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ATTÉNUATION DES EFFETS DES GRUES

On a quelquefois pensé, pour diminuer Timporlance des crues des cours d'eau, à établir, dans la partie supérieure de leurs bassins, de grands réservoirs dans lesquels s'emmagasinerait l'eau pendant la période ascendante, et qge Ton viderait ensuite progressivement et d'une façon assez lente pour qu'il n'en résulte aucun dommage. Cette idée séduisante serait une sorte de généralisation de ce que Ton trouve naturellement établi sur certains cours d'eau dont le parcours traverse de grands lacs qui sont les régulateurs de leurs crues. L'exemple le plus souvent cité est celui du lac Léman et du Rhône, Pour qu'un pareil réservoir puisse avpir toute son utilité il faut qu'il soit, en général, vide, et qu'on ne le remplisse qu'au moment où de grandes pluies étant tombées dans les régions supérieures de la vallée, l'arrivée d'une crue est menaçante. Ou bien, si le réservoir n'est pas habituellement tout à fait vide, son niveau devra être tenu le plus bas possible afin de laisser à l'emmagasinement deTeau le plus grand volume disponible. Et alors on arrêtera l'écoulement de manière à le remplir, toutes les fois qu'une crue se produira. L'époque à laquelle la fermeture devra avoir lieu ne laissera pas que d*êtrc difficile à déterminer. Si elle a lieu trop tôt et que le réservoir soit entièrement rempli avant que le cours d'eau ait atteint son débit maximum celui-ci ne sera nullement atténué et le réservoir aura été à peu près inutile. Je ne parle que pour mémoire des dommages que pourra causer la surélévation de l'eau dans le réservoir, en admettant que tous les terrains qui seront alors submergés aient reçu dans l'intervalle des crues des cultures plus ou moins importantes.

Si Ton se rend compte, d'ailleurs, du volume énorme que devraient emmagasiner les réservoirs construits sur un grand cours d'eau pour en atténuer les crues d'une façon appréciable on ne sera pas éloigné de reconnaître tout ce qu'il y a d'impraticable dans cette idée : un réservoir de cent millions de mètres cubes n'aurait qu'une influence insignifiante sur les crues d'un grand cours d'eau comme la Loire* Tout ce qu'il

serait peut-^tre possible de faire, dans cet ordre d'idées, ce serait de créer, de distance en distance, principalement dans les parties les plus hautes des vallées, des obstacles partiels à Técoulement, favorisant l'emmagasinemcnt de Teau, ayant pour conséquence certaine une surélévation du niveau des crues en amont, mais aussi et par compensation un abaissement du niveau maximum à Taval. Les emplacements de ces obstacles partiels devraient être choisis en aval de plaines larges et peu inclinées, habituellement submergées par les crues et sur lesquelles la petite surélévation du niveau dont il est question n'aurait pas un grand inconvénient, en même temps qu'elle correspondrait à un volume emmagasiné considérable. Telle est la digue de Pinay, sur la Loire, en aval de la plaine du Forez, dont la présence a pour effet d'abaisser la hauteur des crues, à Roanne, de 0 m. 60 à 1 mètre, d'après M. Graeff. Il n'est pas besoin d'ajouter que la construction de pareils obstacles à l'écoulement, si elle a pu se faire sans inconvénients ni réclamations à une époque oii les terrains des vallées avaient une Valeur beaucoup moindre qu'aujourd'hui, ne pourrait être entreprise, dans l'état actuel des cours d'eau français, qu*avec la plus grande prudence et serait peut-être même impraticable. Les terrains cultivables ont acquis aujourd'hui une valeur telle que non seulement^ si le lac Léman n'existait pas, il ne viendrait à l'idée de personne de barrer le Rhône pour le constituer, mais que l'idée de le dessécher pour le mettre en culture sera peut-être un jour sérieusement examinée.

Mais, quel que soit le système préventif établi dans les régions supérieures des vallées pour régulariser les crues et en diminuer la hauteur, il y aura toujours, sur les grands cours d'eau, des changements de régime considérables et des pério-' des alternatives d'étiage, de grandes eaux et même de grandes crues. Les populations riveraines songeront à se protéger contre les effets de ce régime variable au moyen de digues longitudinales, ayant pour but de mettre à l'abri de Peau les ter* rains qu'elles ne voudront pas voir envahis par les crues*

§ 4. — ATTÉNUATION DES EFFÉTwS DES GRllES. 399

toi. DigfUes submersibles et insubmersibles. — Les

digues sonl de deux espèces : les digues. submersibles et celles dites insubmersibles. II y a des digues submersibles de toute haulcur, suivant Timporlance des terrains à proléger. Quant aux autres, on ne devrait les considérer que comme plus rarement submersibles que les premières, et leur submersion devrait être, comme celle des autres, un événement prévu, calculé et contre les effets duquel on ne chercherait que des moyens d'atténuation. Mais il n'en est pas toujours ainsi, et souvent Ton a pris absolument à la lettre la dénomination d*insubmersible et Ton s'est attaché à élever le niveau de ces digues au-dessus des plus hautes crues connues. Ainsi, d'après Comoy*, sur la Loire^ le couronnement des digues avait été arrêté à 15 pieds au-dessus de Tétiage ; tout porte à penser qu'avant Téta-^ blissement des digues les plus grandes crues ne dépassaient pas cette hauteur, et qu'en adoptant la hauteur de 18 pieds on avait Tinlenlion de rendre les digues insubmersibles. Oa n'avait pas compté sur les effets que produit Tendiguement; la hauteur des grandes crues a augmenté, et celle de 1706 s'étant élevée en certains points à 18pieds,|on fixala hauteurdesdigucs à 21 pieds. Mais cette nouvelle hauteur s'est trouvée encore trop faible : toutes les grandes crues ont continué à surmon-^ ter et à rompre les digues. Après la crue de 1846, ou tenta de mettre les digues à Tabri des ruptures en les exhaussant d'environ un mètre au moyen d'une petite banquette construite sur leur crête du côté du fleuve. Mais la crue de 1856 et celle de 1866 ont démontré que cet exhaussement est encore et de beaucoup insuffisant. Les digues peuvent défendre les vais submersibles contre les crues ordinaires, mais elles sont insuffisantes contre les grandes crues. Leur rupture cause alors de graves dommages. L'eau se précipite avec violence par les brèches, creuse dans le val des gouffres profonds, occasionne des ensablements souvent considérables et détruit

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