D'UNE AME QUI DESIRE AIMER DIEU SINCÈREMENT · texte numérisé non relu

REGLES OU MAXIMES D'UNE AME QUI DESIRE AIMER DIEU SINCÈREMENT

Conserver son cœur pur de toutes les inclinations déréglées.

Une âme qui veut uniquement aimer Dieu, qui a pris celle ferme résolution, doit aussi se décider fermement à détacher son cœur de toutes les créatures, à le purifier de toutes les iucliuaiions déréglées. L'Esprit-Saiol exi^e indispensable-

ment celte disposition, avant de posséder notre cœur et d'y allumer le feu de son amour. Pour bien expliquer une doctrine si importante, nous allons donner quelques règles dont l'observation conduira l'âme à la perfection en peu de temps.

Première règle.

Le premier progrès qu'on doit faire dans la mortification, c'est de ne jamais rien accorder à la sensualité. Je choisis pour modèle quelques mortifications des Saints.

Premièrement. Les Saints avaient soin de surveiller leurs regards de différentes manières. 1° Ils ne fixaient jamais les yeux sur des objets qui auraient pu leur occasionner la moindre tentation. 2° Pour vaincre la curiosité, ils avaient grand soin de détourner les regards de ce qu'ils avaient envie devoir. 3° Pour se priver d'un plaisir innocent, ils ne regardaient jamais à une fenêtre qui donnait sur de beaux jardins , ou sur d'autres endroits très-agréables. 4° La plupart du temps ils tenaient les yeux baissés, afin de se conserver dans le recueillement, et dans la préseuce de Dieu.

Deuxièmement. Les Saints étaient des ennemis déclarés de toute sensualité dans le boire et le manger. 1° Ils ne prenaient jamais rien hors des repas, pendant la journée, à moins que l'obéissance, la nécessité, l'usage de la maison ne l'exigeassent. 2° Ils ne se plaignaient de rien ; ils étaient contents de tout; ils prenaient pour eux ce qu'il y avait de plus mauvais, et laissaient aux autres ce qu'il y avait de mieux. 3° Ils s'abstenaient quelque temps de certaine Dourrilurequi était le plus de leur goût. 4° A certains jours ils prenaient dans la bouche des herbes amères ou de l'absinthe, pour s'ôter le goût du boire et du manger.

Troisièmement. Les Saints fermaient leurs oreilles avec soin. 1° Ils ne voulaient jamais écouler leurs propres louanges, et les empêchaient autant qu'il leur était possible; s'ils ne pouvaient les empêcher, ils les désapprouvaient dans leur cœur, ou ils formaient un acte d'humilité. 2° Lorsqu'ils sentaient la curiosité d'entendre ou d'apprendre quelque

nouvelle, ils ne s'informaient de rien et ils réprimaient cette curiosité. 5° Ils n'écoulaient aucune médisance, aucun mauvais rapport, et si on voulait leur raconter ce que d'autres avaient dit d'eux, ils répondaient qu'ils n'en voulaient rien savoir. 4Q Ils n'écoulaient aucun entretien sur les défauts du prochain, ils interrompaient de pareils discours, ou ils gardaient au moins le silence et les désapprouvaient par leur maintien.

Quatrièmement. Les Saints retenaient leur langue avec grand soin. 1° Ils étaient très-stricts sur le silence; pendant tout le temps qu'il devait être observé, ils ne disaient pas un seul mol sans nécessité. 2° Ils ne se plaignaient de personne ni d'autres choses, ils ne murmuraient jamais sur rien, et tous leurs entretiens étaient pleins de bonté, de charilé et de douceur. 5° Ils ne reprochaient jamais aux autres leurs fautes; ils ne se disputaient jamais avec personne; ils conservaient partout la paix et la charité. 4° Ils ne parlaient jamais des défauts d'autrui, et ils mettaient toujours la renommée des autres au-dessus de la leur.

Cinquièmement. Les Saints châtiaient leur corps par toutes sortes de pénitences : par la discipline, par des ceintures garnies de pointes de fer, en dormant sur des planches, et par toutes sortes d'autres mortifications. Vous êtes le plus agréable à Dieu, lorsque vous faites ce que l'obéissance vous permet de faire.

Deuxième règle.

Jamais, dans aucun événement, ne donner lieu à la colère et au mécontentement. Ceci est une des plus importantes mortifications. En voici les exercices :

1er exercice. Réprimer les premiers mouvements de la colère. Lorsque nous éprouvons ces mouvements, nous devons alors élever aussitôt notre cœur vers Dieu, étouffer celle révolte de la nature, prier et offrir le sang de Jésus- Christ pour ceux contre lesquels nous seuions ces mouvements.

2* exercice. Répondre avec douceur aux paroles dures et blessantes. Rien ne doit être capable d'exciter notre colère. Ces paroles de douceur que Jésus adressait à Judas lorsqu'il l'avait trahi, doivent être notre règle, pour répondre aux paroles dures et blessantes qu'on nous adresse.

5e exercice. Nous conduire avec bonté et douceur envers les personnes d'un caractère difficile, rebutant et contrariant. Il n'est pas difficile de traiter avec des personnes aimables, qui sont de bonnes mœurs, paisibles, agréables, vraiment pieuses ; ce n'est pas une vertu de traiter de telles personnes avec bonté et douceur. Qui n'aimerait pas de telles personnes? iMais traiter avec bonté et douceur des personnes qui sont contrariantes, colères, querelleuses, imaginaires, difficiles, qui vous dédaignent, c'est une vertu de grande mortification, et d'une charité très-relevée.

^exercice. Récompenser le mal par le bien. Lorsqu'on nous aura fait quelque mal, ou causé une peine ou l'autre, nous devons aussitôt chercher à le récompenser par un bon service. Ceci est la doctrine de Jésus-Christ. On ne peut pas dire plus que cette maxime.

Troisième règle.

Renoncer en tout à sa propre volonté. Cette règle consiste dans les exercices suivants :

1er exercice. Offrir à Dieu notre volonté, sans exception aucune. Nous devons donc chaque jour abandonner notre volonté à Dieu, sans aucune exception, la lui offrir de tout notre cœur, avec un ferme propos de ne jamais rien faire sciemment qui soit contraire à sa sainte volonté.

2e exercice. Rester toute la journée fidèle à celle offrande de notre volonté. N'entreprendre pendant la journée que ce que nous reconnaissons être actuellement le plus agréable à Dieu. Si nous douions laquelle de deux actions lui est la plus agréable, nous devons alors choisir celle qui est le plus contraire à notre volonté et à nos autres inclinations. De cette manière nous serons sûrs de trouver la volonté de Dieu.

3e exercice. Nous soumettre entièrement, sans exception, à nos supérieurs, ou à ceux qui dirigent noire conscience. Ce point est peut-être le plus nécessaire dans toute la vie religieuse. De là dépend entièrement l'exécution de la conduite de Dieu envers nous, de là dépendent de grandes grâces de perfection, et souvent le salut éternel en dépend.

4e exercice. Se soumettre volontiers à la volonté des autres, dans les choses qu'on peut faire sans blesser les règles ou les statuts. Ceci esi une espèce de mortification, que les Saints ont pratiquée dans toutes les occasions, et que nous devons imiter, si nous voulons prétendre à acquérir la même vertu et la même gloire qu'ils se sont procurées par celte conduite.

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