Du Mouvement perpétuel
Après avoir exposé , comme on vient de faire , tout ce que l'expérience nous a appris concernant la résis-
li 4 PnrMtfcitE SrcTtofî. Chapitre Vî.
tance du frottement et celle des milieux , nous présenterons de nouveau la réflexion cjue nous avons déjà faite , que ces résistances se faisant continuellement sentir , soit à la surface du mobile ; soit , s’il est suspendu , aux points de suspension ; soit , s’il tourne sur lui-même , autour de l’axe de révolution ; soit enfin dans le fluide au travers duquel il se meut ; il n'est point de mouvement produit ici-bas par une impulsion quelconque , qui puisse conserver son uniformité , et qui n’éprouve à chaque instant une diminution toujours croissante, par laquelle il doit enfin être anéanti plutôt ou plus tard. Pour que le mouvement d’un corps pût persévérer dans le même état , malgré la résistance du milieu où il se fait , et malgré celle du frottement , il faudrait qu’une force quelconque lût occupée à réparer sans cesse les pertes que fait continuellement le mobile par ces deux causes ; et comme ces pertes varient d’une infinité de manières , il faudrait que la force réparatrice suivît elle-même toutes ces variations , et que de plus elle fût inépuisable : ce qui ne se peut évidemment pas.
On a dans X élasticité une force qui peut entretenir pendant quelque temps le mouvement d un corps ; et l’on a imaginé des moyens accessoires pour maintenir l’uniformité de ce mouvement , comme on le voit dans les montres et les pendules. Mais le ressort en agissant , se développe , et son action cesse sitôt qu'il est entièrement déployé. Or il n’existe, et ne peut exister dans la nature , aucun moyen pour qu’il puisse se remonter tout seul , ou pour prolonger indéfiniment la durée de son développement. Donc le mouvement produit par l’action d’un ressort, agissant comme on vient de dire.
Des obstacles au Mouvement. ii5 doit aussi s’épuiser plus ou moins vite. Si le ressort est disposé de manière à faire tout seul des oscillations autour d’un point fixe , l’imperfection de l’élasticité , la résistance de l’air , et le choc ou le frottement des molécules les unes contre les autres , auront bientôt mis un terme à ses oscillations , et le feront rentrer promptement dans l’état de repos.
La pesanteur est encore une force mécanique capable de produire du mouvement. On peut , soit en ralentissant la chute d’un corps , soit en balançant la pesanteur d’un corps par celle d’un autre corps , soit en laissant agir cette force et la contrariant tour-à-tour par elleméme , prolonger la durée de ce mouvement. Mais enfin il ne pourra jamais subsister que pour un certain temps , et il s’anéantira bientôt par la raison que cette force ne peut jamais produire , à cause des obstacles , qu’une force inférieure à elle-même j quelle va donc ainsi en décroissant à chaque instant , et qu’il est par conséquent nécessaire quelle s’épuise tout-à-fait en assez peu de temps.
Il suit des réflexions qu’on vient de présenter , et qui seront confirmées par tout ce que nous verrons dans la suite , que toutes les machines qui sont de temps en temps annoncées au public comme donnant la solution du problème du mouvement perpétuel , ne sont qu’un pur charlatanisme (*). Des hommes ignorans et de mauvaise foi , en employant quelque artifice secret , parviennent quelquefois à tromper les gens inattentifs , ou peu instruits. Mais leur triomphe ne dure pas long-temps , et le premier regard de l’homme éclairé suffit pour
(*) Voyez la Note (e).
'ii6 Première SéCtiow. Cjupïtre TI.
faire évanouir ces prétendues inventions. Un mouvement permanent et sans fin produit par des forces mécaniques , est donc une chimère qui ne peut séduira que l’ignorance et la crédulité. (*)