‹ Maximes sur le ministèreChapitre 34 sur 48 · XI IL · texte numérisé non relu

XI IL

Un génie outré pousse ses pensées audelà de leurs justes bornes , et fatigue à force de vouloir enchérir sur sa première

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idée ; ses couleurs sont toujours chargées; tout est exagéré , tout est forcé. Tendant à ce qu'il croit le plus beau , il le laisse après lui , et se perd.

Pour mettre des pensées en œuvre , il faut être capable de distinguer la délicatesse du raffinement , l'agrément de l'afféterie , la noblesse de l'enflure , l'ornement du faux brillant, le bon sens du galimathias.

L'usage des pensées nobles est propre aux mystères , pour en soutenir la majesté ; aux panégyriques , pour leur donner de la dignité. Dans la morale , elles

ne vont pas toujours a la fin , qui est de toucher.

Ce qui n'a d'autre effet que de plaire, dilate le cœur , et le tire du resserrement

igo MAXIMES SUR LE MINISTERE

qni convertit. Les meilleurs traits dans la morale, ce sont les terribles. La conversion commence par la frayeur; et on a mal prêché , si on n'a qu'agréablement prêche. Le plus bel éloge du sermon est le silence pensif de l'auditeur qui se retire.

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La pensée est guindée ou mal exprimée , s'il en coûte trop pour rentendre; Les pointes , les jeux de mots , les proverbes ne trouvent place que dans les conversations vulgaires. Le sérieux de la chaire les bannit. S'il est échappé auxPères de TÉglise quelque trait semblable, ils l'ont donné au mauvais goût de leur siècle , pour se faire tout à tous.

La pensée sera heureuse , si l'admiration qu'elle a causée s'efface avec peine , si elle laisse encore beaucoup à penser ,

si après Tavoir pensée on y trouve toujours un grand sens , si elle se soutient en quelque langue qu'on Texprime, indépendamment du choix des mots et de leur arrangement.

Quoiqu'une pensée soit commune , il ne la faut pas rejeter, si elle est vraie , si elle sert à éclaircir ou à prouver. On l'approfondit, on lui donne plus de jour, l'orateur se la rend propre par un tour nouveau: il pense autrement que les autres , lors même qu'il pense ce que les autres ont pense.

Il est une sorte de pensées , qu'on appelle des applications , qui donnent aux paroles de l'Ecriture , et aux actions qui y sont rapportées , un autre sens que le sens naturel , et qui tournent la lettre en esprit. Elles ornent plus qu'elles ne

prouvent. Le style de saint Bernard en est semc. Si la réalité explique la figure , l'application cstnon-seulementingénieuse, mais solide et concluante.

Les pensées où la fortune entre comme personnage , ont Tair du paganisme: elles n'ont du vrai, que dans un système impie. La religion , qui n'admet pas ce système, en doit rejeter jusqu'aux expressions.

Ce qu'on appelle fortune est la Providence, qui n'est aveugle qu'à l'aveuglement humain.

xxu.

Ne vantez jamais les pensées qui sont de votre invention : vantez rarement celles des autres , l'ostentation ne convient pas à la modestie de la chaire. On pardonne à peine à ceux qui montrent les trésors des églises, de 5'attacher à ies faire admirer.

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