C'est une grande folie de vouloU être sage tout seul
Quelque prétexte que nous donnions
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à nos afflictions, ce n'est souvent que Tintérét et la vanité qui les causent.
240. Il y a, dans les afflictions, diverses sortes d'hypocrisie. Dans Tune, sous prétexte de pleurer la perte d'une personne qui nous est chère, nous nous pleurons nous-mêmes ; nous pleurons la diminution de notre bien, de notre plaisir, d^ notre considération : nous regrettons la bonne opinion qu'on avait de nous.
Ainsi les morts ont l'honneur des larmes qui ne coulent que pour les vivants. Je dis que c'est une espèce d'hypocrisie, parce que, dans ces sortes d'afflictions, on se trompe soi-même. Il y a une autre hypocrisie qui n'est pas si innocente, parce qu'elle impose à tout le monde : c'est l'affliction de certaines personnes qui aspirent à la gloire d'une belle et immortelle douleur. Après que le temps qui consume tout a fait cesser celle qu'elles avaient en effet, elles ne laissent pas d'opiniâtrer leurs pleurs, leurs plaintes et leurs soupirs; elles prennent un personnage lugubre, et travaillent à persuader, par toutes leurs actions, que leur déplaisir ne finira qu'avec leur vie. Cette triste et fatigante vanité se trouve d'ordinaire dans les femmes ambitieuses. Comme leur sexe leur ferme tous les chemins qui mènent à la gloire, elles s'efforcent de se rendre célèbres par
la montre d'une inconsolable aff3iction.il y a encore une autre espèce de larmes qui n'ont que de petites sources, qui coulent et se tarissent facilement : on pleure pour avoir la réputation d'être tendre; on pleure pour être plaint; on pleure pour être pleuré; enfin on pleure pour éviter la honte de ne pleurer pas.
241. Dans l'adversité de nos meilleurs amis, nous trouvons souvent quelque chose qui ne nous déplaît pas.
24S. Nous nous consolons aisément des disgrâces de nos amis lorsqu'elles servent à signaler notre tendresse pour eux.
243. Il semble que l'amour-propre soit la dupe de la bonté, et qu'il s'oublie luimême lorsque nous travaillons pour l'avantage des autres. Cependant c'est prendre le chemin le plus assuré pour arriver à ses tins ; c'est prêter à usure sous prétexte de donner; c'est enfin s'acquérir tout le monde par un moyen subtil et délicat.
244. Nul ne mérite d'être loué de sa bonté, s'il n'a pas la force d'être méchant: toute autre bonté n'est le plus souvent que paresse ou impuissance de la volonté.
245. Il n'est pas si dangereux de faire du mal à la plupart des hommes, que de leur faire trop de bien.
246. Rien ne flatte plus notre orgueil que la confiance des grands» parce que nous la
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regardons comme un effet de notre mérite, sans considérer qu'elle ne vient le plus fiouvent que de vanité ou d'impuissance de garder le secret.
247. On peut dire de Tagrément séparé de la beauté, que c'est une symétrie dont on ne sait point les règles, et un rapport secret des traits ensemble et des traits avec les couleurs et Tair de la personne.
248. La coquetterie est le fonds et Thumeur des femmes ; mais toutes ne la mettent pas en pratique, parce que la coquetterie de quelques-unes est retenue par la crainte ou par la raison.
249. On incommode souvent les autres, quand on croit ne les pouvoir jamais incommoder.
250. Il s'en faul bien que nous connaissions toutes nos volontés.
251. Rien n'est impossible: il y a des voies qui conduisent à toutes choses ; et si nous avions assez de volonté, nous aurions toujours assez de moyens.
252. La souveraine habileté consiste à bien connaître le prix des choses.
253. C'est une grande habileté que de savoir cacher son habileté.
254. Ce qui paraît générosité n'est sou* vent qu'une ambition déguisée, gui méprise de petits intérêts pour aller à de plus grands.
MAXIMES CT RéFLEXIOlfS 65