CHAPITRE X
Des pensées.
Penser est une opération de l'esprit , Traie , solide. On abuse de ce mot, lorsqu'on appelle pensées ce qui n'est qu'un faux brillant. Ce sont des éclairs qui incommodent , non pas des astres qui luisent ; une antithèse , un mot ambigu où l'imagination se soustrait aux règles de la raison.
Ce qu'on appeloit pensées , il n'y a qu'un demi-siècle , avoit pris la place du
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vrai; elles ont cessé de plaire , quand le vrai a paru. L'illusion s'est dissipée, et ce qu'alors on Irouvoit grand , est aujourd'hui puéril.
Le sermon n'est pas un discours purement d'esprit, il est trop grave pour n'être que paré ; les ornements recherchés y sont hors de leur place. Si l'on y met de l'esprit , il n'est pas permis de le faire sentir. L'homme apostolique vise a convertir: des traits brillants ne consternent pas le pécheur.
L'auditeur veut être éclairé , et non pas ébloui ; il ne s'attend pas à être diverti , mais touché. Quand la finesse des pensées s'est évaporée , il réfléchit , et il a honte de s'y être arrêté.
Il n'est rien que l'orateur trouve avec
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plus de peine , que ce que chacun se croit capable de dire , après Tavoir entendu ; non parce qu'il paroît beau , mais parce qu'il se trouve vrai. On croit qu'on en diroit autant; veut-on en faire l'essai , on se détrompe.
YI.
Quoique les pensées roulent sur des idées communes à tous les hommes , elles peuvent avoir à l'infini quelque chose d'original dans les circonstances, le tour, l'application. L'art ne s'épuise pas en nouveautés ; il varie les pensées , comme la nature diversifie les visages.
Dans les pensées il faut toujours du vrai , du naturel. On les puise dans le sens commun ; et c'est à tort qu'on donne pour admirable , ce que nul autre n'a imaginé.
YIII.
Il est des pcnsces jolies , le prédicateur les rebute ; il en est de fines , il ne les affecte pas : il ne saisit que les solides , qu'il recherche par la méditation et par la lecture.
Dans l'affectation de bel esprit pour la chaire , il y a un ridicule irréligieux. A qui présente-t-on ces beautés? Plusieurs ne les connoissent pas , peu les goûtent , le reste attend tout autre chose. Le solide du discours est pour tous ceux qui ont du sens.
On pardonne quelque brillant aux jeunes orateurs , s'ils le sèment avec épargne. On leur passe des traits fins et délicats , des expressions vives , qui touchent
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aux limites du précieux. Dans un âge plus mûr ils en auront honte.
La noblesse des sentiments contribue plus à la véritable éloquence , que la finesse des pensées. L'âme grande en est une source plus féconde , que le bel esprit.
XU.
Des esprits incapables d'entrer dans le secret de l'art , au lieu de pensées , ne donnent que des paroles choisies, arrangées , ornées , et ne sèment nul sel dans le sens qu'elles expriment : le solide doit en faire la beauté.