LE COMTE DE LOMÉME DE BRIENNE A SERVIEN, AMBASSADEUR EN PIÉMONT
" Monsieur,
« Je suis extrêmement surpris que la reine de Suède qui affecte tant d'être traitée en reine se soit oubliée de faire couvrir M. le nonce et vous aussi, et elle est heureuse de n'avoir point reçu de compliment ni de Venise, ni de Hollande, puisque sans doute elle eût eu ce déplaisir que leurs ambassadeurs se fussent couverts sans qu'elle les en eût conviés. Quand on parle à un roi, s'il n'en donne l'exemple, on n'a pas droit de le prétendre, et les reines font toujours cette civilité d'en rechercher les ambassadeurs, lesquels ont pour l'ordinaire celle après que leur chapeau a touché leurs cheveux, de le tenir à la main. J'en excepte Venise qui ne s'en avise jamais, au moins que j'aie veu. Que madame votre femme ait voulu prendre ses asseuranccs du traitement qu'elle recevroit, elle en est à louer, comme vous d'avoir imité M. le nonce ; mais de vous être abstenu d'en faire faire une déclaration à cette reine qui a sujet d'en demeurer offensée, et je m'assure qu'elle en faira des plaintes au Pape si elle rentre dans la conGance dont il me semble qu'elle s'étoit éloignée...
« Je crois que Madame Royale n'aura point été surprise de l'envoi d'un gentilhomme que madame de Carignan fait vers elle pour demander son consentement pour le mariage de M. le prince Eugène ; ne laissez toutes fois de nous mander ce qui en viendra à votre connoissance. Je suis,
« Monsieur, votre très humble et très affectionné serviteur.
'< De Loménie Brienne.
" Paris, le 3« novembre 1656 (1). « (1) Lettre inédite. Aff. étr., Piémont, vol. 50.