DE LA CONFIANCE EN DIEU
Des motifs de cette confiance fondés sur Dieu.
1° Dieu est infiniment puissant, et il peut me rendre saint et parfait. Dieu n'a pas besoin de temps pour exécuter son œuvre : tout ce qu'il veut il peut le faire en un instant. II n'a pas besoin d'aide ou d'assistance : il veut, et tout est accompli. Il n'a pas besoin de travail ni de fatigue : un simple mouvement de sa volonté produit tout. Qu'est-ce qui a fait de Paul un si grand apôtre, de Madeleine une pénitente brûlante d'amour comme un séraphin, de Mathieu un apôtre et un pénitent si zélé? Une parole descendue du
ciel a terrassé Paul; une seule inspiration a touché le cœur de Madeleine; un seul regard de Jésus a changé Mathieu en apôtre. Et que faudrait-il pour me rendre saint? Il ne faudrait qu'une parole, et un vieil arbre mort et desséché porterait les plus beaux fruits ; une seule parole suffit et mon âme sera sainte et unie à Dieu.
2° Dieu est infiniment généreux, et disposé à me rendre saint et parfait. L'infini ne peut pas s'épuiser. Dieu est disposé à me donner beaucoup plus que je ne puis jamais désirer ou espérer. La générosité de Dieu n'a pas de bornes, il n'y a que ma défiance qui y met obstacle. Aussi loin que s'étend ma confiance, aussi loin s'étend aussi la générosité de Dieu quant à ses grâces. Autant que je peux demander, animé de confiance et d'une foi vive, autant Dieu peut-il et doit-il me donner. A la mer je peux puiser autant d'eau que je veux; quand je vais à Dieu, je peux obtenir autant de grâces que je veux; et si je m'approchais de lui avec la confiance qu'ont eue en lui les grands saints, j'en obtiendrais d'aussi grandes grâces qu'ils en ont obtenu. Du côté de Dieu, il n'y jamais défaut; il vous donne autant de grâces que vous voulez et que vous espérez.
3° L'amour de Dieu est infini ; il désire, il veut me rendre parfait et me sauver, me rendre saint. Dieu m'aime, et il m'aime plus tendrement qu'une mère n'aime son enfant; il désire ma perfection et mou salut plus ardemment que moi ; il attend l'occasion de m'accorder des grâces signalées, des grâces nombreuses, et il attend cette occasion avec plus d'ardeur que moi-même. Tout ce que je viens de dire, il nous le fait connaître dans l'Ecriture-Sainle. Que ne puis-je donc pas espérer d'un Dieu si plein d'amour? Représentezvous qu'une personne se jette à genoux devant vous, et vous prie de lui accorder la grâce d'aimer Dieu parfaitement et de s'unir intimement à lui; et que Dieu vous donne le pouvoir de lui accorder ou de lui refuser celle grâce. Dites ce que vous voudriez faire; voudriez-vous lui refuser une demande si sainte et si raisonnable ? Je ne le crois pas. Ce que
vous nevoudriez pas, et ce que vous ne pourriez pas refuser, comment pourriez-vous croire que Dieu voudrait et pourrait le refuser? Dieu, qui est infiniment bon, Dieu, qui vous aime plus tendrement, qui vous aime infiniment plus que vous ne pourriez jamais aimer cette personne?
4' Dieu est infiniment miséricordieux, et il cherche à me rendre parfait et à me sauver. Dieu ne regarde pas ce que j'ai été autrefois, mais ce que je suis maintenant. Si vous aimez Dieu aujourd'hui, il vous aimera aussi , et il vous accordera de l'aimer parfaitement et de vous unir intimement à lui, si vous n'y mettez pas d'obstacles. Dieu ne regarde pas au nombre et à la grandeur des péchés que vous avez commis autrefois, mais il regarde à l'ardent amour avec lequel vous voulez l'aimer aujourd'hui et à l'avenir ; et plus vous l'aimerez, plus il vous aimera aussi; et la mesure de votre amour peut vous élever à une telle perfection, que vous surpasserez l'âme la plus pure. Dieu est infiniment miséricordieux; chacun peut pénétrer dans son divin cœur, et chacun peut s'y élever autant qu'il le veut. Il ne fait pas de distinction entre un cœur innocent et un cœur coupable; celui qui l'aime davantage, lui est le plus cher. Qui l'avait plus grièvement offensé que Pierre et Madeleine? et qui Jésus a-t-il plus tendrement aimé que ces deux pénitents? C'est à eux qu'il s'est montré le premier après sa résurrection, pour les consoler dans leur peine. Aimez, mon âme, aimez, espérez, et après cela demandez autant qu'il vous plaira.
Méditez sur ces vérités jusqu'à ce que vous ayez acquis une confiance toute filiale; et soyez certain que vous ne pouvez jamais épuiser votre confiance en Dieu; elle peut toujours grandir, telle est la volonté de Dieu.
Des motifs de confiance fondés sur J -C.
Le premier motif c est l'amour de J.-C. On ne peut mieux expliquer l'amour de Jésus que par les comparaisons pleines de bonté et de douceur qu'il fait de lui-même.
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Il se compare premièrement à une p<-ule. Aucun animal n'aime autant ses jeunes que la poule aime ses poussins. Elle sèche presque d'amour et de soin ; et quoique la faim la presse, elle leur abandonne la nourriture; et ce qui est encore plus admirable, c'e>t qu'étant naturellement trèstimide, elle se laisse cependant plutôt Hier que de les abandonner. Plus loin Jésus se compare à une mère dans les douleurs de l'enfantement. Oh ! avec quels désirs elle attend sa délivrance! Oh! quelle est sa joie, quand elle voit son enfant ! elle ne pense plus à ses douleurs; la vue de son enfant la console; elle le presse sur son cœur, et ne peut pas assez contenter son amour.
Jésus se compare encore au bon pasteur. Lorsque le bon pasteur a perdu une brebis, il est dans la peine et la tristesse; il abandonne quatre-vingt-dix-neuf brebis pour aller en chercher une qui s'est égarée ; il parcourt les montagnes et les vallées, il ne se donne pas de repos, jusqu'à ce qu'il ait retrouvé sa chère brebis. L'ayant trouvée, avec quel amour, avec quelle joie ne la ramène-t-il pas? Il ne la chasse pas devant lui, il ne la fait pas marcher, de peur de la fatiguer; mais il la met sur ses épaules et la rapporte avec beaucoup de joie et de douceur. 0 mon àme! rentrez maintenant dans votre cœur, et dites-vous à vous-même : Quand même Jésus n'aurait pas plus d'amour pour moi, qu'une poule n'a pour ses poussins, qu'une mère pour son enfant, que le t-on pasteur pour sa brebis, je serais encore assuré qu'il ne me rejetterait pas : car, comment la poule, avec un tel amour, pourrait-elle envoyer elle-même ses poussins au vautour? Comment une mère, avec tant de tendresse, pourrait-elle tuer elle-même son nouveau-né? Comment le bon pasteur, quia cherché sa brebis avec un si brûlant désir, pourrait-il la repousser , lorsqu'elle revient d'elle-même à lui ? Et comment Jésus pourrait-il — ?
Le deuxième motif, cest la compassion de J.-C. et le désir qu'il a de sauver tous les hommes.
0 mon âme! représentez-vous Jésus allant vers Jérusalem
assis sur une âuesse. Du moût des Oliviers il regarde la Tille; celte vue lui arrache du cœur des soupirs de douleur et lui fait verser des larmes amères. Tantôt il regarde vers le ciel avec tristesse, tantôt il jette ses yeux mouillés de larmes sur Jérusalem. Mais quelle est la cause de cette tristesse de Jésus, et pourquoi pleure-t-il si amèrement? Ecoulez-en la cause de sa propre bouche : Jérusalem, Jérusalem! oh! si vous vouliez connaître la grâce que je veux vous faire, et même en ce jour celle que je veux encore accorder pour votre salut! mais ces choses sont cachées à vos yeux! C'est comme s'il avait voulu dire : Jérusalem, ô ville bien-aimée ! avec quel contentement je voudrais laisser percer ma tête d'épines, avec quel contentement je voudrais supporter la flagellation, avec quel contentement je voudrais verser tout mou sang, avec quel contentement je voudrais rendre l'esprit sur la croix, si je voyais que tes habitants voulussent se convertir et profiler de ma passion! Ame pusillanime! voyez, quelle douleur cause au cœur de Jésus la perte des hommes ! Mais s'il en est ainsi, avec quelle joie ne vous recevra-t-il pas dans son cœur, lorsque vous aurez recours à lui? Un Dieu, qui pleure de compassion sur les pécheurs, ne peut recevoir qu'avec joie le pécheur pénitent.
Le troisième motif c'est la passion de Jésus-Christ.
Transportez-vous, mon àme, en esprit sur le Calvaire, sous la croix de Jésus ! Pouvez-vous bien comprendre les douleurs et les tourments qu'il y a supportés par amour pour tous, et pour vous rendre élernellemeut heureuse dans le ciel? Est-il bien possible, mou âme, de croire ces vérités sans mettre toute notre confiance en Jésus-Christ? Confiez-vous en lui, il n'a jamais trompé, il n'a jamais abandonné celui qui a mis sa confiance en lui.
Le quatrième motif, cest l'office d'intercesseur, de médiateur, que Jésus occupe dans le ciel,
Jésus y est à la droite de son Père, où il remplit pour nous l'office d'intercesseur, c'est l'Ecriturc-Sainle qui nous l'enseigne. Quelle confiance infinie ne doit il pas nous ins-
pirer! La parole de cet intercesseur, de ce médiateur, a on pouvoir infini ; et son cœur est infiniment bon et miséricordieux. Si nous prions Jésus avec un cœur sincère, il priera aussi pour nous, et traitera pour nous auprès de son Père. Si Judas n'avait pas désespéré, mais s'il avait demandé pardon à Jésus, il est certain que Jésus lui aurait offert le ciel, aussi bien qu'au bon larron Dismas. Pourquoi nous inquiétons-nous, ô mon âme ! et quelle raison avons-nous d'être pusillanime? Aimons Jésus de tout notre cœur, voilà notre devoir; il aura soin de notre salut.