‹ Mécanique ÉquestreChapitre 26 sur 146 · II. — ELASTICITE · texte numérisé non relu

II. — ELASTICITE

Elle repose sur la présence dans la fibre musculaire des disques clairs élastiques. C'est elle qui condionne l'extensibilité, la retractibilité et la tonicité du muscle.

a) Extensibilité :

Un muscle au repos se laisse étendre, Cette élongation musculaire permet le mouvement et le limite. En effet, les muscles antagonistes d'un mouvement doivent s'étendre pour que se réalise l'effet des muscles moteurs. Plus legr extension est facile, moindre est la dépense énergétique des muscles moteurs. L'élongation d'un muscle est d'autant plus réduite que le muscle a été préalablement allongé. Les muscles se laissent étendre de la même longqueur qu'ils se contractent. Une extensior forcée et demesurée provoque résistance et douleur. Tout allongement forcé et provoqué d'un muscle suscite : sa contraction qui a pour but de s'opposer à sa distension, à sa dilacération ou à toute lésion articulaire,

Un muscle étendu se durcit sous la peau comme un muscle contracté. Tout muscle est aussi bien capable de se contracter pendant son élongation qu'à partir de sa position de repos.

Lorsque l'élongation est légère, elle prend le nom de tension.

La course de contraction est accrue lorsqu'elle se produit à partir de l'élongation. Réciproquement, un travail en élongation allonge le muscle qui le fournit. Cette élongation peut persister plus ou moins longtemps après l'exer-

cice du muscle. Les assouplissement n'ont d'autre but que d’allonger les muscles et permettre ainsi une plus grande amplitude du mouvement qu iis limitent.

L'extensibilité joue. un rôle capital dans la fonction musculaire, Elle adoucit l'action brutale de‘la contraction du muscle. Les disques sombres contractés provoquent une élongation des disques clairs élastiques. Ceux-ci restituent progressivement dans leur détension ‘la force emmagasinée dans leur tension. Ainsi sont évitées déchirures musculaires ou dilacérations tendineuses. Par contre toute élongation musculaire produisant une souplesse plus grande des disques clairs, qui s'allongent davantage et plus facilement au moment de la contraction, nuit à une brusque tension du muscle. Les exercices physiques qui réclament un déploiement de force rapide et violent ne s'accomodent pas d'un travail d'élongation musculaire exagéré.

Par une hyperextension du muscle le « temps mort » qui correspond à la période d'élongation des disques clairs est supprimé: la force de contraction est aussitôt transmise aux parties osseuses. SE

b) Rétractibilité :

Elle produit le raccourcissement du muscle allongé et son retour à l'état de repos après cessation de l'élongation, ou bien produit l'élongation et le retour à l’état de repos du muscle contracté après cessation de la contraction.

Le raccourcissement après élongation produit les mêmes effets que la contraction. L'intensité de cette rétraction est cependant réduite ; elle est égale à la résistance quil a opposé à l'élongation.

c) Tonicité :

La tonicité du muscle est une légère tension de ses fibres. Elle est produite par de légères excitations nerveuses rythmiques qui déclenchent de légères contractions partielles et par une légère élongation du muscle, normalement tendu au repos entre ses deux insertions. La perte de tonicité peut suivre un rapprochement outré des deux insertions musculaires. Le muscle est alors flasque.

Les effets de l'extensibilité et de la rétractilité musculaires sont utilisés par le cavalier dans le dressage et la conauite du cheval. Toute élongation définitive permet une meilleure contraction des muscles antagonistes ; toute élongation momentanée suscite et aide la contraction ultérieure du muscle. Ainsi le Mastoïdo Huméral Droit, qui relie la tête à la pointe de l'épaule, est allongé par üne traction de rêne gauche, Si l'effet de rêne persiste, sa contraction déplace la pointe de l'épaule droite plus en avant (insertion sur l'épaule seule et plus mobile), Il la déplace plus vigoureusement et plus rapidement si l'effet de rêne se borne à une élongation du muscle, suivie de cession immé-

diate (contraction favorisée). \

Il découle donc :

— Le rapprochement des insertions musculaires affaiblit la tonicité du muscle et tout en diminuant l'intensité de contraction peut même en abolir l'effet, dans la mesure où il empiète sur la course de contraction du muscle.

L'éloignement des insertions musculaires suscite la contraction du muscle au moment où sa limite d'extensibilité est atteinte. Jusqu'à ce moment.

elle permet une meilleure contraction des muscles antagonistes qui n'ont pas à lutter contre la rétractibilité du premier. Au-delà de cette limite, le muscle s'oppose énergiquement à tout surcroît d'élongation. Toute l'explication des aides indicatives ou coercitives et des résistances du cheval est là.

Un court exemple : L'action de la rêne d'ouverture gauche amène en,

bloc l'encolute à gauche. Il en résulte une élongation du mastoïdo-humérai

droit, déterminant l'avance de l'antérieur droit qui se porte en même temps vers la gauche, suivant la direction du muscle. Le léger rapprochement des

insertions du mastoïdo huméral gauche produit une avance moindre de l'anté-

rieur gauche. Le cheval avance en se dirigeant plus ou moins à gauche, suivant le degré d'inclinaison de l'encolure sur l'axe longitudinal du corps.

d) Détension :

Les mouvements passifs obtenus par l'emploi de forces extérieures peuvent parfois rapprocher davantage les extrémités d'un muscle que ne le permet sa contraction, Le muscle est flasque et son tendon prend comme un voile. Ce résultat se remarque à merveille sur les tendons fléchisseurs du doigt

à la face postérieure du canon, lorsque le doigt est fléchi sur le membre levé.

Il semble qu'il faille y voir un des motifs de condamnation des flexions abusives d'encolure, opérées selon la méthode Baucher, ces flexions en effet ayant pour résultat un port roué d'éncolure caractérisant le ramener outré, le .stabilisent par une contraction permanente du muscle long fléchisseur du cou. Dans cette position, les insertions des mastoïdo huméraux sont trop rapprochées pour permettre un geste large et étendu des antérieurs.

HI. — EXCITABILITE

Un muscle sur le vivant se contracte grâce à l'excitation provoquée

par l'influx nerveux ou les agents extérieurs. Les agents extérieurs dont dis-

pose le cavalier sont: les rênes, les jambes et l'éperon, l'assiette et la cravache. Pour chacun d'eux, il sera fait une étude spéciale,

L'excitation nerveuse est sous la dépendance directe du cheval qui peut par sa volonté propre s'opposer par une contraction appropriée à toute contraction provoquée d'un autre muscle. En obtenant directement la contraction d'un muscle par effet des aides, le cavalier peut indirectement, par enchainement d'une contraction synergique transmise par voie nerveuse réflexe, susciter à distance l'activité d'un autre muscle. Cette synergie de contraction peut être soit réactionnelle, si le cheval s'oppose à la première contraction musculaire suscitée, soit volitive, si le cheval fait concourir sa musculature au premier effet provoqué, et correspondre dans le premier cas aux aides coercitives, dans le deuxième aux aides indicatives.

L'abus des excitations successives d'un même muscle émousse sa sensibilité à l'excitation et diminue son intensité et sa rapidité de contraction. Elle est une des sources des résistances physiques du cheval ; celles-ci ne tardent pas à se changer en résistances morales.

Un muscle se contracte avec pour point fixe d'insertion son attache la plus rapprochée du point d'excitation.

Si l'excitation se produit à égale distance des deux insertions, celles-ci se rapprochent d'une même longueur. (Pour le Commandant Chamorin, théoriquement il n'y aurait pas de contraction. Pratiquement la contraction se produirait suivant les conditions permises par l'attitude ou le mouvement du

cheval). 6

Sensibilité musculaire :

Voici ce qu'en dit le Professeur Gley : « Il existe dans les muscles et les tendons des organes sensibles (fuseaux neuro-musculaires et corpuscules tendineux de Golgi). Ces organes renseignent sur l'état des muscles et des tendons. Les influx nerveux centripètes qui partent de ces crganes sont de deux sortes :

1° Les uns ne dépassent pas la moëlle épinière, la région bulbo-protubérantielle ou le cervelet. Ils provoquent des réflexes très importants qui assurent l'équilibration et le maintien des attitudes corporelles sans parvenir au cerveau.

2° Les autres arrivent jusqu au cerveau. Comme les influx provenant des autres organes des sens, ils sont le point de départ de réflexes conditionnels et les sensations qu'ils transmettent sont conscientes. »

Il est vraisemblable que les réflexes conditionnent aussi l'enchainement de contractions synergiques pour l'obtention d'un mouvement naturel, À un mouvement d'un muscle donné doit correspondre un influx nerveux qui gagne de proche en proche pour susciter l'action d'autres muscles congénères ou antagonistes. Si pour l'obtention d'un mouvement appris, au début du dressage, le réflexe peut être conditionfl, il devient petit à petit réflexe pur, avec ce que tout cela comporte: non intervention de la volonté, facilité et rapidité d'exécution.

C'est ainsi que s'explique la promptitude d'effet des actions rationnelles du cavalier sur le fonctionnement musculaire. Ainsi, si tout un groupe musculaire produit l'arrêt par sa contraction, la mise en activité d'un muscle du groupe retentira sur tous les autres muscles du groupe par voie réflexe, et produira l'effet désiré. <

Il ne faut sas confondre la mise en jeu de ces réflexes naturels à point du dépait musculaire, avec l'obtention de réflexes artificiels par association de sensations et création d'habitudes, tels qu'arrêts à la voix, départ par traction sur la crinière ou arrêts, et tant d'autres aussi nombreux que l'imagination humaine et l'intelligence du cheval le permettent. Les premiers existaient déjà à l'état latent de réflexes purs : les seconds ont été créés de toutes pièces.

Le rôle des réflexes dans le mouvement est bien mis en évidence par l'expérience de Sherrington. Un chien spinal, dont la moëlle a été sectionnée au-dessous du bulbe pour la soustraire à l'influence des centres nerveux supérieurs, est soulevé par une sangle sous abdominale, de manière à le placer dans la posture de station, L'excitation douloureuse de la patte postérieure gauche produit la flexion de ce membre, mais opère l'extension de la patte postérieure droite, L'excitation peut s'irradier aux membres antérieurs. Dans ce cas, l'antérieur du même côté que le postérieur excité, l'antérieur gauche donc, s'étend, et l'antérieur droit se fléchit. L'ensemble des mouvements est analogue à ceux qui se produisent pendant la marche.

Le réflexe rotulien de l'homme met en avant le rôle des réflexes tendineux. [1 n'est qu'un cas parmi tous ceux qui peuvent s'observer sur les muscles superficiels. Le tiraillement de l’aponévrose provoqué par le choc de la main sur le tendon du quadriceps fémoral déclenche une contraction de ce muscle qui imprime à la jambe un mouvement pendulaire.

Sur ces faits, on est fondé d'admettre :

1° L'élongation d'un muscle en suscite la contraction réactionnelle chez le cheval non dressé.

2° L'élongation d'un muscle chez un cheval dressé peut se produire dans une certaine mesure sans provoquer de contraction réactionnelle.

3° La contraction d'un muscle par excitation directe Chez un cheval non dressé peut être arrêtée ou même empêchée par la contraction réactionnelle du muscle antagoniste qui ne peut s'allonger.

4 La contraction d'un muscle d'un cheval dressé peut s'obtenir par excitation directe, sans provoquer une contraction antagoniste qui s’opposerait à la première. |

5° Chez le cheval non dressé, la contraction antagoniste peut être mise en jeu par tout un groupe musculaire grâce à une synergie de contraction, » dégénérer en mouvement de résistance ou s'accomplir selon le désir du cavalier si celui-ci, la prévoyant, avait tablé sur elle. ;

6° La contraction d'un muscle, provoquée directement chez un cheval dressé, peut déclencher une synergie de contraction musculaire, avec éiongation correspondante des muscles antagonistes. Cette contraction généralisée tend à produire le mouvement, naturel ou acquis, dans lequel prend part le muscle considéré.

c) TRAVAIL DU MUSCLE

Le muscle qui se contracte produit du travail par l'intermédiaire des leviers osseux sur lesquels il s'attache.

Suivant la position de l'insertion sur le rayon osseux, et l'application de Ja résistance à vaincre, l'action musculaire se produit par l'effet d'un levier du premier, du deuxième ou du troisième genre.

Le Levier du Premier Genre.ou Interfixe

Se caractérise par la position intermédiaire du point d'appui entre les points d'application de la force ou de la résistance. Ce levier est surtout utilisé dans l'extension, Ainsi le membre antérieur étant au soutien, les muscles anconés étendent l'avant-bras en agissant sur l'olécrane, le point d'appui se trouvant à l'articulation huméro-radiale, la résistance à vaincre représentée par le poids membre s'appliquant à son extrémité distale. :

Dans l'organisme du cheval, ce levier est désigné pour produire la vitesse, car le bras de levier de la résistance à déplacer est plus long que - celui de la force. L'amplitude de son mouvement angulaire et, partant, la vitesse de son extrémité sont plus grandes que celles du bras de levier de force.

L'extension de l’avant-bras, du canon, du fémur, du bassin, du rachis, s'opèrent au moyen de ce levier.

Le Levier du Deuxième Genre ou Interrésistant

Possède le point d'application de la résistance entre le point d'appui et le point d'application de la force. Dans ce genre de levier, le bras de la force l'emporte toujours en longueur sur celui de la résistance.

Ce levier favorise la force et la détente: grâce à fur, les muscles stabi- lisent le corps dans la station ou le propulsent.

Ainsi les muscles anconés qui s'insèrent sur fe empêchent la bascule de tout le membre autour du sabot sous l'effet du poids du corps s'exerçant à l'articulation huméro-radiale.

De même le ligament suspenseur du boulet, les jumeaux et le perforé, les fessiers soutiennet respectivement le boulet, le. jarret et l'angle coxofémoral par un effet de levier du deuxième genre.

Il faut remarquer que l'action des muscles qui produit au soutien l'extension des rayons osseux s'opère par un levier du premier genre : l'action de ces mêmes muscles dans la station se fait par un effet de levier du deuxième genre,

La mutation du genre de levier s'est produite par le simple déplacement du point d'application de la résistance.

Ainsi pour les anconés, la résistance dans l'extension de l'avant-bras au soutien s'applique à l'extrémité distale du membre: dans la station ou dans la détente du membre antérieur à l'appui, à l'articulation du coude.

Le Levier du Troisième Genre Est qualifié d'interpuissant, par le fait de la position intermédiaire de la force entre le point d'appui et la résistance. Dans l'organisme, ce levier. est désigné à la flexion des rayons. Comme le bras de levier de la force est inférieur en longueur à celui de la résistance à déplacer, il favorise la vitesse. Ainsi se produisent les flexions du fémur du canon, du bras, de l'avant-bras, du métacarpe, des phalanges, de la tête du rachis.

En dehors du genre de levier, l'action d'un muscle sur un on osseux dépend de la valeur absolue de la force contractile du muscle, mais aussi de l'obliquité de son insertion tendineuse où musculaire. En décomposant la force du muscle, dirigée suivant son insertion, en composante osseuse ou articulaire . et en composante perpendiculaire à l'os ou de rotation, on voit que celle-ci dont l'effet est seul utile dans le déplacement angulaire du rayon, diminue avec l'obliquité sur l'os du muscle ou de son tendon. Elle augmente par contre avec une incidence plus perpendiculaire du muscle sur l'os, et peut même quelquefois devenir maximum au cours du jeu articulaire, car l'angle que fait un muscle avec son levier varie au fur et à mesure que le mouvement se poursuit. Toutefois l'incidence optima de 90° ne pourra être atteinte que si l'insertion considérée sur l'os mobile est plus rapprochée de l'articulation que son insertion sur l'os fixe. En effet dans le triangle formé par le muscle et ses leviers osseux, le côté correspondant au levier fixe et opposé à l'angle d'incidence du muscle sur son levier mobile, ne pourra jamais être l'hypothénuse d'un triangle rectangle puisque, par hypothèse, il est plus petit que le côté correspondant au levier mobile

Les jumeaux de la jambe agissant sur le calcaneum tendront vers un effet maximum lorsque l'angle de la corde du jarret avec cet os aura sensi-

“blement la valeur d'un angle droit. L'angle du jarret pourra être encore assez éloigné d'un angle droit, car le rôle des éminences osseuses est précisément

de favoriser l'insertion musculaire en la rendant moins oblique sur le levier OSSeUX ES

Par la disposition de leurs insertions par rapport aux articulations, on classe les muscles en Mono cu Polyarticulaires.

Un muscle Monoarticulaire, ne croise qu'une articulation ; ses insertions se font de part et d'autre de celle-ci, sur les rayons osseux qui la composent. L'action d'un tel muscle est limitée directement à l'ouverture et à la fermeture de cette articulation, Mais il peut agir indirectement à distance sur d’autres articulations, par l'intermédiaire de dispositifs ligamenteux ou d'autres muscles établissant une connexion interarticulaire.,

Un muscle Polyarticulaire croise plus d'une articulation. Il est donc susceptible de mobiliser simultanément ou successivement plusieurs rayons osseux. Mais pratiquement son action est limitée par l'antagonisme d'autres muscles ou par tout autre fait physiologique.

Ainsi, les ischio-tibiaux s'insérant à la fois sur l'ischium, le fémur et le tibia; peuvent opérer soit l'abaissement de l'ischium, soit l'extension du fémur, soit la fiexion du tibia sur le fémur.

Par contre, les jumeaux qui s'insèrent sur l'extrémité postéro-inférieure du fémur et sur le calcaneuîn en croisant en arrière l'articulation du grasset et du jarret, ne produisent que l'extension du grasset sans flexion du fémur sur le tibia. ;

D'une manière générale, les muscles polyarticulaires théoriquement capables de mobiliser chacune des articulations croisées par eux, ont presque toujours une action élective limitée à la plus distale des articulations. Cette règle est loin d'être absolue et souffre de nombreuses exceptions dont l'exemple type est fourni par le rôle des ischio-tibiaux, 11 a été démontré que l'intervention de certains muscles dans un mouvement et leur absence dans d'autres dépendent d'une spécifité d'innervation et reste jusqu'à un certain point indépendante des possibilités mécaniques propres du muscle. Fischer a fait l'étude mathématique des changements articulaires de l'homme déterminés par la contraction musculaire, changements mis en évidence par l'excitation galvanique des muscles sur le vivant, pratiquée par Duchesne. Faute de telles expériences nous en sommes réduits à déterminer approximativement le rôle des muscles d'après leurs rapports anatomiques et l'observation directe.

Page 1