DE LA MORT SPIRITUELLE ET DU DÉPOUILLEMENT DE TOUTES LES CRÉATURES
Une âme qui veut arriver à Dieu, l'aimer parfaitement , entrer en intimité et union avec ce bien suprême, en qui seul consiste toute la félicité véritable, doit mourir entièrement à elle-même, se dépouiller de l'amour de toutes les créatures, et vivre dans ce monde, comme si elle y était seule avec Dieu. Sans cette mort spirituelle, une âme peut bien faire beaucoup de bonnes œuvres, et amasser beaucoup de mérites pour l'éternité, mais elle ne pourra
pas devenir parfaite et obtenir on atteindre le pur amour de Dieu. Elle ne pourra pas s'unir à Dieu, son bien suprême et unique, aussi longtemps qu'elle conservera un attachement désordonné pour quelque créature que ce soit. Dieu est un esprit infiniment pur, et une âme ne parviendra jamais à être intime avec lui, aussi longtemps qu'elle conservera quelqu'inclination vicieuse pour les créatures. Il ne suffît pas de purifier son cœur des grands attachements : les grands et les petits doivent être bannis du cœur, si l'on veut y préparer une demeure digne de Dieu, digne du Seigneur du fiel et de la terre. Un fil est bien faible, cependant il suffit pour retenir un oiseau et l'empêcher de s'élever dans les airs. Bref, aussi longîemps qu'une âme n'est pas entièrement détachée de toutes les créatures sans exception, aussi longtemps elle travaillera en vain pour atteindre son but. Elle a beau prier et demander; faire beaucoup de bonnes œuvres et de mortifications pendant grand nombre d'années ; sans cet entier détachement, elle sera toujours exclue de ce cellier céleste, où selon l'expression de l'Eeriture-Sainle, l'Esprit-Saint conduit sa bien-aimée , l'âme purifiée. Comme tout dépend de cet exercice, nous allons l'expliquer en détail; on ne demande autre chose, que de bien imprimer cette doctrine dans son cœur et dans son esprit pour y conformer sa conduite journalière.
ARTICLE PREMIER
DE LA MORT SPIRITUELLE, ET DU DÉPOUILLEMENT DE TOUTES LES CRÉATURES , PAR LE MEPRIS DE LESTIME DES HOMMES ET DU RESPECT HUMAIN.
Méditation sur l'exemple que J.-C. a donné, dans ses souffrances et dans sa passion, à une âme qui désire V aimer et s unir à lui.
i'r point. Jésus-Christ, votre divin Sauveur, était le souverain Seigneur du ciel et de la terre, le Créateur de
toutes choses, la source de tout bien, et cependant, par amour pour vous, il a voulu passer pour le dernier des hommes, n'être considéré que comme un ver de terre. 11 a pratiqué cette abjection, il y a été soumis tonte sa vie; mais surtout pendant sa passion où elle fut extrême. La veille de cette passion douloureuse, Judas, qu'il avait choisi pour un de ses meilleurs amis, le vendit pour trente deniers, prix d'un vii animal ; pour trente deniers a été vendue la vie du Seigneur du ciel et de la terre, et livrée à ses ennemis les plus sanguinaires. Pouvait-on jamais pousser le mépris plus loin?
Ensuite, les serviteurs du grand-prêtre et les soldats sont allés de la nuit au mont des Oliviers ; ils y ont pris votre divin Sauveur, l'ont garrotté, lui ont lié les mains sur le dos, lui ont jeté une chaîne autour du cou, lui ont lié une corde autour des reins, l'ont traîné à Jérusalem, à la lueur des lanternes, comme un insigne voleur ou meurtrier, accompagné d'une foule immense qui l'apostrophait par des blasphèmes et des cris de mépris. Tel fut le commencement de cette épouvantable abjection. La suite en fut encore plus terrible. Quel mépris n'a-t-il pas dû supporter dans la maison de Caïphe? Un serviteur lui donna un tel soufflet que le sang lui jaillit delà bouche et du nez ; d'autres lui bandaient les yeux, lui donnaient des soufflets, lui jetaient des crachats et de la boue à la figure et dans la bouche, et se moquaient de lui d'une manière inouïe. Qui au monde a jamais éprouvé un tel mépris, une telle abjection? Quel mépris n'a-t-il pas dû supporter lorsqu'il fut condamné à la mort? C'était la coutume, quand quelqu'un était conduit pour être crucifié, qu'un autre que le condamné portât la croix jusqu'au lieu du supplice; Jésus au contraire a dû l*y porter lui-même, comme si jamais personne n'avait mérité un plus grand mépris.
2e point. Jésus, votre divin Sauveur, était l'innocence et la sainteté mêmes; et cependant par amour pour vous, il a voulu passer pour le plus grand scélérat et le plus grand
malfaiteur. Considérez bien, mon âme, pt écoutez les blasphèmes dont on l'accable, et les calomnies qu'on vomit contre lui. Les uns disaient qu'il était un trompeur, qu'il répandait une fausse doctrine, et qu'il séduisait le peuple; les autres, qu'il était un orgueilleux, un ambitieux qui avait voulu se faire roi d'Israël; d'autres disaient qu'il était un ivrogne, homme de bonne chair, un gourmand ; qu'il était possédé du démon; qu'il avait un commerce secret avec l'enfer, et que c'était par ce moyen qu'il faisait des miracles; d'autres lui reprochaient qu'il était un blasphémateur qui se faisait passer pour le Messie promis; d'autres lui attribuaient toute- sortes d'autres grands crimes et méfaits. Ces imputations prouvent qu'on le regardait pour le plus méchant, le plus impie des hommes, il y avait dans la prison un nomme Barabbas, assassin infâme, qui avait encore récemment commis un meurtre; ses mains étaient encore chaudes et teintes du sang qu'il avait répandu, c'est pourquoi on l'avait mis en prison; Pilate le présente au peuple à côté de Jésus, et demande lequel de ce? deux il veut délivrer! Ecoute, mon àme ! ô horreur! une foule immense était présente; pas une voix ne s'élève pour défendre Jésus ; tous unanimement crient : délivrez-nous Barabbas, et crucifiez lésus! Quel plus grand mépris pourrait-on imaginer ? La demande du peuple fut satisfaite : Jésus fut condamné à mort et crucifie entre deux larrons. Méditez maintenant ce mépris inhumain, auquel votre divin Sauveur fut exposé! Quand on conduit à la mon le plus grand malfaiteur, a-t-on jamais entendu qu'on se moque de ses souffrances? Quelque grands qu'aient été ses crimes, on ne les lui reproche pas; on a pitié de lui, dans la triste situation où il se trouve. Mais avec Jésus, on agit tout autrement. Il reste en vie sur la croix, 1' trois heures; une foule immense l'en-
toure: personne n'a pitié de lui; tous lui adressent des injures ; ils grincent les dents contre lui, lui disant : où est votre pouvoir ? Vous avez voulu détruire le temple et le rebâtir en trois jours; il a délivré les autres, et maintenant il
ne peut pas se délivrer lui-même. Ils secouaient la tête, eu disant: si vous êtes le Fils de Dieu, descendezmainlenant de la croix, et nous croirons en vous; et d'autres injures semblables qu'on lui adressait. Pendant qu'on l'accablait de ces injures, Jésus rendit l'esprit.
3e jmnt. Jésus était la sagesse éternelle, et cependant il a, par amour pour vous, voulu passer pour un insensé. C'est une des injures les plus sensibles, et un grand mépris quand on traite d'insensé un homme honnête et loyal. Jésus a voulu supporter ce mépris pendant sa passion. Les serviteurs l'ont garrotté et conduit chez Hérode, qui l'interrogea par pure curiosité, et Jésus ne lui ayant donné aucune réponse, il en fut traité comme un insensé, comme un homme simple et sans éducation qui ne savait rien dire devant de grands seigneurs; en signe de quoi, Hérode le fit revêtir d'une robe blanche; toute sa cour le traita d'insensé, ainsi que la foule qui accourut sur son chemin lorsqu'Hérode le lit reconduire chez Pilate. Ainsi passa-t-il par les rues de Jérusalem, parmi les cris injurieux et les moqueries. Ce fut là surtout, chez Pilate, que commencèrent contre lui des mépris et des moqueries encore plus atroces. On l'y dépouilla de ses habits devant tout le peuple; on jeta sur lui un vieux manteau de pourpre; on lui mit, en forme de sceptre, un roseau à la main, une couronne d'épines sur la tête; par forme de moquerie on fléchissait devant lui, en disant: je vous salue, roi des Juifs; ou lui crachait à la figure; en lui reprit le roseau de la main, avec lequel ils enfoncèrent, à grands coups, la couronne d'épines dans la tête, avec une telle barbarie, que le sang jaillissait de toute part; on le félicitait de sa dignité royale; on invitait la l'ouïe à ployer le genou devant lui. Jamais personne n'a éprouvé rien de semblable. Quel mépris!
4e point. Prenez le crucifix à la main, regardez-le fixement, et représentez-vous vivement que de la croix Jésus vous adresse ces paroles : Ame chérie ! je vois bien que vous désirez fortement d'être intimement unie à moi, par
le lien de l'amour; mais sachez que votre désir ne peut pas avoir sou effet aussi longtemps qu'il y aura entre vous et moi une grande dissemblance. Considérez vous-même combien peu votre vie est conforme à la mienne. Je suis le plus grand Seigneur du ciel et de la terre, l'unique source de tout bien, et cependant, par amonr pour vous, je me suis abaissé jusqu'au dernier degré; j'ai voulu supporter les injures les plus atroces, les plus grandes injustices, telles que le plus grand malfaiteur n'en a jamais supporté de semblables. Je suis l'innocence et la sainteté en personne, et cependant, par amour pour vous, j'ai voulu me laisser accuser des plus grands forfaits ; je me suis laissé traîner d'un juge à l'autre, comme le plus grand criminel, et condamner à une mort honteuse. Je suis la sagesse éternelle, et nonobstant, par amour pour vous, je me suis laissé moquer, comme un insensé, cracher à la figure, et faire mille autres injures. Dans tous ces traitements je n'ai jamais donné entrée dans mon cœur au moindre courroux, jamais laissé altérer la douceur de ma physionomie ; je n'ai jamais dit mot pour me justifier; je n'ai jamais ouvert la bouche, pour me plaindre des injures que je recevais ; je n'ai jamais porté rancune, et j'ai tout supporté en silence. J'ai prié dans mon cœur pour ceux qui me méprisaient, et j'ai donné ma vie et répandu mon sang sur la croix pour leur bien-être et pour leur salut. Maintenant, âme chérie, considérez votre vie, et voyez quelle différence il y a entre vous et moi : vous êtes une pauvre créature, un ver de terre, un pur néant, et vous voulez être honorée, estimée et aimée de tous les hommes; vous voulez être élevée au-des>us des autres et avoir sur eux un rang de priorité: vous vous formez de vous-même des idées élevées dans votre imagination, comme si ce que vous avez n'était pas une œuvre de ma main, un don de ma libéralité; vous vous l'appropriez a vous même. Vous êtes une âme pécheresse, chargée de beaucoup de péchés et de beaucoup d'imperfections, portée à beaucoup de mauvaises inclinations, et vous voulez passer pour pieuse, dévote et sainte ;
tous voulez qu'on loue et qu'on exalte vos vertus et vos bonnes œuvres, et qu'on ne critique jamais vos inlenlions et vos entreprises; le moindre mot contre votre honneur, vous ne pouvez le supporter sans émotion de cœur; le moindre mépris, vous ne pouvez le supporter sans impatience, et en silence; vous ne pouvez supporter, sans vous plaindre, un seul tort, une seule médisance, un seul mot de moquerie ; comment, dans tout cela, votre vie peut-elle être conforme à la mienne?
Continuez à méditer sur la différence de votre vie avec celle de votre divin Sauveur, jusqu'à ce que vous reconnaissiez parfaitement votre ambition et votre orgueil. Alors embrassez votre Sauveur, détestez votre vanité; humiliezvous devant Dieu ; prenez la ferme résolution de travailler à acquérir la plus profonde humilité, et à vous exercer au mépris de l'honneur et de l'estime des hommes, de la manière qu'on va l'expliquer.
Exercices intérieurs dont Mme doit s'occuper, pour imiter Jésus-Christ dans cette vertu.
lep exercice.
Considérez-vous vous-même selon la nature, et pénétrezvous bien de la vérité suivante : de ma nature je ne suis qu'un pur néant, un peu de boue, une poussière de la terre. Entre moi et une poignée de terre il n'y a pas d'autre différence, sinon que Dieu a laissé celle-ci dans son étal primitif, et qu'il m'a fait homme, sans aucune coopération, sans aucun mérite de ma part. De tout ce qui est en moi, il n'y a rien de mon œuvre, mais le tout est une œuvre de la puissance et de la bonté de Dieu. Si Dieu m'abandonnait en ce moment, je retomberais dans mon néant, et je serais comme j'étais il y a mille ans. Si cela est ainsi, et c'est une vérité infaillible de la foi, comment donc puis-je m'estimer moi-
même, et désirer être estimé des autres? Qui estime une poignée de terre? Qui la respecte? Qui la loue? Qui l'aime? Qui eu parle? Ou n'en parle jamais que comme d'une chose vile et méprisable; on n'y pense qu'avec dédain; on la foule aux pieds ; on la tient pour ce qu'il y a de moindre sur la terre. Si je ne suis donc qu'une poignée de poussière, et si en vérité devant les yeux de Dieu, il n'y a pas de différence entre moi et celte poussière, que puis-je donc désirer et chercher autre chose que ce qui arrive à cette poussière? Sans doute, j'ai maintenant un corps humain, une âme immortelle, des biens temporels et des qualités naturelles ; mais de tout cela, rien ne m'appartient, tout est un pur dou de Dieu. Si je me l'attribue et en désire être estimé et respecté, je commets la plus grande injustice; je dérobe à Dieu l'honneur qui appartient à lui seul, je lui enlève le plus grand bien qu'il cherche dans sa créature.
Après avoir bien pesé et considéré ces vérités,
1° Abaissez-vous dans votre néant , reconnaissez sincèrement que vous n'êtes qu'un néant, un peu de poussière; que vous n'avez rien de vous-même par quoi vous puissiez vous préférer à la poussière.
2e Déposez devant Dieu tous les dous naturels ; reconnaissez qu'ils sont un pur don de sa main paternelle, pour lequel vous devez le remercier humblement.
5° Détestez les vanités et la recherche des honneurs et de l'estime que vous vous êtes permise pendant votre vie ; faites un ferme propos de ne jamais plus souffrir en vous une vaine pensée.
4° Priez Dieu de ne jamais plus permettre qu'un homme vous loue et vous témoigne du respect, si ce n'est que Dieu en soit loué et glorifié.
2e exercice.
Considérez-vous dans l'état moral où vous avez vécu depuis des aunées; et méditez bien cette vérité : si je ne
veux pas volontairement fermer les yeux et me cacher à moi-même ma propre misère, je reconnais que je suis un sujet digne de l'enfer et qui aurait déjà dû y brûler depuis des années, sans espoir d'en sortir jamais. J'ai péché, la conscience me le dit; après le pardon, je suis retombé dans mes anciens péchés, je le sais par expérience. Un seul péché mortel suffit pour me damner, la foi me l'enseigne. Comment puis-je donc admettre dans mon cœur une seule pensée qui tende à m'élever, à m'estimer? Quelle différence y a-t-il donc entre moi et les habitants de l'enfer? Ils ont péché, ils ont mérité l'enfer; je l'ai aussi mérité. Par leurs péchés ils ont mérité d'êlre précipités dans cet état, où ils sont méprisés et maudits du ciel et de la terre, des anges et des hommes. Je me suis rendu digne du même état, de la même punition. Je vis encore sur la terre, je suis en état de grâce, comme je l'espère ; et j'espère aussi, avec la grâce de Dieu, aller régner éternellement avec lui dans le ciel. Mais à qui dois-je l'attribuer? 0 Père de miséricorde ! ô mon Dieu ! c'est à vous seul que je dois de ne pas être déjà en enfer, de ne pas être dans ce misérable état où je serais maudit de toutes les créatures, et pour toute l'éternité. C'est à vous, et à vous seule, ô bonté infinie ! que je dois celte grâce. Votre justice a puni les damnés comme ils l'ont mérité! Votre miséricorde m'a préservé de ce châtiment; je baise votre main ! à vous seul toute louange, ô mon Dieu ! pour moi, je ne mérite que ce qui est déjà arrivé aux malheureux damnés, savoir d'être maudit de toutes les créatures.
Après avoir bien médité ces vérités, prenez le crucifix en mains.
i° Reconnaissez sincèrement que vous êtes une âme pécheresse; que vous avez souvent offensé Dieu; que vous avez mérité l'enfer; que vous auriez déjà dû y brûler depuis longtemps; que ce n'est que la boulé, la miséricorde de Dieu, qui vous en a préservé.
2° Humiliez-vous , et jetez-vous en esprit parmi les
damnés ; reconnaissez que vous avez mérité aussi bien qu'eux les peines éternelles et la malédiction des créatures; et qu'entre eux et vous il n'y a que cette différence, qu'ils sont morts sans pénitence, et que Dieu vous a conservé par sa bonté infinie.
5° Attribuez tout l'honneur à Dieu, qui n'a rien trouvé en vous, pour vous accorder une telle miséricorde ; louez et remerciez-le de tout votre cœur.
4° Détestez votre orgueil, votre ambition, votre vanité, du fond de votre cœur, et prenez la résolution de marcher dorénavant en la présence de Dieu, en avançant de plus en plus dans les voies de l'humilité.
3e exercice.
Considérez-vous dans l'état où vous êtes actuellement, et observez bien les vérités suivantes :
J'ai la confiance d'être un enfant de Dieu, doué de sa grâce, et destiné pour le ciel. J'ai servi Dieu depuis de longues années ; amassé beaucoup de mérites pour l'éternité. Depuis longtemps, je me suis abstenu de grands péchés et je suis dans la résolu lion de mourir plutôt mille fois que d'offenser Dieu par un seul péché mortel. Je m'efforce tous les jours de m'unir de plus eu plus à Dieu, et je fais de plus en plus de bonnes œuvres. Mais, combien peu est tout cela! Tenez-vous recueillie, mon âme! regardez d'un côté toutes les grâces que Dieu vous a accordées, de l'autre le peu de bonnes œuvres que vous avez faites, et considérez bien quelle louange et quel honneur ces œuvres vous ont mérités. Qu'aurait fait, pensez-vous, un de ces malheureux esprits qui sont en enfer, si Dieu lui avait accordé, après sa chute, autant de grâces qu'il vous en a accordé? 11 est certain, qu'il aurait fait plus de pénitence, avancé plus dans l'amour de Dieu, travaillé plus pour la gloire de Dieu, pratiqué plus de vertus, en une semaine, que vous pendant toute votre vie.
Continuez vuîre considération. Qu'aurait fait, pensez-
vous, le plus malheureux des damnés, si Dieu lui avait accordé autant de grâces, autant de lumières, autant d'émolions du cœur, qu'il vous en a accordé jusqu'à cette heure? Croyez-moi, il aurait fait autant en un mois, que vous avez fait de toute votre vie par amour pour Dieu.
Allez plus avant! Que pensez-vous que ferait le plus grand pécheur du monde, si Dieu le plaçait dans Tétai où vous êtes, s'il lui accordait autant de secours temporels et spirituels, autant d'inspirations qu'à vous? Quelles merveilles ne s'opéreraient pas dans son cœur? Quelles rudes pénitences ne ferait-il pas? Combien il avancerait dans l'amour de Dieu ! A quelle sainteté ne parviendrait-il pas ? Tournez maintenant vos regards sur vous-même, et voyez ce que Dieu a opéré en vous par tant de grâces. Vous devriez maintenant fondre en amour pour Dieu, comme Sle. Thérèse; vous pourriez, et vous devriez maintenant être tout enflammé de piété et de ferveur dans l'oraison et dans l'union avec Dieu, comme Ste. Françoise de Chantai. Vous pourriez et vous devriez maintenant être purifié de toute vanité, de toute ambition, de toute imperfection, de tout péché. Vous pourriez et vous devriez déjà être un grand saint, parce que les grâces que Dieu vous a données ont été assez abondantes pour l'être. Où sont donc maintenant les fruits que de tels bienfaits auraient dû produire en vous, et qu'ils auraient produits dans le plus grand pécheur, si Dieu les lui avait accordés comme à vous? 0 bonté infinie! ô mon Dieu ! j'ai honte devant vous, je n'ose pas lever les yeux, je reconnais la vérité; vos grâces envers moi ont été suffisantes pour me rendre mille fois saint. Si je considère ma faible coopération, je dois avouer que je suis l'âme la plus ingrate qui se trouve sur la terre. Jusqu'à ce jour, je ne me suis pas corrigé d'un seul vice; je n'ai pas encore acquis parfaitement une seule vertu ; je fais ma prière avec beaucoup de distractions et de nonchalance. Mou amour est froid, est sans ferveur ; la vanité corrompt ma charité ; je transgresse le silence par des paroles et des entreliens inutiles ; je suis
inconstant dans le recueillement. La moindre réplique renverse en moi la douceur. Mon humilité ne peut supporter aucun mépris, sans ressentir de la douleur; mon obéissance veut suivre ses propres sentiments; ma mortification veut s'accorder avec mes aises. Telle est la situation de mes vertus. Aucune n'est sans défaut, sans faute. Si je n'avais pas de péché sur la conscience, mes vertus suffiraient pour me rendre méprisable. Comment est-il possible, ô Seigneur! que je puisse m'estimer et me complaire en moi-même pour mes imperfections mêmes; me croire riche dans ma pauvreté, et désirer en être loué, tandis que je mérite d'en être châtié '? O Seigneur ! que mes vertus sont affreuses à vos yeux de toute pureté î que de choses repréheusibles y irouverez-vous ! que de désordres étonnants découvrirezvous dans mon cœur!
Après avoir sérieusement médité ces vérités, formez les affections suivantes :
1° Entrez profondément dans votre néant, jetez-vous nonseulement sous les pieds de tous les saints, mais encore sous ceux de tous les damnés et de tous les démons, et reconnaissez sincèrement que vous ne connaissez aucune créature, qui, après tant et de si grandes grâces, ait été aussi ingrate que vous l'avez été depuis tant d'années.
2° Etonnez-vous qu'il soit possible qu'il ait pu souffrir en vous une si grande et si longue tiédeur : qu'il ait pu vous donner tant de grâces, ayant prévu combien peu vous en profiteriez : qu'il continue jusqu'à ce jour, qu'il ne se fatigue pas de vous faire du bien et de vous inviter à son amour.
3° Rappelez-vous et exposez à votre Sauveur, tous vos péchés, toutes vos mauvaises inclinations, toutes vos imperfections, toutes vos vertus si faibles et si défectueuses ; reconnaissez qu'elles ne méritent que la colère de Dieu et le retrait de ses grâces, et que tout ce qu'il y a de bon n'est pas de vous , mais qu'il vient de l'opération de la puissance et de la bonté de Dieu.
° Délestez itérativement votre orgueil et votre vanité ;
priez-le de vous accorder sa divine lumière, afin de reconnaître parfaitement votre orgueil et de l'extirper entièrement de votre cœur.
4e exercice.
Considérez bien de quelle manière vous avez agi envers Dieu jusqu'à présent ; et imprimez dans votre esprit les vérités suivantes :
i° Je ne passe aucun jour sans offenser Dieu; un seul péché véniel est un si grand mal, qu'il cause à Dieu plus de déplaisir que toutes les bonnes œuvres de toute ma vie ne lui font déplaisir. Malgré cela je commets toujours des péchés véniels, et pour les moindres causes ; quelquefois, je les commets par respect humain, et j'offense Dieu pour ne pas déplaire aux hommes ; quelquefois c'est pour me donner mes aises, et j'offense Dieu parce que je n'ai pas eu le courage de me mortifier; d'autres fois, pour ne pas essuyer une petite honte je l'offense en transgressant la vérité. Je sais fort bien que Dieu, que celle Majesté infinie est mon Père bien-aimé et mon plus grand bienfaiteur; nonobstant je ne cesse de pécher et de l'offenser. S'il y a crainte d'offenser une connaissance, un ami, de déplaire à l'un ou à l'autre en quelque chose, je sais me vaincre, et dévorer les plus grands chagrins, pour ne rien faire qui puisse leur déplaire; mais quand il s'agit de déplaire à Dieu, je n'y fais pas attention, je l'offense comme si ce n'était rien, et je le fais tous les jours. Quand j'examine toute ma vie, je trouve que j'ai maintes fois manqué aux hommes; mais avoir manqué chaque jour à quelqu'un, soit à un ami, soit à un domestique, soit même à un ennemi, je ne l'ai pas fait; il n'y a que Dieu que j'offense tous les jours, et de temps à autre je l'offense à toutes les heures du jour. Que penserais-je, si une servante me manquait tous les jours ouvertement et volontairement? Que penserais-je, si quelqu'un de ceux auxquels j'ai fait beaucoup de bien. m'offensait tous les jours à dessein? si un concitoyen ou un voisin venait tous les
jours et sans la moindre raison me mépriser et se moquer de moi dans ma propre maison, qu'en penserais-je? et moi, que suis-je enfin? et Dieu, qui est-il? Il ne se passe pas un jour sans que je ne refuse quelque ehose à cette Majesté infinie; il ne se passe pas de jour qu'il ne me donne toutes sortes de bonnes inspirations. Tantôt il me demande que je me fasse violence, sur un point ou l'autre, pour son amour; tantôt que je pratique pour lui telle ou telle vertu. Et que fais-je? J'obéis de temps en temps, mais j'obéis avec répugnance; le plus souvent je le paie de refus, et je méprise sa volonté. Si un parent désire quelque chose de moi, je le fais, et je me réjouis de pouvoir le satisfaire. Je satisfais à une demande que me fait un homme que j'estime; mais si Dieu demande quelque chose de moi, je ne le fais pas, je le lui refuse tout net. Eolretemps, je lui demande tous les jours de nouvelles grâces, et s'il ne me les accorde pas de suite, est-ce que j'en suis content? Mais s'il me demande quelque chose, je le lui refuse, et ne m'en inquiète plus guère.
2° Il ne se passe pas de jour que je ne commette de nouvelles infidélités envers Dieu. Combien de bonnes résolutions fais-je tous les jours dans ma méditation du matin? et quand il s'agit de les observer je n'en accomplis aucune. Combien de fois ai-je promis à Dieu de ne plus commettre tel ou tel péché ? et je les commets de nouveau aussitôt que la moindre tentation m'attaque. Combien de fois me suis-je offert tout à Dieu, avec la résolution d'observer tous ses ordres? et aussitôt qu'il m'arrive la moindre contrariété, j'abandonne ma résolution. Combien de fois ai-je demandé pardon à Dieu , de tel ou tel péché, de telle ou telle imperfection? Et après que Dieu me les a pardonnes, je les commets de nouveau et très-souvent. En vérité, je n'oserais agir si grossièrement avec le dernier des mendiants. Quand j'ai manqué âcux ou trois fois à ma parole envers un homme, j'en suis houleux; je suis honteux de redemander un cadeau à un homme; si je demande pardon
à un homme d'une offense que je lui ai faite, et si une heure après je l'offense de nouveau, je suis honteux de ma manière d'agir. Tout cela je le fais envers Dieu et beaucoup plus, et cependant je me crois un enfant obéissant, un fervent serviteur ou servante de Jésus-Christ, une âme qui doit recevoir de grandes grâces de Dieu. E^t-ce que je ne jugerais pas tout autrement de mon prochain ? et quelle mauvaise opinion n'aurais-je pas de lui, s'il agissait à mon égard comme j'agis envers Dieu?
Après avoir bien imprimé ces vérités dans votre cœur, exprimez les affections suivantes :
1° Reconnaissez devant Dieu, que, de toutes les créatures, vous n'en connaissez aucune, qui, avec tant de connaissance que vous, soit aussi tiède et aussi imparfaite; qui, avec tant de grâces, soit aussi infidèle, aussi méchante et aussi ingrate pour tant de bienfaits.
2° Reconnaissez que vous avez mérité mille fois que Dieu vous retirât ses grâces, et qu'il les donnât à d'autres qui en profiteraient bien mieux que vous ; enfin que vous avez mérité qu'il retirât de vous sa main paternelle, et qu'il vous damnât, en punition de votre ingratitude.
5° Louez et bénissez-le de toutes vos forces, de ce qu'il ne s'est pas fatigué de vos péchés, de ce qu'il n'a pas cessé de vous faire du bien, de ce qu'il vous a comblé de nouvelles grâces, de vous avoir éclairé, de vous avoir accordé de nouveaux bienfaits, malgré vos infidélités et vos méchancetés journalières.
4° Réjouissez-vous de tout votre cœur, de ce qu'au dernier jour Dieu seul sera loué de toutes les créatures pour tout ce qu'il a fait en vous et pour vous.
Des exercices ou pratiques d'humilité qu'on doit tirer de ces vérités.
1er exercice. Je ne m'arrêterai jamais un instant à aucune vaine pensée, et je ne me complairai jamais en moi-même;
mais je m'efforcerai de détruire de telles pensées dès le commencement. Rien n'est plus à craindre qu'une vaine pensée. Une seule de ces pensées à laquelle on s'arrête volontairement, nuit plus à l'âme que tous les démons.
C'est pourquoi vous devez faire avec ces pensées, comme vous feriez à l'aspect d'un démon, c'est-à-dire, avoir à l'instant recours à Dieu , et ne donner aucune entrée dans votre cœur à ces pensées.
2e exercice. Je ne dirai jamais un mot pour m'atlirer la moindre louange, je ne ferai jamais une seule action dans le dessein de m'atlirer la vaine louange des hommes. Tous les dons naturels et surnaturels que Dieu m'a accordés dans sa bonté paternelle, je les cacherai aux yeux des hommes et dans l'intérieur de mon cœur, j'en attribuerai tout l'honneur et toute la louange à Dieu, qui est la source de tout bien. Les grâces, les vertus et les bonnes œuvres qui sont en nous, personne ne doit les connaître, excepté Dieu, nous, et notre Père spirituel. Quand on ouvre la cage à un oiseau, il s'envole et nous échappe : quand nous ouvrons la bouche pour faire connaître nos vertus, elles s'envolent et nous les perdons. Pour conserver en nous ce peu de bien, rien n'est si efficace que l'humble silence.
5e exercice. Quand quelqu'un me louera, je rentrerai dans mon cœur, j'y regarderai mes péchés, ma misère et ma pauvreté ; accablé sous mes vices, je me jetterai en esprit sous les pieds des démons et des damnés, et j'attribuerai à Dieu seul tout honneur et toute louange; et celte louange que quelqu'un me donnera, je lâcherai de la détourner par un badinage, si possible, de faire tourner le discours sur autre chose, ou de faire comprendre d'une manière ou de l'autre, que je ne l'entends pas volontiers. Quand un voyageur rencontre pendant la nuit, dans un bois, un voleur de grands chemins, il s'effraie ; ainsi s'effraie une âme humble, quand on la loue, car l'âme est aussi fort en danger d'être dépouillée de son mérite et de la grâce de Dieu par la vaine louange, que le voyageur l'est d'être dépouillé du bien qu'il a sur lui par le voleur.
•4e exercice. Quand on me témoignera du respect que je ne pourrai pas empêcher, je ne veux pas en concevoir de la vaine complaisance, mais j'exciterai dans mon cœur le mépris de moi-même; mais je prierai Dieu avec ferveur, de me laisser vivre sur la terre parmi les mépris et les mauvais traitements, au lieu de la louange et de l'estime. On vous loue ou pour le bien qui est en vous, ou pour le mal qu'on ne connaît pas en vous. Si les hommes vous louent pour le mal qu'ils ignorent en vous, plaignez cette vanité, considérez vos défauts secrets, et représentez-vous que Dieu, qui connaît tout, a de vous des pensées tout autres. Si on vous loue pour le bien qui est en vous, soyez triste de cet aveuglement, regardez Dieu comme la source de tout bien, comme seul digne de toute louange. Celui qui s'attribue quelque bien est un voleur, il dérobe à Dieu l'honneur et la gloire qu'il cherche dans ses créatures et qu'il désire en recevoir.
5e exercice. Je m'appliquerai à ne laisser passer aucune semaine, sans accepter quelques humiliations par mépris de moi-même. De temps en temps je me priverai de quelque mets pour lequel je sentirai le plus de goût, je le donnerai à un pauvre ou à un malade, qui le mérite plus qu'un pauvre pécheur comme moi. De temps à autre je prendrai un pauvre à ma table, je m'entretiendrai avec lui de choses spirituelles ; les meilleurs mets de ma table seront pour lui, parce qu'il a plus de ressemblance que moi avec Jésus, pauvre et délaissé ; une autre fois j'irai visiter les pauvres el les malades dans leurs chaumières ; je les encouragerai à la patience par des paroles de piété ; je leur ferai l'aumône. 0 mon Dieu ! combien de pauvres il y a qui sont plus justes que moi , qui ont plus de mérites que moi auprès de vous, qui seront plus près de vous dans le ciel î et combien ils souffrent plus pour le ciel que moi ! Pourquoi serait-il honteux à moi de leur faire du bien, puisque mon Sauveur a voulu paraître sur la Drre dans leur état de misère et de souffrance, et pas dans le mien? Il n'y a personne avec qui Jésus à la croix ait plus de ressemblance qu'avec ceux qui vivent dans la pauvreté cl qui sont méprisés du inonde.
6S exercice. Je ferai tous les jours des efforts pour exciter de plus en plus dans mon cœur le désir de n'être ni loué, ni aimé, ni respecté de personne ; mais d'en être au contraire méprisé, persécuté, humilié. C'est une vérité, que j'ai mérité l'enfer. Qui me louerait, qui m'estimerait, qui me respecterait, qui m'aimerait, si j'étais en enfer? Le ciel et la terre, les anges et les hommes me maudiraient unanimement et pour toujours. Si j'ai donc mérité celte peine, pour quelle raison puis-je désirer d'être loué et estimé? par quel droit puis-je refuser d'être méprisé pour un petit temps dans cette vie, tandis que j'ai mérité de l'être pendant toute l'éternité en enfer ? Tous les torts, tous les mépris et les déshonneurs qu'on pourrait me faire sur la terre, ne sont pas à comparer avec ce que j'ai mérité.
Ie exercice. Les mépris, les affronts, les injustices, les médisances, les calomnies et tout ce qui peut m'arriver, j'accepterai tout avec joie de la main de Dieu, parce que j'ai mérité tout cela par mes péchés et mes imperfections. Je ne veux jamais m'en attrister ; je ne veux jamais m'en plaindre ; je ne veux jamais me justifier, ni en porter rancune; je veux, au contraire, aimer de tout mon cœur les auteurs de ces injustices, prier tous les jours pour eux comme pour mes meilleurs amis, les louer et les respecter dans toutes les occasions, et les récompenser par des bienfaits autant qu'il me sera possible. Voilà le véritable esprit d'une âme humble, qui désire imiter Jésus crucifié. Tant que les injustices et les persécutions occasionnent de la peine et de l'amertume dans votre cœur ; tant que vous vous en plaiguez à vos parents et à vos amis ; tant que vous vous justifiez et que vous vous disculpez, aussi longtemps la véritable humilité ne prend pas racine dans votre âme. De tels accidents occasionnent de la joie dans nue àme humble, parce qu'elle voit que son Sauveur la juge digne de marcher par le chemin où il a marché lui-même. Il n'y a rien de plus relevé que d'être méprisé et de souffrir, par amour pour Jésus, ce qu'il I souffert lui-même par amour pour nous. Uu seul mépris,
«ne seule persécution, une médisance, une calomnie qu'on souffre par amour pour Dieu, vaut plus que tout ce qu'on pourra jamais faire dans la vie religieuse. Une seule circonstance ou aventure de ce genre est plus agréable à une âme parfaite, que toutes les louanges et tous les honneurs du monde. Mais combien peu d'âmes se trouve-t-il de celte trempe ! Combien peu arrivent à ce degré de perfection ! Entrelemps, il est certain que nous ne devons pas faire grand cas de la situation de notre âme, tant qu'elle n'éprouve pas de semblables affections à l'exemple de Jésus crucifié.
8e exercice. J'offrirai tous les jours en holocauste d'amour à mon Sauveur crucifié, mon honneur, ma réputation ettcut ce qui peut y avoir rapport; je le prierai dévotement d'en user selon sa sainte volonté, partout où sa gloire peut être augmentée par les affronts et les mépris que je recevrai. Je le solliciterai d'empêcher tous les vices, et de ne permettre que ceux qui attaquent et qui déchirent ma réputation; je ne demande pour mes bonnes œuvres d'autre récompense, ni d'autre témoignage de son amour, que d'être méprisé et bafoué avec lui, bien entendu si cela peut servir à sa gloire, et je le prierai de me donner la grâce de supporter tout avec joie, patience et amour.
L'âme estimera pour une des principales maximes de l'Evangile, les vérités suivantes :
L'exercice le plus important qu'une âme puisse pratiquer, c'est d'être méprisée pour l'amour de Jésus. La plus grande grâce que Dieu accorde à une âme, c'est quand il l'abandonne à la langue des impies qui déchirent son nom. Il n'y a pas de chemin plus court pour arriver à Dieu que celui du mépris et des injustices exercées à notre égard. Si les Saints descendaient sur la terre, pour recommencer une nouvelle vie, ils ne choisiraient pas d'autre voie que celle du mépris et des persécutions. On n'arrivera pas à la vraie perfection, tant qu'on ne comprendra pas bien celte vérité. Jésus a été méprisé, bafoué, persécuté; et s'il avait connu un meilleur chemin, il nous l'aurait certainement enseigné
par son exemple. Il est étonnant que tant d'âmes qui se sont exercées à la vertu depuis nombre d'années, aient tenu cette vérité comme inconnue et non en usage. On doit enfin commencer, on doit persévérer, et persévérer jusqu'à la fin. Et aussi longtemps que je ne trouve pas cet esprit dans une âme, je ne fais pas grand cas de ses prières, de ses veilles, de ses larmes de dévotion, de ses consolations intérieures, de ses aumônes, de ses œuvres de miséricorde et de ses autres bonnes actions. Ces œuvres-là, Dieu les récompensera dans le ciel, mais elles ne rendent pas une âme sainte et parfaite. Le fondement de la perfection manque, sans cet esprit que je viens de citer. Plus on élève un édifice, plus il tombe avec promptitude, si les fondements ne sont pas assez profonds. Voilà les exercices de la vraie perfection et de la véritable humilité. Ou doit employer tous les moyens pour acquérir celte vertu. On doit souvent méditer ces vérités et les imprimer dans son cœur; on doit demander à Dieu par des prières continuelles, la connaissance de soi-même et l'amour de l'abjection et du mépris; on doit persévérer dans ces exercices, et ou obtiendra enfin l'estime de celle vertu fondamentale de la perfection.