CHAPITRE PREMIER
Du sujet , et des différents genres de prédication,
C'est aux orateurs sacrés que Téloquencc fournit les matières les plus importantes à traiter, les choses les plus touchantes à dire , les mouvements les plus passionnés à pousser.
Au barreau que de minces sujets ! Bans la chaire tout y est grand, jusqu'à l'exactitude qu'on y recommande dans les choses les plus petites en apparence. De
ce verre d'eau froide qu'on demande à la charité , sort une flamme qui allume le désir de la récompense éternelle.
La majesté de Dieu et ses perfections, l'économie de sa providence , les traits de sa justice, les œuvres de sa miséricorde, les mystères de Jésus-Christ , les opérations de sa grâce , la pureté de sa morale, sont la matière ordinaire des sermons.
Dans cette auguste abondance peut-on se détourner à d'autres sujets moins intéressants , et moins nécessaires ? On ne parle pas assez souvent en public, pour épuiser ces grandes matières.
Quand on a de grandes choses à dire , et qu'on les a méditées , pour peu que
Ton ait de génie , l'on est toujours éloquent. Indépendamment du tour et de la manière , les grands sujets ont leur majesté. C'est de l'or en masse ; la main de l'ouvrier ne sauroit lui ôter son prix.
YI.
Un sujet simple , vulgaire , intelligible aux plus grossiers , ne laisse pas d'être grand ; c'est l'avantage de la religion , de n'avoir rien de médiocre. Elle est majestueuse même dans sa simplicité.
Le choix du sujet dépend assez de l'orateur. Il doit préférer à ceux qui sont susceptibles de grands ornements , et qui font triompher l'éloquence , ceux qui instruisent , qui ont plus de force, et qui répandent plus d'onction. L'utilité de l'auditeur régie ce choix.
Chaque prédicateur peut avoir des matières favorites , conformes à son génie et à son talent. Tel réussit à effrayer , qui echoueroit à inspirer de la confiance.
On doit cependant éviter d'effrayer mal- à -propos. On nuit beaucoup à la vertu , quand on ne la représente pas aimable.
La morale ne doit pas dominer partout: quelquefois elle n'est qu'accessoire. La piété ne s'occupe pas toujours de la correction des mœurs. Le chrétien s oublie quelquefois lui-même , pour se perdre heureusement en Dieu , et dans les mystères de Jésus-Christ.
Le prédicateur ordinairement suppose les yërités capitales sans les prouver. La preuve feroit peu d'effet si elle n'ëtoit très-forte et très -convaincante. Telles sont Texistence de Dieu , Timmortalité de l'âme , et la réalité de l'enfer. Si on en donne quelques preuves , il faut qu'elles ne paroissent pas préméditées, et qu'elles portent dans l'esprit une lumière vive et qui pénètre. Des preuves foibles et mal tournées font naître l'envie de contredire , et donnent prise aux libertins.
Les fidèles sont plus persuadés par la foi de ces grandes vérités , que convaincus par les raisons. Le simple exposé affermit l'âme simple , elle s'en tient à la notion des termes. On croit assez les grands mystères ; mais on les conçoit dif-
ficilemcnt, et on les explique avec encore plus de peine.
Le peuple n'est guère à portée des sujets de contemplation, des plus hauts degrés de la perfection chrétienne. Les discours qui en traitent , Tennuient , le découragent. Le sujet doit être proportionné à la capacité de l'auditeur.