CHAPITRE V
Des mœurs.
L'idée de l'orateur , chez les païens mêmes , renfermoit celle de l'homme de bien. Nous n'avons garde de Ten exclure. La réputation de vertu est le plus insinuant de tous les exordes.
42 MAXniES SUR LE MINISTERE
La qualité d'honnetc homme ne suffit pas au prédicateur , il faut encore qu'il ait de la piété: c'est l'onction qui enseigne. Elle coule du sentiment intérieur des choses de Dieu. D'un cœur desséché il ne sort que des paroles mortes , privées de l'esprit de vie.
Le prédicateur doit être pénétre des vérités qu'il veut persuader. Si le cœur n'anime la voix , clic n'est qu'un airain sonnant. Les honncs choses doivent se dire avec sentiment ; et on ne dit rien de touchant , si l'on n'est touché.
lY.
La seule voix d'un homme persuadé par avance, et qu'on croit saint , réveille des idées pieuses, et donne du poids à ses
DE LA CIIAIUi:. 4^
paroles. Son exemple a déjà prouvé que le bien est possible. Où la raison n'a plus à délibérer, le préjugé entraîne.
Le cœur a des oreilles pour le langage du cœur. Celui de l'esprit a un accent tout différent. On ne s'y méprend guères. Le maître intérieur parle , et en même temps se fait entendre.
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C'est peu d'avoir dans ses recueils les plus grands sentiments de l'Ecriture et des Pères, il faut les avoir dans son cœur. Les lumières ébaucbent la conversion , la pieté vive et tendre l'achève.
YIL
Le monde ne se contente pas d'une vertu médiocre dans celui qui le prêche.
Il veut qu'irrépréhensible il puisse dire comme l'Apôtre : soyez mes imîtaîeiirs.
YIÏI.
L'auditeur n'aime pas la voie de discussion. Un exemple qui décide est plus de son goût , et nul exemple n'est plus à sa portée, que celui du prédicateur même. Le peuple ne craint point de s'égarer en suivant celui qui le précède dans la voie du salut.
L'exemple forme des idées du bien , plus distinctes que la parole. La vie du prédicateur reprend sans offenser , elle convainc sans parler. Que dans cette nécessité de donner l'exemple , il craigne cependant d'affecter les œuvres trop éclatantes.
L'univers fut converti par un petit nombre d'ouvriers simples , grossiers ,
qui chcrchoient Dieu. Aujourd'hui des oraleurs en foule , qui se cherchent caxmemcs , ne convertissent personne.
Un homme avide de gloire ne persuade pas l'amour du mépris. Celui qui est attaché à ses intérêts n'inspire pas le détachement. On prêche mal la mortification , vivant dans la mollesse.
Le prédicateur est le censeur du siècle ; on ne lui pardonneroit pas d'en suivre les maximes, d'en avoir les manières. On dégoûte plus sûrement du monde , quand on en est dégoûte.
Plus le prédicateur prouve l'obligation qu'on a de régler ses mœurs, plus il se condamne lui-même , si les siennes sont
décriées, chacun lui renvoie les traits qu^il lance. L'auditeur prévenu s'indigne contre celui qui ne fait pas ce qu'il dit.
Le prédicateur attentif aux mouvements que Dieu excite dans son cœur , les fait passer plus aisément dans celui des autres. Ce sont des impressions , dont il a éprouvé la force : la grâce qui les a fait naître continue de les animer.
S'il se pouvoit , le prédicateur ne dcvroit écrire que dans ces heureux moments , où, par une étude faite en esprit de prière , le cœur se remplit d'onction. La source des expressions est alors sanctifiée. Dieu se sert de ces pieux ouvriers pour écrire sa loi dans les cœurs : d'une autre main les traits seroicnt défigurés.
XYI.
L'éloquence évangcliqiie lient de Tinspiration , elle perce par des traits vifs , elle remue , elle entraîne. L'élégance du discours en peut souffrir; mais n'importe, si le zcle fait sentir à l'auditeur que c'est Dieu qui parle.
Les talents les plus rares ne sont jamais mieux cultives que par la prière. Les Pères , chargés d'affaires , prioienl long-temps , et préchoient souvent.
XYIII.
La prière attire cet esprit intérieur , , qui agit sur les cœurs , pendant que la I doctrine du salut frappe l'oreille. Le pré- ' dicateur rempli de cet esprit a le don "i de le transmettre. En vain on plante, on i arrose , si l'Esprit saint ne donne Taccroissement.
L'intention du prédicateur doit être pure. Quel abus de rapporter une œuvre aussi sainte à des fins profanes, à la réputation , aux honneurs, à un vil intérêt! Nulle autre fin que la gloire de Dieu , et le salut des hommes.
Pom* peu que le ministre laisse apercevoir que ses vues sont humaines , il perd toute créance. On juge qu'il pense moins à faire régner Jésus-Christ qu'à s'établir lui-même.
Dieu distingue les bons prédicateurs d'avec les mauvais, non pas au talent, ni même au succès , mais à la pureté de l'intention. Scroit-il supportable , que la
fin du prédicateur fût contraire à celle du sermon.