EXPÉRIENCES FAITES LES 27 ET 28 DECEMBRE
Sur l'introduction de l'air froid par un double fond de loge.
de l'expérience.
NOMBRE
de tours
del'anémomèt.
en 1'.
VITESSE
de l'air en 1'.
VOLUME
d'air introduit par heure.
SECTION
de l'orifice d'entrée.
Les figures ci-après, sur lesquelles on a représenté à l'échelle du vingtième les courbes qui limitaient en dessus et en
Fig. 57.
Fig. 58.
dessous la veine fluide qui s'échappait dans la salle, montrent que cette affluence d'air ne pourrait en rien gêner les spectateurs placés au-dessus et au-dessous , et que ce mode de ventilation ne présenterait, sous ce rapport, aucun inconvénient. Ce résultat est d'accord avec celui qui a déjà été indiqué précédemment.
514. Expériences sur l'aspiration de Voir par le fond des loges. — Mais, outre l'arrivée de l'air neuf par le double fond ménagé dans ce modèle de loge, on a aussi étudié les effets de l'aspiration de l'air vicié par le fond des loges. Pour y parvenir, on a mis un orifice de ûm,40 sur 0m,20 ou 0m,(ï,08 de section ouvert dans le plancher et devant l'emplacement de la porte d'entrée, en communication avec un tuyau vertical en tôle de 0m,29 de diamètre et de 3m,60 environ de hauteur, au bas duquel on a placé un bec de gaz, dont la chaleur déterminait un appel d'air suffisant. L'aire de la section transversale de ce tuyau était égale à 0m,i,0628,la vitesse de sortie de l'air mesurée à la partie supérieure était de 0m,96,et le volume d'air évacué par heure s'est élevé à 216 mètres cubes par heure, chiffre supérieur de 36 mètres cubes à celui que l'on regarde comme nécessaire.
L'aire de l'orifice d'appel ouvert dans la loge étant de 0m-i,08, ce qui correspondait à une vitesse moyenne de passage de 0m,75, l'action de l'appel ne se faisait sentir à la flamme d'une bougie que vers le plancher et près de l'orifice, a une distance d'environ 0m,2 5 à 0™, 30. Au-dessus de l'orifice et à une distance d'à peu près Om,30, l'action de l'aspiration était insensible avec une bougie.
Il suit donc de cette expérience que le mode d'évacuation de l'air vicié par le fond des loges peut être adopté , sans crainte que les courants que détermine cette aspiration puissent incommoder les spectateurs.
On remarquera d'ailleurs que cet air aspiré serait toujours à la température de celui qui environne et que respirent les spectateurs, et que par conséquent un faible courant de cet air ne saurait en rien les gêner, même s'il était sensible.
olS. Conséquences des expériences précédentes. — De l'ensemble de ces expériences il résulte donc que le mode d'admission de l'air dans la salle proposé par Darcet, convenablement modifié et proportionné, ainsi que l'évacuation de l'air par un appel exercé au fond des loges ou dans les parois
verticales des gradins des amphithéâtres, paraissent être les moyens les plus convenables pour assurer le renouvellement et l'extraction de l'air, ainsi que je l'avais indiqué à la Commission dès sa seconde séance.
516. Introduction de l'air par insufflation, au moyen de ventilateurs, à la partie supérieure de la salle. — La Commission n'a pas regardé comme admissible le procédé, qui ne lui a été soumis d'ailleurs que verbalement par un ingénieur distingué, et qui aurait consisté à refouler, au moyen d'appareils mécaniques, l'air de ventilation dans la partie supérieure de la salle, où il aurait, selon lui, déterminé un excès de pression qui l'aurait obligé à descendre graduellement vers les parties inférieures, et à s'en échapper par des orifices ménagés à cet effet.
Les expériences faites à l'hôpital Lariboisière par un membre de la Commission ont montré que, même dans les locaux de dimensions restreintes, l'action de ventilateurs puissants ne produisait à l'intérieur aucune augmentation de pression sensible , et qu'au contraire il existait à l'inverse toujours un excès de la pression extérieure sur la pression intérieure. Il n'était donc pas possible de compter sur l'effet incliqué, qui aurait, encore moins que partout ailleurs produit le résultat espéré par son auteur, dans de vastes salles offrant, à tous les étages, de nombreuses ouvertures, à l'aide desquelles l'égalité de pression se rétablirait de suite dans la partie supérieure entre l'intérieur et l'extérieur de la salle.
Quant à l'idée de faire arriver l'air dans les parties supérieures de la salle pour le faire évacuer par les parties inférieures, elle est en efle-mênie conforme aux principes que nous avons établis au cbap. m; mais elle n'exige nullement l'emploi de moyens mécaniques.
51 7. Conséquences de ce qui précède. — D'après l'ensemble des considérations et des expériences exposées précédemment, je crois donc pouvoir maintenir, en les modifiant légèrement, les bases admises en 1861 par la Commission dont j'avais
l'honneur d'être le rapporteur, et par conséquent indiquer pour la rédaction des projets de ventilation des théâtres les conditions suivantes :
l°La prise de l'air nouveau sera faite par une ou deux cours intérieures ou cheminées d'introduction prolongées dans toute la hauteur du bâtiment et dans lesquelles il ne sera pratiqué aucune fenêtre ou ouverture permettant d'y jeter des immondices. 11 pourra seulement y être ménagé des prises partielles d'air correspondantes aux différents étages ;
2° L'introduction de l'air nouveau par des doubles fonds ou entrevoux ménagés sous les différents étages de loges ou de galeries sur tout le pourtour de la-salle et ayant, s'il se peut, une hauteur de 0m,15 à 0m,20;
3° L'admission par des ouvertures pratiquées dans le tympan qui sépare le plafond de la salle de la scène;
4° L'admission par des ouvertures ménagées dans l'intérieur du théâtre, dans les parois verticales des murs latéraux qui séparent la scène de la salle, à une hauteur telle que les artistes ne puissent en être incommodés, c'est-à-dire à 6 ou 7 mètres au moins au-dessus du plancher ;
5° L'ouverture d'entrées d'air auxiliaire, principalement pour la saison d'été, sous les planchers des corridors et aux divers étages de la salle ou du théâtre, et destinés à admettre directement l'air extérieur.
518. Disposition générale des conduits d'air nouveau. — Les conduits qui, de la chambre de mélange sont destinés à amener l'air aux différents étages, doivent être aussi directs que possible et complètement séparés les uns des autres pour chaque étage, afin d'assurer l'uniforme répartition de cet air. Mais cette condition n'empêche pas de réunir ces conduits en un même corps, de manière à former des groupes que l'on multipliera autant que possible.
Si les dispositions le permettaient, il serait bon que tous ces groupes fussent aussi indépendants et partissent séparévent. n. 13
ment de la chambre à air. On éviterait ainsi les changements de direction et des circulations compliquées.
Lorsqu'on ne pourra obtenir une distribution aussi directe, on établira des conduits généraux subdivisés en autant de canaux qu'il y aura d'étages et dont chacun alimentera une partie des entrevoux correspondants.
Cette subdivision des conduits généraux devra être appliquée aussi bien à ceux qui sont destinés à amener l'air à différentes hauteurs dans les parois verticales du mur de séparation de la salle et de la scène, qu'à ceux qui le feront déboucher dans les entrevoux des loges.
Quant à la chambre d'air du tympan supérieur, il est évident qu'un ou deux conduits verticaux, à droite et à gauche, suffiront pour l'alimenter, quand il s'agira d'introduire de l'air chaud. Il sera bon que cette chambre soit partagée en deux par une cloison dirigée dans le sens de l'axe longitudinal de la salle.
Les sections à donner à tous les conduits, qui, de la chambre à air, doivent amener l'air dans la salle, seront calculées d'après cette base, que la vitesse de l'air n'y soit estimée qu'à 0m,60, ou 0m,80 au plus ou 1". Connaissant donc le nombre total des spectateurs, et par suite le nombre de mètres cubes d'air à introduire par heure ou par seconde, on divisera ce dernier par la vitesse, et le quotient donnera le nombre total de mètres carrés que devra présenter l'ensemble des conduits.
On répartira cette surface aussi régulièrement que possible, d'après le nombre des spectateurs distribués à chaque étage, après en avoir déduit la portion que les conditions locales permettront d'attribuer à l'admission, par les faces verticales du mur correspondant à la séparation de la scène et par le tympan.
Il est bon aussi d'appeler l'attention sur la construction des grilles placées au débouché des passages, qui, presque toujours, sont établies de manière à les obstruer beaucoup trop. On devrait s'imposer la condition que les trois quarts au moins de ces passages restent libres.
Les conduits horizontaux qui, à partir des conduits verticaux amèneront l'air dans la salle, parles entrevoux des loges, devront aussi être proportionnés de manière que la vitesse moyenne d'introduction n'excède pas 0m,70 à 0m,80 en 1", afin de limiter l'énergie que l'aspiration aurait à exercer.
Le développement de ces conduits, dans le sens horizontal, dépend des dispositions générales du plan et ne saurait être beaucoup modifié ; mais leur épaisseur ou la hauteur verticale peut être variée selon les besoins. Il est à désirer qu'elle puisse atteindre à 0m,15 ou à 0m,20 et plus, s'il est possible.
Les grilles qui termineront ces débouchés du côté de la salle devront laisser un passage libre, égal au moins à la section des conduits ; mais en outre leurs ouvertures devront être disposées de façon que les filets fluides s'échappent nécessairement dans le sens horizontal, afin qu'ils ne puissent, dans aucun cas, atteindre les spectateurs.
Enfin, ces grilles devront être facilement amovibles et les conduits auront des ouvertures convenablement disposées pour permettre le nettoyage et l'expulsion des corps étrangers.
Il faut surtout éviter que ces orifices ne soient placés presque directement au-dessus de la tête des spectateurs, et n'envoient l'air de haut en bas.
519. Établissement d'un passage d'air extérieur au-dessus des foyers. — Les salons de promenades, pendant les entr'actes, qu'on nomme foyers, ont ordinairement une hauteur correspondante à deux étages de loges et qui est nécessitée par leurs grandes dimensions. Mais il n'est pas indispensable de leur donner toute cette hauteur et l'on pourrait en réserver une partie pour former à cette hauteur une sorte de chambre d'air frais qui, pris à l'extérieur, servirait l'été à assurer dans la salle à cette hauteur une facile et abondante introduction d'air qui serait ainsi tout à fait directe et pourrait contribuer à diminuer l'intensité des appels par les portes. Une disposition analogue sera presque toujours facile à iutroduire à l'étage supérieur.
520. Disposition à prendre pour éviter l'effet de la chaleur produite par les lustres de ces foyers. — Les lustres de ces foyers donnent lieu à un développement de chaleur et de gaz brûlés souvent incommodes et qui se répandent dans les couloirs, dont ils élèvent inutilement la température ou vicient l'air. Il importe et il est facile de diriger tous ces gaz et la chaleur qu'ils emportent dans les cheminées d'appel des étages de loges correspondant, ce qui aura le double avantage d'éviter les inconvénients signalés et d'activer la ventilation delà salle. La disposition indiquée ci-dessus rendrait cette évacuation facile.
521. Inconvénients de l'ouverture des portes des loges et des passages dans les théâtres. — Quoique l'évacuation régulière et uniformément répartie de l'air vicié soit l'objet principal de la ventilation dans les salles de spectacle, comme ailleurs, et qu'il ne soit pas toujours très-facile de l'assurer, elle ne constitue pas à beaucoup près la grande difficulté que présente la solution satisfaisante du problème.
La rentrée d'un volume d'air nouveau arrivant d'une manière convenable dans la salle est encore plus difficile à assurer que dans tous les autres cas, parce que le nombre immense des portes et des passages donne lieu à des rentrées d'air, qui provoquées par l'énergie de l'appel, tendent, dès que les passages sont ouverts, à produire des courants fort désagréables, venant des corridors, vers l'intérieur de la salle.
Lorsque les portes sont fermées, ces rentrées sont peu à craindre pour les personnes, parce que l'air ainsi introduit perd de suite sa vitesse et se dirige vers l'orifice d'appel placé au fond des loges. La petitesse des joints , qui d'ailleurs pourraient être garnis de bourrelets, limiterait toujours le volume ainsi introduit à peu de chose.
Mais il ne saurait en être de même lorsque les portes sont ouvertes, parce qu'alors elles offrent à l'air des corridors de grands orifices, où son passage n'éprouve aucune résistance pour obéir à l'action de l'appel, tandis qu'il n'en saurait êlre
de même pour l'air qui est introduit par les orifices normaux préparés pour l'introduction, quelque soin que l'on apporte à les bien disposer.
L'inconvénient de ces courants d'air sera d'ailleurs, toutes choses égales, d'autant plus sensible qu'il y aura un moindre nombre de portes ouvertes, parce que la vitesse y sera d'autant plus considérable. Il serait nul ou à peu près, si à l'inverse toutes les portes étaient ouvertes ou enlevées, comme cela a lieu parfois pour les représentations gratuites.
Il faut donc s'attendre que, dans toute salle de spectacle ventilée, l'ouverture des portes des loges donnera lieu à des courants d'air d'autant plus énergiques que la ventilation ellemême le sera davantage.
Le seul obstacle que l'on puisse apporter à cet inconvénient qui existe d'ailleurs déjà, à un degré très-grand, dans toutes les salles actuelles, consiste à garnir toutes les volées de marches des escaliers, tous les paliers, toutes les entrées dans les corridors de portes battantes toujours libres de retomber, et quand cela sera possible, de munir toutes les entrées de loges et surtout tous les passages qui donnent accès au parterre, aux galeries et aux amphithéâtres de semblables portes fermant toutes de dehors en dedans.
Par ce moyen, l'on apportera aux entrées par ces ouvertures un obstacle qui empêchera les courants d'atteindre les spectateurs avec des vitesses gênantes.
Il convient d'ailleurs de faire remarquer que les spectateurs des loges étant toujours maîtres d'en tenir les portes fermées, ils pourront éviter le désagrément de ces courants d'air et que c'est surtout pour les entrées des emplacements communs, à un grand nombre de personnes qu'il est indispensable de prendre les précautions indiquées ci-dessus, ce qui est toujours facile.
A cette précaution, beaucoup trop négligée par les architectes, il convient d'en joindre une autre très-efficace : c'est de faire déboucher dans tous les intervalles des doubles portes, dans tous les vestibules, dont on vient de parler, de
l'air suffisamment chaud qui assure à celui qui pénètre dans la salle une température convenable.
522. Cheminées communes d'appel. — A droite et à gauche de la salle, il convient d'établir deux grandes cheminées d'appel et d'évacuation de l'air vicié qui s'élèveront jusque dans les combles, où elles se réuniront à une cheminée centrale et générale dont l'action activée, comme nous le dirons, par la chaleur des appareils d'éclairage et par d'autres moyens auxiliaires, coordonnera et régularisera la marche de tous les appels.
Ces cheminées latérales recevront les tuyaux de fumée des calorifères, dont, pendant l'hiver, la chaleur aidera l'action de l'appel, et de plus l'on y fera arriver, quand on cessera de chauffer, une partie de l'air chaud fourni par le calorifère, comme il a été dit au n° 491, pour utiliser la chaleur devenue superflue de ces appareils. Mais il est bien entendu que l'on restreindra le plus possible le volume de cet air, attendu que c'est seulement de la chaleur, et non de l'air, qu'il faut envoyer dans ces cheminées.
Pour la saison d'été, des foyers spéciaux seront disposés au bas de ces cheminées pour y produire, par leur chaleur, le tirage nécessaire, et les tuyaux de fumée, auxquels on donnera le développement nécessaire, régneront dans toute la hauteur, pour que dans aucun cas la fumée ne puisse se mêler à l'air appelé:
J'indiquerai plus loin les moyens auxiliaires à ajouter aux précédents pour activer l'appel, si cela est nécessaire.
Enfin ces cheminées devront être partagées par des languettes en autant de conduits verticaux qu'il y aura d'étages de places, dont elles seront destinées à évacuer l'air.
La section de chaque conduit partiel sera calculée d'après le nombre de places dont il devra assurer l'assainissement, et dans l'hypothèse d'une vitesse de lm,00 à lm,25 par seconde au plus.
Généralement ces cheminées ne serviront qu'à l'évacua-
tion de l'air vicié de l'orchestre, du parterre, des loges dites baignoires et des premières galeries.
Quant à la cheminée générale d'évacuation, on lui donnera la plus grande hauteur possible, et comme son action sera activée par divers moyens, dont je parlerai plus loin, l'on devra la proportionner de manière que la vitesse moyenne y soit de 2m,50 à 3m,00, pour donner à l'écoulement la stabilité nécessaire.
525. Observation sur la progression des vitesses dans les divers conduits. — L'expérience ayant montré que dans le voisinage des individus la vitesse d'appel à l'entrée des orifices pouvait être de 0m,75 en l" sans inconvénient, je pense que l'on peut adopter cette vitesse pour les premiers orifices d'appel. La section à leur donner sera la conséquence de cette vitesse et du volume d'air à évacuer.
Cependant pour l'étage supérieur des places qu'on nomme l'amphithéâtre, où les spectateurs sont souvent très-serrés les uns près des autres, il conviendrait, je pense, de ne compter que sur une vitesse de 0m,50 enl", ce qui revient à augmenter la section des passages. Cette précaution me paraît d'autant plus nécessaire, qu'à la chaleur développée par les individus se joint souvent celle du rayonnement des appareils d'éclairage.
D'une autre part, la vitesse finale d'évacuation devant être de 3 mètres environ pour assurer la stabilité du tirage, il convient que, depuis l'entrée jusqu'à la sortie, la vitesse de l'air aille en augmentant progressivement. C'est parce motif que j'indique des vitesses croissantes dans les différents conduits.
524. Orifices d'extraction. — Il est tellement rationnel que l'extraction de l'air se fasse toujours le plus près possible des endroits où. il est vicié, et que l'on cherche à s'opposer à son transport et à son accumulation en certains points, qu'il devient évident que cette extraction doit avoir lieu au parquet et au parterre à travers les parois des sièges; dans les loges,
par le fond même de ces loges, et dans les amphithéâtres, par les parois verticales des gradins.
Les expériences, dont nous avons fait connaître les résultats aux nos512 et suivants, ont d'ailleurs montré que l'appel qui déterminerait cette évacuation pourrait produire à l'orifice une vitesse de 0m,75 , sans que cet effet fût sensible à plus de 0m,25 à 0œ,30. Des vitesses beaucoup plus grandes seraient même admissibles sans inconvénient, parce que l'aire des sections d'activité de l'appel croît comme les carrés des distances à l'orifice, et que les vitesses avec lesquelles l'air traverse ces sections décroissent en raison inverse et aussi parce que l'air ainsi appelé étant à la même température que celui dans lequel les spectateurs sont plongés, un courant de cet air est beaucoup moins sensible que s'il était à une température différente.
Afin d'utiliser toute la hauteur disponible des conduits d'évacuation et d'appel, il conviendra de placer les orifices le plus bas possible auprès du sol des loges, en les ouvrant d'ailleurs dans les parois verticales, pour éviter l'introduction de la poussière et des corps étrangers.
525. Dispositions pour V appel de Vair au parquet et au parterre. — Sous chaque fauteuil des stalles d'orchestre et sous chaque banc du parterre, contre la face verticale de séparation du siège voisin devra être disposé un petit conduit vertical ouvert près du siège et débouchant dans un double fond mis en communication avec des cheminées d'appel établies aux deux côtés de la salle.
Le volume d'air à évacuer devant être de 60 mètres cubes
gQm.c
par heure et par spectateur, ou de — — = 0m,c,017 par seconde, et la vitesse d'appel devant être limitée à 0m,75 environ, la section de passage dès conduits verticaux sera égale à
' = ora-c,022. Chaque spectateur occupant au moins 0m,45 à 0œ,50de largeur sur les sièges, il suffira que l'épais-
seur du vide des conduits dans le sens perpendiculaire aux
Qm.q Q22
bancs soit égale à — ~ — = 0ra,044. L'on voit que cette
disposition retranchera fort peu de chose sur l'espace dans lequel on peut étendre les jambes.
Le double fond, sous les sièges, devra être partagé en deux par une cloison, selon l'axe longitudinal de la salle, pour séparer les volumes d'air à évacuer en deux parts distinctes que chacune des cheminées devra appeler indépendamment.
L'on calculera l'aire à donner à ce double fond de manière que sa section permette à l'air d'y acquérir une vitesse de 0m,80 à 0m,90 environ.
526. Premières galeries. — Dans ces galeries, où il n'y a généralement que deux rangs de places, les orifices d'appel seront ménagés dans les parois verticales des gradins, s'il y en a, ou dans celles de devant des premières loges.
L'air vicié appelé de l'orchestre, du parterre, des loges dites baignoires et des premières galeries, devra être dirigé par des conduits convenablement proportionnés dans les deux cheminées latérales d'appel, et, comme toutes ces parties de la salle sont à des hauteurs peu différentes, l'on pourra réunir dans une seule gaîne l'air vicié qu'elles fourniront, avec d'autant moins d'inconvénient que l'appel est déterminé par la hauteur totale des cheminées.
527. disposition pour l'appel de l'air des loges. — A chaque loge ou couple de loges devra correspondre un tuyau d'évacuation, et tous ces tuyaux, isolés de ceux des autres étages, devront, s'il est possible, s'élever et se réunir dans les combles à des conduits généraux ou à une coupole établie sous une cheminée unique d'évacuation.
Il y a lieu de faire remarquer, comme l'a proposé M. d'Hamelincourl, que l'air nouveau devant affluer dans la salle à chaque étage au-dessous de son plancher, le même conduit vertical qui l'a amené peut être fermé à fleur du dessus de ce plancher et servir par son prolongement à l'évacuation de
l'air vicié de ce même étage, ce qui simplifie beaucoup l'établissement des conduits.
En effet, en élevant tout autour de la salle, entre les loges ou les amphithéâtres et les corridors, des gaines ou cheminées verticales, régnant depuis la chambre de mélange jusqu'aux combles, des conduits verticaux partagés par des languettes en autant de parties qu'il y aura d'étages, et les interrompant, comme on vient de le dire, à hauteur de chaque plancher, l'organisation de l'ensemble de ces conduits ne présenterait aucune difficulté et ne serait pas très-dispendieuse.
Dans les combles, il ne serait pas indispensable que tous les conduits continuassent à être isolés, et l'on pourra les réunir soit par faisceaux provenant de trois ou quatre étages superposés, soit même par deux ou trois faisceaux qui, se confondant en un seul, iraient gagner la cheminée générale d'évacuation.
Les proportions à donner aux conduits d'évacuation de l'air vicié des loges et des amphithéâtres seront calculées d'après les mêmes bases que précédemment, savoir une vitesse d'introduction de 0ra,50 à 0m,75, et une vitesse de lm,00 à lm,50 dans les conduits, 11 y a lieu de faire remarquer que l'aire de passage doit être calculée en tenant compte de l'obstruction causée par la partie pleine des grilles.
S28. Emploi des effets naturels produits par la chaleur pour déterminer l'appel de Vair. — Nous avons déjà rappelé que c'est Darcet qui a, le premier, proposé de mettre à profit la chaleur développée par le lustre pour produire l'évacuation de l'air chaud dans les parties supérieures de la salle ; mais le dispositif indiqué et employé par ce savant, outre qu'il n'assurait pas assez énergiquement le renouvellement de l'air ni son évacuation aux lieux mêmes où il est vicié, présentait des inconvénients qui ont déjà été signalés.
Il fallait donc, en partant du même principe, chercher les moyens d'utiliser la chaleur développée par le lustre, tout en
modérant les effets, sans nuire au jeu des autres ressources à mettre en usage.
Mais, avant d'examiner les solutions qui pouvaient être proposées, il était bon de chercher à se rendre compte des effets de ventilation que produit le lustre dans plusieurs salles de spectacle. M. F. Leblanc, savant physicien, répétiteur à l'École polytechnique, qui s'est occupé de cette question, avait bien voulu nous communiquer les résultats des observations qu'il avait faites au théâtre de l'Opéra-Comique, où il y a 45 becs ronds et 180 bougies consommant environ 20 mètres cubes de gaz par heure. Il avait trouvé que, dans la cheminée en planches qui surmonte le lustre, et qui avait 16ra i,15 de section, il passait par heure environ 80 000 mètres cubes d'air à 9° de température moyenne au-dessus de la température extérieure, ce qui correspond à une vitesse moyenne de lm,38 par seconde.
Ce volume de 80 000 mètres cubes d'air évacués par heure dans un théâtre qui ne contient que 1600 places, m'ayant paru bien considérable, puisqu'il correspondrait à une ventilation de 50.mètres cubes par heure et par spectateur, j'ai dû faire faire de nouvelles observations qui ont été exécutées le 17 avril 1863.
L'examen des lieux a montré que, si la portion cylindrique qui existe au-dessus du plafond de la salle présente effectivement une section de plus de 16 mètres carrés de superficie, avec un diamètre intérieur de 4m,65, elle n'a que lm,97 de hauteur, ce qui ne permet pas au courant de s'y établir, de manière que les filets fluides puissent être considérés comme animés de vitesses à peu près égales et parallèles. L'air n'y arrive effectivement qu'après avoir traversé les orifices assez nombreux que lui présente un double volet à coulisse horizontal à larges rebords, qui occasionne au passage un rétrécissement très-considérable et qui réduit la section contractée à llm"ï,044 seulement, ainsi qu'on a pu le constater par des mesures directes, ce qui d'ailleurs, correspond à, une valeur du coefficient de contraction voisine de 0,65.
Comme on n'a pu mesurer la vitesse que dans cette section contractée ou dans son voisinage, puisque le parallélisme des filets n'était pas établi, il s'ensuit, que pour avoir le volume d'air réellement débité, on a dû multiplier la valeur moyenne de cette vitesse, trouvée égale à lm,05 en 1" par l'aire 1 lm"î,044 de la section, ce qui a donné pour ce volume 7m c,418 en 1" ou 26 703 mètres cubes par heure.
Mais outre l'orifice placé au-dessus du lustre, il y en a quatre autres terminant des cheminées d'appel venant de l'intérieur de la salle et débouchant dans le comble. Ces quatre orifices présentent ensemble une section de passage de 3m"î,08, et la vitesse moyenne d'écoulement de l'air qui y a été observée étant de 0m,63 en l", ils débitaient un volume égal à lm,e,24 en \" ou à 4464 mètres cubes en une heure, en admettant pour le coefficient de la contraction la valeur 0,64.
Par conséquent le volume total d'air qui le 17 avril 1863 était évacué de la salle ne peut être évalué qu'à
ce qui est bien inférieur à celui de 80 000 mètres cubes indiqué par M. Leblanc et est, je crois, beaucoup plus près de la vérité.
Ce volume total pour une salle qui n'a que 1600 places,
correspond à — I9m,c,20 par heure et par spectateur,
ce qui est aussi à peu près le volume d'air évacué à l'Opéra au moyen de dispositions analogues.
La Commission elle-même avait fait quelques observations dans la salle du Vaudeville, le 27 novembre 1860, et elle avait constaté les résultats suivants :
Avant le lever du rideau, le quart seulement des places étant occupé, et toutes les portes étant ouvertes, le volume d'air passant par la cheminée d'évacuation était, par heure, de 19 042 mètres cubes, à la température de 24°.
Le rideau étant levé, et les trois quarts des places étant occupées et les portes fermées, le volume d'air passant par
la cheminée d'évacuation n'était plus, par heure, que de 15 523 mètres cubes à 31°.
Le nombre de becs du lustre est de 72. Ils sont tous ronds et consomment en moyenne, ensemble, 10 mètres cubes de gaz par heure; par conséquent, la ventilation obtenue pendant la présence du public est d'environ 1550 mètres cubes d'air par heure, par mètre cube de gaz brûlé, y compris l'influence de la présence du public.
Les vitesses très-inégales dans la cheminée, à différentes distances du lustre, ont été, au centre, de 2m,52 dans le premier cas et 2m,12 dans le second ; à 0m,70 environ du centre, de 0m,88 et 0ra,61 dans le premier cas; et à lm,25 environ du centre dans le second, de 0m,61 et 0m,56 selon les cas ; ce qui montre à la fois que, par l'action de la chaleur du lustre, on peut obtenir une grande vitesse de sortie, et qu'il ne convient pas d'employer des cheminées d'évacuation trop larges, si l'on veut, ce qui est nécessaire à la stabilité du mouvement, avoir des vitesses à peu près égales dans toute la section.
La salle du Yaudeville ne pouvant guère contenir plus de 1024 personnes, on voit que cette ventilation n'équivaut qu'à 10 mètres cubes environ par heure et par auditeur, volume complètement insuffisant, et dont l'introduction et la distribution sont d'ailleurs mal assurées et mal réparties.
Si l'on admettait que le volume d'air évacué dans les différentes salles, de spectacle par mètre cube de gaz brûlé fut le même, et de 1550 mètres cubes par heure, comme nous l'avons trouvé au théâtre du Vaudeville, et si l'on calculait d'après cette base le volume d'air extrait des diverses salles de spectacle par la cheminée du lustre, on trouverait les résultats suivants :
DÉSIGNATION des salles.
Opéra
Opéra Italien
Opéra-Comique. .
Vaudeville
Variétés
Palais-Royal. . ..
Théâtre-Français
NOMBRE
de spectateurs.
de becs ronds.
de
bougies
CONSOM- MATION
de gaz par heure
VOLUME
d'air
écoulé
par heure
VOLUME
d'air
écoulé
par
spectateur
et par heure
529. Solutions nouvelles proposées pour l'éclairage. — Les inconvénients de la disposition actuelle étant reconnus et signalés par plusieurs auteurs, il en a été proposé d'autres.
L'une, radicale, consisterait à supprimer le lustre, pour le remplacer par des capacités disposées au plafond de la voûte, éclairées à l'intérieur et transmettant, à travers des parois en verre, la lumière dans l'intérieur de la salle : c'est celle qui a été établie au théâtre du Cirque, au Théâtre-Lyrique et à celui delà Gaîté; l'autre, analogue, mais plus conforme aux usages et aux habitudes du public, conduirait à entourer le lustre d'une enveloppe de verre transparent ou dépoli, dans laquelle l'air nécessaire à la combustion arriverait par des conduits venant des combles, en même temps que les gaz résultant de cette combustion s'échapperaient par le sommet de l'enveloppe mis en communication avec une cheminée d'appel, où l'on utiliserait la puissance de la chaleur développée par ces gaz.
550. Expériences sur les effets lumineux des lustres enveloppés. — Mais, avant d'adopter une aussi grave modification aux usages et aux dispositions auxquelles le public est habitué, il était nécessaire de s'assurer au préalable de la manière dont fonctionneraient de semblables lustres, et de l'intensité comparative de la lumière qu'ils fourniraient.
A cet effet, deux lustres de 32 becs chacun ont été construits par MM. Ghabrié, entrepreneurs d'appareils d'éclairage au gaz, sous la direction de M. Davioud, architecte, et installés dans la galerie d'expérimentation du Conservatoire des arts et métiers.
L'un de ces lustres est resté complètement libre, l'autre a été successivement entouré d'une enveloppe de verre dépoli et d'une enveloppe de verre poli. Mais, dans l'un et l'autre de ces deux derniers cas, l'arrivée de l'air sur les becs était disposée de telle façon que cet air affluait à peu près horizontalement sur les. becs, et forçait ainsi la flamme à s'infléchir dans le même sens. Par cette disposition, l'on avait espéré augmenter la proportion de la lumière projetée de haut en bas dans la salle. Les résultats des expériences photométriques n'ont pas paru confirmer cette prévision.
En effet, de premières expériences ont conduit à reconnaître que la lumière transmise par le lustre enveloppé de verre poli n'était que les 0,66 de la lumière fournie par le lustre sans enveloppe, et que celle du lustre entouré de verre dépoli n'était que les 0,49 de celle du lustre libre.
Mais ces premières observations photométriques ayant été faites en s'éloignant à une assez grande distance dans le sens horizontal des lustres placés à la même hauteur, il pouvait être résulté de l'inclinaison donnée à la flamme que les cercles du lustre eussent occasionné l'interception de la lumière, et atténué ainsi l'intensité relative de celle que le lustre enveloppé envoyait au photomètre. On résolut donc de recommencer l'expérience, en faisant varier le moins possible la distance horizontale du photomètre à l'axe vertical des lustres, et en élevant ou abaissant ceux-ci de manière à obtenir des intensités égales pour les ombres. On se rapprochait ainsi, bien plus que dans la première expérience, du mode réel d'éclairage des lustres des salles de spectacle.
Ces nouvelles expériences ont donné des résultats qui se résument ainsi qu'il suit :
„ , , ' ...■,•-! [ sans enveloppe 1,000
Rapports des intensités des lu- avec envei0ppe en verre poli .. . 0 759 mières fournies par des lustres J avec enveloppe en verre dépoli. 0,652
Ces derniers résultats sont notablement plus favorables que les premiers, et ils se rapprochent beaucoup de ceux que l'on connaît, et qui indiquent que l'emploi du verre dépoli occasionne une perte de lumière de 0,24 à 0,30.
Il y a lieu de remarquer que la vacillation de la lumière des becs dans les lustres enveloppés, bien que très-notable, n'était cependant pas plus grande que celle que l'on remarque ordinairement dans les lustres à becs libres, et que, sous ce rapport, la lumière n'était pas dans des conditions plus défavorables dans les uns que dans les autres.
Il reste donc, dès à présent, établi par ces expériences, que l'emploi des enveloppes en verre poli ou en verre dépoli est praticable, et que, moyennant une augmentation du nombre des becs dans le rapport de :
1,00 à 0,76 ou de 100 à 132 pour le verre poli,
et de 1,00 à 0565 ou de 100 à 154 pour le verre dépoli,
on pourrait, avec des lustres analogues à ceux qui ont été essayés, obtenir à égale distance la même lumière qu'avec les lustres actuels, qui n'ont ni verres ni enveloppes.
Mais il faut remarquer cependant que l'usage d'une enveloppe implique la surélévation du lustre, et l'accroissement de la distance à laquelle il doit être placé des divers étages de loges. En admettant que, par ce changement, la distance du lustre aux premières loges soit accrue dans le rapport de 5 à 4 seulement, l'intensité des effets lumineux décroîtrait dans celui de 25 à 16, et, par conséquent, le nombre des becs devrait être augmenté par cette seconde cause dans le même rapport ; de sorte qu'en définitive, pour obtenir avec l'un ou l'autre des systèmes de lustres enveloppés, que l'on
a essayés, la même intensité de lumière qu'avec un lustre
libre, il faudrait augmenter le nombre des becs dans le rap-
port de 100 à 132 Xtt: ou de 100 à 206 pour le verre poli, et
de 100 à 154 Xt- ou de 100 à 240 pour le verre dépoli.
Si l'on se contentait, par exemple, d'obtenir le même éclairage que dans la salle du Vaudeville, qui contient 1040 spectateurs et dont le lustre a 72 becs ronds consommant ensemble 10 mètres cubes de gaz par heure, ou 0m c,140 par bec, l'on voit qu'il faudrait employer 72 X 2.4 = 172.8 becs, qui consommeraient 24 mètres cubes de gaz par heure.
Mais il ne faut pas oublier que, dans le volume d'air évacué par les cheminées actuelles des salles, celui que, sans l'action du lustre, l'élévation seule de la température de la salle ferait naturellement sortir entre pour une proportion qui est peutêtre de beaucoup la plus considérable, et que l'on se propose précisément de réduire, s'il est possible, le volume d'air qui passera par la cheminée du lustre à ce qui serait presque strictement nécessaire pour assurer la combustion du gaz. On devra chercher, il est vrai, à utiliser la haute température de cet air pour activer l'appel des orifices et des canaux d'évacuation, mais il y a lieu de croire que l'effet obtenu ne sera pas aussi grand que dans l'état actuel des choses, attendu que la température de l'air, ainsi envoyé dans la cheminée, serait augmentée de beaucoup.
En ne comptant néanmoins que sur une évacuation de 1000 mètres cubes d'air, produite directement ou indirectement, par mètre cube de gaz brûlé par le lustre enveloppé, nous obtiendrions encore un volume de 24 000 mètres cubes, c'est-à-dire à peu près la moitié du volume de 50 000 mètres cubes, fixé par la Commission pour le Théâtre-Lyrique.
Les autres becs répartis dans les corridors, ceux qui font partie des demi-lustres appliqués à l'intérieur, consomment au moins autant de gaz que ceux du lustre, et l'on voit qu'il y aurait lieu d'espérer que, par le seul effet de la chaleur dé-
veloppée par ces appareils, l'appel de l'air serait stimulé avec une grande énergie.
Mais une question importante était celle de savoir quelles sont les proportions qu'il convient de donner à la cheminée d'évacuation des gaz brûlés du lustre, pour qu'il y passe, à une température convenable, un volume d'air suffisant pour assurer la bonne combustion, mais assez restreint en même temps pour ne pas nuire à la ventilation générale.
Tel a été l'objet des expériences qui ont été exécutées au Conservatoire des arts et métiers, le 8 mars 1861, et dont les résultats sont compris dans le chapitre v, ce qui nous permettra d'en introduire ici seulement les conséquences.
Après cet examen des résultats des expériences sur les lustres libres ou enveloppés, la Commission, considérant la question au point de vue de l'art et des habitudes du public, s'est demandé s'il n'y avait pas, sous ces deux rapports, des inconvénients, des critiques sérieuses à craindre dans la suppression ou du moins dans la diminution de l'éclat que cet appareil répand dans la salle.
S'il est vrai que, d'une part, la décoration théâtrale, à laquelle les plus habiles artistes ne dédaignent pas de concourir, perde beaucoup de son effet, et par suite de sa valeur, quand l'intérieur de la salle est splendidement éclairé ; si le lustre dans sa position ordinaire incommode les spectateurs des loges supérieures, il ne l'est pas moins que l'aspect de l'intérieur de la salle, la diffusion de la lumière sur les loges, sur les spectateurs qu'elles contiennent, ne soient pour le public un attrait puissant, qui contribue pour une bonne part à la fréquentation des spectacles.
On sait d'ailleurs que l'on peut, quand cela est jugé nécessaire pour faire valoir les effets de la décoration, modérer à volonté l'intensité de toutes les lumières.
Par ces motifs, MM. les architectes, membres de la Commission, ont émis l'opinion qu'il était à désirer que le mode d'éclairage actuel par le lustre ne fût modifié que le moins
possible, surtout quant à l'intensité de la lumière reçue aux divers étages de loges.
La Commission avait cependant été informée que diverses tentatives avaient été faites pour éelairer de vastes locaux et même des salles de spectacle, en supprimant complètement le lustre et en le remplaçant par un plafond transparent éclairé à son intérieur, et qui, comme une sorte de voûte étoilée, devait répandre dans la salle toute la lumière nécessaire.
On devait bien s'attendre que cette modification conduirait à une augmentation de la dépense de gaz d'éclairage, mais on pouvait aussi penser qu'une partie de la chaleur développée par la combustion du gaz serait utilisée pour la ventilation.
Malgré ces renseignements et cette considération, la Commission n'a pas cru devoir conseiller l'emploi d'un semblable dispositif sur lequel elle n'avait pu recueillir des données et des résultats d'expérience suffisants, et elle a pensé devoir d'abord rechercher s'il était possible d'utiliser la chaleur du luslre d'une manière plus favorable qu'on ne l'avait fait jusqu'ici.
551. Nécessité et moyens de limiter l'appel d'air fait par le lustre. — Expériences. — En conservant le lustre actuel, l'emploi de la chaleur qu'il développe ne peut être un auxiliaire utile et sans inconvénient de la ventilation générale de la salle, qu'autant qu'il n'en résulterait pas de l'intérieur à l'extérieur de cette salle un appel assez énergique pour contrarier les autres appels sur l'action desquels on croit devoir compter.
Si donc on n'a pas recours à des lustres complètement enveloppés ou à quelque disposition plus radicale encore, et si l'on veut conserver au lustre sa forme et son apparence actuelles, il est au moins indispensable de proportionner la cheminée d'évacuation des gaz de la combustion, de manière qu'elle suffise pour bien assurer cette combustion , mais que le volume d'air qu'elle fera sortir de la salle n'excède que le moins possible celui qui est nécessaire.
D'un autre côté, le rétrécissement de la cheminée devant produire une élévation très-sensible de la température des gaz évacués, il convenait de la constater, pour s'assurer si elle restait dans des limites acceptables.
Enfin, cette température et la vitesse d'évacuation de l'air étant des éléments importants de l'action que l'on voulait utiliser, il était utile de déterminer celte vitesse
Tel a été le but des expériences sur l'écoulement de l'air par la cheminée d'un lustre enveloppé qui ont été rapportées au chapitre v et dont nous ne reproduirons ici que les conséquences suivantes :
1° Sans changer la forme ni la disposition actuelle des lustres, on peut limiter considérablement le volume d'air dont ils déterminent l'évacuation, de manière à ce qu'il n'en résulte aucun trouble pour les appels d'air qui doivent être faits en d'autres points de la salle ;
2° D'une autre part la température de l'air évacué par la cheminée dans le cas de la plus grande réduction de son orifice-, ne s'étant élevée qu'à 132°, l'on voit qu'elle est restée dans des limites très-acceptables, et que le volume d'air et de gaz ainsi échauffés pourra être d'un utile concours pour l'appel à produire par la cheminée centrale.
552. Proportions à donner au tuyau d'évacuation des gaz d'un lustre. — Puisque les expériences faites sur un lustre de 34 becs surmonté d'une cheminée cylindrique nous ont montré d'une part qu'il suffisait pour assurer une bonne combustion de faire évacuer par le tuyau placé au-dessus du réflecteur, 10 mètres cubes d'air au plus par mètre cube de gaz brûlé; et d'une autre part qu'en surmontant une semblable cheminée par un ajutage conique, la quantité de chaleur utilisée ou emportée par l'air évacué est d'autant plus grande que l'orifice de l'ajutage se rapproche davantage de celui du tuyau et atteint la proportion de 0,468 de la chaleur développée en évacuant de l'air à 78°, il est plus que pro-
bable, et l'on peut admettre qu'avec un tuyau cylindrique sans ajutage, en évacuant l'air à 80°, on communiquerait à l'air sortant les 0,50 de la chaleur totale développée par la combustion du gaz, et que l'on n'appellerait pas dans une salle plus de 150 mètres cubes d'air environ par înètre cube de gaz brûlé.
D'après cela, si nous supposons que, dans une salle de spectacle, l'on emploie un lustre de 200 becs, brûlant chacun 0m °,10O à l'heure, ou en tout 20 mètres cubes de gaz, nous voyons d'abord que l'appel d'air intérieur que ferait ce lustre serait réduit à 3000 mètres cubes d'air par heure, ou à 0m,c,833 en 1". Tel est le volume que le tuyau du lustre devra laisser écouler.
Pour déterminer le diamètre de ce tuyau, supposons d'abord qu' approximativement la vitesse de l'air soit de 4 mètres en 1", comme nous l'avons obtenu dans les expériences et dans des conditions moins favorables.
La section de ce tuyau devra être égale à
et son diamètre à
Si maintenant nous supposons que le tuyau qui sert de cheminée d'évacuation au lustre ait seulement une hauteur H= 10m, que la température extérieure soit de 10°, celle de l'air qui s'échappe par la cheminée à 80°, nous en déduirons
nous avons
La formule nous donne
Ce qui, comme on le voit, s'éloigne peu de la vitesse de 4 mètres que nous avons supposée à l'origine.
Le volume d'air évacué serait donc, en admettant toujours la vitesse de 4 mètres, de 3000 mètres cubes en 1 heure à la 'température de 80°, et il amènerait dans la cheminée d'évacuation
0m-c,833 X 1.004 X 80 X 0.234= 1565 unités de chaleur
en 1" ou 56340 unités en 1 heure.
Si, comme il est permis de le penser d'après l'observation d'appareils de ventilation analogues, il suffit d'obtenir dans la cheminée générale d'évacuation une température supérieure de 25° à celle de l'air extérieur, l'on voit que la chaleur totale à communiquer aux 120 000 mètres cubes nécessaires pour 2000 spectateurs à raison de 60 mètres cubes par heure d'air pris à 20° et par spectateur serait 120 000 X 1.204 X 25° X 0.234 = 842 400 calories, et que la chaleur du lustre n'en fournirait que
Mais il faut bien remarquer que, si le parti que la ventilation peut tirer de la chaleur du lustre est aussi faible, cela provient uniquement de ce que l'on veut restreindre autant que possible l'appel d'air que ce lustre tend à faire dans la salle, afin que son action ne contrarie pas le reste de la ventilation.
Il n'en est pas de même des autres appareils d'éclairage qui peuvent et doivent être presque tous utilisés très-directement pour aider à l'appel de l'air vicié, et il est plus que probable, d'après les résultats connus d'expérience que chaque mètre cube de gaz brûlé produira au moins l'évacuation de 500 mètres cubes d'air.
Si donc il y a 200 becs de gaz, outre ceux du lustre, et que chacun d'eux brûle en moyenne 0mc,100 à l'heure, ce qui corresp mdrait à 20 mètres cubes de gaz brûlés par heure, le
volume d'air vicié, que la chaleur développée par ce gaz ferait évacuer, pourrait s'élever à 20m,c,x500 = 10 000m,c
Le lustre en enlevant 3000
L'ensemble des appareils d'éclairage produirait dans les proportions actuelles l'évacuation de 13 000m,c
ou le | du volume total estimé à 2000 X 60 = 120 000 mètres cubes.
Mais si, au lieu d'un lustre de 200 becs de gaz, l'on éclaire la salle à l'aide d'une sorte de voûte étoilée employant comme l'a fait aux deux théâtres de la place du Châtelet un trèsgrand nombre de becs de gaz, les conditions seront tout à fait changées.
Aussi, avec 1 180 becs, nombre qui a été installé au Théâtre- Lyrique, consommant chacun 0ra c,100 ou ensemble 120 mètres, en admettant même que, malgré l'avantage que procurerait une moindre élévation de température, chaque mètre cube de gaz ne produisît qu'une évacuation de 500 mètres cubes d'air.
Cet éclairage seul déterminerait l'évacuation de
1180m-cX 500..' =59 000m-°
Les 200 becs répartis dans la salle produisant toujours celle de 10 000
Le volume total d'air vicié que les appareils d'éclairage ferait appeler et évacuer serait de 69 000m,c par heure.
L'on verra plus loin que les résultats obtenus au Théâtre- Lyrique ne s'éloignent pas beaucoup de ce chiffre.
555. Utilisation des appareils d'éclairage des loges et des corridors. — Pour tous les appareils autres que les lustres, on adoptera des dispositions analogues à celles que nous avons indiquées en parlant des habitations particulières.
534. Emploi de becs de gaz auxiliaires pour activer les appels. — Enfni il sera prudent de se réserver pour des cas défavorables, où l'air extérieur étant très-chaud, l'énergie des appels se trouverait accidentellement trop faible, la facilité de recourir aux moyens auxiliaires dont j'ai fait connaître l'énergie au chapitre v par les expériences exécutées en diverses circonstances.
Je veux parler de l'installation d'un certain nombre de becs de gaz dans les principales cheminées d'appel, afin d'y développer, au besoin, un supplément de chaleur.
Il avait été alloué pour ce moyen supplémentaire aux deux théâtres de la place du Châtelet un nombre de becs de gaz susceptibles de consommer pour le Théâtre-Lyrique 12 à 13 mètres cubes de gaz par heure, et pour celui du Cirque 18 mètres cubes, dans l'hypothèse où l'on aurait employé un lustre ordinaire et une cheminée d'évacuation convenablement construite, mais cette allocation eut peut-être été un peu faible.
535. Éclairage de la rampe. — Il avait été exprimé dans le sein de la Commission, dès ses premières séances, par son président, M. Dumas, le vœu que l'on recherchât un moyen d'atténuer les fâcheux effets que l'intensité de la lumière de la rampe produit sur la vue des acteurs, et d'éviter les dangers que la flamme de ces lumières leur fait courir. A cette occasion le rapporteur a proposé un dispositif qui, tout en satisfaisant à ces deux points de vue, permettrait, en outre, d'utiliser pour la ventilation la chaleur de ces becs de gaz.
Des essais ont été répétés au Conservatoire des arts et métiers en présence la Commission, et ils ont montré, dès l'abord, qu'il était facile d'envelopper les becs de manière à éviter les chances de feu et d'appeler à l'extérieur les gaz produits par la combustion.
Le dispositif proposé consiste à entourer les becs d'une enveloppe cylindrique, dont la partie postérieure, convexe et tournée du côté de la salle, est formée intérieurement d'un
métal poli qui, par la partie concave, réfléchit la lumière vers Fig. 59. la scène, tandis que la partie antérieure
w-rgUI ' serait en verre poli ou dépoli.
1 En arrière des becs, entre eux et l'en-
ËJIL veloppe, est une seconde enveloppe métal-
fïï h | \ lique, concentrique à la première, et qui
| %4o i 1^^^ forme avec elle un conduit courbe, terminé V GjÉifc ^ un tuyau horizontal parallèle et inférieur
\||JP à la rampe, lequel doit communiquer à
chacune de ses extrémités avec des tuyaux verticaux d'évacuation desgaz de la combustion. L'air nouveau est introduit par des ouvertures ménagées en avant des becs. L'enveloppe antérieure en verre doit être placée à une distance convenable, pour que l'action de la chaleur ne la fasse pas rompre ; dans le service courant, il conviendrait d'ailleurs de l'échauffer graduellement. Outre cette première enveloppe faite en verre poli ou dépoli, selon ce que l'observation indiquera, il serait possible de disposer en avant d'autres enveloppes mobiles en verre de couleur, selon les effets lumineux que l'on voudrait produire sur la scène.
Les premiers essais exécutés en décembre 1860* avec un dispositif de ce genre, dont la construction a été confiée à MM. Chabrié père et fils, ont montré qu'il fonctionnait fort bien, et que l'appel des gaz de la combustion se produisait sans occasionner dans la flamme des becs des vacillations désagréables.
Mais il était nécessaire, en outre, de faire des expériences photométriques pour constater les différences d'intensité que pouvait occasionner l'emploi des enveloppes en verre poli ou en verre dépoli, afin de régler en conséquence le nombre des becs de gaz à employer.
* Les instructions pour l'établissement de cet appareil ont été donnés à MM. Chabrié, dans la seconde quinzaine de novembre 1860. Il a été apporté au Conservatoire et installé dans la galerie d'expérimentation, le 6 septembre 1860 , après avoir été essayé chez les constructeurs. Il est resté exposé au public dans cette galerie pendant près de trois mois.
C'est ce qui a été fait au Conservatoire des arts et métiers, le 3 et le 25 janvier 1861. La première expérience a été exécutée en présence de la Commission, et la seconde a eu pour objet de donner plus de précision aux résultats numériques.
556. Expériences photométriques faites le 25 janvier 1861 au Conservatoire des arts et métiers. — Dans ces expériences, on s'est proposé de comparer l'intensité de la lumière fournie par un bec de gaz contenu dans une enveloppe analogue à celle que l'on a décrite plus haut, selon que cette enveloppe est en verre dépoli ou en verre poli.
On a de plus comparé l'intensité de la lumière de ces becs, selon qu'ils étaient alimentés avec du gaz carburé et recouverts de verre poli ou dépoli, afin de s'assurer si l'accroissement d'intensité lumineuse obtenue avec le gaz carburé compenseraitla diminution occasionnée par le verre dépoli.