‹ Maximes spirituelles et diverses instructionsChapitre 31 sur 53 · ARTICLE IL · texte numérisé non relu

ARTICLE IL

DU DÉTACHEMENT DES CRÉATURES PAR LE MÉPRIS DES AISES ET DES COMMODITÉS DU CORPS.

Méditation snr le bel exemple que le Sauveur nous a donné, sur cette matière, dans sa passion.

1er POINT.

Considérez ce que votre Sauveur a souffert dans sa flagellation. Représentez-vous une grande cour devant le palais de Pilate; au milieu de cette cour une colonne; une grande foule de peuple en dehors de celte cour; les bourreaux qui arrivent, dépouillent Jésus de ses vêtements, lui garrottent

les mains, le lient fortement à celte colonne et commencent à le flageller; ces bourreaux ou soldais étaient au nombre de six, selon St. Jérôme. Les deux premiers avec des verges, les deux suivants avec des lanières, les deux derniers avec des fouets armés de pointes de fer. Tout le corps du divin Sauveur fut mis en plaies; il tomba par terre baigné dans son sang, toujours selon St. Jérôme.

Après vous être représenté vivement ces vérités, exprimez les affections suivantes :

1° Admirez la bonté infinie de votre divin Sauveur, qui, par amour pour vous, a voulu souffrir une si sanglante flagellation.

2° Témoignez-lui une sincère reconnaissance pour tous ces coups, pour tout ce sang qu'il a répandu, et pour toutes ces douleurs, qu'il a supportées pour vous.

5° Reconnaissez que les plaisirs et les commodités de votre corps, ont été la cause de cette flagellation inhumaine; délestez ces plaisirs et ces délicatesses.

4° Excitez en vous une tendre compassion envers Jésus baigné dans son sang ; formez une résolution inébranlable de ne pas épargner votre corps, et de supporler avec une parfaite résignation les douleurs qu'il daignera vous envoyer.

2e POINT.

Considérez les douleurs excessives de Jésus dans son couronnement d'épines. Les bourreaux s'éiant un peu reposés, attaquent Jésus de nouveau, le tirent par les cheveux et par la barbe, le jettent par terre; ils inventent un nouveau genre de supplice qu'on n'avait encore jamais employé envers aucun malfaiteur. Ils ont appris qu'il s'est fait passer pour roi des Juifs, c'est pourquoi ils commencent à jeter de hauts cris, et à dire qu'il ne convient pas qu'il reste sans les insignes de la royaulé; que la couronne, le sceptre et la pourpre sont les ornements qui conviennent el qui sont dûs à une personne royale telle que lui; ils le font

dune asseoir sur une pierre, lui jettent sur le corps un vieux manieau de pourpre, lui mettent no roseau dans la main, et lui placent sur la tète une couronne d'épines. 0 mon âme! considère avec quels tourments et avec quelles douleurs excessives, le Sauveur reçoit sur sa tête adorable eette couronne d'épines! Considère avec quelle cruauté les bourreaux ont fait celte opération! Soixante-douze épines, selon St. \incent Ferrier, ont percé sa tête et Font déchirée en tout sens; le sang en découlait de tous côtés, lui remplissait les yeux, les oreilles et la bouche, et le rendait méconnaissable.

Après avoir bien médité cette vérité, formez les affections suivantes :

1° Une douleur, un sincère repentir de vos péchés, de vos vanités, de votre orgueil, de vos mauvaises pensées, qui ont été la cause de ce couronnement.

2° Ayez honte devant Dieu, de votre orgueil, de ce que vous ne pouvez rien souffrir, pas prendre une sincère résolution de vous mortifier, pas supporter une adversité, de ce que vous voulez avoir tout selon vos opinions et vos désirs.

5° Faites un acte d'amour parfait de Dieu, et formez un ferme propos de n'accorder à votre corps que son nécessaire ; de le dompter par une pénitence et une mortification continuelles; de le soumettre aux dispositions de la Providence, même les plus difficiles.

4° Reconnaissez et confessez votre faiblesse à supporter les croix ; priez le Sauveur, par le mérite des douleurs qu'il a supportées pour vous , priez-le de vous inspirer un ardent désir de souffrir pour lui, et de vous accorder la grâce d'accomplir ce désir, à l'occasion.

5e POINT.

Montez au Calvaire, et considérez les peines et les douleurs excessives que le Sauveur y a endurées. La montagne

est couverte d'une foule de peuple ; Jésus s'y trouve au milieu des bourreaux, et dans quel état pitoyable! Il est dépouillé de ses vêtements et tremble de tous ses membres, et voit, les yeux remplis de sang, la croix devant lui. Quelles étaient ses pensées? Le cœur rempli d'amour, il lui adresse ses soupirs amoureux avec lesquels il l'a cherchée pendant 33 ans et où il va accomplir le salut du monde. 0 arbre du salut! j'ai soupiré après vous toutes les heures de ma vie, pour apaiser le courroux démon Père céleste! ô saint lit! où je veux reposer mon corps décharné, pour ouvrir aux hommes les portes du ciel ! ô Croix ! recevez votre Créateur qui vient à vous avec des désirs enflammés et qui vous embrasse de tout son cœur! O Croix! avec quelle satisfaction j'y rendrai mon esprit, j'y répandrai la dernière goutte de mon sang, si les hommes veulent profiter de ma mort et se sauver. Tels étaient les pensées, les désirs du Sauveur. Entrelemps les bourreaux se saisissent de lui avec une cruauté inhumaine, le jettent avec violence sur la croix, renouvelant ainsi ses plaies , étendent avec violence ses pieds et ses mains jusqu'aux trous de la croix et y enfoncent les clous ; ainsi commence le crucifiement. Ecoutez le bruit des coups de marteau qui retentissent sur toute la montagne! Son sang jaillit de ses pieds et de ses mains ; ses nerfs sont déchirés, ses os disloqués; on l'élève ainsi avec la croix entre deux malfaiteurs, et à la vue de tous les spectateurs. 0 quelles douleurs! S'il n'avait été attaché à la croix qu'avec des liens de soie, la douleur aurait encore été insupportable dans l'état où était réduit son corps ; quélait-ce donc d'y être attaché par des clous? J.-C. n'y avait pas de quoi reposer sa tête; à peine peut-il respirer; il ne peut pas remuer un membre; à peine peut-il remuer la langue; les douleurs augmentent à chaque moment ; toutes ses plaies sont renouvelées. O douleurs! ô tourments!

Après avoir considéré attentivement ces vérités, exprimez les affections suivantes :

1° Un ardent amour pour votre Sauveur, qui a voulu

choisir et subir une mort si douloureuse, uniquement par amour et par une bonté et une miséricorde infinies envers vous.

2° Offrez à votre Sauveur votre corps, avec un ardent désir de souffrir pour sa gloire, toutes sortes de douleurs et de maladies, de porter la croix avec lui et de l'imiter autant que possible.

5° Confondez-vous devant lui, de ne rien trouver dans votre vie que vous ayez supporté avec une véritable patience et par amour pour lui, tandis qu'il a tant souffert pour vous.

4° Jetez-vous dans le sein delà Providence, priez-la d'accomplir en vous et pour sa gloire tous les desseins que Dieu a formés sur vous de toute éternité, et sans aucun égard à votre amour-propre et à votre délicatesse. Formez une résolution sincère d'accepter avec joie, de sa main paternelle, toutes les adversités; de les supporter avec résignation et reconnaissance; et de ne pas déposer la croix jusqu'à ce qu'il vous eu délivre lui-même.

4e POINT.

Représentez-vous Jésus crucifié, contemplez et regardezle bien et pensez qu'il vous dit : Vois, mon enfant, jusqu'où m'a conduit mon amour envers loi. Depuis le sommet de la tête, jusque sous les plantes des pieds, aucun de mes membres n'est resté sans plaies ; toute ma tète a été percée par les épines ; tous mes cheveux ont été collés ensemble par le sang ; on m'a arraché la barbe; mes joues sont enflées par les soufflets; regarde, c'est ainsi qu'a été traitée cette figure que les anges ont tant désiré contempler. Contemple les plaies profondes que la croix a imprimées sur mes épaules; ma poitrine décharnée, le dos déchiré par la flagellation, la peau arrachée de mon corps; la chair détachée de mes os. Regarde, c'est ainsi qu'on a traité le Fils unique du Père céleste ; les pieds et les mains ont é(é percés par les clous ;

les nerfs tendus et déchirés par une douleur excessive, tous mes membres disloqués; chaque instant augmente ma douleur. Regarde tout ce que j'ai dû et voulu souffrir pour te conduire au ciel. Comment oses-tu paraître devant moi sans mortification, sans pénitence, sans adversité, sans croix, sans souffrance? Comment oses-tu désirer que je verse dans ton cœur mon amour, la plus grande de toutes les grâces, dans un cœur qui n'est pas entièrement mort à soi-même ni résolu à souffrir pour moi?

Après avoir bien pris ceci à cœur, exprimez les affections suivantes :

1° Reconnaissez que vous n'êtes pas encore digne d'obtenir de Dieu la grâce de son amour, et cette union qu'il prépare aux âmes qui lui ont montré leur fidélité par un continuel renoncement à elles-mêmes, par une vie dure et péuitente, et par beaucoup de croix et de souffrances.

2° Offrez à Dieu votre corps par amour et en holocauste parfait, avec une volonté sans aucune résistance, et toute disposée à recevoir de sa main paternelle 'toutes les croix , toutes les souffrances.

5° Demandez à Dieu la grâce de vous faire connaître clairement le prix inestimable de la croix, et d'allumer dans votre cœur un ardent désir de suivre, autant que possible, votre Sauveur dans la voie de la croix.

4° Priez-le de vous mettre à cette épreuve, de vous donner pour cela les grâces nécessaires, et de vous y faire persévérer jusqu'à la fin.

Des exercices qui doivent suivre cette méditation.

1er exercice. Une âme qui veut imiter Jésus crucifié ne doit jamais, sans nécessité ou cause raisonnable, accorder à son corps aucune jouissance, aucune satisfaction ; elle peut bien lui accorder quelque jouissance, mais elle doit auparavant

mortifier dans son cœur le désir de cette jouissance, et l'offrir à Dieu par une intention très-pure. La manière de faire cet exercice, c'est de faire grande attention à notre conduite, de crainte qu'il ne s'y glisse beaucoup de choses qui outrepassent la nécessité ou sans une cause juste, et qui favorisent l'amour-propre et la raoilesse. Il faut bien examiner si le sommeil n'est pas trop prolongé, le lit trop tendre, la nourriture trop bonne ou trop copieuse, les entretiens trop fréquents, trop mondains ou trop sensuels, et mille autres choses. Pour prévenir toute crainte sur ce point, j'établirai dans le paragraphe suivant, un certain nombre de mortifications de cette nature, qui feront réussir une âme dans cet exercice si elle y est constamment attentive. Il faut cependant remarquer qu'on peut quelquefois omettre ces mortifications si la faiblesse du corps, une juste convenance envers un ami, l'amour du prochain, ou une autre cause raisonnable l'exige; mais dans ces circonstances, il faut bien faire attention de ne pas interrompre cette sainte résolution, sans avoir auparavant rapporté tout à Dieu, sollicité la permission dune louable omission, et lui avoir tout Offert avec pureté d'intention et désir de lui plaire.

%e exercice. Une âme qui veut imiter Jésus crucifié, ne doit jamais et en aucun cas négliger l'occasion de mortifier sa chair et le désir naturel de toutes sortes de commodités, lorsque la nécessité ou une autre cause raisonnable ne la justifie pas de cette omission. Il est impossible à l'homme de dire combien de grâces et de mérites elle peut amasser chaque jour, si elle est fidèle à cette règle, à cet exercice. Mais il faut qu'une âme soit bien éclairée pour distinguer, dans toutes ces circonstances, entre la grâce et la nature ; ce que demande celle-ci et ce qu'exige celle-là. Il faut une bonne volonté, disposée à suivre toutes les inspirations de l'Esprit-Sainf, une sainte haine de soi-même, un grand désir d'exercer les mortifications ; un ardent amour de Dieu qui n'omet rien qui puisse plaire à sa Majesté divine. Cette pratique paraît être de peu d'importance, mais il est

certain que si l'on s'y exerce avec constance, on acquerra une vertu héroïque ; le cœur sera comblé de grâces extraordinaires et préparé à l'union la plus intime avec Dieu. Nous avons rarement l'occasion de faire de grandes choses pour la gloire de Dieu ; par conséquent, si nous négligeons aussi les petites choses, ou si nous les exécutons avec un cœur tiède et froid, il est certain qu'il ne nous restera rien de notre vie pour Dieu.

De toutes sortes de petites mortifications qu'on peut faire journellement, suivant le développement des deux règles précédentes.

La première mortification, c'est une privation modérée dans le boire et le manger.

Pour pratiquer cette mortification , on doit observer les points suivants :

1° Se prescrire dans le boire et le manger une certaine mesure conforme au besoin, pour entretenir la santé, et ne jamais dépasser cette mesure.

2° A table, laisser passer un mets ou l'autre pour mortifier son appétit.

3° Ne pas prendre les meilleurs morceaux , mais les laisser aux autres.

4° Si nous sentons pour un mets une grande envie, un grand désir, n'y touchons pas, offrons-le au Seigneur, et envoyons-le pour son amour à un pauvre malade.

5° Se prescrire certains jours de jeûne, et les observer fidèlement, aussi longtemps que la santé le permet.

Toutes ces observations et ces pratiques sont très-bonnes et très-agréables à Dieu; cependant on doit faire attention à la santé ; et dans le doute on doit consulter son confesseur et suivre ses conseils.

La deuxième mortification, c'est une privation modérée du repos et du sommeil.

Voici en quoi consiste l'exercice de cette mortification :

1° Ne jamais dormir pendant le jour, car ce sommeil, ce repos est, selon renseignement de tous les maîtres de la vie spirituelle, fort nuisible et à l'âme (pour la plupart, au moins pour ceux qui sont d'un âge déjà avancé), et à la santé du corps.

2° Ne dormir que six ou sept heures de la nuit, au plus, et puis se lever sans tergiverser.

5° Beaucoup de personnes qui pratiquent la mortification dans cette matière, dorment sur la paille, ou suries planches. Celte mortification se peut pratiquer en secret, quand on ôte, de bon malin, la planche sur laquelle on a dormi, et elle ne peul nuire à la sanlé, si l'on a soin de se couvrir.

La troisième mortification, c'est le silence el une sévère retenue de la langue, non-seulement de tout discours déplacé ou inutile, mais même des entretiens utiles , si on se le propose souvent.

Cette mortification est une des plus utiles et des plus nécessaires dans la vie spirituelle.

1° On doit éviter les visites, autant que possible, et ne pas en faire plus que n'exigent la charité et la bienséance; et dans ce cas elles doivent être courtes, et on doit bien y surveiller sa langue.

2° Pendant le repas, et durant un certain temps après le repas, on peut tenir une bonne conversation ou parler sur des matières spirituelles. On ne saurait dire quel grand bien l'âme recueille du silence, ni quel grand mal lui fait le verbiage, la loquacité.

La quatrième mortification consiste dans la constante retenue des oreilles, à ne pas écouler des choses inutiles.

La pratique consiste dans les points suivants :

1° On ne doit pas demander, ni désirer savoir des choses inutiles, des nouvelles, et choses semblables qui ne nous regardent pas, et qui ne nous avancent pas dans la vertu et la sainteté. Jacques Alvarez, grand docteur dans la vie spirituelle, dit qu'un homme qui s'occupe volontiers de nou-

velles, ne peut pratiquer le recueillement, ni parvenir à l'union avec Dieu. Sentence sévère, mais vraie.

2° On doit, quand d'autres personnes tiennent des conversations inutiles, amener peu à peu et avec discrétion le discours sur des choses spirituelles ; mais si cela ne se peut faire, alors on formera souvent de saintes affections envers Dieu, dans son cœur.

5° On ne se permettra pas la lecture de nouvelles ou de choses inutiles, et on n'y arrêtera pas son esprit. Car tout cela ne sert qu'à distraire notre esprit, qu'à le remplir de vaines pensées, qu'à le priver de la joie des choses spirituelles, et qu'à l'éloigner du recueillement.

La cinquième mortification, c'est la retenue constante de la vue.

Les violences et les efforts qu'on peut se faire sur ce point sont les suivants :

1° A la maison, ne jamais regarder à la fenêtre pour satisfaire notre curiosité, à quelque occasion que ce soit.

2° Tenir les yeux baissés à l'église et dans la rue, excepté le cas où il faudrait témoigner de la civilité envers les passants.

5° On peut, dans certaines réunions, tenir les yeux constamment baissés sans que personne s'en aperçoive.

La sixième mortification consiste à avoir grand soin de se vaincre soi-même constamment et de dompter ses affections déréglées dans tous les accidents, et dans toutes les occasions.

[1 y a trop d'occasions pour les développer toutes; il suffit que celui qui ne cherche qu'à se renoncer et à ne plaire qu'à Dieu, trouve à chaque heure l'occasion de se vaincre. Au reste, dans l'exercice de cette vertu, il ne faut pas agir avec crainte et inquiétude, mais avec liberté d'esprit. Quand on a de temps en temps manqué à ses bonnes résolutions, il ne faut pas pour cela perdre courage, mais il faut recommencer avec autant, et même avec plus de conhauce en Dieu.

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