‹ Mazarin et ColbertChapitre 4 sur 56 · LETTRE DE M. DE LESSEIXS AU CARDINAL MAZARIN · texte numérisé non relu

LETTRE DE M. DE LESSEIXS AU CARDINAL MAZARIN

A Marseille, le 31 juillet 1636.

Elle mène (la reine de Suède) avec elle deux gentilshommes italiens qui sont l'un son grand chambellan, l'autre son grand écuyer. Le premier est de Pezaro et s'appelle le comte Francesco Maria Sentinelli qui a encore avec lui un de ses frères qui est gentilhomme de la chambre de la reine, l'autre est Romain et s'appelle Gian Renaldo Monaldeschi. Elle a pour l'un de ses valets de chambre le coiffeur qui sert alternativement les reines de Suède et de Pologne (1).

A La Fère, le 8 août 1656.

La reine souhaitant que M. Sanguin aille servir la reine de Suède, je vous écris ces lignes aGn que vous alliez trouver de ma part M. le prince de Conti pour lui en donner avis et lui dire que s'il me permet de lui faire savoir le mien, j'estime qu'il doit aller au devant de ce que Sa Majesté désire et donner ses ordres de bonne grâce audit sieur Sanguin qui d'ailleurs étant maître d'hôtel ordinaire, marquera encore mieux l'honneur que l'on veut rendre à la reine de Suède que si l'on n'envoyoit qu'un maître d'hôtel par quartier. "Vous ajouterez aussi que je lui en serai obligé et que je l'en prie en mon particulier (2).

(i) Lettre inédite. Aff. étr,, France, vol. 900. (2) Lettre inédite. Aff. étr., France, voK 291.

COLBERT A MAZARIN

" A Paris, ce 13^ aoust 1656.

" M. le chevalier de Terlon étant en estât de partir avec la reyne de Suède, je croy estre obligé de dire à V'ostre Eminence une pensée qui m'est venue, quoyque peut estre elle soit de peu de considération, qui est que si ce présent passe avec la reyne, comme il est impossible qu'elle ne le voye et qu'elle ne sache eu quoy il consiste, peut estre cela pourroit luy donner quelque desplaisir et quelque disposition de mauvaise volonté, d'autant plus que je ne croy pas que le Roy luy ait jamais fait aucun présent de cette qualité et qu'elle est à présent en nécessité (l). »

M. DE LESSEINS A MAZARIN.

Monseigneur,

La reine de Suède ne partira d'ici que demain. Il a fallu donner à M. d'Epernon quelques jours qu'il a demandés pour se préparer à la recevoir et à la faire recevoir, car il n'est pas eucore bien assuré s'il la recevra lui-même ou s'il la fera seulement recevoir par le comte d'Amande, un gentilhomme qu'il a envoyé, ayant dit qu'il était indisposé, mais qu'il se Irouveroit à Chàlons, s'il pouvoit, et que cependant il avoit partout envoyé ses ordres pour bien faire recevoir Sa Majesté qui ira en deux jours à Chcilons, et de là en quatre à Auxerrc. Je ne sais point encore si Sa Majesté séjournera en quelque part. Il y a apparence qu'elle pourra séjourner un jour à Chàlons, et à ce compte elle n'arrivera que mardi prochain à Auxerre, où il sera bien nécessaire que les ofûciers du roi se trouvent.

La reine ne parle que des divertissements qu'elle espère rencontrer à Paris, ou qu'elle veut même par avance avoir à Font;iinebleau, si bien. Monseigneur, que je prévois qu'elle ne

(1) Leltre inédite. Aff. ctr., France, vol. 900.

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se pressera pas de sortir de Paris quand elle y sera une fois et que je crois que si les affaires du roi demandent qu'elle aille bientôt à Compiègne et n'y pas faire attendre trop longtemps Leurs Majestés, il sera nécessaire que Votre Eminence écrive sur ce sujet à M. de Guise.

La reine, à ce que j'ai pu connaître, a des prétentions pour quelques dettes restantes de ce qui a pu être demeuré en arrière des paiements des subsides que le roi donnoit aux Suédois. Sa Majesté ne s'en est pas expliquée à moi autrement, mais je l'ai assez jugé par des choses que Sa Majesté m'a dites. Je ne sais si elle ne prétend point aussi qu'il lui soit dû à elle quelque chose en son particulier.

C'est, Monseigneur, ce que j'ai cru devoir faire savoir à Votre Eminence, de qui je suis comme je dois,

Monseigneur, très humble, très obéissant et très Gdèle serviteur et créature.

De Lesseixs.

Lyon, ce :22' août 1G56 (1).

COLBERT A MAZARIN

A Paris, ce 23 août 1056..

Je fais meubler l'appartement de Votre Eminence au Louvre et son palais, en sorte que si la reine de Suède désire les voir, le tout sera en bon état (2).

u A Paris, ce ~^ septembre 1656.

" Le palais de Votre Eminence et son appartement au Louvre sont en état de pouvoir être vus par la reine de Suède, dont j'ai fait avertir M. de Guiso. J'avois pensé de faire trouver les vingtquatre violons et quelque concert de musique lorsque Sa Majesté viendra voir ledit palais ; mais comme il ne doit rien connaître de prémédité, ni même que l'on aît reçu aucuns ordres de Votre Eminence sur ce sujet, je ne ferai aucune de ces

(1) Lettre inédite. Aff. étr., France, vol. 291.

(2) Lettre inédite. Aff. étr., France, vol. 900.

choses si Votre Eminence ne m'en donne l'ordre en réponse de celle-ci.

u Si Votre Eminence pouvoit donner quelque demie journée pendant le séjour qu'elle fera à Compiègne, je pourrois m'y rendre pour lui faire voir et examiner le compte que j'ai dressé de tous les billets de l'Epargne et papiers qui sont en mes mains, comme aussi le détail de toutes les dépenses de la maison de Votre Eminence.

« J'attendrai ses ordres sur ce sujet, étant avec le respect et la dévotion que je dois,

« Monseigneur, de Votre Eminence le très humble, très obéissant, très obligé et très fidèle serviteur.

" A Paris, ce 30« septembre 1656.

« L'intendant de la reine de Suède est venu ce matin m' apporter une lettre de M. Chanut par laquelle il me fait savoir que la reine de Suède désireroit que Votre Eminence fit voir les pierreries qu'elle a à Anvers pour les dégager et les vendre ensuite à Votre Eminence et en employer les deniers en une chose dont Votre Eminence ne seroit pas mécontente, ce sont les termes dudit sieur Chanut. Cela m'a fait jetter les yeux sur le sieur Lescot pour faire ce voyage, sur quoi j'attendrai les ordres de Votre Eminence.

" Pour les tapisseries, Votre Eminence doit considérer qu'outre les vingt-six mille escus que l'on demande, il y faut encore ajouter le change à vingt-neuf pour cent. Je supplie Votre Eminence de m'envoyer ses ordres sur le tout en diligence, ledit sieur Sihiserone, intendant de la reine de Suède, me pressant extraordinairement pour son départ (2). »

(1) Lettre inédite. Aff. étr. , France, vol. 900.

(2) Aff. étr., France, vol. 900. Cette lettre, qnc nous avons collationnée sur l'original, a été publiée par \l. Clément ; nous avons rétabli autant que possible, car il est fort difficile à déchiffrer, le nom de l'intendant de la reine de Suède qu'il a supprimé.

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