Trois espèces de léviers
Il y a dans la longueur d’un lévier trois points remarquables ; le point d’appui , et les deux points ou
Du Levier. 3 a i'
sont appliquées la puissance et la résistance. Ces trois points peuvent être diversement placés entre eux , et l’on a pris de là occasion de distinguer trois sortes de leviers. On appelle levier de la première espèce , celui oit le point d'appui est placé entre les deux forces : dans le levier de la seconde espèce , c’est la résistance qui est entre la puissance et le point d’appui ; enfin on a le lévier de la troisième espèce , quand le point d’application de la puissance se trouve situé entre les deux autres points.
Les conditions de l’équilibre sont toujours les mêmes dans ces trois espèces de léviers : mais chacun d’eux peut procurer à la puissance un avantage plus ou moins considérable ; et c’est ce que nous avons à examiner ici. On rencontre fréquemment dans les arts niécaniniques des léviers de tous les genres , ou du moins des instrumens et des outils qui peuvent facilement se rapporter au lévier. Les mêmes considérations nous apprendront à apprécier la grande utilité de toutes ces inventions.
Nous supposerons que les léviers que nous allons considérer , sont droits : c’est en effet leur forme la plus ordinaire. Niais pour le moment nous n’aurons aucun égard à leur poids. Nous supposerons de plus que les forces agissent dans des directions perpendiculaires à la longueur du lévier : c’est la direction qui leur est le plus avantageuse , les perpendiculaires abaissées du point fixe , étant alors égales aux parties du lévier comprises entre le point d'appui , et les points OÙ les forces sont appliquées , c’est-à-dire au.v bras du lévier. Dans tout autre cas ces perpendiculaires sont plus courtes , et les forces perdent une
322 Deuxième Section. Chapitre V.
partie de leur avantage. Si l’une de ces forces s'inclinait jusqu'au point d'agir dans le sens de la longueur du levier , alors la perpendiculaire qui sert à mesurer la grandeur du moment de cette force , devenant nulle , il s’ensuivrait que ce moment serait pareillement nul , et que la force ainsi dirigée ne pourrait en aucune façon tenir en équilibre la force opposée : elle s’épuiserait toute entière et vainement contre le point d’appui. On considérera donc les forces comme appliquées perpendiculairement à la longueur du levier, à moins qu’il ne soit dit autrement.