SCÈNE IV
MAXWEL, GOULDEN.
MAXWEL.
O chère créature que j’adore!
r GOULDEN.
Oui, et que tu fais pleurer!
MAXWEL
Son sourire me rendrait trop heureux, Goulden; et je n’ai pas le droit d’être heureux !
GOULUES
Si tu es implacable pour loi-même, ne le sois pas pour ta fille!
MAXWEL.
Je voudrais lui épargner une larme au prix de ma vie, mais non de ma conscience !
* COULDEN.
L’erreur n’est pas un crime, et tu as réparé la tienne, dans la mesure du possible. Quelle peine n'est pas irréparable d’ailleurs, dès qu’elle entache l’honneur.
MAXWEL.
Sophisme!... on peut rendre l’honneur! on ne rend pas la vie!... Et cet honneur même, l’ai-je rendu à ce nom que j’avais noté d’infamie?
GOULDEN
Au moins n’y as tu rien épargné?... Est-ce ta faute, si le prince s’est opposé à la révision du procès et a refusé à Buttler mort ce qu’il n’eût pas refusé à Butller vivant?
MAXWEL.
Ah ! voilà ce qui est horrible à penser, Goulden ! de cette impossibilité de, rendre la vie, est résulté l’impossibilité de rendre l’honneur !... Si Werner avait vécu seulement !... mais, tu le sais, le pauvre homme était mort de saisissement avant même que je n’eusse repris connaissance! Comment vérifier son témoignage?... le coupable inconnu, le crime impuni, les droits de la société supérieurs à ceux de l’individu, tout s’opposait à une réhabilitation qui ne pouvait se fonder que sur la certitude!... cette certitude je l’avais!... mais les preuves ?... où retrouver la malheureuse femme de Buttler, en fuite avec sa fille, morte peut-être !... car on lui avait vu suivre les rives de l’Isar ! Où découvrir .le véri-
table assassin, sans indices, n’ayant que la mort pour me répondre? Ah! Dieu m’en est témoin! Entre ces deux fantômes, celui de l’innocent à venger et celui du coupable à punir, j’ai passé quinze ans d’angoisses, de remords, de nuits sans sommeil!... et tu veux que j’aie un sourire pour Marguerite !
GOULDEN
Je veux que le bienfaiteur de lteinold absolve le juge de Buttler. — Eh! morbleu? où en serions-nous, mes confrères et moi, s’il nous fallait porter le deuil de tous ceux qui ont pu avoir à se plaindre de nos ordonnances! Il n’y aurait plus un médecin de bonne humeur dans le monde!... le