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CHAPITRE \I

De la disposition,

On peut comparer les discours oratoires à des ouvrages d'architecture ; ils tirent leur force et leur beauté de la symétrie.

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Des monceaux de pierres et des arbres cntasse's , ne sont ni des maisons ni des navires.

Il y a une éloquence de choses .-elle est indépendante des expressions. Elle résulte de Tordre général de la pièce , de Tarrangement des preuves , et de la liaison des parties.

On ne peut pas dire que la beauté du discours vienne de la beauté de quelques endroits , où Toratcur aura épuisé tout son art et tout son feu ; mais bien de la convenance des parties entr elles , et de leur rapport avec le tout. C'est un corps d'ouvrage où tout se tient, parce que tout est lié et bien assorti. L'enchaînement des choses par elles-mêmes est tout autre que celui des transitions recherchées.

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Une imagination féconde offre d'abord une foule d'ide'es que le jugement fait trier. Il fait un retranchement sévère du superflu. L'abondance fait obscurité. Le blé trop épais verse , ne mûrit pas.

Il est dangereux d'employer ce qui se présente sur-le-champ , et ce qui n'a pas été médité. La nouveauté éblouit , et fait souvent goûter ce que la réflexion méprise.

Dans le feu de la composition , oubliez la métliode des préceptes ; ce qu'ils prescrivent est quelquefois ce qu'il faut éviter. L'orateur doit traiter son sujet en maître : il ne court pas après l'éloquence ; elle le suit.

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La disposition trace le dessein ; elle dresse Tordre du discours ; elle arrange les preuves , établit , éclaircit , prouve , détaille , tire des conséquences , fait des objections , les résout , poursuit dans ses faux-fuyants Taveu qui se refuse.

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Le discours est an^angé, si toutes les parties s'entretiennent de façon que les premières conduisent aux secondes , celles-ci aux suivantes ; et que la dernière rappelle tout , et laisse dans l'esprit une idée entière du sujet.

Les propositions et les preuves doivent être disposées , s'il est possible , comme celles des géomètres ; les dernières supposent les premières. Toutes dépendent

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de principes évidents , d'où elles suivent par une conséquence nécessaire.

Les meilleures raisons se mettent les dernières ; ainsi le discours va toujours croissant. Les plus fortes preuves ne sont pas toujours celles qui ont le plus de succès. J'appelle donc meilleures celles qui font plus d'impression, qui intéressent davantage , ou que l'auditeur saisit plus aisément et dont il est plus frappé.

La bonne éloquence ne laisse pas de souffrir des petits vides , et des inégalités. Le peintre affoiblit certains endroits du tableau pour en relever d'autres. Tout n'est pas os et nerfs dans le corps humain.

Que l'ordre du discours soit assez mar-

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que , pour être aperçu par Tauditcur habile , et attentif : il veut voir où on le mène ; mais pour le vulgaire on court risque de l'ennuyer, si on lui fait tout prévoir. Pour lui moins de lumière et plus de mouvement.

Trop de scrupule sur l'arrangement n'appartient qu'aux orateurs médiocres ; les maîtres de l'art franchissent ces barrières, et se mettent en liberté. La magnificence dédaigne les petits ornements ; et pour elle un beau désordre vaut plus qu'une justesse étudiée.

On ne doit guère ajouter aux subdivisions d'autres partitions sensibles : ce qu'on hache trop se réduit à rien. Parlà on seroit toujours dans les thèses, rien ne seroit poussé , et le détail viendroit

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trop tard. L'usage prescrit veut des subdivisions ; on ne doit ni les refuser ni en trop mettre.

Usez rarement de transitions triviales. Que les choses naissent les unes des autres , et se tiennent par un sens voisin , dont l'esprit saisisse le rapport sans étude. Des pierres bien taillces s'unissent sans ciment.

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Dans certaines propositions composées on passe si heureusement d'un membre à l'autre, qu'à peine on les a tous développés , que le sujet est rempli. Les transitions s'y présentent sans recherche.

La longueur du discours doit être réglée par l'attente de l'auditeur, par l'usage et le besoin du sujet. Il faut se tenir

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en garde contre le plaisir de se faire écouter. Le prodigue donne trop, et le libéral donn^ assez. Celui qui ne peut se borner, ne ^ait pas composer.

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On présume trop de croire qu'on puisse être écouté sans ennui au-delà du temps ordinaire. L'auditeur a sa mesure de patience ; quand elle est donnée , il n'en faut plus exiger. Un vase plein ne reçoit plus rien ; ce que vous y versez est perdu. On sort chagrin et fatigué d'un discours trop long , comme d'un songe fâcheux.

Dans un sermon il vaut mieux retrancher qu'ajouter , et tendre toujours à être court. Ce qui n'est que passable , paroît pitoyable à l'auditeur fatigué. D'ailleurs c'est un grand soulagement et pour la mémoire et pour la poitrine , qu'un quart

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d'heure épargné sur un discours d'une heure.

Il ne faut ni moins d'art , ni moins d'attention , pour retrancher ce qu'il n'est pas à propos de dire , que pour employer ce qu'il faut dire. Les Pères disoient de leur temps ce qui ne conviendroit pas à celui-ci. Notre langue même demande des égards , que n'exigeoit pas la leur.

Il y a des irrégularités dans le dessein, dans la disposition , dans les preuves , dans le style même, qu'on peut appeler des fautes habiles. On est éloquent si l'on persuade , quoique sans régularité. La négligence a quelquefois son habileté et ses vues.

Le jugement fait discerner ce qu'il faut taire , ce qu'il faut exprimer, ce qu'on

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doit étendre , ou seulement montrer en passant , ce qui convient au temps , au lieu , aux personnes : le sens naturel juge de ces choses. L'art ne peut non plus le re'gler, que régler le goût et Todorat.

On ne parle bien qu'autant qu'on parle à propos. Les règles de rëloquence, aussibien que ses ornements , sont sous la direction de la prudence, qui applique tout selo nie sujet et l'occasion. L'orateur est bien habile, qui n'a jamais rien avance de contraire à la fin.

Il faut conduire aux veVités par degrés. Les apôtres parloient d'abord de Jésus- Christ comme d'un homme envoyé de Dieu. La divinité du Messie étoit une conséquence de ce principe , parcequ'il se l'attribuoit sans usurpation. Ils établissoient les faits, et les faits amenoient le dogme.

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