‹ Maximes sur le ministèreChapitre 32 sur 48 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Des citations.

L'ÉRUDITION a fait long-temps une vaine parade des citations. La science de l'orateur ctoit prodiguée , et l'esprit de Taudi-

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teur distrait et fatigué. Les Cospéan et les Lemaître étoicnt dans ce goût. On cite sans besoin , quand on veut seulement montrer qu'on a lu. Cette dépense fait peu d'honneur , les recueils d'autrui et les tables des livres la fournissent.

Souvent les citations énervent le discours , le dessèchent, coupent le fil du raisonnement. Il ne faut citer que par nécessite , très-peu , avec choix , et pour appuyer quelque vérité contestée. Le bel usage des citations est de rendre l'application des traits qu'on rapporte plus ingénieuse que les traits mêmes.

Les citations ne font pas la beauté de l'éloquence , mais elles peuvent en être la force. Il faut citer pour prouver. La religion est fondée sur des faits j en citant 01^ les autorise»

Les citations décisives sont celles de l'Ecriture , quand elles conviennent au sujet. Les termes qu'elle emploie sont consacres , et donnent à ce qu'on avance une autorité et une onction divine.

En rapportant l'Ecriture , on ne doit pas la paraphraser jusqu'à en altérer le sens en faveur de Tharmonie du discours. Cependant on peut ne pas s'attacher servilement à la lettre, surtout si la traduction étoit dure, oublessoitla bienséance par des naïvetés que les langues vivantes ne comportent point.

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On rapporte le texte tel qu'il est , lorsqu'on ne peut en conserver l'énergie dans la traduction : ou du moins on cite les

mots les plus essentiels , et qui par le sens qu'ils renferment , frappent davantage.

On n'est pas tenu de traduire avec une fidélité scrupuleuse. Les termes de la traduction peuvent embellir le sens du texte: on ne les rend pas au compte , mais au poids ; à moins que l'Eglise n'y ait atta-. ché son dogme.

La traduction ou la paraphrase du passage doit ordinairement précéder la cita-, tion.

Dans les sujets contestes , on appuie son sentiment par plusieurs passages parallèles : il ne faut pas les entasser sans choix. On les arrange , on les met en œuvre avec art. Ce ne sont pas ici les mar-

chandises d'un magasin ; ce sont les meubles d'un appartement propre et orné avec goût.

La voix unanime des Pères, qui forme la tradition , va de pair en autorité avec l'Écriture ; on ne peut l'abandonner sans s'égarer. C'est par eux qu'on explique le dogme et la morale des livres saints.

La doctrine des mœurs a été pure tant qu'elle a coulé de ces sources : elle s'est altérée , lorsque la raison humaine en a osé interrompre le cours. Dieu semble avoir puni cette témérité par les relâchements monstrueux où la morale est tombée. Laissons l'Esprit de vérité enseigner toute vérité.

xn.

On s'attache en lisant les Pères à ce qu'ils ont de plus pieux et de plus solide.

On néglige les endroits brillants , les jeux de mois , les allusions aux nombres et aux opinions pbilosopliiqucs , où les cngageoit le goût de leur siècle.

Si on veut faire justice aux Pères sur le caractère de leurs discours , il ne faut pas les comparer à Dc'mosthène et à Cicéron, qui ont vécu plusieurs siècles avant eux ; mais aux orateurs qui ont excellé de leur temps. Saint Basile à Libanius , saint Ambroise à Symmaquc. Saint Basile est solide et naturel ; Libanius vain , affecte , puéril.

Ce que le prédicateur adopte des Pères , doit être placé si à propos , qu'on diroit qu'ils n'ont parlé que pour lui. Il s'attache à ceux qui ont plus de force et plus de grandeur. Il donne à ce qu'il rapporte un tour nouveau, et qui peint nos mœurs.

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Il en est qui citent en maîtres , jusqu'à faire le précis d'un traite , et qui découvrent le sentiment d'un Père par la totalité et par l'ordre de ses ouvrages ; ce sont moins les paroles des Pères , que leur doctrine et leurs raisons.

C'est faire peu d'honneur aux saints Pères , que de les citer , pour autoriser une pensée triviale , peu juste , fausse , ou un raisonnement forcé.

Il faut passer aux premiers Pères quelques expressions peu exactes. Quoiqu'ils aient dignement parlé de la religion, diverses difficultés n'étoient pas encore nées, et chacun d'eux n'avoit pas recueilli toute la plénitude de la science apostolique.

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XYIII.

Quand la censure d'un desordre peut regarder quelque auditeur, il est bon de le trouver dans le texte de quelque Père; alors personne ne pourra se plaindre qu'on ait voulu le désigner. LcPcre qu'on cite avoit en vue des pécheurs qui ne sont plus.

On ne cite point en chaire d'autre langue morte ou étrangère que la latine , encore la cite-t-on rarement. La version authentique de l'Ecriture est équivalente au texte original. Ce n'est pas citer les paroles d'un Pcre que de rapporter son grec en latin.

Une autorité tirée de loin , et forcée daiis son application , n'est pas une autorité. Non-seulement elle ne décide pas,

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mais elle fait perdre créance à celui qui remploie.

On laisse aux avocats à citer et titres et paragraphes. On cite cependant le chapitre de l'Ecriture , ou le livre d'un Père, si le dogme est conteste. On le cite encore , quand on renvoie l'auditeur au livre , sur ce qui seroit trop long à rapporter.

Il y a des livres d'un grand usage qu'on cite d'une manière qui leur est propre ; on ne peut s'y méprendre , sans paroître ignorant , et sans perdre créance. Tels sont le droit canon , le droit civil , la Somme de saint Thomas , etc.

La lecture peut tenir lieu de génie ; tous les esprits ne sont pas capables de

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créer ; et c'est une fausse délicatesse de n'oser rien dire d'après les modernes. De quelque date que soit un ouvrage, sitôt qu'il est donné au public , il lui appartient ; on a droit d'y puiser, pourvu que ce soit avec adresse. Un tel plagiaire n'est pas criminel.

Autrefois on se faisoit honneur en chaire des beaux endroits des profanes.

Ce n'est plus le temps de bâtir le temple du marbre et des cèdres du roi Hiram.

Les prédicateurs laissent aux grammairiens ce genre d'érudition , et n'apportent au lieu saint que l'oblation des fidèles. Cependant il n'est pas inutile de penser et de s'exprimer comme les anciens.

L'opposition des vices de certains chrétiens et de leurs maximes aux maximes

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et à la conduite de plusieurs païens , feroit un contraste humiliant et capable de confondre. Il en faut user sobrement :

on n'expose pas dans les églises les portraits d'Aristide et de Caton.

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