LES SECOUSSES MONÉTAIRES
qu’à l'ordinaire. Ceux qui vendenl des creances sont obligés de les vendre à meilleur marché que d’habitude. Ceux qui font escompter des lettres de change, des effets à ordre sont obligés de supporter un escompte plus fort que dans le temps normal. Rien de plus inévitable.
Un marchand de fer a vendu avant la secousse monétaire telle quantité de fer contre 100 d’or en un effet à ordre échéant dans trois mois. Naturellement, en vendant à trois mois il a fait payer le délai à son acheteur. Il aurait donné son fer pour 99 d’or au comptant, il l’a donné à 100, à trois mois, parce que l’escompte courant est à 1 pour cent l’an, ou 1 pour cent tes trois mois.
L’acheteur a donc souscrit cet effet de 100 à trois mois.
Tout à coup la secousse monétaire se déclaré.
L’escompte s’élève à 8 pour cent l’an , ou 2 pour ceni
les trois mois. Le marchand de fer ne trouve pliw
que 98 d’or, s’il fait escompter l’effet de 100. .\iirait-
il raison de se plaindre, d’accuser quelqu’un?
Nullement. Le un pour cent exigé en plus par
l’escompteur n’e.st pas une augmentation d’intérêt
CHAPITHE XXX
c’est une prinie à l’avantage de l’or actuel qui est rare, et au désavantage de l’or différé qui sera d’une abondance probablement ordinaire. Pour tout dire le marchand de fer, avec les 98 d’or qu’il reçoit, pourrait racheter ce même fer qu’il a vendu. Le fer était vendu 100, ce qui faisait 99 en réduisant l’opération au comptant ; mais actuellement l’or a renchéri , et l’or n’a pu renchérir qu’en dépréciant tous les autres biens, le fer est donc tombé à 98. Si le marchand avait vendu au comptant, son opération aurait été consommée à 99 ; mais il a vendu à terme , lui seul doit en supporter les conséquences. Vendre du fer a terme, c’est bel et bien acheter de l’or à terme ; et , en achetant de l’or à terme , on n’achète pas le droit de le revendre, à prix fixe, avant l’échéance.
Est-ce que le marchand de fer rend compte du bénéfice qu’il recueille quand il se trouve dans une situation opjiosée? Car il lui arrive aussi de vendre du fer quand l’or est rare. Ce jour-là, si l’escompte vaut 8, il fait souscrire à son acheteur un efiet de 100 à trois mois et lui livre telle quantité de fer valant 98 au comptant. Puis, si tout à coup l’escompte
LES SBCOUSSKS MONÉTAIRES
tombe à 4 et qu'il fasse escompter son ellét de 100, il louchera 99 et non pas seulement 98, qui suffiraient pour le faire rentrer dans son prix de vente.
La vérité est que quand on vend à terme on est encore passible de la dépréciation des marchandises vendues, si cette dépréciation a pour cause le renchérissement de l’or. On ne cesse de courir de risque que le jour où l’engagement souscrit par l’acheteur est échu et acquitté. Quand on possède des etTets à ordre, on doit : ou attendre l’or futur qu’ils promettent, ou, si l’on veut vendre cet or futur contre de l’or actuel renchéri, payer deux différences : 1° La différence du temps ; l’escompte ordinaire ; 2 ° la différence de valeur entre l’or qui est rare et l’or qui ne sera pas rare : l’escompte supplémentaire.
Peut-on dans une année de mauvaise récolte emprunter du blé pour le restituer l’année suivante sac pour sac, et ne payer à cet échange que des intérêts au taux ordinaire? Certainement non, car l’agriculteur livrerait un blé rare, de grande valeur, eft recevrait par contre un blé d’abondance et de valeur probablement habituelles. Les intérêts au
l«i CHAPITRE XXX
taux ordinaire ne l’indemniseraient pas de l’écart entre le prix du blé donné et le prix du blé rendu.
La valeur de l’or n’est pas aussi changeante que la valeur du blé ou des autres biens, il s’en faut, et c’est pourquoi on a pris l’or comme monnaie. Mais, de ce que l’or est une monnaie incomparable, il ne s’ensuit pas qu’il soit absolument immobile dans sa valeur. L’immobilité de valeur suppose en même temps l’immobilité de tantième et l’immobilité de masse, supposition absurde, fait impossible.
Mais on ne peut dire que la valeur de l’or est sujette à variation sans reconnaître que si en temps de variation on échange de l’or futur contre de l’or présent, il faut, pour établir l’équivalence, tenir compte non-seulement de l’intérêt, mais aussi de l’écart entre la valeur de l’or qu’on cède et de l’or qu’on reçoit.
On ne garantit plus désormais le prix du pain aux pauvres; doit-on garantir le prix de l’or aux riches?
Heureux encore les escomptés quand une secousse monétaire se fait sentir 1 La dépréciation est générale.