XXV L
Dans la chaire il est nécessaire de parler purement : la politesse n'en est pas bannie , à moins qu elle ne soit affectée. L'élocution a de grands avantages, la jus-
tesse et le choix des expressions se font sentir aux plus grossiers; ils sont choqués des meilleures choses , si elles sont mal exprimc'es. On peut dire a un chantre, ne fredonnez pas ; mais on ne lui dit jamais , ne chantez pas juste.
XXYII.
Le style a ses bienséances comme les habits et les manières : on s'attend que le prédicateur parlera en homme de Dieu.
Le sermon n'est pas une conversation de cercle; on y parle au peuple, et on y parle de Dieu.
XXYIIL
On n'y hasarde pas les mots nouveaux, on n'y rappelle pas les termes surannés. La diction du prédicateur doit être comme s? vie, modeste, chaste, unie; a.':s?z simple pour être entendue , sans rien perdre de sa dignité.
TjC style fleuri est le langage de Timagination , et le style grave celui du cœur. Les tours , qui ne plaisent que par leur délicatesse , ne vont pas au cœur ; ils ne laissent qu'un foible souvenir du plaisir qu'ils ont cause'.
Le style ordinaire du sermon est étendu , et la phrase périodique. Le style trop concis rend la morale sèche, et ne corrige pas assez Tamertume de la censure.
On doit néanmoins varier le style ; l'harmonie trop continuée endort : l'auditeur ne peut soutenir long-temps l'uniformité. La diversité des pensées et des sentiments produira la variété des tours et des nombres: cette inégalité n'ôte pas la symétrie.
L'ancienne Grèce faisoit à tout propos allusion aux termes d'Homère , elle ne disoit presque rien que par ses expressions. Tel est l'usage du prédicateur par rapport à l'Écriture sainte : il en emploie le langage non-seulement en autorité, mais encore en ornement.
XXXUI.
De ce style consacré rejaillit sur tout le discours une majesté touchante et respectable qui inspire la religion. L'envoyé du ciel doit en parler la langue.