‹ Maximes spirituelles et diverses instructionsChapitre 42 sur 53 · I. Du soin et de la bonté envers tous en général · texte numérisé non relu

I. Du soin et de la bonté envers tous en général

Que demandent donc ce soin et celte bienfaisance qu'une supérieure religieuse doit avoir de ses inférieures?

Réponse : Les points suivants.

1° Le soin exige qu'une supérieure évite toute apparence, tout soupçon d'avarice, et qu'elle procure à ses inférieures la nourriture, le vêlement et toutes les autres nécessités, et cela avec beaucoup de charité et de générosité. On ne demande pas qu'elle leur procure plus, ou quelque chose de plus précieux que ne le permet la louable coutume de la maison ; on veut seulement que ce qu'elle donne soit donné convenablement et avec générosité. Mais comme une supérieure ne peut pas tout connaître et tout entendre, elle doit :

o) Au moins quelquefois pendant Tannée, lorsqu'elle rend compte de son administration, demander à chaque inférieure, si elle n'a pas de juste plainte à faire sur la nourriture ou sur autre chose; s'il ne lui manque r.en dont elle a besoin. El si cela était, elle devrait y remédier et le procurer aussitôt.

b) Elle doit demander s'il n'existe pas de telles plaintes dans la maison, mais elle ne doit demander le nom de personne touchant ces plaintes. Ces plaintes, elle doit les prendre en considération, et si elles sont raisonnables, elle doit y remédier.

o° Le soin exige qu'une supérieure ne refuse a personne ce qu'elle peut donner ou permettre sans péché, sans détriment à la discipline, et sans mauvais exemple. Et alors elle doit observer les points suivants : ' à] Accorder ces permissions avec bonne humeur et bonne mine- car si en les accordant, elle laisse voir son chagrin, son mécontentement, qu'elle les accorde plutôt par contrainte que par bonne volonté, alors le bienfait perd son mérite, et les inférieures se retirent avec tristesse.

b) Lorsqu'on est forcé de refuser quelque chose que 1 on demande, il faut le faire par des paroles douces et aimables, et faire connaître la cause de ce refus.

c) Le soin exige qu'une supérieure n'attende pas jusqu a ce que les inférieures lui demandent quelque chose, mais elle doit les prévenir avec charité dans leurs nécessites, si elles lui sont connues. Par exemple : on remarque ou on entend qu'une personne ne se trouve pas bien ; qu il lui manque quelque chose; qu'elle désire quelque chose, mais qu'elle nW pas le demander, etc. : dans de telles c.rconslances une supérieure doit montrer sa chanté, et ne pas attendre une demande. Vous devez avoir, disait on jour J.-U à sainte Magdeleine de Pazzi, un aussi grand des.r de faire d. bien à vos subordonnées, qu'a le cerf altère de trouver de Veau fraîche. Comme le cerf n'attend pas qu on lui apporte de l'eau, mais qu'il va la chercher lui-même, vous

devez de même ne pas attendre jusqu'à ce qu'on vous fasse une demande, mais vous devez vous-même chercher l'occasion de faire du bien aux vôtres.

d) Le soin demande qu'une supérieure veille à la bonne renommée de ses inférieures. Pour celle fin elle ne doit 1° jamais, hors une extrême nécessité, faire connaître aux étrangers, aux personnes do dehors, aucune faute de Tune ou de l'autre de ses inférieures, mais elle doit toujours en parler comme il convient, et ne pas permettre que les autres fassent autrement sur ce point. 2° Lorsque des parents ou d'autres personnes arrivent dans le couvent, alors la supérieure, si elle se trouve présente, doit leur témoigner de la politesse, parler avec estime de ses inférieures, si l'occasion l'exige, mais elle doit le faire sans affectation. La charité trouve toujours quelque chose à louer. Ce point paraît être peu important, mais il est certain qu'il contribue beaucoup 1° à l'édification des étrangers, 2° à la satisfaction des inférieures, 5° à l'honneur de tout le couvent.

IL Du soin et de la bonté, particulièrement envers les malades.

Que demandent la bonté et le soin qu'une supérieure doit avoir pour les malades?

1° Le soin demande qu'elle ait pour elles un cœur véritablement maternel. Pour satisfaire à ce devoir, elle doit 1° les croire, et ne jamais critiquer ni permettre qu'on critique à leur égard.

2° Elle doit les visiter tous les jours autant que possible ; leur montrer de la compassion, les consoler, et les exhorter à la patience.

5U Elle doit écouter avec patience et bonne volonté leurs plaintes et leurs peines, y porter remède, si cela se peut.

4° Elle doit être très-circonspecte pour ne pas ajouter plus de foi à la garde-malade qu'à la malade elle-même, jusqu'à ce qu'elle soit bien informée de tout. 11 est assez ordinaire qu'une garde-malade, par chagrin et mécontentement, exagère les peines de sa charge autant que la malade exagère ses douleurs.

2° Le soin exige qu'une supérieure se montre trés-géuéreuse et irès-bienfaisante envers les malades. C'est pourquoi elle doit :

1° Avoir soin de ne jamais refuser aux malades un mets, une boisson, un remède, ou autre chose que le médecin prescrit.

2° Elle doit souvent demander aux malades si rien ne leur manque; si elles n'ont pas un désir particulier pour quelque chose; si elles n'ont pas besoin de quelqu'aulre service, ou ce qui pourrait leur faire plaisir. Et si elles le désirent, elle doit le leur procurer avec beaucoup de bonté et de charité.

5° Elle doit accorder avec bonne mine et bonne volonté ce que les malades désirent, et ne jamais avoir l'air de croire que les malades suivent leur imagination, leurs caprices, ou qu'elles demandent quelque chose pour avoir leurs aises; encore moins doit-elle parler, ou permettre qu'on parle des frais qu'entraîne une maladie.

4° Lorsqu'une malade guérit, la supérieure doit la laisser aussi longtemps à l'infirmerie que le médecin le juge nécessaire, et ne pas la faire travailler, ni l'envoyer à l'ouvrage ou au chœur, avant qu'elle n'ait recouvré assez de force.

Il s'élève maintenant ce doute : Il peut arriver que parmi les religieuses, il s'en trouve chez lesquelles on voit clairement que leur maladie existe uniquement ou en grande partie dans l'imagination ; que doit-on faire de ces personnes? Comment faut-il agir avec elles?

Je réponds avec deux hommes des plus religieux, savoir, Claude Aquaviva et Nicolas Lancicius : avec de telles personnes, disent ces deux hommes, il faut agir avec autant de charité qu'avec celles qui sont réellement malades. II ne faut pas témoigner le moins du monde qu'on regarde leur maladie comme imaginaire. On doit leur témoigner une véritable compassion, et faire tout ce qu'on ferait pour d'autres malades, jusqu'à ce qu'elles se croient elles-mêmes mieux portantes. Si l'on agit autrement avec celte sorte de

personnes, on ne gagne rien autre chose que Je leur faire perdre l'estime, l'amour et la confiance envers la supérieure, et de les faire vivre dans le chagrin, dans l'amertume et le mécontentement.

De la douceur avec laquelle il faut gouverner et supporter ses inférieures.

Rien n'est plus nécessaire à une supérieure que la douceur, sans laquelle elle ne peut ni conserver la paix du cœur, ni diriger ses inférieures avec fruit. Elle peut entreprendre et établir les choses comme elle voudra, elle rencontrera toujours de nouveaux chagrins, de nouvelles difficultés, et en plus graud nombre. Il est impossible dans ces circonstances d'avoir sérieusement soin de son propre avancement, et de s'acquitter en même temps avec fidélité de ce qu'on doit au prochain, si le cœur ne surabonde d'une douceur parfaite. >'ous allons maintenant expliquer comment et envers qui il faut pratiquer cette douceur.

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