‹ Mécanique physique ou traité expérimental et raisonné du mouvement et de l'équilibre considérés dans les corps solidesChapitre 15 sur 130 · DD MOUVEMENT TROUBLÉ PAR UN OBSTACLE INÉBRANLABLE · texte numérisé non relu

DD MOUVEMENT TROUBLÉ PAR UN OBSTACLE INÉBRANLABLE

T i orsqüW point matériel a été tiré de l’état de repos, 1 soit par l’action d'une seule force instantanée , soit par les actions combinées de plusieurs forces , qui peuvent toujours , comme on a vu , être ramenées à une seule , le mobile suit constamment une même ligne droite , qui est la direction de cette force unique , et son mouvement se fait avec une vitesse uniforme , au moins quand on fait abstraction des causes extérieures , qui peuvent altérer cette direction et cette vitesse. Mais si le mobile vient à rencontrer sur sa route quelque obstacle , alors il doit arriver dans son mouvement des ehangemens , que nous avons à considérer ici. Nous commencerons par le cas où l'obstacle oppose au mobile une résistance insurmontable.

i . Mouvement anéanti par l'obstacle.

Soit un mobile qui vient avec une vitesse quelconque heurter directement un obstacle inébranlable : il est évident d’abord que ce mobile sera arrêté dans sa marche , et qu’il perdra toute la vitesse dont il est animé. Si l’on suppose que l’obstacle et le mobile sont l’un et 1 autre parfaitement durs , et qu’ils sont tous les deux dépour vus d 'élasticité , le mouvement sera anéanti

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subitement , et l’obstacle ni le mobile n’éprouveront aucune altération dans leur figure , puisque leurs parties sont censées ne pouvoir du tout point être déplacées. Mais si l’un et l’autre étant toujours nonélastiques , sont néanmoins doués d’une certaine mollesse; alors le mouvement périra bien encore tou t-à-fait , mais peu-à-peu. Il se fera dans tous les deux un changement de figure plus ou moins sensible : le mobile sera aplati , et la surface de l’obstacle se trouvera enfoncée à l'endroit du choc ; ce qui ne peut laisser aucun doute sur la manière dont le mouvement s’est perdu. Il est évident que cette altération n’aurait eu lieu que 'dans l’une des deux surfaces , si l’autre eût été parfaitement dure.

L’observation que nous venons de faire , nous fournit Toccasion d’exposer ici une loi générale de la nature , qui a lieu toutes les fois que des corps agissent les uns sur les autres , et qui est, que la réaction est toujours égale à l’action. Lorsqu’un corps en mouvement communique de sa vitesse à un corps en repos , le premier perd toujours de son mouvement autant qu’il en donné à l’autre. C’est l’inertie de celui-ci qui réagit pour ainsi dire contre l’autre corps , et lui dérobe une partie de sa force. L’effet physique qu’éprouve le corps en mouvement , est le même que si étant en repos , il recevait un choc pareil de la part de l’autre corps. Ainsi deux personnes qui se heurtent avec violence , se font également du mal l’une à l’autre ; et si étant en mouvement , nous venons à rencontrer un obstacle immobile , le coup que nous recevons par ce choc , est accompagné d’autant de douleur , que si étant restés en repos , l’obstacle eût été poussé contre nous avec

Du Mouvement troublé par un obstacle. 67 la même force. Un batelier qui veut approcher du bord , tire à lui une corde attachée au rivage , et en faisant effort comme pour amener la terre à lui , c’est lui qui s’approche de la terre. Deux hommes placés sur deux bateaux différens s'approchent mutuellement l’un de l’autre , lorsqu’au moyen d’une corde, ils font effort l’un contre l’autre.

On a considéré le cas où le mobile vient heurter l’obstacle directement , c’est-à-dire , dans un sens perpendiculaire à la surface de cet obstacle. Mais si le choc se faisait dans une direction oblique à cette surface , qu’arriverait-il ? D’abord le mouvement ne pourrait pas être détruit en totalité , puisque l’obstacle ne lui oppose qu’une résistance indirecte , et par conséquent imparfaite. Une partie du mouvement doit donc s’anéantir , et une autre partie doit subsister après le choc. C’est donc ici le cas de considérer le mouvement simple du mobile comme composé de deux mouvemcns , l’un perpendiculaire à la surface de l’obstacle , et l’autre qui lui est parallèle. Le premier est nécessairement détruitpar la résistance absolue que l’obstacle lui oppose. Mais le dernier n’étant contrarié par rien , subsistera tout entier , et continuera sans altération après la rencontre des deux corps. Ainsi le mobile qui vient frapper obliquement un obstacle , perd bien une partie de sa vitesse ; mais il continue de se mouvoir avec ce qui lui en reste, suivant une direction parallèle à la surface choquée. Le défaut de dureté absolue occasionne bien encore ici une altération dans les figures ; mais il ne change rien à la loi qu’on vient d établir.

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