Preuves de fait
On peut facilement vérifier par les faits les règles qu’on vient d’établir , concernant le choc des corps non-élastiques. On fait usage pour cela d’un appareil commode et simple , qui est dû au célèbre Mariotte , et qui en a pris le nom. Cet appareil consiste en un plan vertical , qui porte tout ce qui est nécessaire soit pour suspendre librement à de longs fils les corps que l’on veut mettre en expérience , soit pour mesurer la vitesse de leur mouvement avant et après le choc. Les deux mobiles ( fig. 1 3 ) , qui sont toujours de forme sphérique , sont d’abord disposés de manière qu’étant en repos, ils ne fassent que se toucher légèrement , et que leurs centres se trouvent sur une droite horizontale : le mode de suspension rend la chose facile. Pour les mettre en mouvement , il suffit de les élever à droite ou à gauche d’une certaine quantité , et de les abandonner ensuite à eux-mêmes.
Ils tombent aussitôt avec une vitesse plus ou moins grande , dépendante de la hauteur où ils ont été éle-
8a Première Section". Chapitre V.
Vés , et décrivent en tombant des arcs de cercle à là manière des pendules. Des arcs semblables sont tracée sur l'appareil , et sont divisés en parties égales ; ce qui sert à mesurer les vitesses , d’une manière imparfaite à la vérité , mais suffisante pour l’objet qu’on se propose ici , surtout lorsque les mouvemens ont peu d’étendue.
Expériences. On prend donc, puisqu’il s’agit des corps non -élastiques , deux boules de terre molle , qu’on a laissé sécher suffisamment , et que l’on suspend comme on vient de dire , aux fils de l’appareil. Si l’une des deux boules étant en repos , on élève l'autre d’un certain nombre de degrés; celle-ci qui , par la Vitesse quelle acquiert en tombant, se serait élévée du côté opposé du même nombre de degrés dans le cas où elle n’aurait rencontré aucun obstacle , trouvant en Son chemin la boule en repos , ne peut continuer à se mouvoir sans l’entraîner avec elle ; et alors la masse en mouvement se trouvant augmentée, il est évident que la vitesse doit être diminuée d’autant , et que les deux mobiles réunis ne parviendront qu’à une hauteur proportionnellement plus petite. Ainsi les deux masses étant supposées égales , si l’on fait partir la boule choquante de la sixième division , on trouvera qu’après le choc les deux mobiles iront ensemble jusqu’à la troisième division de l’autre côté : ce qui s’accorde avec notre première règle.
On peut faire mouvoir les deux boules dans le même sens , en les élévant toutes deux du même côté , et les laissant tomber en même temps : dans ce cas les deux mobiles se choquent au moment où ils sont arrivés au point le plus bas , et le choc se lait avec l’excès
De la communication du Mouvement. 83 «le vitesse qu’a celui qui est parti de plus haut. Si donc l’on fait tomber l’un des mobiles de la troisième division , et l'autre de la sixième , on trouvera qu’après s’être choqués au point le plus bas , ils remontent ensemble jusqu'à quatre et demi , comme l’exige la deuxième loi établie ci-dessus.
Enfin si l’on élève les deux sphères de côtés opposés , et qu’on les fasse tomber l une contre l’autre de hauteurs différentes , celle de droite descendant , par exemple , du sixième degré , et celle de gauche du troisième ; après s’être encore choquées au point le plus bas, les deux sphères iront ensemble vers la gauche , et parviendront jusqu’à un et demi , conformément à notre troisième règle.
En examinant les houles après le choc , on observera quelles se sont toutes les deux également aplaties à l’endroit du choc ; ce qui s’accorde avec la ma- g nière dont on a dit que le mouvement se communiquait , et en même temps avec le principe , que la réaction est égale à faction. Au reste , on peut faire varier à volonté le rapport des masses , changer aussi celui des vitesses , et les résultats de l’expérience seront toujours assez d’accord avec ceux de la théorie. Voilà pour le choc des corps non-élastiques.