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CHAPITRE IV

De 1/2 science.

La religion est la manière dont Dieu veut être connu et servi , par les plus simples , comme par les plus habiles. Il a révélé cette manière à son Eglise. Quiconque en est instruit , peut prêcher, s'il a caractère, et s'il est envoyé.

L'Esprit saint sou file pour sanctifier et non pour plaire. Dans TEcriture toutes

les vérités se montrent du côté du salut. Savoir le christianisme , et avoir le talent de l'expliquer, est toute la science nécessaire au ministre évangélique.

Il y a des occasions où le ministre de la parole doit enseigner les vérités sublimes de la religion , donner la connoissance éminente de Jésus-Christ ; c'est le pain des forts , il est bon d'être en état de les en nourrir. S'il y a une enfance , où le chrétien doit croître par la simplicité , il en est une aussi dont il doit sortir par l'intelligence. Le prédicateur qui ne pourroit distribuer que du lait , îaisseroit languir ceux à qui il faut une nourriture plus solide.

Quoique la chaire ne soit pas le lieu où il convienne de se parer de beaucoup

DE L\ CHAIRE. liy

d'érudition , il est pourtant avantageux que le prédicateur n'en manque pas. L'auditeur habile sent où l'orateur est en défaut , et lui en donne moins de créance. On doit du moins savoir avec étendue la matière qu'on traite. Mieux on sait les choses , plus , en les enseignant , on est sûr , net et concis.

Avant que d'instruire , il faut être instruit. C'est trop lard de n'apprendre qu'à mesure qu'on enseigne.

Quelque facilité qu'ait un esprit, il lui faut du travail. Quand par l'étude il s'est rempli de bonnes choses , elles viennent se placer d'elles-mêmes , et il est à son choix de laisser celles qui ne conviennent pas.

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On ne devient habile qu'en réglant ses études. La curiosité , qui anticipe les matières , ou qui court à plusieurs à la fois, en amasse de peu importantes , et en laisse souvent de nécessaires.

YIII.

Il y a une intempérance d'étude. L'Esprit saint recommande une sobriété de savoir , et la raison suggère qu'on ne doit pas vieillir à se préparer.

Entre les affectations de la chaire , celle de la science n'est pas la moins vicieuse. Elle jette de l'obscurité dans le discours : il passera pour guindé si , avec de l'esprit , il faut être savant pour l'entendre.

DE LA CHAIRE. il

Certains prédicateurs font leur fort de re'rudition. Ils rendent leurs sermons riches, n'ayant pas assez de génie pour les faire beaux. L'éloquence n'exclut pas la science , mais elle la cache. Le discours public doit ressembler à un corps , dont les os et les nerfs sont couverts. On feroit injure à l'homme éloquent de ne pas vouloir qu'il fût savant ; mais l'homme éloquent doit se souvenir que les sermons ne sont pas des dissertations.

Il faut prendre plus de soin de se rendre intelligible , que de paroître docte : tout est énigme au peuple , s'il n'est mis au fait. L'auditeur habile est équitable , il se contente et s'édifie des choses que Tignorant peut comprendre.

Le discours où le bon sens règne , a atteint la fin de la science. Sans le bon sens , la science embarrasse. La raison est le principe des sciences. L'antiquité a préféré la droiture d'esprit des Ammon et des Antoine à la capacité des philosophes.

Quand saint Paul bannit de la chaire rélévation , la sagesse , l'éloquence, c'est l'élévation des subtilités philosophiques , la sagesse des raisonnements humains , l'éloquence qui consiste en jeux d'esprit , en arrangement de mots.

XIY.

Le prédicateur doit savoir sa langue , l'usage des mots , leur force , leur construction. Quoiqu'il juge juste, et qu'il raisonne conséquemraent , l'auditeur est

choqué d'untcrmc impropre d'une phrase louche , d'un tour iirc'guHer, d'un mauvais accent. On doit ménager sa délicatesse.

L'étude des humanités , faite en son temps , rend le goût plus fin et plus exquis. Il est bon d'avoir retenu une idée générale des préceptes de la réthorique , des lieux qui dirigent l'invention de la disposition , des figures , etc.

XYI.

La lecture des po'etes comiques et satiriques feroit connoître les mœurs , et enseigneroit à les peindre : le commerce du monde le montreroit encore mieux , si ces secours n'étoient pas dangereux pour la piété et ne desséchoient pas le cœur. L'histoire découvre les mœurs d'une manière , à la vérité moins marquée , mais moins périlleuse.

Le prédicateur n'a pas besoin de cette logique , qui enseigne plutôt à disputer , qu'à raisonner juste. Il lui faut celle qui apprend à définir, à diviser, à conclure : celle qui distingue le vrai du faux , le certain de l'incertain , l'évident du probable. Soit art ^ soit nature , il ne peut s'en passer.

XYIII.

Les spéculations métaphysiques ne sont pas de son usage. S'il sait les systèmes de la physique , c'est pour avoir droit de les négliger. Depuis Copernic et Descartes , on parle dans la chaire , du ciel et de la terre , comme auparavant.

Le prédicateur , pour se rendre plus intelligible, s'interdit jusqu'au langage

de Fecole , et jusqu'aux termes des arts. Les questions inutiles ont fait place aux vérités nécessaires. Les apôtres ne songeoient pas à philosopher , et ne tournoient pas la religion en spéculation.

Sans un fond de théologie le prédicateur erre, ou hésite sur les dogmes. Il seroit honteux au docteur du peuple , de ne pouvoir pas dire précisément ce qui est de foi. Il doit non-seulement ne pas errer , mais être assuré qu'il n'erre point.

La bonne scholastique n'est autre chose que la doctrine de FEglise enseignée selon les règles qui la réduisent sous certains chefs méthodiques , aisés à retenir. Le prédicateur qui la possède est sûr dans SCS preuves. S'il tire d'ailleurs la beauté du discours, c'est la qu'il en prend

la force. Sous le style de l'école la vérité est scelle ; mais on lui donne de Tonction par d'autres secours.

La principale étude du prédicateur est celle de TEcriture. Il doit en demander l'intelligence par la prière , et la mériter par sa bonne vie. La méditer ensuite, en développer les mystères , en éclaircir les difficultés , l'apprendre , s'il se peut, par cœur, s'en rendre le langage familier, en employer continuellement les expressions.

L'Ecriture est comme ces tableaux exquis ; plus on les étudie . plus on y découvre de beautés. Il ne se passoit pas de semaine, que saint Chrysostôme ne lût toutes les épîtres de saint Paul.

L'énergie est dans les prophètes: on

tire d'eux le palhcliquc. Les allusions ingénieuses se puisent dans les livres historiques, les élévations affectives se forment des paroles des psaumes, les livres sapientiaux donnent des règles de conduite. Les préceptes moraux et les conseils sont dans les évangiles, principalement dans saint Matthieu. Le fond de la religion est dans saint Paul. On doit s'appliquer à suivre son raisonnement, et à le pénétrer.

XXY.

Entre les sens différents, on préfère celui que le Saint-Esprit a eu en vue ; et ce n'est pas toujours le littéral. Il n'est pas défendu de donner de nouveaux sens, si , fondés sur la lettre , ils sont selon l'analogie de la foi , et conformes à la piété. L'Ecriture est un fonds qui rapporte sans cesse.

XXYL

Des protestants habiles ont entrepris

d'expliquer rÉcriturc. Mais peut-on trouver la religion chez des maîtres qui n'ont jamais été disciples de l'Eglise, qui affectent d'ignorer les Pères, ou qui prennent d'eux ce qu'ils ont de meilleur, sans leur en faire honneur? Il y a dans les sectaires beaucoup de critique grammaticale , et d'e'rudition profane , mais nulle pictc , nulle onction , et presque partout de faux dogmes.

XXYll.

Les lumières qu'on tire des textes originaux , et des versions anciennes , ne violent pas le respect qui est dû au texte authentique de la Yulgate. Ce secours coule de la source des Écritures mêmes.

XXYIII.

L'étude des Écritures est sûre, quand on les lit avec les yeux des saints Pères. Le prédicateur se déclare alors leur disciple : il lire sa science de la tradition , et ne

donne que ce qu'il a reçu. Cette méthode est humble , facile et infaillible. Les vérités sont anciennes ; le maître qui les enseigne n'y doit mettre du sien que le tour.

Les ouvrages des Pères sont TEvangile expliqué. L'application qu'ils font de l'Ecriture en fixe le véritable sens , et enseigne mieux le dogme , que l'explication grammaticale. Chez eux on apprend l'excellence de la religion , et les devoirs qu'elle nous impose. Ils sont nos pères ; leurs écrits sont notre héritage , c'est à nous d'en jouir.

Saint Ghrysostôme , saint Augustin , saint Grégoire et saint Bernard sont les grands maîtres des prédicateurs. Saint Augustin a reçu plus de lumière qu'aucun autre depuis les apôtres, pour con-

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noîtrc Tcsprit de la loi nouvelle , et les obligations essentielles du chrétien. Saint Chrysoslôme fournit des tours merveilleux pour aller au cœur. Il faut lire saint Jérôme pour bien expliquer rEcriture.

Il ne faut jamais se lasser de puiser dans ces sources. Un rhéteur, un sophiste débile ses imaginations ; le prédicateur emploie les sentiments des Pores. La religion n'est pas son ouvrage ; il la reçoit, il la transmet telle qu'il l'a reçue.

A la lecture des Pères on peut joindre celle des [)lus excellents auteurs. Les uns réveillent l'imagination et la fertilisent , les autres élèvent l'esprit ou fortifient le raisonnement. Il en est qui forment le goût et qui apprennent à peindre les mœurs. On trouve dans les auteurs pathétiques le secret de remuer. Mais les

plus utiles sont ceux qui excitent le zèle , et qui communiquent Tonction.

La grande étude du prédicateur est celle du cœur humain. On la fait a toulc heure el dans toute occasion. Il échappe au cœur des traits qui le peignent dans la conduite extérieure : mais il garde des affections secrètes qu'on pénètre avec peine; Fart consiste à les déplier.

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