CHAPITRE Yll
Des principes.
Un sermon sans principe seroit un édifice sans fondement. Des principes solidement établis disposent l'auditeur à passer les conséquences.
Ce qu'on pose pour principe doit nonseulement être constant , mais passer pour tel. Quelque solide que soit une opinion , il ne faut pas la donner pour règle , si elle peut être contestée.
Sur les matières qui partagent les écoles, le prédicateur ne prend point
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parti; il respecte tout sentiment, et ne décide rien d'indécis. Il n'a pas le même intérêt qu'avoit saint Paul à Jérusalem , de diviser ses auditeurs.
lY.
Si quelque proposition a choqué dans un sermon, le prédicateur peut la ramener dans un autre. Mais que l'explication ne sente ni la justification, ni l'apologie, sauf la foi. Sa modération doit aller jusqu'à supprimer ce qui pourroit l'avoir offensé lui-même.
Il y a des principes si clairs , qu'on perdroit le temps à les prouver ; on supposeroit que l'auditeur ignore ce qu'il ne peut ignorer. S'il y en a qui aient besoin d'être éclaircis , on s'y arrête, mais peu; l'auditeur attend autre chose. Souvent on s'y étend trop, faute de génie pour en sortir.
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Quand le prédicateur s'est ainsi longtemps tenu sur les principes , sans descendre aux conséquences pratiques , l'auditeur revenu à soi, se souvient qu'il a été frappé d'idées abstraites, et c'est tout; il n'en fait aucune application à ses besoins.
YII.
D'autre part, les conséquences trop tôt tirées , et poussées dans un détail qui fait tout le sermon , jettent le prédicateur dans des redites; les mêmes moralités reviennent : les traits qui peignent les mœurs ne sont pas infinis.
YIII.
Un principe proposé d'un tour sentencieux fait impression , et on le retient ; les sentences sont les proverbes des bon-
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netcs gens, comme les proverbes sont les sentences du peuple.
Il faut ne rien surfaire , ne rien outrer. Prêchez simplement l'Évangile , qui ne présente que croix , vous serez assez sévère , et vous ne le serez pas trop. Jcsus- Christ n'a rien de trop dans ses maximes*
Quand le prédicateur exagère les petits défauts , l'auditeur en rabat autant sur les grands et se les pardonne. Les vices énormes paroissent alors à l'impénitent des minuties exagérées.
Le zèle qui porte les fidèles à ce qu'il y a de plus parfait , ne doit pas condamner ce qui l'est moins : chacun a son don
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particulier , et tel qu'il Ta reçu du Père des lumières.
L'exccs est partout vicieux. Dans un sermon il peut y avoir trop de principes, d'érudition , de raisonnements , de citations , de mouvements , de figures , de portraits du cœur humain et de satires du siècle, trop même d'allusions aux expressions de l'Écriture , qui rendent le discours obscur. Tout doit s'employer sobrement.
Si quelque excès est supportable, c'est celui de la solidité. Un bon discours est toujours beau , manquat-il de politesse : les ambassadeurs Scythes raisonnoient et convainquoient. L'orateur fondé persuade les esprits sensés , et même les esprits superficiels : à peine gagne-t-il ceux-ci s'il est de leur caractère.
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XIY.
Les Pères ont souvent pose les principes qui suivent : Que le Tout-Puissant qui tolère le mal en sait tirer du bien , et fait rentrer le pécheur dans Tordre : Que le salut est la grande affaire : Que nous sommes ici-bas étrangers et voyageurs :
Que ceux qui ne craignent pas de pécher, devroicnt au moins craindre de périr : Qu'il faut sans cesse regarder devant soi , et tendre à la perfection : Qu'après tous nos efforts , il faut nous croire des serviteurs inutiles, etc.
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CHAPITP^E VIII.
Des preiwes.
Le prédicateur doit surtout chercher la vérité , et la montrer. Bannie de tout autre lieu , elle s'est sauvée dans la chaire : cet asile doit être inviolable.
Il est des vérités si constantes , qu'il suffit de les avancer, ou tout au plus de les développer : mais il en est qui demandent des preuves. Le prédicateur n'est pas inspiré, et l'auditeur ne le croit pas infaillible. Il attend des autorités décisives , ou des raisons concluantes.
Les preuves les plus incontestables sont
celles qu'on lire de TEcriture, soit qu'elle décide elîe-méme , soit que la tradition en fasse une application décisive. Quand le prédicateur emploie les livres saints , c'est le Verbe même qui parle. Le fruit n'est jamais si sain que sur l'arbre , ni l'eau plus pure que dans sa source.
Il ne faut ni ajouter à l'Écriture , ni en rien diminuer. On y ajoute , quand on égale les inventions humaines aux préceptes divins par des interprétations humaines.
Dans le choix et la valeur des preuves, les prédicateurs renversent Tordre des philosophes. Dans la religion tout cède à l'autorité ; elle est révélée ; la raison n'a que le second rang, et l'exemple le troisième.
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En prêchant , il ne suffit pas d'émouvoir , il faut convaincre. Au barreau le pathétique peut triompher: le juge ëmu prononce , et la cause est finie ; mais la chaire doit tendre autant à convaincre qu'à émouvoir. Si le sentiment est sans lumière , quand il est passé , le pécheur est encore le même : au lieu que la conviction demeure, quand l'émotion est calmée.
YII.
Des matières importantes prouvées foiblement font un tort au ministre , dont le contre-coup porte sur le ministère, et même sur la religion.
YIII.
Les preuves enchérissent sur la vérité avancée , elles l'exposent d'une manière plus convaincante , et elles concluent. On
ne les compte pas , on les pèse , le choix en est prcfcre à Tabondance. Plusieurs foibles raisons n'en valent pas une concluante,
Pour examiner la force d'une preuve ; on voit si , proposée froidement, et dans le discours familier , elle convainc l'homme sensé. Les plus communes sont souvent les meilleures ; à force d'être vraies, elles sont devenues communes. L'auditeur les revoit avec plaisir, si on leur donne un tour neuf.
On se rend plus attentif aux preuves de raisonnement , qu'à toute autre ; on se fait honneur de les entendre. La Topique des anciens n'est pas à négliger , elle ouvre les sources des preuves ; mais il vaut mieux les trouver par la méditation du sujet , que par le secours de l'invention , et par la méthode des lieux.
lyo MAXIMES SUR LE MINISTERE
Il ne faut pas insister à prouver les vérités dont tout le monde convient.
L'application doit être à établir ce que la passion contredit, ce que la prévention conteste.
Il ne suffit pas qu'une preuve soit forte par elle-même , elle doit l'être par rapport. Le solide est préférable au brillant, mais il cède à Futile , et une raison assez foible persuade quelquefois, parce qu'elle est à portée. La lecture de Démosthène apprend que Féloquence consiste plus à pousser brusquement ce qui intéresse , et qui va au fait , qu'à dire de grandes choses avec nombre et harmonie.
Le besoin conduit quelquefois où la justesse ne mèneroit pas. Il faut convain-
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cre les hommes par les choses qui les fra})pent , et leur épargner la peine d'examiner et de suivre trop loin le fil du raisomiement.
Un long raisonnement qui enchaîne plusieurs propositions , dont chacune attend sa preuve , .fatigue l'auditeur , il a trop de chemin à faire : un raisonnement trop concis est ohscur et embarrasse ; l'art cherche un milieu.
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L'art propose une Terité , la met dans son jour, établit des principes , il infère, il applique , il s'étend sur les détails , il s'objecte des prétextes , il les détruit , il fait des instances qui pressent , qui accusent , pour ainsi dire ; si le désaveu s'échappe , il le poursuit dans ses fauxfuyants , il le coupe , il revient ensuite sur ses brisées , il récapitule et conclut.
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Il est des vëritcs qui trouvent de grandes contradiclions. Alors on accumule les preuves : on tâche non-seulement de convaincre , mais de terrasser. Le laboureur scme plus de grain qu'il n'en faut , parce que tout ne lève pas : plusieurs rayons réunis font un corps de lumière.
Hors de ces occasions , l'orateur ne déploie pas toutes ses preuves , il en laisse entrevoir quelqu'une sans la pousser.
L'auditeur en devient plus docile , parce qu'il voit qu'on n'use pas de tout son
avantage.
XYIII.
On fait sentir la force des preuves sans la vanter. L'auditeur, maître de son acquiescement , ne veut pas qu'on le lui arrache.
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Le ridicule qu'on jette sur les vices et sur les défauts, en donne quelquefois plus d'ëloignement qu'une censure sérieuse.
Les raisonnements tournés en arguments méthodiques et précis ne conviennent pas à la chaire ; la conversation même a peine à s'en accommoder. Le syllogisme concis n'est que pour la dispute.
L'orateur ne pèche guère plus impunément , que dans la justesse et dans Texactitude des raisons. Parmi les auditeurs, les uns critiquent la diction , les autres censurent les pensées; il en est peu qui examinent la logique du discours. On ne doit jamais la négliger , ne fut-ce que
pour l'honneur de la vérité , et pour l'apologie du bon sens. La probité ne hasarde point de preuve , dont elle sent le faux,
Il est des discoureurs qui n'imposent qu'au vulgaire ; le bon sens n'est jamais leur dupe. Purs déclamateurs , ils sont pleins d'exagérations , de figures forcées, de pointes , de jeux de mots , tous moyens propres à éloigner du but de l'éloquence, qui est la persuasion.