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CHAPITRE IV

DU SOIN AVEC LEQUEL ON DOIT FAIRE l\) RAISON AFFECTIVE.

L'oraison affective suit la méditation ; car après avoir purifié son cœur de toutes les affections déréglées , après avoir reconnu la lumière du ciel, après avoir considéré souvent la bonté, la beauté, la miséricorde et les autres perfections de Dieu, après l'avoir trouvé par un amour sincère, il n'est plus nécessaire que l'entendement s'occupe longuement à réfléchir sur toutes sortes de vérités; un seul regard de son bien-aimé suffit à l'àme , et aussitôt elle se répand en soupirs amoureux, et l'embrasse par de douces et nombreuses affections ; elle jouit de son aimable présence

— Ti — dans le repos et le silence. Cette sorte d'oraison est beaucoup plus parfaite que la méditation. On ne doit pas s'adonner à celte sorte d'oraison tant qu'on n'est pas entièrement délivré et purifié du trouble des péchés et des affections déréglées. Dieu lui-même attire ordinairement l'âme à lui, et la remplit de si saintes affections, qu'elle s'occupe très-facilement en sa présence sans aucune méditation : c'est là la preuve que Dieu l'appelle à celte sorte d'oraison. En voici la méthode :

1° On s'y préparera soigneusement ; on se rappellera la vérité qu'on veut considérer brièvement ; on choisira d'avance quelques saiutes affections qui procèdent de celle vérité, et on formera le sincère propos qu'on veut faire par amour pour Dieu. Il ne faut rien d'autre pour la préparation.

2° Lorsque le temps de faire oraison sera arrivé, mellezvous en la présence de Dieu , et après avoir achevé l'introduction ou préparation prochaine ordinaire, proposez-vous la vérité qui sera le sujet de votre oraison ; considérez ou examinez celle vérité, par exemple, pendant un quart d'heure, afin de Ja bien comprendre.

5° Ayant cessé cette considération , abandonnez-vous à de ferventes affections , répandez votre cœur devant Dieu, et unissez-vous à lui autant qu'il vous sera possible. Mais il faut remarquer qu'on ne doit pas passer trop vite d'uue affection à une autre, mais qu'on doit s'arrêter à chacune aussi longtemps que le cœur s'y sent attiré.

4° Enfin, pour finir l'oraison , on doit s'offrir entièrement à Dieu, afin qu'il dispose de nous selon son bon plaisir et qu'il accomplisse eu nous ses desseins.

De l'exercice de la reconnaissance.

La reconnaissance pour les bienfaits qu'on a reçus, est l'entretien le plus ordinaire avec Dieu d'uue âme qui

l'aime do tout son cœur. Puisqu'elle connaît par une lumière surnaturelle combien de bontés et de miséricordes Dieu a eues pour elle ; combien il en a encore, et combien il veut encore lui en faire pendant toute l'éternité ; il lui est impossible de se retenir et de se taire. Elle s'évanouit, pour ainsi dire, d'admiration; elle ne peut cesser d'en remercier Dieu. Et puisque la reconnaissance est extrêmement agréable à Dieu , il verse donc tous les jours tant de grâces dans celte came, qu'elle est enfin tout enflammée et consommée du feu de l'amour de Dieu. Elle fait donc bien de commencer l'exercice de l'amour de Dieu par celte affection, afin que Dieu l'échauffé et la consume de plus en plus de ce feu divin.

1er exercice. Remerciez Dieu pour la création.

Méditez brièvement cette vérité: « Mon Dieu ! qu'étais-je il y a cent ans? un pur néant, une poignée de poussière semblable à celle sur laquelle on marche aujourd'hui. Mon corps, mon âme , tout ce que je suis et tout ce que je possède est l'œuvre de votre toute-puissance, et un présent de votre miséricorde, de votre bonté. Mais, mon Dieu ! par quel amour m'avez-vous fait ces grâces extraordinaires? à ma place vous auriez pu créer des millions et des millions d'âmes , qui ne vous auraient pas offensé si souvent et si grièvement; qui vous auraient aimé plus ardemment, avec plus de ferveur ; qui vous auraient glorifié éternellement, beaucoup plus que moi : néanmoins vous les avez laissées dans le néant, et vous m'en avez lire, quoique vous ayez prévu combien souvent je vous offenserais, combien peu et avec quelle froideur, quelle tiédeur je vous aimerais Mais si vous avez voulu me créer, pourquoi m'avez-vous préservé de tant de misères dans lesquelles d'autres doivent vivre? oh! combien de milliers de personnes vivent dans la dernière pauvreté, qui doivent mendier leur pain! tandis que je suis suffisamment pourvu de biens temporels, sans dépendre de personne. Combien de milliers qui sont estropiés el paralysés de leurs membres, sourds, aveugles, tourmentés de maladies

— c29 — et d'infirmités, qui ne peuvent pas sortir de leur lit! et vous m'avez préservé de toutes ees misères, de tontes ces infirmités. A qui dois-je tout cela? oh ! à vous seul! ô bonté infinie ! vous seul , vous avez jeté les yeux sur moi et vous m'avez comblé de grâces si abondantes, préférablemenl à tant de milliers d'autres. »

Après avoir considéré cette bonté divine, formez les affections suivantes :

1° Admirez la bonté et la libéralité infinies de Dieu, qui, préférablemenl à tant d'autres, vous a aimé et prévenu de tant de grâces, de tant de bienfaits.

2° Louez et bénissez Dieu de tout votre cœur; glorifiezle, témoignez-lui votre reconnaissance pour tant de bienfaits; invitez tous les saints à louer et à bénir Dieu avec vous, et pour vous.

3° Délestez votre ingratitude passée, soyez contrit de ce que vous n'avez pas aimé Dieu depuis le premier instant, avec la plus grande ferveur; d'avoir attaché votre cœur un seul instant à la créature; d'avoir offensé Dieu, ne fût-ce que par un seul péché.

4° Excitez eu vous un ardent amour pour lui ; présentezlui, offrez-lui, pour toujours, votre corps, votre âme, tout ce que vous êtes, et tout ce que vous avez; et formez un propos sincère d'employer toutes vos forces pour bien vivre et pour accomplir sa volonté.

ome exercice. Remerciez Dieu pour la grâce de la Rédemption.

Considérez brièvement celte vérité : « ô mon Dieu ! votre bonté, votre amour, votre miséricorde brillent dans lous les mystères, mais pas autant et si clairement que dans celui de la Rédemption. Votre passion a été surabondante. Une seule larme aurait pu suffire pour me sauver, et vous en avez voulu répandre des milliers et des miliiors. Une seule goutte de votre sang était suffisante pour me procurer le ciel, et vous l'avez répandu jusqu'à la dernière goutte. Une seule génuflexion aurait clé assez pour mon salut, cl vous avez voulu souffrir les peines et les douleurs

les plus affreuses. Lu seul soupir pouvait me réconcilier avec voire Père céleste, et vous avez donué votre vie à l'arbre de la croix. Votre passion a été toul-à-fait hors de mes mérites. Je n'étais pas encore au monde, et dès lors cependant vous m'avez aimé et répandu votre sang pour moi. Vous saviez que j'allais vous offenser beaucoup et souvent ; et malgré cela vous m'avez aimé, et donné votre vie pour moi ; vous aviez prévu combien je serais ingrat , cela ne vous a pas empêché de me chérir jusqu'à mourir pour moi. Oh! combien je serais donc ingrat, si je ne brûlais el ne me consumais d'amour pour vous el pour vous plaire! »

Après la considération de celte vérité, formez les affections suivantes :

1° Avouez devant Dieu que votre rédemption est une œuvre de sa pure bonté el de sa pure miséricorde.

2° Louez-le et remerciez-le infiniment pour toutes les larmes, pour toutes les gouttes de sang qu'il a répandues,, el pour toutes les peines et douleurs qu'il a supportées pour vous.

5° Offrez-vous entièrement à Dieu; abandonnez-lui votre corps, votre âme, voire honneur, votre réputation, votre santé, votre vie, el tout ce que vous avez, pour en disposer entièrement selon sa sainte volonté. Témoignez-lui que vous ne désirez, que vous ne cherchez rien d'autre que d'accomplir sa sainte volonté.

4° Excitez en vous un ardent amour envers lui ; prenez la résolution de n'admettre jamais dans voire cœur d'aulrc amour, d'autres affections, pas même les moindres, que pour lui, qui a acheté votre cœur si cher el qui l'a aimé si ardemment.

5e exercice. Remerciez Dieu pour la grâce de la sanctification.

Considérez brièvement celle vérité : « 0 mon Dieu ! quelle grâce el quel bienfait de m'a voir appelé cl admis dans le sein de votre Eglise, qui est la seule dans laquelle on puisse se sanctifier! Que m'aurait-il servi de m'avoir

créé cl appelé, invité au ciel? de nfavoir racheté et répandu votre sang pour moi? Je me serais damné malgré cela, si j'étais hors de votre sainte Eglise. Maintenant je suis dans cette Eglise sainte, je parcours la voie véritable, je marche en droite ligne vers le ciel. Oh ! combien de milliers trames y a l-il parmi les juifs, les payens, les hérétiques, les hétérodoxes qui vous auraient servi avec beaucoup plus de fidélité, de perfection et d'amour que moi, si vous leur aviez fait la grâce de naître et d'être élevés dans la véritable Eglise? Vous les avez laissés naître et croître dans Teneur : moi au contraire, dès ma naissance, vous m'avez pris dans vos bras, comblé de vos grâces, et admis au uombre de vos enfants : oh ! quel amour, quelle reconnaissance, cette grâce doit exciter dans mon cœur! En vérité, moi seul, je dois vous aimer plus que toutes ces personnes ensemble, qui sont hors de votre Eglise, parce que vous m'avez aimé seul plus qu'elles toutes ensemble. >> Après avoir considéré cette vérité, formez les affections suivantes :

1° Considérez-vous bien au-dessus des infidèles, et avouez que vous avez beaucoup moins mérité le don de la foi qu'eux, et que vous le devez uniquement à la pure bonté, à la pure miséricorde de Dieu.

2° Offrez en actions de grâces, à l'Epril-Saint, de qui vient ce don, la vie, la passion et la mort de J.-C.

3° Regrettez d'avoir été si ingrat jusqu'à présent ; d'avoir regardé celle grande grâce comme une dette et d'y avoir répondu par beaucoup de péchés el de vices.

4° Excitez en vous autant que possible un ardent amour de Dieu, priez-le de détacher entièrement votre cœur de toutes les créatures, et de l'enflammer de son amour le plus parfait.

-4e exercice. Considérez les bienfaits particulier* que vous avez reçus.

Examinez-les sérieusement en vous-même, et rendez-en grâces à Dieu, Il n'est pas possible, ni nécessaire d'éuu-

mércr ici ions ces bienfaits : vous n'avez qu'à jeter vos yeux sur voire vie passée, vous y trouverez un nombre infini de grâces. Je veux seulement pour exemples en citer quelques-uns.

1° \Sn de ces bienfait^, c'est une longue vie. Tous les jours nous pouvons expier quelque chose «Je nos péchés et diminuer les peines du purgatoire. Nous pouvons pratiquer chaque jour de nouvelles bonnes œuvres, et augmenter notre gloire dans le ciel. Chaque jour nous pouvons avancer dans la vertu et obtenir un plus grand bonheur pour le ciel. Oh ! si Dieu avait accordé une plus longue vie à ces malheureux qui se sont damnés dans leur jeunesse, quelle pénitence ils auraient faite! Oh! si Dieu avait laissé vivre plus longtemps certaines âmes du purgatoire, par quelle sévère pénitence elles auraient expié leurs péchés! Oh! combien de milliers de saints auraient augmenté leurs mériles et leur gloire par une plus longue vie! Celte grâce que Dieu a refusée à tant de milliers d'âmes qui sont dans le ciel, en purgatoire et en enfer, il me l'a accordée libéralement par sa pure bonté et sa miséricorde.

2° Une autre grâce particulière, c'est de nous avoir appelés à la vertu et à la perfection. Combien on rencontre de milliers de bons chrétiens, qui mènent une bonne vie, mais qui sont si surchargés de travail et d'affaires, qu'à peine peuvent-ils penser pendant la journée à exercer ou à acquérir une vertu? Combien de milliers qui habitent la campagne parmi les personnes simples, et qui ne savent p3S ce qui constitue la vraie vertu et la sainteté? Combien de milliers, qui, pendant toute la journée, n'ont pas le temps de lire un bon livre, d'entendre une messe, ni de méditer l'une ou l'autre vérité éternelle? Combien qui n'ont reçu, ni du ciel, ni de la part des hommes, d'autre éclaircissement, d'autre instruction, que justement ce qu'il faut pour éviter l'enfer? Moi, Dieu me traite tout autrement. Il me donne tous les moyens non-seulement pour me sauver, mais encore peut arriver à une haute sainteté ;

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