LETTRES DE COLBERT A MAZARIX
A Paris, IG^' may 1658.
J'envoyeray à Vostre Eminence le rubis balais (2) que Lescot m'a rendu et les pendans d'aiguemarine avec diamans aussitôt qu'il me les aura donnés.
En marge, de la main du cardinal :
Bien; mois il faut attendre une occasion bien asseurêe.
Les 22 ballots qui sont partis de Home, il y a si longtemps, sont enûn arrivez. Turola les a tousjours accompagnez depuis Lyon. Je feray déballer le tout aujourd'buy et mettre dans une chambre tout ce qu'ils contiennent jusques au retour de Vostre Eminence.
Le sieur Lescot a fait mettre dans l'appartement de Vostre Eminence au Louvre dix ballots venus d'Ollandc.
En marge, de la main du cardinal :
Tout est de sçavoir si tout est en bon estât et si les eaux d'orange que f ai/ fait venir pour la Reyne se sont conservées. J'attends les éventailles de Rome et je vous prie de me les vouloir envoyer diligemment lorsqu'ils seront arrivez.
(1) Les documen(s de cet Appendice sont inédits, à l'exception de trois lettres de Colbert des 10, 21 jinllet et T août 1658, dans lesquelles nous avons rétabli certains paragraphes intéressants qui avaient été omis par
M. Clément.
Tous ces documents sont tirés des Archives des affaires étrangères, France, vol. 905, à l'exception d'un petit nombre tirés d'autres volumes et du fonds Piémont; pour chacun de ceux-ci un renvoi indique leur provenance.
(2) On appelle rubis balais ceux qui sont légèrement teintés en rouge.
MAZARIM ET COLBERT, ^ 237
« A Paris, ce 17« may 1658.
Le sieur Lescot me presse de luy payer 5,886 livres 8 sols pour reste des parties que Vostre Émincnce luy arresta la veille de son départ, qui montent toutes ensemble à 25,080 livres 10 sols, sur quoy il a receu 19,200 livres. »
En marge, de la main du cardinal :
// le faudra paijer quand vous aurez la commodité de le faire.
A Paris, ce 19" may 1658.
Ayant fait ouvrir tous les ballots venus de Rome, j'ay trouvé en bon estât tout ce qu'ils contenaient. Je crois que Vostre Éminence aura beaucoup de satisfaction de voir tous ces ouvrages.
Je supplie Vostre Éminence de me faire scavoir si elle désire que je fasse eslargir le grand lict de velours en broderie suivant le sentiment de la Reyne.
A Paris, ce 19" mai 1658.
Je suis venu m'établir ici pour buit ou dix jours, tant pour examiner et lériGer toute dépense qui a été faite à nos bâtiments que pour donner ordre à touts les nouveaux ouvrages que Vostre Eminence ordonne et en tirer le meilleur marché que faire se pourra.
\I. de Benedetti m'écrit de Rome que M. Romanelli a presqu'achevé les trois tableaux que la Reine lui a ordonnés et qu'il lui demande cinquante pistoles du grand, et comme ledit sieur Elipidio me demande l'ordre pour payer celte somme, Vostre Eminence me fera savoir, s'il lui plaît, ce que je dois lui écrire.
A Vinccnnes, ce 21^ may 1658.
Vostre Eminence est assez informée de la peine où je suis pour l'excessive despence de nos bastiments; c'est ce qui m'a faict prendre la résolution de venir m'establir icy pour dix ou douze jours, tant pour chercher tous les esclaircissements nécessaires pour connoistre sy j'ay esté trompé par le passé que pour me précautionner à l'advenir en faisant marché de tous les
238 MAZARIX ET COLBERT.
ouvrages qui restent à faire qui ont esté résolus par Vostre Eminence. Pour y parvenir, j'ay faict faire des devis très exacts sur tous les dessins que Vostre Eminence a vus et arrestés, et j'ay donné communication de l'un et de l'autre à tous les architectes et entrepreneurs qui sont dans Paris capables d'entreprendre ces ouvrages. Je leur ay donné quinze jours entiers pour examiner le tout et faire leur calcul. En suitte j'ay receu les propositions de quatorze différentes personnes, dont les plus haultes ont esté de 530,000 livres pour rendre faict et parfaict, la clef à la main, le grand corps de logis neuf, les deux tours qui y sont attachées, achever la fermeture en arcades sur le fossé, faire l'autre fermeture et les deux portes et toutes les escuries. Je les ay remis à après-demain pour en faire l'adjudication au rabais, et, pendant ce temps, j'employe tous moyens imaginables pour les eschauffer les uns contre les autres, et pour persuader à chacun d'eux que je seray plus aise d'avoir à faire à luy qu'à tous les autres. J'espère que toutes ces diligences produiront une diminution considérable à cette despence et surtout je seray hors de la peine oii j'ay esté par le passé. En mesme temps, je feray commencer le sérail pour nos besfes et donneray ordre à toutes les choses auxquelles Vostre Eminence prend quelque plaisir. Je supplie très humblement Vostre Eminence de me donner ses ordres à son premier loisir pour l'emmeublement de ce chasteau , à quoy il me semble qu'il n'y a point de temps à perdre. Je suis, avec le respect et la dévotion que je doibs. Monseigneur,
De Vostre Eminence, Le très humble, très obéissant, très obligé et très Gdel serviteur,
COLBBRT.
A Viiiccnncs, ce 26 raay 1658.
L'adjudication des basliments qui sont à faire en ce chasteau a esté remise par trois fois; enfin ils furent hier adjugés à l'extinction de la chandelle, en présence de seize différends entrepreneurs d'ouvrages les plus babils de Paris, à 414,500 livres,
MAZARLM ET COLBERT. 239
à la charge de les rendre faits et parfaits dans deux ans d'icy. Je puis asseurer Vostre Eminence que j'ay employé toute l'industrie que Dieu m'a donnée et toute l'application dont je suis capable pour donner chaleur à tous ceux qui avoient dessein sur cet ouvrage.
J'ay faict faire en mesme temps l'alignement et l'agrandissement du parc et conclu le marché des murs à douze livres la toise. Je feray travailler en mesme temps au serrail pour les bestes, en sorte que j'espère que Vostre Eminence aura satisfaction de voir tous ces ouvrages advancez à son retour de la campagne.
Je n'ay osé faire ouvrir le balot des eaux d'orange qui sont venues de Rome, parce que j'ay creu que Vostre Eminence voudroit qu'on l'envoyast à la court et qu'il est impossible qu'il ne se gaste quelque chose à les déballer et remballer. J'attendray l'ordre de Vostre Eminence sur ce sujet.
En marge, de la main du cardinal :
Je suis très aise que l'adjudication soit faite et je suis très persuadé que vous avez fait audelà de ce qui étoit possible pour avoir les conditions les plus advantageuses.
Je souhaiterols bien de scavoir à combien monte Vachapt des terres pour agrandir le parc en la manière quon a résolu de faire et la despence de chascune.
Vous pouvez faire déballer les eaux et me donner advis de l'estat dans lequel vous les trouverez, et je vous escriraij apprès ce que vous aurez à faire. Si on vous addresse des pierres de Rome avec des éventails, je vous prie de me les envoyer en diligence.
A Paris, ce 10« juin 1658.
Il est difficil de dire à Vostre Eminence combien pourront couster les terres qui seront enfermées dans l'augmentation du parc de Vincennes. M. le chancellier a scellé une commission pour en faire faire l'évaluation par MM. d'Haligre, de Breteuil, Bouchu, maistres des requestes, et Marin, intendant des finances ; c'est à quoy ces messieurs travaillent à présent. Ce que j'en puis juger est que l'augmentation sera de 700 arpens et que chacun
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arpent pourra estre estimé depuis 40 jusqu'à 50 escus. Pour ce qui est de la closture, j'estime qu'il y aura 3,000 toises courantes de murailles qui auront deux toises de hauteur, compris les fondations et le chaperon, qui seront en tout 6,000 toises carrées, lesquelles, à raison de douze livres la toise, reviendront à 72,000 livres.
J'ay fait déballer une des deux caisses des eaux de fleurs d'oranges qui sont venues de Home. Il s'en est trouvé huict douzaines de bouteilles en fort bon estât.
En marge, de la main du cardinal :
// m en faut envoyer deux caisses bien accommodées par la première occasion.
Il est arrive aussy quatre caisses que l'on m'escrit de Lyon venir de Parme, outre quatre autres qui ne sont point encores arrivées. J'en ay faict ouvrir une dans laquelle il s'est trouvé vingt bouteilles de Verdée de Florence.
En marge, de la main du cardinal :
Il faut garder cette Verdée pour me F envoyer quand je vous en escriray, et il sera bon de la 7neltre dans de l'eau pour la conserver.
Aussitost que j'auray receu des boettes d'évantailles, je ne manqueray pas de les envoyer à Vostre Eniinence le plus promptement qu'il se pourra.
En marge, de la main du cardinal :
Bon.
Comme l'appartement du palais de Vostre Eniinence joignant la bibliothèque est entièrement achevé, j'estimerois bien nécessaire d'achever aussy la chapelle et la mettre en estât qu'elle puisse servir d'ornement à cet appartement , au lieu qu'elle est difforme à présent. Si Vostre tfîninence l'agrée, j'y feray travailler pendant cet esté. Et au cas qu'elle destine de mettre tous ses tableaux dans le mesme appartement, il faudra aussy faire faire des bordures à tous ceux qui en manquent. J'attendray pour cela les ordres de Vostre Eniinence.
En marge, de la main du cardinal :
Vous pouvez faire travailler pour achever la chapelle; inais
MAZARIM ET COLBERT. 2A1
pour les Bordures des tableaux, je voudrois auparavant avoir un mémoire de ceux qui n'en ont point ou qui les ont sans estre dorés.
A Paris, ce 14 juin 1658.
Je supplie Vostre Eminence de me faire scavoir ce que je feray des foins des prez de la Fère. Sy Vostre Eminence désire qu'on les réserve comme les années dernières ou si je les vendray. On pourroit en retenir un tiers ou un quart pour la nourriture de 30 ou 40 chevaux pendant l'hyver et vendre le surplus.
En marge, de la main du cardinal :
Il faut réserver tout le foin comme l'année passée.
J'ay receu dans le palais de Vostre Eminence deux caisses d'eaux de senteurs et six fromages de Parmesan envoyés par M. le duc de Parme. Il y a aussy dans le mesme palais de Vostre Eminence huit grandes caisses : quatre de Verdée et quatre de Muscatelle de Florence envoyées par M. le grand-duc , dont M. l'abbé de Bonzi escrit à Vostre Eminence.
En marge, de la main du cardinal :
// 7ne faut cnvoj/cr de la Verdée et du Muscatelle comme Bonzi vous escrira, c'est-à-dire ne le faire marcher que la nuit, car autrement il se guteroil; et pour ce qui reste à Paris, je vous prie de prendre grand soin pour le faire conserver.
A Paris, ce 18'= juin 1G58.
Je crois que M. l'abbé Bonzi a faict scavoir à Vostre Eminence qu'il a faict mettre dans son palais huict caisses de vins, moitié Verdée et moitié Muscatelle, que M. le grand-duc envoyé à Vostre Eminence. 11 y a dans chacune caisse 20 bouteilles; dans l'une on a trouvé 11 bouteilles cassées en présence dudil sieur abbé Bonzi. J'en envoyé à présent quatre caisses, moitié Verdée et moitié Muscatelle, à M. Pietro, à Amiens, afOn qu'il puisse recevoir les ordres de Vostre Eminence pour les envoyer quand elle l'ordonnera.
En marge, de la main du cardinal :
Bon,
Lescot m'escrit pour un diamant qu'on propose de vendre et qui
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reviendrait bien avec le Miroir de Portugal. Vous luy direz de ma part que je feray ce quil me conseillera , pourveu quil soit à bon marché, et l'on pourrait remettre d'icy l'argent à M. l'atnbassadeur. Je songe à faire un beau présent à la nouvelle Reyne.
A Paris, ce 20<' juin 1658.
M. Lipidio m'escrit qu'il a faict partir de Civita-Vecchia, sur le vaisseau du sieur d'Almeras, trente-trois grandes caisses de statues, soubz la conduite d'un jeune homme sculpteur qu'il envoyé pour servir Vostre Éminence. J'ay donné ordre en Provence pour faire descharger soigneusement lesdites caisses et en suitte pour les faire voicturer à Lyon.
En marge, de la main du cardinal :
Mardick, le 26 juin 1658.
// eust été mieux de faire passer le desirait au vaisseau qui a chargé les statues à Civita-Vecchia; mais estant dcsbarquées, il les faut faire venir par le Rosne et par la Loire et par le canal et donner ordre au sculpteur italien d'en avoir soin; mais il faudrait qu'il eût un Français avec luy.
A Paris, ce 27" juin 1658.
J'ay eu assez souvent dans l'esprit d'envoyer à Vostre Eminence des poids verds et autres fruits qui se mangent icy ; mais je luy avoue que la grande dépense qu'il faut faire pour envoyer en un lieu sy esloigné que oij elle est à présent m'en a cmpesché; puisqu'elle le désire, je la supplie de donner ordre à M. de Fontenelle d'envoyer des chevaux d'ofGciers à Boulogne, Monstreuil et Abbeville, avec quelques valez de pied, pour porter en diligence ce que j'envoyeray audit Abbeville, me chargeant du soin de la dépense pour les ports jusques là.
Je suis comme je doibs. ..
En marge, de la main du cardinal :
Quand je vous a y escrit que vous me pourriez envoyer des f"ruits de Paris, je n'ay pas entendu que une grande quantité, mais des petits paniers lorsqu'il se présen le des occasions de ceux qui viennent
MAZARIIV ET COLBERT. V^3
à la court; je ne trouve pas praticable ce que vous me proposez d'envoyer des chevaux à Boulogne, Monstreuil et Abbeville, avec des valez de pied, ainsi/ n'envoyez personne; mais j'escris qu'on fasse passer à Calais ce que vous y avez envoyé, le mieux qu'il sera possible.
A Paris, le 30« juin 1658.
Sy Vostre Éminence veut faire parler au marquis du Chastel de sa terre de la Garnache et du chasteau de Beauvoir, il n'y a personne qui puisse mieux faire réussir cette pensée que M. Duplessis-Guenegaud, secrétaire d'Estat, de qui il l'a acquis, et je crois que s'il en estoit demeuré d'accord, Vostre Eminence ne pouvant les garder à cause qu'elles relèvent du duché de Thouars. L'on pourroit facilement s'en deffaire en les vendant au maréchal de Clairemhaut; mais je doubte fort que ledit marquis du Chastel demeure d'accord de les vendre, estant remply d'espérance qu'on luy rendra son chasteau de Beauvoir et qu'on luy donnera une garnison de 200 hommes dont il dit qu'on luy permet de mettre les trois quarts dans sa pochette.
Quant à la terre de Marennes, dont M. le mareschal a parlé à Vostre Eminence, il y a long temps que cette terre est à vendre, et que j'ay examiné qu'il seroit bon de l'achepter pour Vostre Eminence; mais il y a tant de raisons contraires dont je rendray compte à V^ostre Eminence la première fois que j'aurai l'honneur de la voir qu'il n'y a point d'apparence d'y penser. Toutes les pensées d'acquisition pour Vostre Eminence doivent à présent se restreindre au duché de Nivernois et aux autres affaires avec la maison de Mantoue, et sy Vostre Eminence veut faire quelques acquisitions d'autres terres, on pourroit penser aux terres que M. de Guise a en Provence.
En marge, de la main du cardinal :
Premier paragraphe : Je songeray à cela et je prendray la résolution que je croiray la meilleure.
Deuxième paragraphe : Bon.
244 MAZARI.V ET COLBERT.
A Vincennes, ce 2« juillet 1G58.
J'ay dit au sieur Lescot ce que Vostre Eminence m'a ordonné touchant le diamant de Hollande.
J'ay fort pressé M. de Gourville de faire descendre jusques audessoubz de Bourdeaux 6,000 septiers de bledz que nous luy avons demandés il y a bien longtemps. Il m'a promis d'en escrire pressamment par le premier ordinaire, et comme Vostre Eminence m'ordonne d'en faire achepter une plus grande quantité, je la supplie de considérer qu'il vaut 83 et 84 livres le tonneau à présent en bas Poictou, et qu'il enchérit encores tous les jours. En sorte qu'elle s'expliquera, s'il luy plaist, si elle désire que l'on en achepte à quelque prix que ce soit , ou si l'on n'en acheptera qu'en cas qu'il ne vaille que ledit prix de 83 ou 84 livres (Ij.
Je fis partir hier un veau d'icy, je l'aurois faict garder davantage sy cella s'estoit peu ; mais comme il estoit trop grand pour engraisser davantage, j'ay creu qu'il valloit mieux bazarder de l'envoyer d'icy à Calais, que de le laisser perdre icy.
J'ay icy réglé ces jours passez tout le travail qui estoit à faire pour le serrail des bestes avec les deux personnes envoyées par M. le grand-duc. Je ne scay si Vostre Eminence se sera souvenue d'en remercier Son Altesse.
A Paris, 10 juillet 1658.
Mon frère s'en allant pour servir en la charge de lieutenant aux gardes que Vostre Eminence a eu la bouté de lui donner, j'ose l'accompagner de ces lignes pour supplier très humblement Vostre Eminence d'avoir la bonté de le faire recevoir et de l'admettre au nombre de ses créatures les plus dévouées. J'espère qu'elle nous fora bien la justice de croire qu'étant comblés de ses bienfaits au point que nous le sommes, nous nous estimerons
(1) Les lettres de Colbert contiennent d'autres passages très nombreux relatifs à des acquisitions de blé que nous ne reproduisons pas; acquisitions destinées aux fournitures des armées; nous avons fait choix de celui-ci, parce qu'il en ressort une preuve de plus que le cardinal Mazarin spéculait sur ces fournitures.
MAZARIM ET COLBERT. 245
touts bien heureux d'employer tout ce qui peut dépendre de nous et de nos vies mesmes pour son service.
Je suis toujours, avec l'obéissance et le respect que je dois, Monseigneur, De Vostre Eminence, très humble, très obéissant, très obligé et très Gdèle serviteur,
COLBKRT (1).
A Paris, ce 21» juillet 1658.
J'aurai l'honneur de joindre Vostre Eminence à Compiègne le jour qu'elle y arrivera, et je mènerai avec moi le sieur Lescot et lui feray porter tout ce qu'il aura à faire voir à Vostre Eminence et mesme deux ballots des plus belles choses qu'il a apportées de Hollande.
Vostre Eminence debvoit manger le veau que j'ay envoyé à Calais, parce qu'il est impossible qu'il se conserve en bon estât et que j'en ay un autre prest à manger que je feray porter à Compiègne.
En marge, de la main du cardinal :
Je ne sais pas si je pourray estre à Compiègne auparavant que le Roij en sorte pour à Paris ; en tout cas, vous en aurez des nouvelles.
Jamais Leurs Majestez n'ont mangé un meilleur veau, ni plus gros.
A Paris, ce "'' aoust 1658.
Je ne scay si Vostre Eminence n'a point oublié de donner quelque ordre pour l'ameublement de Vincennes.
J'ay envoyé deux fois consécutives du fruict de Vincennes au Roy et à la Reyne. Nous y avons un veau qui a trois mois passés et qui diminuera plus qu'il n'augmentera à l'advenir, et nous en avons un autre qui sera bon dans quinze jours ou trois sepmaines. Sy Vostre Eminence l'estimoit à propos, on pourroit envoyer le premier à Compiègne et garder l'autre pour le l'etour de Vostre Eminence.
(1) Aff. étr., France, 250.
En marge, de la main du cardinal :
Rien ne presse.
Vous avez tousjours oublié, Monsieur, et cependant je vous en ay escrit plus d'une fois, que vous pourriez faire présent du veau de ma part à Leurs Majestés, et peut-est re seroit-il plus à propos de le leur apporter mort et bien accommodé entre deux draps.
A Paris, ce SO"" octobre 1658.
Le sieur Lescot me promet, dans trois ou quatre jours, une partie des choses qu'il faut pour Vostre Eminence; en ce cas, je les envoyeray par l'abbé de Bonzi , qui doibt partir samedi prochain.
En marge, de la main du cardinal :
Le plus tost que je pourrai/ recevoir ce que Lescot me doibt fournir sera le mieux. Sollicitez-le donc, et particulièrement les six monstres de diamants. Je vous prie aussy défaire en sorte que je trouve 7nes abits à Lyon.
A Paris, ce ô"" novembre 1658.
J'ay mis entre les mains de M. l'abbé Bonzi un pacquet pour le mettre en main propre de Vostre Eminence, dans lequel il y a cinq bagues de diamants que le sieur Lescot m'a données. Il ne me promet les autres pièces que moitié dans huict jours et l'autre moitié dans quinze jours.
J'espère que Vostre Eminence aura ses habits et ceux de sa livrée à son arrivée à Lyon. Au moins je la puis asseurer que j'emploie pour presser les tailleurs tout le soin qui peut dépendre de moy. J'envoyeray aussy à Vostre Eminence une lettre de change de soixante mille livres payable à Lyon.
A Paris, ce 15* novembre 1658
L'habit noir neuf que j'ay faict faire à Vostre Eminence est party avant-hier en poste avec les habits du Roy, et le rouge partira dans deux jours. La livrée est aussy partie aujourd'huy et arrivera dans dix ou onze jours à Lyon. Je fais travailler aux
casaques des gardes avec toute la diligence possible, a(in d'estre en estât de les envoyer en cas que Vostre Eniinence les désire. Je vois tous les jours le sieur Lescot pour le presser, mais je ne vois pas que ses ouvrages avancent fort.
Lenormant m'escrit que madame la comtesse (1) et mesdemoiselles (2) mangent séparément et qu'elles font deux tables au lieu d'une. Mesmes que madame la comtesse lui a ordonné de faire sa cuisine chez elle, en sorte qu'il faut de nécessité que la despence augmente considérablement. Sy Vostre Eminence le veut, je n'ay rien à dire; mais je crains que cela se fasse sans son sccu, et que personne n'ayt voulu en donner advis à Vostre Eminence.
En marge, de la main du cardinal :
Dès que Madame Roijalle (3) sera partie, je remédierai à ce désordre.
« Le pauvre Latour, qui avait soin des chevaux de Vostre Eminence à l'armée, est mort d'une blessure qu'il a receue en un convoy. J'ay escrit à M. de Hobertot d'avoir grand soin desdits chevaux jusqu'cà ce que Vostre Eminence eust envoyé une autre personne pour luy succéder. Le sieur Jules ou le nommé Laforest, qui a esté valet de pied de Vostre Eminence et qui a esté prisonnier des ennemis depuis la prise de Condé jusqu'à ce qu'il s'est sauvé au Quesnoy depuis quinze jours, pourroient estre propres à cet employ. Ledit de Hobertot me prie d'intercéder pour luy auprès de Vostre Eminence pour lui faire donner l'intendance de Justice, Police et Finances à Oudenarde. Je le fais d'autant plus volontiers que je l'estime capable de servir Vostre Eminence. »
A Paris, ce 17« norembre 1658.
Le valet de chambre de M. de Créquy, porteur de cette lettre, est porteur du second habit de Vostre Eminence, et l'autre est à
(1) Olympe Mancini, comtesse de Soissons.
(2) Les nièces non mariées du cardinal.
(3) La duchesse de Savoie.
présent à Lyon avec ceux du Roy. La livrée est partie vendredy dernier et je fais travailler nuit et jour aux casaques des gardes de Vostre Éminence. Il est impossible qu'elles arrivent en même temps qu'elle à Lyon, mais j'espère que ce sera un ou deux jours après.
Le sieur Lescot m'a remis entre les mains une boëte à portrait et une bague de diamans. Je le presse pour le surplus et envoyeray tout ce que je pourrai tirer par M. l'abbé Fouquet.
En marge, de la main du cardinal :
Premier paragraphe :
J'ay receu le second abit et la livrée, et pour les casaques des gardes n'en est arrivé que 40 .
Deuxième paragraphe : Bon.
A Paris, ce 19* novembre 1658.
J'ay remis entre les mains de M. l'abbé Fouquet un pacquet du sieur Lescot, dans lequel il y a une boëtle à portraict et une bague de diamans. Je le sollicite incessamment de donner le reste affin de pouvoir l'envoyer à Vostre Eminence avec commodité. Peut-estre que je pourray donner quelque autre chose audit sieur abbé, parce qu'il n'est pas encore résolu de partir demain.
En marge , de la main du cardinal :
J'ay receu la boëltc et la bague.
J'ay faict partir aujourd'hui 40 casaques de gardes. Vendredy j'en envoeray encore 40, et le mardy suivant les 40 restant pour faire 120. Je fais travailler avec le plus de dilligence qu'il est possible aux banderolles des trompettes. »
En marge, de la main du cardinal :
Bon.
A Paris, ce 22 novembre 1658.
M. l'abbé Fouquet porte à Vostre Eminence une boette à portraits et une bagne de diamans dont j'ay déjà donné advis, et j'envoye par l'ordinaire d'aujourd'huy, que j'estime aussy seur que ledit sieur abbé, une paire de pendants d'oreilles et trois portraits du Roy.
.MAZARIX ET COLBERT. 249
; Je ne scaurois m'empescher de dire à Vostre Eminence le mauvais effect que le bruit de la vente du duché de Mayenne qu'elle a voulu rendre public a faict. J'avois une inûnité de personnes qui y vouloient prendre des charges qui se sont toutes retirées depuis cette nouvelle; beaucoup d'habitants des lieux circonvoisins qui avoient résolu de venir demeurer dans la ville ont quitté celte pensée, et six de ceux qui s'y estoient establis en sont sortis. Les premiers cherchent des moyens pour quitter leurs baux et ceux qui se préparoient à les prendre lors du renouvellement, se déclarent de n'y vouloir point penser. Les uns ont peur du mareschal de la Ferté, et les autres disent que, s'ils peuvent faire quelque augmentation, ils veulent que leur nouveau seigneur leur en sache gré. J'avois travaillé depuis deux. ans pour disposer les esprits des usagers dans la forest de céder à Vostre Eminence 2,000 arpens de bois qui leur appartiennent pour leur droit d'usage, moyennant quelques avantages que je leur donnois, ils sont à présent plus esloignez de cette pensée qu'ils ne l'ont jamais esté. EnGn, Monseigneur, j'avoue à Vostre Eminence qu'il m'a semblé assez extraordinaire qu'elle eust voulu achepter cette terre pour l'augmenter et puis la revendre ; mais je n'eus jamais creu que ce bruit eust faict un effet si extraordinaire. 11 faut commencer à faire perdre ce bruit qui continueroit à détruire absolument toutes les dispositions pour en augmenter le revenu. Pour cet effect, je fais estât, sy Vostre Eminence l'agrée, d'envoyer un architecte pour prendre le plan du chastcau et faire un devis et un dessin pour y bastir, en sorte toutes fois que Vostre Eminence en fera ce qu'il luy plaira.
Je supplie Vostre Eminence de me faire scavoir à qui je puis m'adresser à Venise pour avoir des plumes pour faire des bouquets sur nos lits, et en cas qu'il n'y ait personne en cette ville à qui Vostre Eminence veuille demander ce petit service, sy je me puis adresser pour cela à M. Cittadino, de Milan, qui pourra faire faire cet achapt à Venise.
11 me semble que l'on pourroit envoyer à Rome ou à Florence la hauteur et grosseur des dix- sept colonnes d'amétiste que
250 MAZARIM ET COLBERT.
Vostre Éminence achepta l'année passée pour en faire faire un beau cabinet, ne croyant pas qu'en France il y ait d'assez babiles gens ny d'assez belles matières pour faire un cabinet qui soit d'une beauté proportionnée à ces colonnes.
En marge, de la main du cardinal :
Premier paragraphe : J'ai tout rcceu.
Deuxième paragraphe : Je suis très fâché du mauvais effet qu'a causé le bruit de la vente du duché de Mayenne, mais j'espère que l'on y remédiera en publiant le contraire, ce ([ue je fais de delà.
Vous savez que je n'ay songé à cela qu'à cause de l'achapt du duché de Nevers.
En regard de la proposition d'envoyer un architecte : Bon.
Troisième paragraphe : On donnera la charge de cela à l'ambassadeur que le Boy envoyé à Venise.
Quatrième paragraphe : // sera bon d'envoyer les colonnes à Borne pour en faire faire un beau cabinet.
Le cardinal Mazariw.
A Lyon, le 3 décembre 1658.
A Paris, ce 26 novembre 1658
Le sieur Lescot me promet pour aujourd'huy, à minuit, trois montres fort jolies, avec des couvercles en diamans. J'envoye mon commis chez luy pour les prendre à cette heure-là et en faire un pacquet pour le mettre à l'ordinaire. Je souhaite que ce pacquet et les précédens parviennent sans danger es mains de Vostre Eminence.
Mon frère m'escrit que l'électeur de Mayence a envoyé à Brisak seize tonneaux de vin , huict pour Vostre Eminence, quatre pour AL le mareschal de Gramniont et quatre pour M. de Lionne, lesquels il envoyé à Dijon, et je donne ordre qu'ils y demeurent. En cas que Vostre Eminence désire que l'on en fasse tenir à Lyon quelque tonneau, elle prendra, s'il lui plaist, la peine de l'escrire à M. le premier président de Bourgogne, qui prendra le soin de les envoyer suivant ce que je luy ay escrit, et pour le surplus je le feray venir en cette ville.
Vostre Eminence m'ayant fait scavoir que plusieurs personnes
Mx^ZARIN ET COLBERT. 251
luy avoient demandé la succession du prieur d'Ormy, qui luy appartient comme abbé de Cluny, je crois qu'il seroit advantageux qu'elle me renvoyast ceux qui luy en ont parle ou qu'elle me fit scavoir leurs noms, si elle s'en souvient, parce que cette succession consistant en divers cffects que ledit d'Ormy a mis soubz divers noms, il se pourra faire que nous aurons peine d'en tirer les lumières lorsque sa succession sera ouverte par sa mort. En sorte que sy l'on traictoit avec quelque personne dans la province, je crois que j'y trouvcrois advantage pour Vostre Éminence.
En marge, de la main du cardinal :
Premier paragraphe : J'ay receu le pacquct avec les trois montres.
Deuxième paragraphe : Le vin dont vous m'escrivez, il faut le faire porter à Paris et le faire charger sur une barque à Oxéné, y mettant quelqu'un pour cmpescher que les bateliers ne s'en servent.
Troisième paragraphe ; Je vous renvoijeray les personnes qui me parlèrent de ladicte succession.
Le cardinal Mazarini.
Lyon, S"" décembre 1658.
A Paris, ce 20 novembre 1658.
J'ay bien de l'impatience d'apprendre que Vostre Eminence ait reçu toutes les pierreries que je luy ay envoyées, et particulièrement celles qui sont parties par les deux derniers ordinaires.
J'apprends avec beaucoup de déplaisir que Vostre Eminence est travaillée de la goutte et qu'elle s'est faschée qu'on ne luy ayt point servy de bon vin sur toute la route. 11 auroit esté difficil de se persuader qu'on n'en eût point trouvé en Bourgogne, et comme j'en avois faict provision de trois pièces d'excellent vin de Cuissy pour sa bouche, j'ay bazardé d'en envoyer dix bouteilles dans une cave par le coche qui est party aujourd'huy. J'en envoyeray encores autant par le coche qui partira mardy, et je donne ordre au sieur Lenormant qu'il m'advertisse de la route que Vostre Eminence tiendra à son retour, affin que j'en fasse trouver à toutes les villes de son passage ; mais il n'y en aura
252 MAZARIiV ET COLBERT.
que pour sa bouche seule, parce que l'on n'en peut envoyer qu'en bouteilles. J'ay fait scavoir par ma précédente que mon frère envoyoit à Dijon les huict tonneaux dont l'Electeur de Mayence a fait présent à Vostre Eminence. Sy elle désire quelqu'un, il faut escrire à M. le premier président d'en envoyer.
J'envoye encore une paire de pendans d'oreilles de diaraans que M. Lescot vient de m'apporter.
En marge, de la main du cardinal :
Premier paragraphe : J'ay receu.
Deuxième paragraphe : J'ai répondu sur cela.
Troisième paragraphe : Je les ay receus.
MÉMOIRE Dli CE QUI EST DESTINÉ POUR LE PRESENT A MADAME DE SAVOVE.
1 Cabinet d'ébène en perspective enrichi de diverses pierres rapportées et proGlées d'or, ayant dans le milieu une porte ornée de colonnes d'améthistes, pilastres de lapis et contrepilastres de jaspe... chapiteau de vermeil, dans la porte une figure d'argent en relief représentant Mars... ledit cabinet porté sur 4 pommes de vermeil, en forme d'oignon.
1 Autre cabinet d'ébène cà fonds d'écaillé de tortue sur lesquels sont rapportées diverses marqueteries d'ivoire et de bois de diverses couleurs...
1 Pied à 8 colonnes servant audit cabinet, sur lequel sont aussy rapportées des marqueteries de bois et d'ivoire.
1 Autre cabinet d'ébène orné de 4 colonnes de lapis entre lesquelles il y a 3 tableaux, celui du milieu représentant une bataille.
1 Pied de bois couleur de noyer servant audit cabinet, orné de faisceaux, d'étoiles, cartouches et autres ornements dorés.
1 Autre cabinet d'ébène orné de pierres profilées d'argent, couvertes de cristal, avec des colonnes et pilastres dont les bases et les chapiteaux sont de vermeil...
1 Pied servant audit cabinet porté par 4 thermes dorés revêtus de draperies azurées.
AIAZARIX ET COLBERT. 253
1 Table carrée avec frise en feuillage de marbre jaune; dans les coins 4 lozanges et 4 ovales en jaspe et amctiste; le fonds en lapis uni ; le pied à cartouches percées à jour de bois de poirier noirci, façon d'ébène.
1 Table de verny à fonds noir, couverte de mignatures d'or et d'argent représentant dans le milieu un combat de cavalerie, pied en cinq colonnes torses de mesme verny.
1 Cassette de même verny, fonds noir, avec miniatures représentant diverses fables; sur le couvercle, un vase enrichi défigures.
1 Table d'écaillé de tortue couverte d'ornements et fleurs en ivoire et bois divers ; portée sur 4 colonnes, avec base et chapitaux en vermeil.
1 Tableau à 8 pans au milieu duquel une Assomption de la Vierge entourée d'anges et de rayons de corail, la bordure ornée de godrons et ouvrages arabesques aussy de corail, dans un estuy rouge.
1 Garniture d'un grand lit en cottonine de la Chine, jaune pâle, figures formées par de petites chaînes de fil blanc, consistant en 9 pièces : 6 rideaux doublés de satin de la Chine, couleur feu, imprimé d'oiseaux et de fleurs d'or, 1 courtine doublée de même satin, 1 fonds de lit avec 8 pantes y attachées : 4 de dehors et 4 de dedans doublées de cottonine blanche, et le soubassement tout d'une pièce doublé de même cottonine, le tout garni de franges et mollet de soye blanche.
2 Grands coussins et 4 plus petits de même cottonine et travail que le lit.
1 Couverture de satin blanc piqué de soie, doublée de taffetas blanc, avec du cotton entre deux, longue de 3 aulnes environ, large de 2 aulnes 5/6.
1 Couverture semblable à la précédente, longue de 2 aulnes 3/4, large de 2 aulnes 1/4.
1 Couverture semblable à la précédente, longue de 2 aulnes 3/4, large de 2 aulnes 1/4.
1 Autre couverture de cottonine blanche, piquée de soie blanche, frangée de soie blanche, longue de 2 aulnes 1/2, large d'une aulne 3/4.
1 Autre couverture de cottonine grise, fonds gris sale, doublée de cottonine blanche, travaillée de divers ouvrages de fil blanc, longue de 2 aulnes 1/2, large de 2 aulnes environ.
1 Tapis de Perse, fonds violet relevé d'or, d'argent et de soye de diverses couleurs, frise autour à fonds de soye verte, couleur de feu, et autres couleurs, relevée d'or, 3 aulnes 1/2 sur 1 aulne 1/2.
1 Autre tapis de Perse à fonds d'or et d'argent... 1 aulne 2/3 sur 1 aulne 1/6.
1 Tapis de la Chine en cottonine blanche parsemée de fleurs en broderie... 1 aulne 3/4 sur 1 aulne.
1 Tapis de toile de cotton parsemé de fleurs de diverses couleurs à compartiments, 2 aulnes 1/3 sur 5/6.
1 Tapis de cottonine rouge doublée de blanc, piqué à carreaux, parsemé de fleurs, 1 aulne 2/3 sur 7/8.
1 Tapis de cottoninefondsjaulne, doublé de cottonine blanche, travaillé de plusieurs ouvrages de fil blanc, 3 aulnes sur 1 3/4.
1 Tapis semblable au précédent, 2 aulnes 1/2 sur 1 1/3.
1 Grand tapis de velours rouge cramoisy de la Chine, une roseau milieu, le reste grandes fleurs et feuillages confus; aux deux bouts, frange d'or, d'herbe et de soye torse, doublé d'un taffetas aurore, 4 aulnes 2/3 sur 1 3/4 environ.
1 Autre tapis de velours rouge cramoisy de la Chine, brodé de fleurs d'or, d'herbes et soye de plusieurs couleurs... 2 aulnes moins 1/16, large 1 aulne.
1 Tapis de Perse de soye fonds rouge cramoisy parsemé de feuilles et de fleurs de plusieurs couleurs... 2 aulnes sur 1 aulne 1/12.
1 Autre tapis de Perse de soye fonds rouge cramoisy, parsemé de seize grandes roses et de petites fleurs, aux deux bouts frange de soye, doublé de satin couleur aurore, 2 aulnes sur 1 aulne 1/3(1).
(1) Aiï. étr., Piémont, vol. 54.
COLBKRT A MAZARIN.
Paris, ce 6" décembre 1658.
Je crois être obligé de faire souvenir à Vostre Eminence que l'on n'a remis à Lyon que 90,000 livres pour les pensions de Rome au lieu de 108 mille livres, à quoy Vostre Eminence avoit trouvé qu'elles montoient par le calcul qu'elle en fist.
Je supplie Vostre Eminence de me faire scavoir sy je feray envoyer 3,349 livres à quoy montent toutes les parties arrestées par madame de Venel des habits faits pour mesdemoiselles avant leur départ.
Je prends la liberté d'envoyer à Vostre Eminence une liste de tous les contracls de mariage de nos lloys que j'ay recherchez et assemblez, croyant que Vostre Eminence pourroit présentement avoir la curiosité de les voir et, en ce cas, au premier ordre qu'il lui plaira de m'envoyer, je luy envoyeray des copies ou des extraits des principaux points.
En marge, de la main du cardinal :
Lyon, 11 décembre 1658.
Premier paragraphe : Quand le sieur de Villacerf aura reçu de l'argent, il payera le reste.
Deuxième paragraphe : Il faut faire payer celte somme.
Troisième paragraphe : Je vous remercie de la liste des contracts, mais on n'est pas obligé de s'en servir à présent.
J'aurois beaucoup de choses à dire à Vostre Eminence sur nos affaires de Nevers concernant les poursuites de la saisie réelle, la signature du contract de vente proposé et la vente des canons pris à Desize; mais comme j'espère d'avoir l'honneur de le voir à la fln de ce mois, j'estime qu'il vaut mieux remettre à ce temps -là à l'informer de tout en détail. Cependant le sieur Belenzani, qui faict toujours ce qu'il peut pour le service de Vostre Eminence en cette nature d'affaires, la conjure de luy continuer l'honneur de sa protection contre les intrigues et les cabales de la cour de Mantoue,
256 uAIAZARIX ET COLBERT.
J'ay esté contraint d'envoyer à Mayenne le sieur Leveau, le' jeune, prendre le plan de la ville et du château, faire des dessins de bastimens, aGn de dissiper les bruits qui ont couru que Vostre Eminence vouloit vendre ce duché, qui aliénoient tous les esprits, en sorte qu'il estoit non seulement impossible de faire réussir les augmentations projetées, mais mesme nous courrions risque de voir diminuer toutes nos fermes. Cela a faict l'effect que je desirois, en sorte que j'espère faire dans deux mois de temps deux affaires assez considérables , l'une de la vente de toutes les charges, retirer 80 ou 90 mille livres et, en outre, un revenu de 12 à 1,500 livres de rentes et de rachepter tous les bois qui sont en usages dont j'espère vendre la superficie en diverses années 100 ou 120 mille livres, et d'en faire 8,000 livres de rentes du fonds lorsque tout le bois sera revenu. L'exécution de toutes ces choses consiste en un grand détail que je remets à dire à Vostre Eminence lorsque j'aurai l'honneur d'estre auprès d'elle; c'a esté particulièrement mon application après le départ de Vostre Eminence.
Sy le Roy prenoit résolution de se marier à Lyon, je supplie très humblement Vostre Eminence de me permettre de m'y rendre au plus tost.
En marge, de la main du cardinal :
Premier paragraphe : J'assisterai/ tant qu'il me sera possible le sieur Belenzami, mais vous savez que le Duc, son mètre, en doit envoyer un autre en sa place avec toutes les expéditions pour la vente de la duchce de Ncvers.
Deuxième paragraphe : J'approuve fort ce que vous avez fait à Vesgard de Mayenne, et je vous remercie de tout mon cœur des advanlagges que vous 7ne procurez toujours par votre application et par l'affection que vous avez pour moy et pour mes intérès, dont j'en conserveray toujours le souvenir.
Troisième paragraphe : Je n'eusse pas manqué de vous escrire de venir icy sy j'eusse vcu les affaires enjlot de produire la résolution dcjaire le mariage du Roy en cette ville.
COLBERT A MAZARIN
A Paris, ce 10^ décembre 1658.
Je vériffieray exactement tout ce qui a été envoyé à Vostre Eminence par le sieur Lescot et ne manqueray pas de lui fournir les trente mille florins pour Hollande au cas qu'il en ayt besoin. Il me demande encore six mille livres pour un diamant dont il dit avoir parlé à Vostre Eminence il y a bien longtemps, et qui luy est nécessaire pour mettre avec un autre pareil qu'elle a. Je lui fourniray encore cette somme.
En marge, de la main du cardinal : Bon.
MAZARIX A l'aRBÉ AMORKTTl.
Lyon, 11 décembre 1658.
J'envoie le sieur de Rével vous porter deux paquets dans lesquels il y a des bagatelles que le Roy envoyé à mesdames Louise et Marguerite. Sa Majesté est très marrie que Ton n'ayt pas envoyé de Paris quelque chose de mieux, mais Leurs Altesses agréeront en ce rencontre l'affection de celuy qui les donne. Je vous prie de faire particulièrement des excuses cà madame la princesse Marguerite et de l'asseurer que l'on suppléera en une autre rencontre à ce qu'on manque de faire cà présent, comme aussy de luy dire qu'on est très fasché que le portrait ne ressemble pas beaucoup à l'original (1).
COLHERT A MAZARIX.
A Paris, ce 2i« décembre 1658.
Dimanche dernier, je donnay à disner à messieurs les nepveux de M. l'Electeur de Mayence et les régallay le mieux qu'il me fut possible; au moins puis-je asseurer Vostre Eminence que je fis un grand effort pour les faire boire.
J'attends de jour en jour un dessein {sic) que j'ai demandé à
(1) Minute inédile. Aff. éir., Piémont, vol. 53. Celte lettre accompagnait les présents envoyés à Lyon à la duchesse et à la princesse de Savoie.
M. Romanelly pour les portières ou couvertures de mulets de parade, et mon intention estoit de les faire fabriquer à Bruxelles. Sy Vostre Eminence me l'ordonne, je les feray faire h Oudenarde; mais je doibs luy dire que c'est une mauvaise fabrique. J'attendray un second ordre de Vostre Eminence avant d'y faire travailler.
A Paris, ce dernier jour de l'an 1658.
J'envoye par ce courrier à Vostre Eminence une petite caisse emballée dans laquelle il y a 60 oranges de Portugal. Je ne scay si je seray assez heureux pour qu'elles arrivent les premières et qu'elles ne soient point gastées par la longueur du chemin, ayant remarqué les années passées que Vostre Eminence estoit bien ayse d'en avoir le premier. J'ay pris toutes les précautions que j'ay pou pour m'aviser pour avoir les premières et pour les accommoder en sorte qu'elles se puissent conserver. Je seray bien heureux sy cette légère occasion me sert à faire connoistre à Vostre Eminence l'application que j'ay et le plaisir que je reçois quand je puis faire quelque chose qui luy soit agréable. J'envoyeray encore deux autres caisses de 70 chacune par les deux premiers courriers.
Vostre Eminence trouvera cy-joint le catalogue des livres que j'ay achetés par son ordre pour monseigneur le cardinal Cibo, lesquels sont enfermés en trois caisses que j'ay envoyées à Lyon à l'adresse du sieur Cenami. Il y a un inventaire pareil enfermé dans lesdites caisses.