‹ Maxims & réflexions moralesChapitre 49 sur 64 · Gomment peut-on répondre de ce · texte numérisé non relu

Gomment peut-on répondre de ce

LA ROCHEFOUCAULD

qu'on voudra à Tavenir, puisque Ton ne sait pas précisément ce que Ton veut dans le temps présent ?

20. On élève la prudence jusqu'au cieî, et il n'est sorte d'éloges qu'on ne lui donne: elle est la règle de nos lotions et de notre conduite ; elle est la maîtresse de la fortune; elle fait le destin des empires; sans elle on a tous les maux, avec elle on a tous les biens; et, comme disait autrefois un poète, quand nous avons la prudence, il ne nous manque aucune divinité; pour dire que nous trouvons dans la prudence tout le secours que nous demandons aux dieux. Cependant la prudence la plus consommée ne saurait nous assurer du plus petit eiïbi du monde; parce que, travaillant sur une matière aussi -changeante et aussi inconnue qii'est l'homme, elle ne peut exécuter sûrement aucun de ses projets. D'où il faut conclure que toutes les louanges dont nous flattons notre prudence ne sont que des effets de notre amour-propre, qui s'applaudit en toutes choses et en toutes manières.

21. L'amour est à l'âme de celui qui aime ce que l'âme est au corps qu'elle anime.

22. La j ustice n'est qu'une vive appréhension qu'on ne nous ôte ce qui nous appartient. De là vient cette considération et ce

respect pour tous les intérêts du prochain, et cette scrupuleuse application à ne lui faire aucun préjudice. Cette crainte retient l'homme dans les bornes des biens que la naissance ou la fortune lui ont donnés. Sans cette crainte, il ferait des courses continuelles sur les autres.

23. La justice, dans les juges qui sont modérés, n'est que Tamour de leur élévation.

24. On blâme l'injustice, non pas par l'aversion que l'on a pour elle, mais par le préjudice que l'on en reçoit.

25. Le premier mouvement de joic? que nous avons du bonheur de nos amis ne vient ni de la bonté de notre n^iturel, ni de l'amity que nous avons pour eux ; c'est un effet de l'amour-propre, qui nous flatte de l'espérance d'être heureux à notre tour, ou de retirer quelque utilité de leur bonne fortune.

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