‹ Maximes sur le ministèreChapitre 11 sur 48 · CHAPITRE IIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IIL

De ÏEsprit.

Ce que l'Apôtre appelle le don de la prophétie , et qu'il préfère à tous les au-

très, est un esprit capable d'expliquer les livres sacres , et d'en appliquer les figures , de développer les mystères de la religion, de tirer du fond de la créance les instructions pour régler les mœurs, et pour nourrir la piété.

Dire tout ce qu'il faut, ne dire que ce qu'il faut , et le dire de la meilleure manière ; c'est le caractère d'un bon esprit.

S'il est avantageux de penser juste , même sur les sujets frivoles , quelle justesse d'esprit n'est pas nécessaire à celui qui traite toujours des sujets importants ? Il doit avoir le goût du vrai , comme par instinct et l'apercevoir au premier coup

d'œil.

Un grand fond de raison et un génie

pénétrant trouvent d'abord dans chaque sujet le solide et le vrai. Ils font des divisions justes et des raisonnements suivis et convaincants, des réflexions judicieuses et pleines d'un sens exquis.

Ordre, netteté , précision , exactitude , ce sont les qualités essentielles d'un discours. Elles coulent d'un esprit juste , elles rendent le style pur, et l'élocution exacte. L'abondance vient ensuite dans la chaleur de la composition.

YI.

Il est des esprits qui se portent au grand, sans effort. Le sublime leur est comme inspiré. Ces esprits supérieurs paroissent ce qu'ils sont , sans qu'ils y pensent.

Quoique l'esprit solide soit préférable

au bel esprit, on peut sans scrupule cultiver celui-ci , et le mettre en œuvre. Un beau tour rend nouvelles les pensées usées. La religion ne souffre de nouveau que le tour.

11 n'est pas avantageux pour la chaire d'affecter trop d'esprit. On voit des prédicateurs qui ne peuvent se défaire d'une manière trop fme de penser et de s'exprimer. Ils distillent , pour ainsi dire , les vérités ; et plus ces essences sont épurées , plus elles s'évaporent. Cette dépense est à pure perte ; elle ne sert de rien pour la fm de l'action.

Les auditeurs qui ont beaucoup d'esprit n'en exigent pas du prédicateur à proportion. Us savent qu'il parle au gros de l'auditoire , qui est le peuple.

Ce qui est naturel et fondé sur la droite raison , plaît partout , et est de tous les temps. Les grands et le peuple , les savants et les ignorants , tous y applaudissent y tous s'y rendent.

L'esprit médiocre devient ridicule , s'il affecte de paroître sublime. Chacun doit s'en tenir à sa portée , et à la mesure de ses dons.

Dire qu'on prêche apostoliquement , lorsque faute de génie , ou de préparation , on parle d'une manière rampante et indigne du ministère , c'est profaner une expression si sainte, c'est blasphémer ce qu'on ignore. Que ces négligents , ou ces esprits bas aient les dons aposto-

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liques , on leur pardonnera leur grossièreté.

L'affcctalion de plaire et de se faire applaudir scandalise et attire le mépris. Il faut souhaiter que Tauditeur frappe sa poitrine , non pas qu'il batte des mains. Le prédicateur n'est pas dans la chaire pour penser à lui-même , moins encore pour y faire penser ; son ministère a trop de grandeur, pour le livrer à la bagatelle.

Trop de justesse peut énerver le discours , et le rend languissant. Il est des négligences, qu'on n'aperçoit pas dans un orateur qui se donne un grand essor.

L'esprit vif pense promptement, et non pas toujours heureusement. C'est au jugement à tempérer ce feu , et à le régler.

DE LA CHAIRE. a5

XYI.

L'esprit solide ne court pas après de fausses lueurs. Le ve'ritable fond de Tëloquenceest le bon sens: il soutient mieux le discours que le brillant , et même que Fërudition.

XYIL

Le brillant se rencontre rarement avec la justesse des pensées et la solidité des raisonnements. Plus on a d'imagination, plus on court risque de s'égarer. On prête à TEcriture des sens étrangers , que jamais récrivain sacré n'a eus en vue.

XYIIL

Le prédicateur ne doit pas tellement s'occuper de sa matière , qu'il oublie ce qu'il doit au temps, aux lieux , aux personnes, aux occasions. Il faut qu'il proportionne à toutes ces vues les choses

qu'il traite , et la manière dont il les traite.

Ce que Tinvention fournit doit se mettre en œuvre avec choix. 11 est dangereux de trop compter sur la fécondité de son imagination. En s'y abandonnant on parle beaucoup , mais on dit peu , et sans ordre.

C^est une vanité mal fondée , que celle qu'on tire de la facilité de composer.

S'il y a de l'esprit dans ce qu'on fait à la hâte, souvent le jugement y manque. On ne voit pas le foible de ce qu'on vient de produire. On est surpris, quand on y revient , de n'y trouver qu'un mélange de traits d'esprit et de fautes grossicrçs.

La qualité de prédicateur ne dispense pas d'être docile. Ses lumières doivent

toujours être soumises aux décisions de ceux qui sont les juges de la doctrine , témoins fidèles de ce que pense rÉgllse universelle. Les ténèbres de la présomption offusquent plus que celles de Tignorance.

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