CHAPITRE VII
Défavorables débuts de la campagne de 1658 bientôt réparés. — Balaille des Dunes; prise de Dunkerque. — Alort du maréchal d'Hocquincourt. — Remise de Dunkerque ù l'Angleterre. — Rapprochements entre la politique de Riclielieu et celle de Mazarin. — Opposition religieuse à l'occasion de la remise de Dunkerque prise en main par le cardinal de Retz. — Inconvenante plaisanterie sur le marquis de Leyde aggravée parOmer Talon. — Démarclie du cardinal Mazarin auprès du maréchal de Turenne pour s'attribuer l'honneur de la prise de Dunkerque. — Si le cardinal n'y avait pas contribué comme slralégiste, il aurait pu se vanter dy avoir contribué comme fournisseur. — Grave maladie du roi. — Le cardinal Mazarin se croit à deux doigts de sa perte ; il met à l'abri ce qu'il a de plus précieu.x. — La gucrison du roi raffermit sou pouvoir. — Mécontentements dans toute la France. — Soulèvement des sabotiers de Sologne. — Assemblées de noblesse à Orléans et à Vierzon. — Excitations de la presse; répression mal secondée par le parlement. — llôle pacificateur du duc d'Orléans. — Assemblées de noI)lcsse eu Anjou, en Poitou, ca Auvergne et dans le \ ivarais. — Zèle des intendants et de Colbert pour la répression de ces tentatives dont le but était la convocation des Etats Généraux. — Troubles en Provence et en Xormandie. — Conduite équivoque du prince de (]onti à Bordeaux. — Pronostic de Mazarin. — Continuation des succès du maréchal de Turenne dans les Flandres. — Campagne d'Italie. — Campagne de Catalogne. — Envoi, par le duc de ^lercœur au cardinal Mazarin, du marquis de Cosnac. — Morts importantes.
APPE.VDICE
Lettre de Colbert à Mazarin, 7 juillet 1658, et réponse du cardinal. — Mazarin à Scrvien, 15 juillet 1658.
Deux déceptions avaient été le prélude des opérations militaires de l'année 1658, année qui fut cependant une des plus glorieuses pour les armes de la France. La ville
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de Hesdin fut perdue, el la surprise tentée sur Osteude fut raauquée. La place de Hesdin fut livrée au prince de Condé et aux Espagnols par La Rivière, lieutenant du roi, et par Fargues, major de la place, après s'être concertés avec le maréchal d'Hocquincourt, qui passa à l'ennemi. AOstende, le maréchal d'Aumont fut fait prisonnier au moyen d'un piège dans lequel il tomba avec une singulière imprudence. Il croyait, par des intelligences, pouvoir se rendre maître de cette ville sans coup férir, tandis que ces feintes intelligences étaient une ruse de guerre qu'il ne sut pas pénétrer. Il était sur une escadre mouillée en vue du port ; à un signal convenu, il débarqua avec une faible troupe, entra sans obstacles par la porte qu'on devait lui livrer, et fut enveloppé par la garnison, qui le força à se rendre.
La bataille des Dunes et la prise de Dunkerque furent la contre-partie brillante de ces deux événements, dont les Espagnols faisaient grand bruit à leur avantage. Le maréchal de Turenne, après avoir hésité sur le point où il devait porter l'effort de ses armes, s'était dirigé sur Dunkerque ; le cardinal Mazarin insistait pour l'attaque de celte place, afin de remplir les engagements de son traité avec l'Angleterre, d'autant plus que Cromwell menaçait de rompre l'alliance et de se tourner du côté de l'Espagne, si la clause expresse de s'emparer de celte ville et de la lui livrer était différée plus longtemps. Cette entreprise offrait de grandes difficultés, parce que les Espagnols, ayant comme moyen de défense ouvert les écluses qui retenaient les eaux de la mer au moment des marées, avaient inondé toute la contrée d'alentour, 11 ne restait guère à sec que les berges des nombreux canaux qui sillonnent le pays, chaus-
sées étroites par lesquelles l'armée française dut s'avancer en comblant les canaux par des fascines sur. les points où il était nécessaire de les traverser. Après avoir surmonté ces obstacles, l'armée, étant parvenue sous les murs de la place, creusa ses lignes de circonvallation et de contrevallation et ouvrit ses tranchées d'attaque à l'est, du côté de la mer. L'armée française était renforcée par un corps auxiliaire de six mille Anglais commandés par Lockhart, ambassadeur d'Angleterre en France, mais placés sous les ordres plus directs du major Morgan. Les travaux des tranchées étaient commencés depuis peu, lorsque l'armée espagnole arriva au secours de la place sous les ordres du comte de Fuensaldagne, général en chef, et du prince de Coudé. Le maréchal d'Hocquincourl était aux côtés du prmce, son vainqueur dans la première phase du combat de Bléueau; mais ce transfuge, ayant poussé une reconnaissance avec son imprudence ordinaire , y trouva la mort. Charles II, roi d'Angleterre, le duc d'York et leur jeune frère, le duc de Glocester, chassés de France depuis le traité du )î novembre 1G55 du cardinal Mazarin avec Cromwell, combattaient aussi dans les rangs espagnols à la tête de deux ou trois régiments composés d'Anglais demeurés fidèles à la cause de la monarchie.
Entre les deux partis à prendre, attendre l'ennemi dans ses lignes ou marcher à sa rencontre, le maréchal de Turenne fit choix du dernier ; il savait que l'impétuosité française se prête mieux à l'attaque qu'à la défense, et il avait en faveur de ce parti l'expérience heureuse de 1G54, lorsqu'il avait forcé les lignes du prince de Condé qui investissait Arras et forcé ce prince à la reh-aite.
L'armée espagnole s'avançait par ces dunes de sable qui s' étendent le long de la côte à l'est de Dunkerque et dont les ondulations et les croupes qui se pressent et s'amoncellent présentent pour ainsi dire le coup d'œil des vagues de la mer qui auraient été solidifiées (1) ; elle appuyait son aile droite à la mer, sans aller cependant jusqu'à la plage unie qu'en langage du p:iys on appelle l'estran; elle appuyait son aile gauche au canal de Furnes, disposition mauvaise, car le canal gênait ses mouvements e(, dans le cas d'une défaite, pouvait par la difficulté du passage augmenter le désastre. Le prince de Condé sentait si bien que ces dispositions, auxquelles s'était opiniâtre le comte de Fuensaldagne, étaient dangereuses, que, s'adressant au duc de Glocester, il lui demanda s'il avait jamais vu perdre une bataille; et le prince lui ayant répondu négativement ; « Dans une demi-heure, reprit Condé, vous verrez comment nous en perdrons une (2). ^ En effet, la défaite ne se fit pas attendre : l'armée espagnole fut culbutée et un grand nombre de fuyards périrent en voulant passer le canal. Après cette victoire, le maréchal de Turenne rentra dans ses lignes pour continuer le siège de Dunkerque. Au bout de peu de jours, le marquis de Leyde, gouverneur de la place, ayant été tué dans une sortie, la garnison capitula. Anne d'Autriche et le cardinal Mazarin n'avaient pu résister à l'insistance du roi d'assisteràun siège j il s'était établi à Mardick, d'où il allait chaque jour voir les travaux d'investissement
(1) Le caractère de ce terrain singulier nous a frappé lorsque, au mois d'avril 1886, nous suivions la ligne du chemin de fer qui conduit d'Ostende à Dunkerque.
(2) Voy. ['Histoire du vicomte de Turenne, par Ramsav, et les Mémoii'cs à.i Monlglat.
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et d'attaque ; mais comme on redoutait pour lui les fatigues, une occasion de l'éloigner fut saisie avec empressement. Cromwell, pour témoigner sa satisfaction du siège de Dunkerque, envoyait à Calais, pour remercier le roi, son gendre Faulconbridge en qualité d'ambassadeur extraordinaire. Le roi quitta Mardick pour aller à Calais recevoir l'ambassadeur; celui-ci, sa mission remplie, se rembarqua pour l'Angleterre. Après son départ, le roi voulut revenir à Mardick; pendant son absence, la bataille des Dunes avait été livrée, et le siège de Dunkerque touchait à sa fin. Le roi assista à la capitulation et vit sortir la garnison espagnole, qui défila devant lui.
La gloire des armes venait d'obtenir à la France une victoire brillante et la prise d'une ville; la honte du traité de 1655 faisait du même coup perdre une partie de ces avantages. Dunkerque fut remis aux Anglais, de même que l'avait été Mardick, pris peu de temps auparavant. Tel était le prix auquel le cardinal Mazarin avait acheté l'alliance de l'Angleterre contre l'Espagne. Funeste préface de la diplomatie des temps nouveaux, qui sacrifie constamment les principes et l'avenir à des considérations équivoques et à des avantages immédiats. Ces considérations équivoques et ces avantages immédiats poursuivis par le cardinal Mazarin avaient été, premièrement, d'avoir plus facilement raison à l'intérieur d'agitations qui semblaient menacer d'un renouvellement de la Fronde, agitations auxquelles Cromvvell avait cessé de donner son assistance à partir du traité conclu avec lui par M. de Bordeaux, ambassadeur à Londres ; secondement, d'isoler l'Espagne qui, dans sa lutte contre la France, n'avait plus à compter
sur le concours de l'Angleterre. Tout au contraire, les principes et les considérations d'avenir prescrivaient cette autre politique : conserver dignement l'hospitalité française aux princes malheureux de la maison de Stuart; travailler en Angleterre, avec le concours des royalistes, à la chute de Cromwell, au lieu de le soutenir ainsi que le faisait M. de Bordeaux. Le succès de cette politique n'eût pas été douteux si l'on considère combien étaient nombreux les mécontents en Angleterre et avec quelle facilité devait bien lot s'accomplir, sans l'aide de la France, la restauration de Charles II. La chute de Cromwell isolait tout aussi bien l'Espagne en procurant l'alliance de l'Anglelerre à des conditions bien autrement avantageuses, puisque Charles II eût été l'obligé de la France, tandis que la diplomatie du cardinal Mazarin rendait la France l'obligée de Cromwell, malgré les sacrifices faits pour acheter honteusement son concours. Enfin les principes étaient sauvegardés, puisqu'on ne voyait pas une monarchie s'allier à l'usurpation révolutionnaire dont elle consacrait en quelque sorte la légitimité, justifiant ainsi pour ainsi dire la légitimité de la révolution future qui la renversera elle-même (1). Quand un homme d'Etat prépare aveuglément une œuvre de destruction, la logique produisant toujours d'inévitables conséquences dont Mazarin n'aurait cerlainement pas voulu, mais qu'il n'a pas su prévoir, il ne mérite qu'avec bien des restrictions d'être salué du titre de grand politique. Nous n'avons pas ici à nous occuper du cardinal de Riche-
(1) Voy. noLre Mémoire, déjà mentionné, sur la politique du cardinal Mazarin en Angleterre, publié dans le Bulletin de la Société de l'histuire de France, année 1879.
lij/f MAZARIY ET COLBERT.
lieu; mais si nous avions à appliquer à son ministère la même mesure d'appréciation, il ne serait pas plus difficile de trouver en lui un précurseur inconscient de la Révolution française ; entre ces deux ministres nous remarquons seulement cette nuance que Richelieu a été l'initiateur de la révolution sanglante , et Mazariu l'initiateur de la révolution sociale; l'un violent, l'autre corrupteur; à chacun de ces deux genres de révolution chacun de ces deux ministres a imprimé son caractère.
Il ne faudrait pas croire que la politique du cardinal Mazarin ne se soit pas heurtée à des oppositions suscitées surtout par l'esprit religieux de cette époque. Ou lui reprocha de livrer Dunkerque, ville catholique, à un peuple protestant, la condition stipulée de respecter le culte catholique des habitants pouvant être considérée comme une faible garantie. Malheureusement pour cette thèse religieuse, elle fut prise en main par un homme qui toute sa vie n'avait été rien moins que religieux dans sa conduite, et dont le but, au moyen de son ascendant singulier sur le clergé de Paris, n'était autre que de relever la Fronde parlementaire terrassée sous lui. Nous voulons parler du cardinal de Retz, alors réfugié à Rome, où il continuait ses intrigues; il passa pour être l'auteur d'une violente attaque contre sou rival, le cardinal Mazariu, contenue dans un écril intitulé La très humble remontrance au roi, qui fut répandu à profusion.
Les deux cardinaux, l'un qui attaquait, l'autre qui se défendait sur le terrain de la question religieuse, ne se souciaient au fond que d'ambition mondaine; le cardinal de Retz était plus désordonné, le cardinal Mazarin avait plus de tenue, mais ils n'étaient pas plus dévots l'un que l'autre.
En ce qui concerne le second, un fragment de lettre d'Orner Talon prouve en quels termes il était possible, sans roffusquer aucunement, de lui parler d'un homme dont la piété égalait le courage :
« J'ai fait connoistre à M. de Turenne ce que Vosire Eminence m'a fait l'honneur de m'escrire touchant l'opiniâtreté et les grimaces de dévotion auxquelles le marquis de Leyde s'attache, sur quoy il a fait toutes les réflexions que Vostre Eminence peut souhaiter (1). 55
Or le vaillant gouverneur de Dunkerque avait résolu, s'il survivait au siège, de finir ses jours dans le silence d'un cloître, et voici comment il mourut : il voulait ramener au combat, en marchant à sa tête, un régiment italien qui s'était mollement conduit dans une sortie ; mais les soldats s'écrièrent que s'ils se montraient moins courageux que leur général, c'est qu'ils n'étaient pas comme lui protégés par une armure. Aussitôt le marquis de Leyde jette au loin son armure, et en simple pourpoint, la pertuisane à la main, se précipite en avant ; il trouva dans la mêlée, en donnant cet exemple, une mort héroïque. Naturellement un homme de robe comme Talon, qui remplissait à l'armée les fonctions d'intendant, mais qui se fût bien gardé de jamais combattre, trouvait plaisant d'insulter un brave. Nul de ceux qui avaient combattu poitrine contre poitrine le gouverneur de Dunkerque n'aurait osé tenir un pareil langage. Nous insistons sur ce fait, parce que ce livre, étude d'histoire, est encore une étude de mœurs et que par la substitution dans la direction politique des hommes de
(1) Leltrc du 2i juia 1658, citée dans l'ouvrage Deux campagnes de Turenne en Flandre, par le lieutenant-colonel Bourellv.
robe aux hommes d'épée, système dont le commencement date de cette époque, nous constatons la substitution, qui ira s'accentuant, de l'esprit bourgeois à l'esprit chevaleresque.
Le cardinal Mazarin désirait vivement pouvoir s'attribuer la plus grande part de l'honneur de ces derniers succès; et, par l'intermédiaire du comte de Moret, il fit entrevoir au maréchal deTurenne toutes les faveurs à discrétion, s'il lui écrivait une lettre dans laquelle il déclarerait que la victoire des Dunes et la prise de Dunkerque étaient dues à l'exécution du plan qu'il lui avait tracé. Le maréchal répondit simplement que le cardinal pourrait se servir de tous les moyens qui lui plairaient pour établir sa capacité militaire; qu'il ne dirait jamais rien pour empêcher qu'on le crût; mais qu'il ne consentirait jamais à autoriser une fausseté par une signature formelle (1).
Le cardinal, comme témoignages en faveur de sa prétention, ne put recueillir ni la quantité ni la qualité. Il obtint celui de Talon, mais il est de peu de poids, Talon étant un flatteur dont nous venons de faire connaître le caractère. Talon lui écrivit que Turenne s'était décidé à sortir de ses lignes de Dunkerque, au lieu d'y attendre les ennemis, sur un passage d'une lettre de Son Eminence recommandant cette manœuvre, et sur l'insistance que lui. Talon, avait apportée pour que le maréchal suivît ce conseil (2). Talon, sans quitter sa robe, se taillait aussi sa petite part dans le succès de la bataille des Dunes.
Des fumées d'une gloire contestée, le cardinal pouvait
(1) Voy. V Histoire de Turenne, par Ramsav.
(2) Lettre du 14 juin 1658. Aff. ctr., Pays-Bas, t. XLVI.
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se rabattre sur des avantages plus certains en calculant les bénéfices que lui procuraient les fournitures de la campagne. Il est juste toutefois de reconnaître que s'il n'avait pas rhonneur des succès comme siratégiste, il y avait sa part comme fournisseur et intendant. L'armée opérait dans une contrée qui ne pouvait lui offrir aucune ressource, elle était inondée par l'envahissement de la mer, à laquelle l'ennemi avait ouvert les écluses comme moyen de défense; les approvisionnements devaient venir par Calais et être transportés à Alardick. Ce service difficile fut organisé aussi bien que possible tant pour les vivres que pour les munitions de guerre, car le cardinal cumulait encore la charge de grand maître de l'artillerie. Si les vivres ne manquèrent point, ils étaient au plus haut prix, et cette cherté, dont le monopole du cardinal lui permettait de régler la mesure, lui procurait des bénéfices certains; comme de coutume, il achetait au plus bas prix possible les denrées qu'il revendait très cher, nous en sommes informés par une lettre de Colbert concernant l'achat en Guyenne, par l'intermédiaire de Gourville, de six mille septiers de blé. Une hausse locale en était résultée ; alors Colbert avertissait le cardinal que ce n'était plus dans celte région qu'il était possible de s'approvisionner à des prix avantageux. De ce chef encore, Mazarin s'attira de fâcheuses critiques, et madame de Molteville, que son attachement à la reine mère pouvait porter à l'indulgence, n'en emploie pas moins avec indignation dans ses Mémoires ces propres termes : « Il était munitionnaire et le vivandier de l'armée, vendant le pain, la viande, le vin et même l'eau, aux prix les plus chers qu'il lui était possible d'obtenir, w
Le siège de Dunkerque et la remise de celte ville aux Anglais avaient accumulé, au point de vue politique, religieux et financier, bien des griefs sur la tête du cardinal Mazarin; s'il fût en ce moment tombé du ministère, à quels dangers ne l'eussent pas exposé toutes ces responsabilités ? Il le sentait, et se cramponner au pouvoir était devenu pour lui une nécessité. Après l'éclat d'une victoire et d'une ville prise, il se tenait pour assuré de braver ses ennemis, lorsqu'un événement soudain le mit à deux doigts de sa perte : le roi fut atteint d'une grave maladie qui faillit l'emporter. La situation du cardinal se présentait comme bien autrement périlleuse qu'elle ne l'avait été en 1655, lors d'une maladie du roi, simple alerte qui jeta pourtant le cardinal dans de cruelles perplexités. En 1658, plus encore, la mort du roi devait nécessairement amener un cbangement de ministre et de politique.
L'insalubrité du climat causée par l'inondation dont nous avons parlé, le mélange de l'eau douce et de l'eau de mer étant essentiellement malsain, les miasmes d'hôpital de Mardick où l'on transportait les blessés de Dunkerque, les fatigues de la campagne, quelque faible part que le roi y eût prise, furent la cause de la terrible fièvre dont il fut attaqué. De Mardick, où sa maladie se déclara, il fut transporté à Calais pour s'y trouver dans un air meilleur ; mais les médecins désespérèrent de sa vie.
Nous reproduisons à V Appendice plusieurs passages d'une lettre du cardinal iMazarin à Servien, ambassadeur à Turin, qui contient des détails inédits sur la maladie du roi, sur les appréhensions causées par le concours et les hésitations de six médecins j le cardinal n'était parvenu à
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les mettre d'accord qu'en leur disaut que dans un lel danger il n'y avait pas à hésiter à recourir à l'emploi des remèdes les plus violents.
Au milieu de ses angoisses, le cardinal s'efforçait à l'avance de conjurer les symptômes menaçants de l'avenir. Le roi futur serait le frère cadet du roi, Philippe, duc d'Anjou, depuis duc d'Orléans; ce jeune prince, dont l'éducation avait été négligée à dessein, avait pour gouverneur le maréchal du Plessis, et pour favori le léger comte de Guiche. Le cardinal se concerta avec le premier et fit au second les plus grandes avances, espérant capter par eux l'esprit du roi du lendemain. Il ne se tenait pourtant pas assez assuré du succès pour ne pas prendre les plus grandes précautions, telles que de mettre à l'ahri tout ce qu'il possédait d'un transport facile; il envoya des ordres pour faire enlever de son palais ses trésors et ses meuhles les plus précieux, prescrivant de les mettre en sûreté au château de Vincennes, dont il élait gouverneur.
Les remèdes violents eurent heureusement leur effet ; les six médecins, Vallot, premier médecin du roi, en tête, s'étaient entendus pour l'emploi du vin émétique, remède encore nouveau mis en vogue par Théophraste Renaudot, médecin et fondateur de la Gazette (1). Le roi étant revenu à la vie, le cardinal revint à la sécurité pour
(1) Renaudot, grand inventeur en toutes sortes de choses, avait fondé des consultations gratuites pour les pauvres et s'élait attiré l'animosité des médecins, qui avaient fait supprimer par arrêt du parlement toutes ses fondations, la Gazelle comprise. Dans la Gazette de France A\i 29 avril 1884-, nous avons publié un curieux document inédit concernant Renaudot et sa famille, et fait connaître par quelle voie il put paralyser l'effet de l'arrêt du parlement de Paris.
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le maintien de son pouvoir. ALilgié toutes les précautions prises par le cardinal, on ne saurait douter que la mort du roi n'eût rendu sa chute certaine, en raison de la surexcitation causée dans l'opinion par la remise de Dunkerque aux Anglais, grief qui en ce moment dépassait tous les autres. Si le roi eût succombé, à peine eût-il été regretté, parce que sa mort eût inévitablement entraîné un changement de politique. Le Saint Sacrement ayant été exposé dans les églises de Paris pour obtenir sa guérison, les églises restèrent presque désertes, et le bruit de sa mort ayant été faussement répandu, on disait hautement que c'était une punilion du ciel pour avoir livré Dunkcrque (1). Le sentiment religieux et national avait été en effet profondément froissé.
Il régnait en France, avons-nous dit, de sourds mécontentements qui se traduisirent en Sologne, en Normandie, en Anjou, en Poitou, en Auvergne, dans le Vivarais et ailleurs, par des explosions. Celles-ci étaient un renouvellement des protestations de la Fronde contre l'introduction insolite en France de la monarchie absolue. La noblesse de province, mécontente du rôle abaissé auquel elle avait été réduite, le peuple, mécontent des impôts dont il était surchargé, se donnaient la main; mais la centralisation était déjà trop puissante, l'organisation des armées royales déjà trop perfectionnée, pour que ces mouvements ne fussent pas focilement réduits à néant. Si la noblesse regrettait les Etats Généraux longtemps promis et jamais convoqués, le parlement regrettait le temps où, sous le prétexte de l'en-
(l) Détails tirés d'une lotirc inédite de Servien à Mazarin, Turin, 29 juillet 1G58. Aff. étr., Piémont, vol. Si.
régi stiem eut des édits royaux, il était parvenu à usurper le pouvoir; quelques-uns de ses membres voulurent tenter d'agir, mois pour le parlement aussi l'heure était passée.
La guerre dite des Sabotiers de la Sologne fut une insurrection de paysans mécontents de la surcharge de l'impôt de la taille et de la conversion des deniers en liards; ceux-ci étaient ftibriqués à Neuvy-sur-Loire. Les marchands se refusaient à recevoir cette nouvelle monnaie, et il en résultait une réelle souffrance. Un gentilhomme, du nom de Bonnesons, conduisait les paysans révoltés et, l'année suivante, paya de sa tête ce soulèvement.
Une assemblée de noblesse ayant été convoquée à Orléans pour soutenir les revendications des paysans, la présence du duc d'Orléans, dont cette ville était l'apanage, força les gentilshommes à se séparer et à se donner à Vierzon, le 27 juin, un nouveau rendez-vous. Mais le cardinal Mazarin élait en éveil : défense leur fut faite de s'assembler, et tous les prévôts de la province furent envoyés à Vierzon pour arrêter les contrevenants ; simultanément plusieurs régiments appelés des environs de Lyon, et dont de Pylois était allé prendre le commandement à Sully, marchaient contre les paysans, qui furent facilement dissipés.
La presse avait joué son rôle pour envenimer les mécontentements ; les libelles avaient redoublé en nombre, et ils étaient distribués à profusion; le parlement de Paris manifestait son mauvais vouloir à tel point qu'il renvoyait indemnes tous les auteurs, imprimeurs ou distributeurs que l'on traduisait à sa barre; il avait même absous un nommé Chauveau condamné parle Chàtelet à faire amende
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honorable. Aussi Servien était-il d'avis d'enfermer à la Bastille, sans forme de procès, tous ceux qui seraient arrêtés (1).
Le duc d'Orléans, ce conspirateur émérite, remplissait à Orléans un rôle bien inaccoutumé ; il agissait pour le maintien de l'autorité du roi; il avait forcé l'assemblée de la noblesse à se dissoudre, il avait secondé pour la répression M. de Pylois, commandant des troupes, et M. de Servin , intendant de la province. Sans même attendre les ordres transmis par le maréchal de Clérembault, il avait envoyé La Haudunière, lieutenant de ses gardes, commander aux paysans de mettre bas les armes et de livrer leurs chefs, ainsi que ceux qui avaient pilié le grenier à sel de Sully. Il avait de plus dépêché le chevalier de Villefranche à La Haudunière et à de Pylois pour les presser d'agir avec vigueur, ce qu'ils avaient exécuté. Le duc d'Orléans, très satisfait du succès de ses mesures, en fit part au cardinal Mazarin (2).
Ce prince, las bientôt de tant d'efforts hors de sa nature, avait annoncé au corps de ville d'Orléans que sa santé l'obligeait à se retirer à son château de Chambord ; mais il lui faisait part de toutes les mesures de précaution qu'il avait prises, après avoir conféré avec les capitaines de ville. Il avait recommandé la clémence envers les paysans qui se soumettraient, faisant remarquer en ces termes « que cette révolte a commencé par la misère causée par
(1) Xous avons tiré cette série de faits sur l'insiirreclioa de Sologne d'une leUie inédite de Seriien à Alazarin datée de Paris, 16 mai 1658. Aff. étr., France, vol. 292.
(2j LeUres iiiédilesdu duc d'Orléans des 2-3 juin et 2 juillet 1658. .^ff. étr., France, vol. 292.
la surcharge des tailles et des liaids qu'ils n'ont pu débiter V . A son avis, il serait suffisant de les obliger à livrer les meneurs, afin de faire quelque exemple, et de faire la reclierche des pillards des bateaux charges de sel à Orléans (1).
La noblesse tenait aussi en Anjou et en Poitou des assemblées, toujours pour réclamer l'exécution de la promesse de 1649 de la convocation des Étals Généraux (2). En Auvergne et daus le Vivarais, les gentilshommes se réunissaient en conciliabules sous prétexte d'un différend qui s'était élevé entre l'évêque du Puy et le vicomte de Polignac. Les intendants aux pouvoirs illiniités, agents nouveaux d'une politique absolutiste nouvelle, apportaient leurs efforts à arrêter dans leur germe des mouvements qui pouvaient devenir le prélude d'un soulèvement général; deux d'entre eux, M. de Fontenay, en Poitou, et M. de Verthamon, en Auvergne, se signalaient par leur zèle. Colbert, qui avait été intendant lui-même et pour lequel la noblesse était un cauchemar, ne restait pas en arrière ; il faisait ses investigations personnelles, et il en envoya le résultat au cardinal Mazarin avec la copie d'une déclaration de la noblesse et la liste de ceux qui y avaient pris part (3). La réponse du cardinal nous apprend qu'il comptait sur la guérison du roi et sur le prestige du succès de ses armes pour mettre fin à ces tentatives. En Provence, le trouble
(1) Lettres inédites du duc d'Orléans, 23 juin et 2 juillet 1658. Aff. étr., France, vol. 292.
(2) Dans nos Souvenirs du règrie de Louis XIV nous avons donné, sur des documents la plupart inédits, des développements qui n'avaient jamais été donnés sur celte phase de la l'Vonde.
(3) Voy. à \ Appendice la lettre inédile de Colbert du 7 juillet 1658.
régnait aussi, particulièrement à Marseille; la population avait pris les armes pour assurer l'élection d'un magistrat municipal hostile à l'autorité du roi ; elle exigeait en outre la grâce d'un homme qui avait tué un collecteur d'impôts. Le duc de Mercœur, gouverneur de la province, M. d'Oppède, premier président du parlement d'Aix, le maréchal de Villeroy, étaient d'avis de temporiser avec les séditieux, jusqu'à ce que des troupes fussent arrivées ; tout au contraire, le premier consul de la ville assurait que la vigueur ferait facilement rentrer les séditieux dans l'ordre. Sur ces entrefaites, le duc de Alercœur, tout en conservant son gouvernement de Provence, fut appelé au commandement de l'armée de Catalogne, et le comte de Brienne appréciait son départ eh ces termes : « Je regrette le départ de M. de Mercœur pour la Catalogne 5 par le gouverneur on eût pu obtenir ce que l'on ne peut par M. d'Oppède, qui n'est pas au-dessus d'un grand nombre, qui est envié de ses proches et ne sera pas aidé par le parlement, et que sa parenté avec M. de Cordes fait haïr (1).
En Xormandie, la répression était hésitante; le peuple, soutenu par la Cour des aides, se refusait hardiment au payement des impôts ; La Place, conseiller au Parlement, s'était écrié en pleine séance que les ministres étaient des valets de bourreau et que la mort du roi serait une délivrance. Le duc de Longueville, gouverneur de la province, favorisait sous main les mécontents. Leur nombre était grossi par les récents anoblis que les documents officiels qualiiient de faux nobles. On les avait frappés d'une taxe
(1) Lettre inédite du comte de Brienne le père à Mazarin, 29 août 1655. Aff. étr., France, vol 292.
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que les surintendanls des finances estimaient devoir produire un million ; mais les nouveaux imposés avaient payé leur récente noblesse à Fageuce que le cardinal Mazarin faisait tenir par Girardin, et ils étaient exaspérés de la prétention de les faire payer deux fois. Sans renoncer précisément à cette ressource, vu les circonstances difficiles, les surintendants furent d'avis de surseoir à son application (1).
En Guyenne, le prince de Conti, gouverneur de la province, tenait une conduite assez équivoque, refusant avec affectation de visiter le château Trompette. Ce refus pouvait d'autant plus donner lieu à songer, que le prince de Conti avait été le chef de la Fronde en Guyenne ; les habitants de Bordeaux avaient démoli à cette époque le château Trompette, et le gouvernement l'avait fait reconstruire pour les tenir en bride. Tout neveu du cardinal Alazarin que le prince de Conti était devenu par alliance, il se ménageait pour quelque éventualité menaçante ; il n'était pas doué d'une solidité de caractère qui pût permettre à personne de compter sur lui (2).
Ces nuages amoncelés aux divers points de l'horizon continuèrent à l'obscurcir pendant près de deux années encore, mais le cardinal finit par avoir raison : la guérison du roi et le succès de ses armes firent luire l'aurore du soleil du règne de Louis XIV.
Après la bataille des Dunes et la prise de Dunkerque, le maréchal de Turenne avait continué le cours de ses succès
(1) Lettre inédile de Servien et de Fouqiiet au cardinal Mazarin, Paris, août 1658. Aff. ctr , I<>ance, vol. 292.
(2) Voy, les Mémoires tie Daniel de Cosnac,
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dans les Flandres ; il s'emparait de Bergues-Saint-Vinox, de Furnes, de Dixmude, d'Oudenarde, deMenin et d'Ypres, pendant que Grauelines se rendait au maréchal de La Ferlé. En Italie, le duc de Modène paya sa défection par la perte de Trie et de Mortare. Dans celte dernière ville, une conspiration pour rappeler les Espagnols fut découverte et amena l'arrestation de ses fauteurs : deux bourgeois et cinq prêtres (1). En Catalogne, le duc de Mercœur, à peine arrivé de Provence pour prendre le commandement de l'armée, en remplacement du duc de Candale, n'avait pas eu encore le temps de se signaler lorsqu'il se trouva en butte à des calomnies dont il jugea nécessaire de se justifier auprès du cardinal Mazarin. Il fît choix, pour remplir cette mission, du marquis de Cosnac, frère de l'évêque de Valence, dont la Gazette avait signalé le courage et les blessures au combat de Solsonne, en 1655, en Catalogue (2). Celui-ci expliqua au cardinal les difficultés que le duc de Mercœur n'avait pu surmonter pour atteindre l'ennemi qui se dérobait toujours (3).
La mort, auxiliaire incessant des événements politiques.
(1) Lettre inédite de M. de Bias au cardinal Mazarin, datée de Morlare, le 3 décembre 1658. Aff. étr., Piémont, vol. 54.
(2) Xous avons reproduit, t. 1", p. 4V9, note, deux citations de la Gazette qui le concernent.
(3) ï AI. de Cosiiac qui rendra celle-ci aura l'honneur de lui rendre compte comme bon et fidèle tesmoin de nos tentatives pour aller aux ennemis, à quoi je n'ajouterai rien, suppliant Voslre Éniinence d'agréer que je m'en rapporte à ce qu'il aura l'honneur de lui dire de Testât de toutes choses en ce pays, me contentant de l'assurer que ce gentilhomme mérite d'être considéré d'elle. • (Lettre inédite du duc de Mercœur au cardinal Mazarin, Perpignan, 16 décembre 1658. Aff. étr., Espagne, vol. 54.)
GL'ment de Cosiiac mourut en 1669 des suites de ses blessures. Dans une lettre d'Henriette d'Angleterre, duchesse d'Orléans, adressée a. Daniel de
prépara la Restauration en Angleterre, en fauchant Cromwell le 3 septembre de cette année 1658. En Italie, elle frappa le duc de Modène. En Allemagne, Léopold fut élevé à l'Empire en remplacement de son père, Ferdinand III, mort l'année précédente; son élection fut un échec pour la diplomatie française.
Cosnac et reproduite dans ses mémoires, celte princesse lui exprime ses sentiments de condoléance à l'occasion de la perte de son frère.
APPEXDICE
COLBERT A MAZARIN
A Paris, ce '" juillet 1658.
Le sieur Terron, mon cousin, m'escrit qu'il a esté à Bourdeaux en intention de rendre compte à Monseigneur le prince de Conty de tout ce qui concernoit le chasteau Trompette; que Son Altesse Royale s'est déclarée et luy a faict dire qu'elle n'en vouloit point entendre parler et mesme, quoyqu'elle ayt passé beaucoup de fois à la porte dudit chasteau et sur son fossé, jamais elle n'y a voulu entrer et a mesme affecté de le faire connoistre. J'ay crcu qu'il estoit nécessaire de donner cet advis à Vostre Eminence.
En marge, de la main du cardinal :
Je m'étonne qu'il ait voulu en user ainsi/ et sans aucun chagrin; mais s'il estoit autrement, je vous prie de m'en informer et de me le faire scavoir.
J'envoye aussy à Vostre Eminence une copie du résultat qui a esté signé dans les assemblées des gentilshommes de Poictou et Anjou, avec la liste des principaux auteurs de ces assemblées dans l'Anjou, l'un et l'autre m'a esté envoyé par M. de Fontenay, qui veille avec toute l'application possible à empescher les suites et les mauvais effects de ces assemblées.
M. de Vertamon, qui est en Auvergne, escrit que la noblesse de la haute Auvergne et celle du Vivarctz s'est aussy assemblée soubz prétexte du grand différend qui est entre le viscomte de Polignac et l'évcsque et la ville du Puy; mais en effect, toutes ces assemblées n'ont pour but que do brouiller.
L'on me mande qu'ils vont se dissiper et les esprits revien-
MAZARIM ET COLBKRT. 209
dront encor davantage lorsqu'ils apprendront la guérison du Roy et la continuation du progrès de ses armes; ce qui nous fait aussy espérer du costé d'Auvergne (1).
MAZARIX A SERVIKN, A M B A SS A D K U U A TURIN.
De Calais, 15 juillet 1658.
Je ne puis m'empescher de vous dire icy que, quoyque ma douleur fût extraordinaire, me voyant sur le point de perdre mon maistre et mon bienfaiteur, et la Reyne en grand danger de le suivre, estant incapable de s'arrestcr à quoy que ce soit qu'on pût lui dire pour la consoler; elle devenoit sans mesure quand je me souvenois des tendresses et de la confiance que Sa Majesté m'a tesmoignées dans le plus fort de son mal, me priant de luy dire, sans la flatter, Testât oia elle se trouvoit, adjoustant qu'elle estoit asseurée que je ne lui desguiserois rien. Elle demanda mesme d'estre confessée et de recevoir la communion, ce qu'elle fît avec toutes les marques de résignation imaginables...
J'avois grande appréhension que, comme autrefois Turbo medicorum perdidit imperatorem, il n'arrivast de mesme en cette rencontre, y en ayant six dont il n'y avoit pas grande apparence que les sentiments deussent estre fort conformes à cause du peu d'amitié qu'il y avoit entre quelques-uns d'eux. J'employai si heureusement l'authorité et l'adresse qu'allant audevant pour empescher leurs contestations, ils n'ont jamais pris aucune résolution sur le moindre remède qui ayt esté donné au Roy qu'ils n'ayent toujours esté du mesme advis; et ils ont dit et escrit unanimement qu'ils dévoient beaucoup au courage que je leur avois donné, ne leur ayant jamais presché autre chose que de traitter le Roy comme un simple gentilhomme sans hésiter à se servir de l'antimoine et des remèdes plus forts, s'il en étoit besoin, n'estant pas juste de laisser mourir le Roy pour rendre des respects à la royauté (2).
(1) Lettre inédile, Aff. étr., France, vol. 905.
(2) Lettre inédite. Aff. étr., Piémont, vol. 5'f. Nous avons reproduit seulement les paragraphes les plus importants de cette lettre.