CHAPITRE XV
DE LA MANIÈRE DE S'ABANDONNER ENTIÈREMENT A LA CONDUITE DE LA PROVIDENCE DE DIEU.
Il ne suffit pas pour être parfait de se recueillir intérieurement, de marcher en la présence de Dieu, et de s'unir à lui par de saintes affections; il faut de plus renoncer à sa volonté propre, être attentif à la volonté, aux ordres de Dieu, et les accomplir très exactement. S'en détourner un instant, abandonner un moment cet amour dans lequel on doit vivre et mourir, cela s'appelle abandonner la perfection. Quand on observe ces deux choses, l'union du cœur, et l'accomplissement de la volonté de Dieu dans les choses extérieures, alors on possède la perfection, et on n'a plus autre chose à faire qu'à y persévérer. Pour y parvenir, il faut graver profondément dans son cœur les vérités suivantes, et y conformer sa vie.
Des vérités fondamentales contenues dans ce chapitre.
la volonté de Dieu est iuiinimeiit sage, et ma volonté est aveugle et pleine
d'ignorance.
Dieu connaît parfaitement le degré de perfection où il
m'a appelé, le degré de gloire qu'il m'a destiné, tous les moyens et toutes les occasions qui doivent m'y conduire. Au contraire ma volonté est aveugle et remplie d'ignorance, oui, rignorauce même. Dites-moi, si vous le savez, qu'est-ce qui vous conduira plus tôt à la perfection, les honneurs ou les mépris, la santé ou la maladie, la consolation ou l'abandon, d'être aimé ou d'être persécuté, d'être dans un emploi élevé ou dans un emploi méprisé, sera-ce telles ou telles occasions? Vous ne le savez pas, Dieu seul le sait! ÎS'esl-ce donc pas une folie digne de larmes, de vouloir prendre pour guide cette volonté ignorante et aveugle, et de la vouloir préférer à la volonté de Dieu, à cette sagesse infinie? C'est, en vérité, comme si un aveugle voulait suivre son sentiment et aller à l'aventure, par des chemins dangereux, sans vouloir suivre un guide expérimenté.
2e VÉRITÉ FONDAMENTALE.
la voloulé de Dieu esl iiiûuiment forte et puissante, ma volonté es! faible et sans force.
La volonté de Dieu est tellement forte et toute-puissante, qu'elle peut conduire l'âme au degré de perfection où il l'a appelée, malgré la résistance de toutes les créatures. Si le monde entier m'attaquait par des tentations ; si tous mes amis, tous mes parents, tous mes supérieurs me persécutaient, et cherchaient à me perdre ; si le monde entier s'armait contre moi, pour empêcher mon dessein, tout cela ne me ferait aucun tort et ne m'arrêterait pas. La volonté de Dieu est d'une force et d'une puissance infinies ; oui, la force et la puissance mêmes. S'il veut me sauver, il me sauvera, et toutes les entreprises du monde et de l'enfer pour m'empêcher de parvenir à cette fin, seront justement les moyens pour m'y conduire. Au contraire ma volonté est très-faible et sans force; je ne peux éviter aucune attaque de l'enfer, je ne peux pas résister aux charmes du monde; pas même à un seul. Que dois-je donc attendre, si, par ma volonté, et
contre la volonté de Dieu, je m'expose, je m'abandonne à ces occasions dangereuses? Je suis faible, et Dieu ne m'assistera pas alors. Je me perds ainsi nécessairement, en punition d'avoir suivi ma propre volonté. Oh! que l'âme fait bien qui s'abandonne à la volonté de Dieu, sans exception ! 11 la dirige d'heure en heure, et parce qu'elle lui est humblement soumise, il lui donne toujours de plus grandes grâces pour la soutenir. Oh! que l'âme fait mal qui se soustrait pour un seul jour à la volonté de Dieu ! Il ne la dirige pas, et parce qu'elle se laisse aller, ou s'expose, contre sa divine volonté, à des occasions dangereuses, il la laisse se perdre sans la secourir.
La volonté de Dieu est infiniment sainte et parfaite, ma volonté est dépravée et pleine de malice.
La volonté de Dieu est infiniment sainte et parfaite, oui, la sainteté et la perfection mêmes. Les actions les plus éclatantes ne sont qu'ordures et abominations, quand elles sont faites contre les ordres de la volonté divine ; mais les moindres actions sont autant d'actions héroïques et merveilleuses quand elles sont faites selon les ordres de la volonté de Dieu. Nettoyer un plat pour faire la volonté de Dieu, c'est une plus grande action, que de parcourir le monde pour annoncer l'Evangile à tous les infidèles sans la volonté de Dieu. Se promener selon la volonté de Dieu, vaut mieux que se donner la discipline sans sa volonté. Eu un mot, la volonté de Dieu est la règle et la mesure de la sainteté. Accomplir la volonté de Dieu, et être saint, est une et même chose. Le plus grand saint sur la terre c'est celui qui accomplit le plus parfaitement la volonté de Dieu. Au contraire, ma volonté est dépravée et pleine de malice. Elle n'a d'elle-même aucune autre inclination, aucun autre penchant que pour les imperfections, les vices et les péchés. Autant de fois que je la suis, que je lui obéis, autant de fois
je me trompe moi-même el je m'éloigne de la sainteté. Ceci est la doctrine que le Fils de Dieu a annoncée lui-même. Il n'y a pas d'autre règle, il n'y a pas d'autre chemin qui conduise à la sainteté, que de renoncer à sa volonté propre, et de s'abandonner entièrement à la volonté de Dieu.
La volonté de Dieu est infiniment bonne et aimable, ma volonté est méchante et nuisible.
La volonté de Dieu est infiniment bonne et aimable, oui, elle est la bonté et la charité infinie mêmes. Mais quoique Dieu aime sincèrement, et par inclination de sa nature, tous les hommes qu'il a créés, il n'en aime cependant aucun aussi fortement, aussi ardemment que celui qui s'abandonne sans exception à la conduite de sa Providence, et qui se repose entre ses bras sans s'inquiéter. 11 l'aime très-tendrement, il a les plus grands soins de lui ; et une mère abandonnerait plutôt son petit enfant qu'elle chérit très-tendrement, que Dieu une âme qui se confie ainsi en lui. Notre bienheureux Père Ignace avait coutume de dire : « Celui »qui veut devenir un grand saint en très-peu de temps, n'a «qu'à s'abandonner entièrement à la conduite de la Provi- »dence. » Mais ma volonté est dépravée et nuisible. En agissant selon ma volonté je pense agir par charité pour moi-même, mais c'est en réalité de la haine de la pire espèce. Je ne m'aime jamais autant que quand je renonce à ma volonté, pour agir selon la volonté de Dieu ; je ne m'aime jamais moins que quand je fais selon ma volonté, et que je la préfère à celle de Dieu. Je n'approche jamais plus près de Dieu el de la véritable sainteté, que quand je résiste à ma volonté pour me soumettre à celle de Dieu. Je ne suis jamais plus éloigné de Dieu et de la vraie sainteté, que quand je fais ma volonté et que je résiste à celle de Dieu.
Des sentiments, ou des affections d'une âme qui s'abandonne à la conduite de la Providence de Dieu.
La première ou la principale affection cest une entière offrande ou abandon de sa volonté à la volonté et à la conduite de Dieu.
Comme il y a principalement quatre sortes de biens que Thomme possède sur la terre, et qu'il aime par une inclination naturelle, il doit donc aussi s'offrir ou s'abandonner entièrement à Dieu de quatre manières : le premier de ces biens c'est sa liberté et sa volonté propre ; le deuxième c'est la santé et la vie ; le troisième c'est son honneur et sa réputation ; le quatrième c'est le repos, la paix intérieure et les dons surnaturels. L'âme doit renoncer à tous ces biens, la grâce exceptée, et les offrir à Dieu en holocauste, si elle veut que son amour soit libre de tout attachement désordonné, déréglé, et si elle veut parvenir à cet état de simplicité et de pureté que Dieu demande d'elle avant de l'unir intimement à lui. Pour cela, il faut de plus en plus purifier son cœur de cet attachement déréglé, et se soumettre uniquement à la volonté de Dieu par de fréquentes affections. Nous allons exprimer ces affections ou ces sentiments.
La première affection, c'est une entière offrande ou abandon de notre liberté et de notre volonté propre, à la volonté de Dieu.
Imaginez-vous et représentez-vous vivement que vous voyez le ciel ouvert, et que vous y voyez Dieu dans toute sa gloire; regardez-vous ensuite vous-même sur la terre dans toutes vos misères. Regardez Dieu dans le ciel comme la Majesté infinie qui mérite que toutes les créatures se soumettent à elle et accomplissent sa sainte volonté. Regardezvous ensuite comme une pauvre créature, que la main toute-puissante de Dieu a formée d'un peu de terre, uniquement pour le servir et accomplir sa saiutc volonté.
Après vous être représenté vivement cette vérité, concevez :
1° Un ardent amour envers Dieu, comme envers le bien suprême, qui mérite d'être aimé au-dessus de toutes choses; et offrez-lui, par amour, votre liberté et votre volonté, pour en disposer toujours selon sa sainte volonté.
2° Soumettez et abandonnez, par amour pour Dieu, votre liberté et voire volonté, à vos supérieurs ; prenez la résolution formelle de prendre leur parole pour la voix de Dieu, et de vous laisser gouverner par eux selon leur volonté.
5° Soumettez, par amour pour Dieu, votre liberté et votre volonté à votre prochain, avec la résolution formelle, de préférer toujours la volonté du prochain à la vôtre, dans toutes les choses où vous ne blesserez ni les règles ni la conscience; de supporter toujours en silence toutes les peines que le prochain pourrait vous faire.
4° Soumeilez, par amour pour Dieu, votre liberté et votre volonté à ses saintes inspirations , avec la résolution formelle de suivre promptemeut el fidèlement ces inspirations.
5° Priez Dieu humblement d'agréer voire offrande, el de vous donner la grâce de rester constamment el jusqu'à voire mort fidèle à cette résolution.
La deuxième affection c'est une entière offrande ou abandon de votre santé et de voire vie entre les mains de Dieu.
Imaginez-vous el représentez-vous vivement que vous voyez Dieu dans le ciel dans toute sa gloire, et vous sur la terre dans toutes vos misères. Là, Dieu comme le plus grand Seigneur à qui toutes les créatures sont soumises, et qu'il gouverne par sa puissance illimitée; vous ici-bas, comme sa créature et l'œuvre de sa main, qu'il y a placé selon sa volonté, et qu'il peut de même en retirer quand et comme il lui plaît; par exemple, comme un seigneur qui a uu jardin rempli de (leurs ; il en cueille une aussitôt qu'elle est éclose, et il laisse une autre jusqu'à ce qu'elle se fane. Qui peut trouver cela mauvais ou le lui reprocher? il esl le maître, le jardin et les fleurs lui appartiennent. Dieu fait de même ;
il laisse l'un jouir d'une santé parfaite, et l'autre languir et être tourmenté par des maladies ; il donne à l'un uue longue vie, et enlève l'autre dans sa jeunesse. Qui peut trouver cela injuste? il est le Seigneur, et sa créature lui appartient.
Après vous être vivement représenté cette vérité, formez les affections suivantes avec beaucoup de ferveur :
1° Reconnaissez premièrement que Dieu est une Majesté infinie; que sa domination sur toutes les créatures, dans le ciel et sur la terre, est illimitée; que ce qu'il ordonne est infiniment saint et juste ; et que c'est le plus saint et le plus parfait de la part de la créature, d'adorer ses ordonnances, et de les accepter avec respect.
2° Acceptez volontiers de Dieu la santé et la maladie, le bien-être, les souffrances, la vie et la mort ; et prenez la résolution de ne jamais demander ni désirer autre chose que ce que sa sainle volonté veut ordonner.
5° Offrez à Dieu votre santé avec prière d'en disposer comme il lui plaît, comme d'une chose que vous abandonnez entièrement entre ses mains.
A" Offrez-lui votre vie avec les mêmes dispositions.
5" Priez-le qu'il vous accorde la grâce de l'aimer dans la santé et dans les maladies, d'augmenter de plus en plus en vous son amour, d'y vivre et mourir.
La troisième affection, c'est une entière offrande ou abandon de votre honneur et de votre réputation.
Imaginez-vous et représentez-vous vivement que vous voyez Dieu dans le ciel dans toute sa gloire et majesté, et vous sur la terre dans votre misère et pauvreté. Regardez Dieu dans le ciel comme la source de tous les biens, de qui toutes les créatures, qui sont dans le ciel et sur la terre, reçoivent et conservent tout ce qu'elles ont de bon ; considérez-vous sur la terre comme l'œuvre de ses mains, à qui il partage et conserve par miséricorde tout ce qu'il y a de bon et de louable en vous. Considérez en Dieu cette dignité infinie à qui toutes les créatures doivent honneur, louanges et hé-
nédictions comme à la source de tous les biens ; considérez ensuile l'infinie obligation où vous êtes de vous employer, avec tout ce que vous possédez, à rendre honneur à ce grand Dieu et faire en tout sa sainte volonté. Pourquoi ne serait-il donc pas juste aussi que vous exposiez votre honneur et votre réputation pour rendre l'honneur à ce même Dieu?
Après vous être représenté vivement celte vérité, exprimez avec beaucoup de ferveur les affections suivantes :
1° Reconnaissez que Dieu est le bien infini et la source de tout autre bien ; qu'il mérite que toutes les créatures s'emploient et se donnent avec tout ce qu'elles ont pour glorifier son honneur et le satisfaire dans les moiudres choses; et que la créature n'est jamais plus heureuse que quand elle peut glorifier Dieu par l'anéantissement de son propre honneur et de sa réputation.
2° Offrez à Dieu votre honneur, votre réputation, et demandez-lui humblement qu'il en dispose comme il lui plaît et quand il lui plaît.
5° Disposez votre cceur, devant Dieu, à une entière indifférence pour les honneurs, à supporter les mépris et les souffrances, avec le ferme propos de ne jamais ni demander ni désirer autre chose que l'accomplissement de sa volonté.
4° Concevez l'ardent désir d'expérimenter quelque chose du mépris et des humiliations de J.-C, afin de pouvoir ainsi l'imiter.
5° Priez Dieu avec ferveur de vous donner la grâce de ne regarder que sa sainte volonté dans les honneurs et dans les mépris qui vous arrivent, de n'aimer que celte volonté, de vivre et de mourir dans cette volonté.
La quatrième affection est un entier abandon ou offrande de la paix el des consolations intérieures et d'autres , dons surnaturels.
Imaginez-vous et représentez-vous vivement voir Dieu dans le ciel, dans toute sa gloire et sa magnificence; vousmême au contraire sur la terre, dans toutes vos misères. Dieu, dans le ciel, comme ce bien infini, qui pour son bon-
— Toi) — heur n'a besoin d'aucune créature : ce souverain universel qui ne doit rien à aucune créature ; considérez-vous sur la
terre, comme une pauvre créature qui ne peut trouver ni paix ni honneur hors de Dieu; comme un pauvre mendiant à qui Dieu ne doit rien, et qui n'a droit à rien.
Après vous être représenté vivement ces vérités, exprimez les affections suivantes :
1° Reconnaissez que Dieu, cette bonté infinie, n'a besoin d'aucune créature pour son bonheur; que sa souveraineté est indépendante et illimitée, qu'il ne doit rien à aucune créature; que la créature est obligée de se soumettre absolument, entièrement et sans aucune exception aux ordres de cet Etre immense.
2° Préparez voire cœur à une entière indifférence, soit pour le repos intérieur et les tentations, les lumières et les ténèbres, soit pour la consolation et la désolation, soit pour les visites de Dieu et l'abandon, avec le ferme propos formel de ne jamais désirer ni demander que ce que Dieu veut.
5° Offrez à Dieu votre âme, et priez-le sincèrement d'en disposer selon sa sainte volonté.
4° Formez un ardent amour envers Dieu, et témoignezlui que vous êtes disposé à être privé pour la vie de toutes ses faveurs extraordinaires, et à supporter les tentations, les ténèbres et les adversités, telles qu'il le voudra et de la manière qu'il le voudra.
5° Priez-le fervemmenl de vous accorder la grâce de l'aimer de tout votre cceur, et de ne jamais demander ni désirer autre chose que le plus parfait accomplissement de sa sainte volonté en vous, pendant toute l'éternité
Comment on doit s'offrir à Dieu chaque jour.
Une âme qui veut entièrement s'abandonner à Dieu, doit destiner chaque jour un certain temps pour répandre son
cœur devant lui avec beaucoup de ferveur, et pour lui offrir tout ce qu'elle est, et tout ce qu'elle a, sans exception aucune. C'eï.t de la manière suivante qu'on peut le faire.
« 0 Dieu, mon bien unique, suprême et infini, vous êtes le seul bien et la source de tout ce qu'il y a de bon dans le ciel et sur la terre. Vous êtes le bien suprême, et tout ce qui est en vous est infiniment relevé au-dessus de tout ce qui est créé. Je le reconnais, ô mon Dieu! vous êtes infiniment digne, et je suis infiniment obligé de vous aimer audessus de toutes choses. Je m'anéantis donc devant vous, je vous embrasse, je vous aime de tout mon cœur, de toute mon âme, de tout mon esprit, de toutes mes forces , au-dessus de toutes les créatures. Je voudrais pouvoir vous aimer autant que vous le méritez; je veux, au moins, vous aimer autant qu'il m'est possible. En témoignage de cet amour je vous offre et je vous abandonne, dès ce moment et pour toujours, tout ce que je sui> ci tout ce que je possède, sans exception et sans partage. Àtceplez-le et disposez-en selon votre bon plaisir.
» Je vous offre et vous abandonne, ô mon Dieu ! ma liberté et ma volonté. Dès ce moment je ne veux ni désirer ni demander d'avoir telle ou telle fonction, tel ou tel emploi, ni d'être dans tel ou tel endroit. Si vous voulez que je sois pendant toute ma vie le dernier de tous les serviteurs, le dernier de la maison, je le veux aussi ; si vous voulez qu'on m'emploie toujours à ce qu'il y a de plus vil, et à servir tous les autres, je le veux aussi. L'accomplissement de votre sainte volonté m'est plus cher que de posséder le gouvernement du monde entier. Acceptez ma volonté, anéantissezla. J'écouterai la voix de mes supérieurs comme la vôtre propre, et avec le même respect, sans jamais m'en écarter, sans jamais y désobéir un seul moment.
tJe vous offre, ô mon Dieu! ma santé et ma vie. Je n'aurai aucune préférence entre les maladies, les douleurs, les infirmités et la santé du corps ; entre la vie et la mort. Vous êtes infiniment saint, et tout ce que vous voulez l'est
do même. Si vous voulez que je meure, que mou corps tombe en pourriture dans le tombeau, au moment que vous aurez désigné ; si vous voulez que je devienne malade, et que mon corps soit consumé par la longueur et la véhémence des douleurs, je le veux aussi. Votre volonté est toujours bonne, toujours sainte ; je la loue, je la bénis en tout ce qu'elle a décrété sur moi de toute éternité.
î Je vous offre et vous abandonne, ô mon Dieu ! mon honneur, ma réputation. Je ne me croirai jamais plus heureux, que quand je pourrai glorifier votre nom et faire votre volonté, en acceptant de bon cœur les mépris et les outrages. Oh! quelle grande grâce, que d'être méprisé et anéanti sur la terre, et de souffrir pour l'amour de Jésus ce qu'il a souffert lui-même par amour pour moi! Vous seul, ô mon Dieu! vous connaissez toutes les occasions dans lesquelles les mépris et les outrages qu'on me prodiguera pourront servir à voire gloire. Oui ! mon honneur et ma réputation vous appartiennent; faites-les servir selon que vous l'avez résolu. Si les mauvaises langues les déchirent à cause de vous, c'est le meilleur usage qui peut en être fait pour votre honneur.
» Je vous offre et vous abandonne, ô mon Dieu ! la paix de mon cœur et tous les dons surnaturels. Votre volonté m'est préférable à toutes les consolations et à toutes les douceurs intérieures, à tous les dons surnaturels et à toutes les grâces extraordinaires ; je n'en désire pas plus que vous ne voulez; je suis disposé à en être privé, quand et de quelle manière vous le voudrez. J'aime mieux avec votre volonté passer ma vie dans les tentations et les troubles, dans les ténèbres et la tristesse, dans les privations et l'abandon intérieur, que d'être ravi au troisième ciel sans voire volonté. Votre volonté est mon paradis et votre bon plaisir ma satisfaction. Voilà, mon Dieu et mon unique bien ! voilà ma résolution définitive : je ne veux ni désirer, ni demander autre chose que l'accomplissement parfait de votre sainte volonté en moi et par moi, pendant la vie et pendant l'éternité.
«Afin que j'accomplisse réellement cette résolution, je forme encore, en votre présence, ce double propos : 1° je ne ferai jamais que ce que je saurai être le plus parfait et le plus agréable à votre sainte volonté; 2° je ne m'opposerai jamais à vos ordres, à vos desseins, mais je les louerai et les bénirai de tout mon cœur dans les croix et les adversités que j'aurai à supporter. Voilà ma résolution pour ce jour et pour le reste de ma vie. 0 mon Dieu! ayez pitié de moi, donnez-moi la grâce de connaître toujours votre volonté et de l'accomplir parfaitement. »
De quelle manière on doit s'exercer dans ces affections pendant la journée.
Sainte Thérèse désire qu'on s'offre à Dieu de tout son cœur cinquante fois le jour. Un nombre moindre peut aussi suffire. Je vais en donner ici quelques pratiques.
irc pratique ou exercice. S'offrir entièrement à Dieu pour tout ce qu'il voudra. — Par exemple : Mon Dieu et mon tout! tout ce que je suis et tout ce que j'ai, c'est de vous que je l'ai reçu. Je vous l'offre et vous le rends sans exception ; faites de moi pour la vie, pour la mort et pour l'éternité, tout ce que vous voudrez et de la manière que vous le voudrez.
2e pratique. Rendre grâces à Dieu, pour tout ce qu'il a jamais ordonné à notre égard. — Par exemple : 0 mon Dieu et mon tout ! je ne sais pas ce que vous voulez faire de moi a l'avenir ; nonobstant, je m'y résigne d'avance, avec la plus parfaite soumission ; je veux vous louer, bénir et rendre grâces pour tout ce que vous ordonnerez de moi pendant toute l'éternité.
5e pratique. Louer et bénir Dieu pour toutes les adversités qu'il voudra nous envoyer. — Par exemple : 0 mon Dieu et mon tout! je sais combien je suis faible et combien il m'est difficile de supporter les adversités; mais je les accepte et
les embrasse de tout mon cœur, quelque grandes et quelque nombreuses qu'elles puissent être.
4e pratique. Faire un ferme propos d'accomplir parfaitement la volonté de Dieu. — Par exemple : O mon Dieu et mon tout! voici ma résolution : jene ferai jamais que ce que je saurai être le plus parfait et le plus agréable à votre sainte volonté. Je ne m'opposerai jamais à vos saintes ordonnances, mais je vous louerai et vous bénirai dans tous les événements. O bien suprême ! accordez-moi la grâce de connaître et d'accomplir toujours parfaitement votre sainte volonté. Aiusi soit-il.