‹ Maximes sur le ministèreChapitre 35 sur 48 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

De r amplifie aiion^

Lik brièveté seroit commode , si elle n'étoit obscure ; on aimeioit à entendre beaucoup de choses en peu de mots , mais la difficulté est de les entendre. Tout est énigme pour le peuple ; c'est à lui que le prédicateur parle; il ne lui doit rien laisser à deviner.

Le peuple ne voit les choses spirituelles que dans un grand éloigncment, il faut les lui rapprocher par de grands traits , tels qu'on les trace sur ces tableaux qu'on voit dans les voûtes des temples. Dans les miniatures tout se confond, tout

(échappe à qui n'a pas l'œil fin. Le gros de l'auditoire ne sauroit lire dans la pensée du prédicateur , il s'en tient aux paroles. On doit supposer peu, et expliquer beaucoup. Il vaut mieux risquer d'en dire trop pour les gens d'esprit , que de n'en dire pas assez pour le vulgaire.

L'amplification opère sur une proposition , comme la sève sur un germe ; elle développe , elle grossit, et rend sensible des parties imperceptibles. Outre qu'elle répand la clarté , elle rend le style nombreux et propre à la déclamation.

L'école veut le style serré , la chaire l'exige diffus.

Ce qui n'a pas besoin de preuve peut avoir besoin d'explication. On ne fait pas les vérités , on les établit , on leur donne

DE L\ CHAIRE. IqS

du jour , on aide à rimprcssion qu'elles ont commencée , on y ré[)and l'onclion.

Souvent l'auditeur est distrait , quelquefois il manque de pénétration , il perd bien des choses. Si le discours est diffus, si les pensées sont développées^ il se dédommage de ce qu'il a perdu.

Quand l'orateur a choisi sa matière , et qu'il l'a arrangée , s'il a du feu et de la fécondité , il l'étend , il l'orne , il la relève par différents tours, et par des expressions qui en montrent les diverses faces. D'un corps décharné il fait un corps nourri , et qui a de l'embonpoint.

L'amplification ne doit pas aller jusqu'à l'exagération. L'éloquence sacrée n'a

pas besoin d'exagérer. Elle montre la grandeur et la petitesse des objets selon leur état véritable. Ce qui n'est qu'exagéré est faux , et bientôt paroît tel.

YIII.

L'abondance des pensées que fournit un esprit fécond doit se resserrer dans les bornes du sujet. Il faut tendre à son but et ne jamais s'écarter. Plus le goût de l'auditeur est épuré , plus la fécondité de l'orateur est à l'étroit.

Quand une fois il a dit ce qu 'il faut dire, il doit s'arrêter. Ce qu'il ajoute , quelque esprit qu'il y jette , ne forme plus d'image qui plaise , n'excite plus de nouveaux sentiments. La précision fait alors plus d'effet.

Une grande facilité est ordinairement

un grand défaut ; clic est négligente et clic étouffe les bonnes choses sous le nombre des mauvaises. Les arbres les plus feuilles ne sont pas les plus fertiles.

Le bon goût juge si la pensée a sa juste étendue , et si elle est débarrassée des paroles inutiles. Cependant il vaut mieux ordinairement s'accommoder à la lenteur des esprits pesants , qu'à l'impatience des esprits vifs.

Il est des occasions et des matières , oii la manière la plus noble de s'exprimer est de laisser entendre des choses sans les dire. La pensée de l'orateur va plus loin que ses paroles. Il en est quelquefois de même de l'auditeur, qui supplée à ce qu'on supprime.

Une seule preuve présentée sous diyerscs faces , mises à la portée de tous ,

persuade mieux que plusieurs entassées : la variété de tours pique et réveille. Il faut donc varier sans interrompre , presser sans se désister. Les de'tours des ri- Tières n'en interrompent pas le cours.

La matière qu'on amplifie doit toujours croître : les derniers tours enche'rissent sur les premiers: ils prouvent, ils convainquent , ils persuadent , ils laissent enfm sans réplique.

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11 est quelquefois nécessaire de revenir à une raison décisive , et de l'inculquer de nouveau. Tous les auditeurs ne s'intéressent pas d'abord , plusieurs sont distraits , quelques-uns ont la conception dure , d autres sont prévenus : un retour au point décisif achève de persuader. On sacrifie ainsi aux avantages de la persuasion les agréments de la variété.

Les digressions sont insupportables aux auditeurs d'un jugement exact. Pour peu que Torateur s'écarte , ils le croient égaré. Si la nécessité en amène quelqu'une , il faut bientôt rentrer dans le sujet. On se console du débordement d'un fleuve , qui a comblé des fossés à sec , quand il rentre promptement dans son lit,

Les saints Pères, plus attentifs à la fin du ministère qu'à la régularité du discours , n'ont pas fait difficulté de se détourner du sujet , quand la charité les y invitoit. Le zèle peut faire négliger les règles: se perdre ainsi , c'est se retrouver avaniageuscment.

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