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Du discours moraL
L'Évangile est plus attaque' par la corruption des mœurs, que par Terreur. Aussi les prédicateurs sont plus appliques à exhorter à la vertu , et à s'élever contre le désordre , qu'à dogmatiser , ou à controverser.
Tous les devoirs de la vie chrétienne sont du ressort du prédicateur. Ne pourroit-il pas s'étudier à les faire , en divers temps , passer tous en revue ?
Il choisit sa matière selon les besoins
les plus pressants. Ordinairement la destruction des vices précède l'établissement des vertus. Il faut détruire Babylone avant que d'élever Jérusalem.
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Le sujet le plus nécessaire des sermons est la pénitence. Les prophètes l'ont prêchéc , Jésus-Christ l'a préchée aussi, et rÉcriture traite de fauxdocteurs ceux qui craignent de l'annoncer.
On porte efficacement à la pénitence en montrant combien les jugements de Dieu sont terribles , et différents de nos préjugés ; quel est le malheur d'une âme qui a perdu son Dieu , et quel sera son désespoir de l'avoir perdu sans ressource ; jusqu'où va l'extravagance d'un homme qui méprise l'éternité , l'énormité du péché , le prix du sang d'un Dieu , etc.
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Ces sujets effrayants sont suivis de consolation , dès qu^on fait voir au péclieur que la vertu qu'il regarde comme son ennemie est au contraire son bonheur , le remède à ses maux , la source de sa joie.
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Soit qu*il y ait plus de facilité, soit qu'on suive l'usage , on s'attache plus aujourd'hui à traiter un sujet particulier et unique , qu'à expliquer toutes les parties d'un évangile , qui en présente souvent plusieurs.
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Ne pourroit-on pas continuer de prêcher contre un vice jusqu'à ce qu'on l'eût détruit ? Les Pères l'ont ainsi pratiqué. Saint Ambroise fait plusieurs discours de suite contre l'usure. Saint Chrysostôme ne se lasse point d'invectiver contre la
colère, d'exhorter à raumônc. Saint' Augustin poursuit un abus tant qu'il en reste un seul vestige.
Le dimanche et les fêtes on peut embrasser plusieurs sujets , afm d'avoir lieu de censurer plusieurs vices. L'ouvrici n'entend la parole de Dieu que ce jour-là ; chacun y doit trouver ses besoins.
L'avent ne proposant d'évangile qu'aux dimanches, on est libre sur le choix des sujets: il faut s'attacher aux plus pathétiques. Autrefois le public exigeoit , que tous les sermons fussent rapportes à un plan général, et proposés sur le même texte. Aujourd'hui le prédicateur n'est plus asservi à cette contrainte : tout sujet est bien reçu, s'il est bon et bien traité.
Entre les sujets d'un avent , ceux-ci furent autrefois goûtes, et seroient encore traites utilement aujourd'hui. Les maximes de TEvangile opposées aux maximes du monde , les vérités capitales du christianisme, les prétextes de la cupidité détruits, les vertus chrétiennes et les vices contraires ; les signes de la prédestination et de la réprobation , l'usage des sacrements , la nécessité de la pénitence et ses propriétés , les caractères du pécheur, du pénitent et du juste , les excès et les défauts des pensées , des paroles , des affections et des actions , les vertus cardinales , les fins dernières , le décalogue , l'oraison dominicale , le sermon sur la montagne , le douzième chapitre de saint Paul aux Romains avec les trois suivants.
La morale trouve partout sa place. On
pourroit même en faire le corps du discours au jour d'un mystère , ou de la solennité d'un saint , si la fête n est pas locale.
Les prophètes , destinés à publier la grandeur de Dieu , à prédire Tavènement du Messie, à figurer les mystères de sa vie et de sa mort , ne laissoientpas de censurer vivement les prévarications de la loi.
Des conférences par demandes et par réponses.
Le dialogue est une des meilleures méthodes dont on puisse se servir pour instruire. Les anciens les plus habiles Tont employé. La vivacité de son action a des charmes ; et tel qui n'y étoit venu que par
curiosité , s'en est souvent retourné instruit et touché.
Cette manière d'enseigner nous vient de la nature. Les vieillards des premiers siècles, dépositaires de la religion, en racontoient les faits ; les jeunes gens leur faisoient des questions, et ils y répondoient. Les Écritures ont voulu consacrer cet usage , en avertissant d'interroger toujours les anciens.
Jésus-Christ entra en conférence sur le culte et sur la loi, non-seulement avec ses disciples , mais encore avec les pharisiens et les hérodiens. Saint Paul ne refusa pas de répondre à des philosophes stoïciens , ni même à des épicuriens. Les dialogues familiers ont fait la prédication des solitaires dans les lauies et dans les déserts.
Le siicccs des conférences en prouve J 'utilité. Le peuple y accourt. Son goût doit de'cider de ce qui lui convient.
Les demandes ne doivent être ni courtes, ni sèches. L'interlocuteur doit mettre la question dans son jour , et l'auditeur au fait ; et il n'est pas fâché d'étendre son rôle ; et son personnage lui fait plus de plaisir.
Les questions seront à propos , si le sujet les amène , si elles lient les matières, si elles font attendre à l'auditeur de nouveaux éclaircissements.
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Comme la conférence tend à rendre la
matière qu'on traite plus intelligible , et à guider Tesprit de l'auditeur , celui qui répond doit répéter la demande , et la mettre, s'il est besoin, dans un plus grand jour.
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Dans la réponse le sens et le style même doivent se soutenir. Il est plus ordinaire , mais il n'est pas plus permis de se négliger dans les conférences que dans les sermons.
Les questions morales doivent ordinairement rouler sur les prétextes que la cupidité oppose au devoir. L'objection et la réponse intéressent également l'auditeur : chacun croit être dans le cas , et cherche en soi-même à le résoudre.
La proposition d'un cas de conscience
circonstancié ne convient pas dans un sermon. Dans la conférence elle est à sa place , et l'auditeur en attend la solution avec empressement.
On ne doit pas rougir d'y faire les questions les plus simples. L'interlocuteur y fait le personnage du peuple dont l'ignorance est plus grande qu'on ne s'imagine ; et en fait de religion , des personnes de distinction sont souvent peuple.
Le dialogue peut aisément devenir puéril. Il faut éviter cet écueil avec un soin religieux ; le caractère de la chaire est sérieux, la plaisanterie en est bannie.
'Agréable sur le théâtre , amusante dans la conversation , elle seroit ici sacrilège. Elle ôteroit au prédicateur l'aulorilé et l'onction , à l'auditeur le recueillement etla componction. Les mœurs chrétiennes
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proposent un modèle qui a pleuré , et qui n'a jamais ri.