A M. ESPRIT
Le 9 septembre.
Vous allez voir que vous vous fussiei bien passé de me demander des nouvelles de ma femme, car sans cela je manquais de prétextes de vous accabler encore de sentences. Je vous dirai donc ^ue ma femme a toujours la fièvre, et que je crains qu'elle ne se tourne en quarte : le reste des malades se porte mieux ; mais, pour retourner à nos moutons, il ne serait pas juste que vous fussiez paix et aise à Paris avec Platon, pendant que je suis à la merci des sentences que vous avez suscitées pour troubler mon repos. Voici ce que vous aurez par l8 courrier.
Il faut avouer que la vertu, par qui nous nous vantons de faire tout ce que nous faisons de bien, n'aurait pas toujours la force de nous retenir dans les règles de notre devoir, si la paresse, la timidité ou la honte ne nous faisaient voir les inconvénients qu'il y a d'en sortir.
L'amour de la justice n'est que la crainte de souffrir l'injustice.
Il n'y a pas moins d'éloquence dans le ton de la voix que dans le choix des paroles.
On ne donne des louanges que pour eo profiter.
LA VlOGHErUOCAUL»
La souveraine liaLileté consiste à bien connaître le prix de chaque chose.
Si on était assez habile , on ne ferait jamais de finesse ni de trahisons.
Il n'y a que Dieu qui sache si un procédé net, sincère et honnête est plutôt un efifet de probité que d'habileté.
La plupart des hommes s'exposent asscB à la guerre pour sauver leur honneur» mai» peu se veulent toujours exposer autant qu'il est nécessaire pour faire réussir le dessein pour lequel on s'expose.
Je ne sais si vous l'entendrez mieux ainsi; mais je veux dire qu'il est assez op* dinaire de hasarder sa vie pour s'empêcher d'être déshonoré ; mais quand cela est fait, on en est assez content pour ne se mettre
Sas d'ordinaire fort en peine du succès e la chose que Ton veut faire réussir, et il est certain que ceux qui s'exposent tout autant qu'il est nécessaire pour prendre une place que l'on attaque, ou pour conquérir une province, ont plus de mérite, sont meilleurs officiers, et ont de plus grandes et de plus utiles vues que ceux qui s'exposent seulement pour mettre leur honneur à couvert, et il est fort commun de trouver des gens de la dernière espèce que je viens de dire, et fort rare d'en trou* Ter de l'autre. Pour moi, si c'est ici de la f lôse d'Orléans, si vous avez encore la der- Biêre lettre que je vous ai écrite, je vous prie dè mettre sur le ton de sentences ce que je vous ai mandé de ce mouchoir et des tîieotets ; sinon, renvoyez-la-moi pour vpir
CAXIMES ET Rf FLESK)!ft I6S
C6 que j'en pourrai faire. Mais faites-le vous-même, je vous en conjure, si vouf le pouvez. Je vous prie de savoir de madame de Sablé si c'est un des effets de l'amitié tendre de ne ^aire jamais répons» aux gens qu'elle aime, et qui écrivent dix: foi« de suite. L.
Je me dédis de tout ce que je vous mande contre madame de Sablé, car je viens de recevoir ce que je lui avals demandé, avec la lettre la plus tendre et k meilleure du monde. Depuis vous avoir écrit tantôt, la fièvre a pris à ma> femme, el elle Ta double quarte. Je souhaite que madame votre femme et vous »oyez en meilleure santé.