‹ Mécanique pratique (volume 2)Chapitre 43 sur 66 · VENT · texte numérisé non relu

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394. Conséquences des observations précédentes. — Il résulte de ces observations que, dans la soirée du 25 février 1863, où le nombre des spectateurs était de 1529, le volume d'air vicié total moyennement évacué ne s'est élevé qu'à 28 794 mètres cubes, ou à I8m,c,83 par spectateur présent, à 34°, 5 ou 36°. Si la salle avait été complètement remplie et eût contenu 1753 spectateurs, le volume correspondant à chacun d'eux n'eût été que de 16,42 mètres cubes.

Rentrées d'air. — Une expérience faite le 23 février 1863, dans une loge de première de face, a montré que, quand on ouvre le vasistas, il s'y produit une rentrée d'air d'environ 1 80 mètres cubes par heure, suffisante pour assurer la ventilation de cette loge de six places à raison de 30 mètres cubes par personne, mais fort incommode, attendu que la vitesse de cet air est de près d'un mètre par seconde à son entrée.

595. Observations faites au théâtre Italien. — Dans cette salle, qui ne contient que 1330 places et dont les corridors sont convenablement spacieux, malgré le nombre assez restreint des spectateurs qui l'ont généralement fréquentée dans l'hiver de 1862—63, la température s'est souvent élevée à 28 ou 29° dans les étages de loges supérieurs.

La ventilation, qui n'est produite que par la chaleur du lustre, y a d'ailleurs fort peu d'activité. D'après des expériences que j'y ai fait exécuter dans les premiers jours d'avril 1863, les volumes d'air évacués ont été :

Le 2 avril, d'environ 11 838m,c par heure.

Le 4 avril, d'environ 11 907

Moyenne I1871m,c.

Le nombre des places étant de 1330, ce volume ne correspondrait, si la salle était pleine, qu'à 8m,c,93 par heure et par spectateur, ce qui est complètement insuffisant.

Malgré cette insuffisance du volume d'air évacué, les dispositions existantes pour l'arrivée de l'air nouveau sont si

défectueuses que par les ouvertures et les portes des loges, ainsi que par les couloirs, il arrive, surtout dans les entr'actes, des courants d'air fort gênants.

Il semble donc urgent d'améliorer sous ce rapport cette salle, qui est fréquentée par le public le plus élégant de Paris.

Habitations particulières.

598. La ventilation des habitations particulières ne présente, dans les circonstances ordinaires, aucune difficulté et n'exige point de dispositions spéciales. L'appel exercé par les cheminées, quand elles sont bien faites, suffît et au delà pour lui donner toute l'activité désirable, même quand un nombre inaccoutumé de personnes se trouvent réunies. Sous ce rapport, l'emploi des cheminées, moins économique sans contredit au point de vue de la dépense de combustible, est bien préférable à celui des poêles ordinaires, qui appellent et évacuent beaucoup moins d'air, et surtout à celui des calorifères qui introduisent de l'air nouveau et chaud, sans produire aucune extraction de l'air vicié, quand ils ne sont pas accompagnés de dispositions spéciales.

Les cheminées ont, en outre, cet avantage qu'en été et dans les moments où le chauffage est très-modéré ou tout à fait suspendu, elles peuvent encore produire une ventilation très-réelle entre des appartements dont les portes de communication sont ouvertes, les unes fournissant de l'air frais et les autres évacuant l'air vicié. Mais nous verrons plus loin qu'on peut en tirer un meilleur parti, au moyen de quelques dispositions d'une application facile.

L'on ne saurait se rendre compte de l'effet considérable d'appel que produisent les cheminées, quand on ne l'a pas déterminé par des expériences directes. Je n'en avais moimême nulle idée quand j'ai commencé ces études. Aussi, pour m'en rendre compte, m'a-t-il paru indispensable d'entreprendre à ce sujet les recherches spéciales dont j'ai fait connaître les résultats au chapitre v.

Je me contenterai de rappeler ici que, par ces expériences, il a été constaté que dans une cheminée de rez-dechaussée ayant 20m,30 de hauteur totale, et un tuyau rectangulaire de 0m,30 sur 0m,30 à coins arrondis, il passait, quand il n'y avait pas de feu et que l'excès de la température extérieure était de :

12°,5, 0mc,099 en une seconde ou 356m,c,40 en une heure,

17°,2, O^^g en une seconde ou 446m,c,04 en une heure,

700 à 800 mètres euhes par heure, quand la cheminée était chauffée par un feu ordinaire, produisant dans la cheminée une température de 68° au plus, et enfin 1100 à 1200 mètres cubes avec un feu très-actif ou un nombre suffisant de becs de gaz allumés.

d97. De V influence des bouches de chaleur sur la ventilation. — Faisons d'abord remarquer que l'on attribue en général aux bouches de chaleur ordinaires, disposées dans les cheminées, un effet beaucoup trop considérable sur le renouvellement de l'air dans les appartements. Sans contester l'avantage qu'ont ces appareils d'utiliser une partie de la chaleur développée dans le foyer, et d'aider dans une certaine proportion au tirage de la cheminée, il est facile de voir, d'après les résultats des expériences sur les cheminées d'appartement, que le volume d'air qu'un feu actif fait écouler parune cheminée d'appartement munie d'un tuyau en poterie de 0m-o,30 sur 0ra c,30 de section à coins arrondis, et de 20m,c,30 de haut, étant de 600 à 800 mètres cubes par heure, une bouche de chaleur latérale d'un appareil Fondet fonctionnant bien, ne donne que 20 mètres cubes d'air nouveau.

Il s'ensuit donc qu'avec les proportions ordinaires adoptées par les architectes, la véritable ventilation produite par les cheminées d'appartements consiste dans l'appel plus ou moins énergique qu'elles déterminent par les portes et par les fenêtres, et que le volume d'air nouveau fourni par les

bouches de chaleur serait insuffisant pour assurer le tirage et surtout une ventilation convenable.

59ÎS. Influence de' V appel naturel que les cheminées peuvent exercer. — L'existence seule d'une cheminée d'une certaine hauteur suffit, dans beaucoup de cas, pour déterminer un appel et une ventilation active dans les appartements, surtout si, par la présence d'une réunion de quelques personnes ou de foyers d'éclairage, la température intérieure s'élève notablement. En pareil cas, plus la cheminée sera haute par rapport à l'appartement, plus son action sera sensible.

L'on voit donc que les cheminées ordinaires peuvent devenir un puissant moyen de ventilation, si l'on sait en tirer parti, et que, si des cheminées auxiliaires étaient ménagées dans les murs de face ou de refend, et mises en communication entre elles, l'on pourrait, dans beaucoup de cas et sans frais, obtenir une évacuation suffisante de l'air vicié.

Il convient de rappeler que la vitesse de l'air dans une cheminée d'appel dépend principalement de l'excès de la température de l'air qui la parcourt sur celle de l'air extérieur, et que le volume d'air qu'elle débite est à très-peu près proportionné à sa section. Par conséquent, étant donnée la hauteur d'une cheminée et la différence moyenne que l'on veut tolérer entre la température intérieure et la température extérieure, il serait presque toujours possible l'hiver d'obtenir, à l'aide de la seule ventilation naturelle, l'évacuation d'un volume d'air vicié déterminé.

S'il ne suffit pas d'une seule cheminée, l'on pourrait en établir plusieurs, et faire arriver l'air vicié dans une cheminée unique par des conduits passant sous les planchers.

Cette réunion des cheminées d'évacuation en une seule, quand il y en a plusieurs, est une des conditions essentielles de la stabilité de la ventilation naturelle et le moyen d'éviter

que, par des différences assez faibles de température, ou par des vents violents, il ne s'établisse d'une cheminée à l'autre des courants en sens contraires. J'en ai signalé plusieurs exemples, et cette instabilité est l'inconvénient, difficile à éviter, de la ventilation naturelle, surtout dans la saison d'été.

Aussi faut-il se ménager, lorsque l'on tient à obtenir une ventilation assurée et régulière, des moyens auxiliaires que je vais rappeler sommairement.

590. Des moyens auxiliaires pour activer l'appel. — J'ai indiqué déjà, en plusieurs occasions, le parti que l'on peut tirer de la chaleur des appareils d'éclairage pour activer ou produire l'appel de l'air vicié, et les appartements de réception pourraient, à l'aide de dispositions convenables et d'une application commode, être ventilés par ce moyen. Quelle que soit la nature de ces appareils, mais surtout Fig. et. quand ce sont des lampes ou des becs de gaz, il est souvent facile d'utiliser la chaleur qu'ils développent au profit de la ventilation. Examinons, en effet, les différents cas qui peuvent se présenter.

Les candélabres ou lustres d'applique placés contre les murs peuvent être surmontés d'un chapeau opaque ou transparent, plus ou moins orné qui, par un conduit masqué, au moyen de quelques ornements, dirigerait les gaz provenant de la combustion dans une cheminée d'appel ménagée dans le mur. Ils peuvent même, et cela est préférable, être, ainsi que les becs de gaz, complètement renfermés dans une enveloppe transparente qui, communiquant avec la cheminée d'appel par sa partie inférieure et par sa partie supérieure, serait alimentée par l'air vicié même que l'on veut, extraire, ainsi que nous l'avons fait introduire dans les nouveaux théâtres

de la place du Chàtelet. Un semblable dispositif permettrait d'employer dans les habitations privées, au moins pour les jours de réception, l'usage du gaz d'éclairage, sans éprouver les inconvénients de l'odeur assez désagréable qu'il répand. L'on pourrait même disposer des appareils analogues de circonstance et les placer dans les embrasures des fenêtres, en enlevant une ou deux vitres et en les munissant d'un tuyau d'évacuation de l'air vicié d'une hauteur suffisante pour donner à l'appel l'énergie nécessaire.

J'ai indiqué, n° 22G, à l'occasion des expériences que j'ai faites sur un dispositif analogue, le résultat que l'on peut obtenir pour l'appel de l'air vicié.

Enfin les cheminées ordinaires ou les cheminées auxiliaires, dont nous avons parlé tout à l'heure, pourraient recevoir un certain nombre de becs de gaz placés dans le tuyau et à une hauteur telle que, n'étant pas visibles et ne pouvant, par leur rayonnement, produire dans les appartements aucun surcroît de chaleur, celle qu'ils développeraient ne servirait qu'à la ventilation.

Dans les cheminées ordinaires, un tuyau en fer introduit à demeure sur l'un des côtés, serait habituellement fermé par un bouchon à vis, et ce ne serait que pour les jours de réception que l'on y adapterait le jeu de becs de gaz correspondant à l'ouverture de la cheminée, et qu'on le mettrait en communication avec les liillill tuyaux de distribution du gaz.

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111,1 ■tô vent, comme décoration, de fausses

cheminées auxquelles l'on pourrait, * fort utilement, donner pour destination celle de servir à l'appel, et dans les grands hôtels, dans les palais, en multipliant les cheminées d'appel appa-

rentes ou cachées, et en les réunissant toutes à une même cheminée générale ou chambre d'évacuation, chauffée, si cela était nécessaire, on obtiendrait une régularité suffisante dans la sortie de l'air vicié.

600. Conduits d'évacuation ménagés dans les trumeaux. — Lorsqu'on ne voudrait ou ne pourrait pas placer des lustres d'applique à gaz devant les trumeaux, il serait possible de ménager dans leur épaisseur, entre les fenêtres, des conduits ou cheminées d'évacuation de l'air vicié ouverts par le bas à l'intérieur des appartements et dans lesquels on placerait et l'on allumerait au besoin des becs de gaz non apparents, auxquels on communiquerait par une ouverture latérale exlérieure ou intérieure ménagée dans l'ébrasement des fenêtres. Ces conduits pourraient être prolongés jusqu'aux toits pour leur donner toute l'activité possible, ou terminés

601. Application de dispositions analogues aux ateliers éclairés au gaz. — La plupart des dispositions que nous venons d'indiquer pour les appartements d'habitation peuvent s'appliquer facilement, et aussi simplement qu'on le voudra, aux magasins, aux ateliers éclairés au gaz, et il y aurait à les y introduire l'avantage de les assainir par le renouvellement d'un air pur et par l'évacuation de l'air vicié et des produits si désagréables et si insalubres de la combustion du gaz.

Dans les grandes villes, où de nombreux ouvriers sont réunis dans des ateliers bas et mal aérés, l'adoption de ces moyens devrait être prescrite par les règlements de police comme mesure de salubrité publique.

602. Proportion des appareils. — Pour les cheminées ordinaires ou spéciales d'évacuation qui auront une hauteur de 12 à 15 mètres et plus, offrant une section de Om-«,10 environ, on peut compter en moyenne sur une évacuation d'air vicié

de 500 à 600 mètres cubes par mètre cube de gaz brûlé, ou pour 10 becs brûlant 0m c,100 par heure. Quant aux appareils de circonstance appliqués sur les fenêtres, les expériences du Conservatoire (chap. v, n° 226) où la température de l'air évacué a été élevée à 50 ou 60°, montrent que, même avec des tuyaux trop courts, l'on a pu obtenir l'évacuation de 350 à 400 mètres cubes d'air par mètre cube de gaz brûlé, ou avec 10 becs brûlant chacun 0m-c,l00 en une heure. L'on aurait probablement un résultat supérieur avec des conduits plus larges, qui ne donneraient pas lieu à un aussi grand échauffement de l'air.

605. Introduction de l'air nouveau. — L'on voit par les indications qui précèdent que l'évacuation de l'air vicié des appartements de réception ne présente réellement pas de difficultés sérieuses et que, soit par des dispositions prises dès l'époque de la construction, soit même par des moyens de circonstance, on peut l'assurer.

Mais la rentrée de l'air nouveau, à une température et en des points convenables pour qu'il ne soit pas incommode, n'est pas aussi facile ; en se reportant cependant aux considérations générales que nous avons développées au chapitre m , on reconnaîtra quels sont , dans chaque cas, les moyens à employer.

S'il s'agit d'un palais ou d'une maison particulière à construire, il faudra établir dans les parties inférieures un calorifère accompagné d'une chambre à air assez vaste pour y mélanger, selon les saisons, l'air extérieur et l'air chaud fourni par l'appareil, en proportions telles que ce mélange arrive dans les appartements à une température de 5 à 6° tout au plus au-dessous de celle que l'on veut maintenir.

De cette chambre à air partiront des conduits qui amèneront l'air près du plafond et le dirigeront vers sa surface par des orifices étroits, mais en grand nombre ou d'un grand développement, que l'on pourra masquer par la décoration. Des corniches creuses seraient à cet effet très convenables.

Au moyen de ces dispositions et en proportionnant les passages comme nous l'avons indiqué, l'on pourra obtenir une arrivée d'air suffisante pour fournir à l'appel, sans occasionner par les portes et les fenêtres des courants trop énergiques.

Dans les bâtiments établis, la difficulté est plus grande, surtout s'il n'existe pas de calorifère auquel on puisse emprunter la chaleur nécessaire pour amener l'air nouveau à la température convenable.

Dans ce dernier cas, il sera plus nécessaire que dans tout autre de faire affluer cet air le plus loin possible des individus, près des plafonds et en filets minces dirigés de bas en haut vers sa surface. En se rappelant d'ailleurs ce fait d'observation presque général, que, même dans les établissements pourvus d'orifices d'introduction de l'air extérieur, les ouvertures des portes et des fenêtres dans les circonstances ordinaires fournissent environ la moitié du volume d'air évacué, l'on pourra réduire dans cette proportion celui qui devra être introduit, auquel on supposera une vitesse d'arrivée d'un mètre par seconde, que l'on observe souvent, même sous l'action peu énergique de l'appel d'une cheminée sans feu, et quand l'air monte des caves, en passant par des calorifères non chauffés.

Enfin, pour rester maître de modérer ou d'activer les rentrées d'air, il ne faudra pas omettre de disposer sur tous les conduits des registres faciles à manœuvrer.

604. Évacuation de l'air chauffé et altéré par les lustres. — Quant aux lustres placés au milieu des pièces et suspendus au plafond, s'il s'agit de salons voûtés, l'on pourra, en relevant un peu ces lustres, les surmonter de chapeaux transparents, accompagnés d'une cheminée d'évacuation des gaz qui conduirait l'air chaud provenant de la combustion, soit dans les combles, soit mieux dans la cheminée générale d'évacuation, où se réuniraient tous les conduits partiels. Il ne sera pas difficile de décorer ces tuyaux, qui seront tou-

jours d'un petit diamètre, de manière à en déguiser la destination.

Mais, pour les lustres des appartements des maisons d'habitation ordinaires, il sera d'autant plus difficile d'en évacuer les gaz chauds qu'ils seront en plus petit nombre, parce qu'alors aucun artifice de décoration ne pourrait dissimuler les conduits, à moins que l'on n'établisse des doubles plafonds ou entrevoux, en profitant de la facilité que donne pour cela l'emploi des poutres en fer. Ce qu'il y aura de mieux à faire, ce sera d'en réduire le nombre à un seul, s'il se peut, et de multiplier au contraire autant que possible les lustres d'applique, disposés comme nous l'avons dit plus haut.

(305. Dispositions à prendre pour la ventilation des pièces de réception. — Mais si, dans les cas ordinaires et dans les circonstances de la vie habituelle, le renouvellement de l'air et la modération de la température peuvent être facilement assurés à l'aide des dispositions usuelles, il n'en est plus de même lorsque les mêmes locaux ou des appartements spéciaux servent à réunir un nombre exceptionnel de personnes. Alors les individus, par la respiration et par la transpiration; les appareils nombreux d'élairage, par la chaleur qu'ils développent, vicient l'air et élèvent la température d'une manière parfois intolérable et toujours nuisible à la santé.

En pareil cas, il y a lieu d'adopter des dispositions permanentes ou temporaires, selon les conditions particulières où l'on se trouve.

606. Dispositions permanentes. — Lorsqu'il s'agit de la construction ou de l'appropriation de locaux destinés à devenir régulièrement des lieux de réceptions nombreuses, il faut adopter des dispositions analogues à celles que nous avons indiquées pour les hôpitaux.

Dans les murs de face ou dans ceux de refend, s'ils sont assez épais, l'on ménagera des conduits d'évacuation de l'air vicié ayant leur orifice d'appel près du plancher et s'élevant jusqu'aux greniers, où on les réunira, s'il est possible, à une

seule et même cheminée générale d'évacuation, dans laquelle on établira, s'il y a lieu, un foyer d'échauffement de l'air vicié pour activer l'appel. L'emploi des becs de gaz, quoique peu économique, peut être fort commode pour les circonstances accidentelles. Lorsque l'établissement d'un nombre suffisant de conduits verticaux d'évacuation répartis dans toute l'étendue des appartements présentera des difficultés, on pourra recourir au système de l'appel par en bas, surtout si les appartements se trouvent au rez-de-chaussée ou au premier étage.

Dans beaucoup de cas, l'établissement de ces conduits et d'une cheminée d'appel par en bas sera même plus facile que tout autre. Il est d'ailleurs assez rare que, dans une même habitation, il y ait, à différents étages, plusieurs appartements de grandes réceptions, et par conséquent les dispositions que nous indiquons seront assez faciles à prendre lors de la construction.

G07. Bases et proportions pour les grands salons de réception, et application à la salle des Maréchaux du palais des Tuileries. — Pour indiquer les proportions qu'il convient d'adopter, il faut poser les données fondamentales du problème et en faire une application.

Dans les conditions actuelles, et grâce à l'ampleur des toilettes des dames, il n'est guère possible qu'il y ait en moyenne dans un salon plus de deux personnes par mètre carré de superficie.

Pour l'éclairage, j'adopterai à peu près pour bases les proportions de celui qui a lieu dans la salle des Maréchaux, aux Tuileries, et qui est très-splendide, soit 1,5 bougie et 0,50 lampe par mètre carré.

L'on admet * :

1° Qu'une bougie sléarique fournit autant de chaleur qu'une personne;

* La partie centrale de la salle des maréchaux a. 19m,10 sur 16m,30ou 311 mètres carrés de superficie. Elle est éclairée aux jours de réception

2° Qu'une lampe Carcel, brûlant 40 grammes d'huile à l'heure, développe autant de chaleur que trois personnes.

D'après cela, pour tenir, au moins approximativement, compte du refroidissement très-sensible que les murs font éprouver à l'air, nous pouvons, sans crainte, admettre qu'il équivaut par mètre carré de plancher à la chaleur développée par une personne. Dès lors, n'ayant plus à tenir compte que de la présence d'un seul individu par mètre carré, et sachant qu'une personne produit, tant par la respiration que par la transpiration, environ 120 unités de chaleur ou calories par heure, le nombre total d'unités de chaleur qui serait développé par mètre carré d'un salon, dans les conditions admises ci-dessus, serait :

Pour une personne ; . 1 20cal

Pour 1,5 bougie, équivalant à 1,5 personne 180

Pour 0,50 lampe Carcel, équivalant à 0,5 x 3 = 1,5

personne. * 180

480cal.

Avant l'ouverture de l'orifice d'évacuation qui a été pratiqué dans la voûte de la salle des Maréchaux, la température, aux jours de grande réunion, y était excessive. Elle s'élevait alors à 32° dans le bas et à 38 ou 40° dans la galerie supérieure. Aujourd'hui elle est encore de 24 à 25° dans le bas et de 28 à 30° dans le haut. L'absence de renouvellement de l'air rend ces températures très-désagréables.

La température moyenne qu'il faut chercher à maintenir dans la salle ne doit guère excéder 20°, et l'expérience des amphithéâtres du Conservatoire nous a montré qu'en faisant affluer l'air nouveau à une assez grande hauteur, on pouvait

par 548 bougies et 166 lampes, ce qui revient à 1 ,76 bougie et 0,53 lampe par mètre carré de superficie. D'après des renseignements qui m'ont été fournis, l'on ne doit pas estimer à plus de 400 à 500 le nombre des personnes qui peuvent trouver place dans ce salon.

admettre cet air à une température inférieure de 8° au plus à celle de l'intérieur. D'après cela, la capacité de l'air pour la chaleur étant égale à 0,237 de celle de l'eau, la densité de l'air affluent à 12° étant de lta,24, cet air, en passant de 12 à 20°, absorbera par mètre cube une quantité de chaleur égale à

1,24 X 8° X 0,237 =2,35cal-

En nommant donc Q le volume d'air à 12° à introduire dans la salle pour y maintenir la température intérieure à 20°, on devra avoir la relation :

Qm.cX 2cal,35 = 480cal; d'où l'on tire :

Q = 204ûl-C

par mètre carré, ou en tout pour la salle des Maréchaux :

204m-cX311 = 63444m-c.

Ce volume ne dépasse point les limites de ce qu'il est facile d'obtenir, et il correspondrait pour les 622 personnes que nous avons supposées dans la salle, à raison de deux par mètre carré, à plus de 100 mètres cubes par heure et par personne, ce qui constituerait une ventilation très-abondante, que l'on serait peut-être même obligé de restreindre dans bien des cas.

L'on arriverait encore à un chiffre notablement inférieur si, comme cela conviendrait, l'on disposait les lustres et les autres appareils d'éclairage de manière à faire évacuer les gaz brûlés au dehors, au lieu de les laisser répandre dans la salle, ce qui pourrait se faire très-facilement sans nuire à la décoration et à l'aspect général des lieux.

Outre l'avantage de diminuer l'élévation de la température intérieure, on pourrait probablement trouver aussi à celte disposition celui d'employer une partie de cette chaleur nuisible à activer la ventilation, ainsi qu'on l'a obtenu dans les nouveaux théâtres.

D'après ces calculs préliminaires, si nous limitons le vo-

lume d'air à extraire par heure de la salle à 50 000 mètres cubes seulement, et si nous admettons que la vitesse dans les conduits d'évacuation puisse s'élever à 2m,50 en 1' , la somme des sections de ces conduits devrait être égale à

Quant aux conduits d'arrivée de l'air, ils pourront être aussi grands, et, comme il se fait toujours des rentrées d'air considérables par les fenêtres, la vitesse y serait probablement inférieure à 2m,50.

On devrait d'ailleurs avoir soin de donner aux orifices d'accès dans la salle le plus de superficie qu'il serait possible, pour diminuer la vitesse d'arrivée de l'air; or le balcon seul et la corniche du dôme ont un développement de près de 70 mètres chacun; et en donnant à un entrevoux que l'on établirait au balcon, ou à des orifices ouverts au-dessus de la corniche, 0m,25 de hauteur, ce qui est facile, il en résulterait une section de passage de 70mx 0m,25 == I7mi,50, et par conséquent l'admission d'un volume d'air de 50 000 mètres cubes par heure, ou de 13m,c,88 en 1", ne correspondrait qu'à une vitesse de 0m,79 en 1", ce qui est très-acceptable et facile à réaliser.

En résumé, toute la difficulté se réduirait à trouver dans les parois des murs le moyen d'y pratiquer deux séries de conduits d'arrivée et d'extraction de l'air ayant ensemble une section de 1 1 à 1 2 mètres carrés.

Or les conditions locales semblent se prêter avec facilité à une disposition qui, sans altérer en rien l'intérieur actuel de la plus grande partie de la salle, assurerait très-bien le service de la ventilation.

L'appel de l'air vicié se ferait par en bas; des conduits établis dans les caves le dirigeraient dans une cheminée d'appel qui s'élèverait jusqu'au comble à travers le massif de l'un des escaliers qui mènent au balcon, sans que cela nécessitât la suppression de cet escalier.

L'on dirigerait dans la même cheminée tous les gaz chauds provenant des lustres.

Quant à l'air nouveau, la corniche qui soutient la naissance de la voûte étant à 12™, 60, et la rosace du dôme à plus de 16 mètres de hauteur au-dessus du plancher, cela donne toute facilité pour faire arriver de l'air frais à une température assez différente de celle de la salle, sans crainte que cet air ne produise une sensation désagréable, parce qu'il aurait une grande distance à parcourir avant d'atteindre les personnes.

Des dispositions analogues pourraient être prises aussi pour la grande galerie ; mais, comme l'affluence y est généralement moindre, on pourrait réduire un peu la proportion du volume d'air à extraire.

Je me borne à ces indications générales, qui suffisent pour montrer que la question de l'assainissement des plus grands salons de réception ne présente pas de difficultés que l'art ne puisse surmonter, et qu'elle serait surtout d'une solution facile si les architectes s'en occupaient avant la construction des bâtiments.

Des ateliers.

608. L'assainissement des ateliers peut avoir simplement pour objet d'y maintenir, comme dans les habitations ordinaires, à un état chimique de pureté convenable, l'air que les ouvriers respirent, ou, dans d'autres cas, d'enlever en outre les poussières plus ou moins incommodes ou dangereuses que les opérations industrielles répandent dans l'espace.

Quant à la première partie de la question, les dispositions que nous avons indiquées pour les habitations particulières sont évidemment celles qu'il convient de prendre, en les appropriant, dans chaque cas, aux conditions spéciales de l'atelier ou de l'industrie qui s'y exerce.

Si, par exemple, aux émanations du corps humain se joignent des odeurs, des vapeurs plus ou moins désagréables

ou malsaines, le volume d'air à évacuer et l'énergie des appels devront être augmentés.

Il sera alors encore plus nécessaire que dans les cas ordinaires, de mettre les conduits particuliers d'évacuation en communication avec une cheminée générale pour assurer la stabilité de l'appel.

Dans beaucoup d'usines on pourra profiter de l'existence des cheminées des machines à vapeur motrices, ou des fourneaux, pour échauffer au degré convenable l'air vicié que la cheminée générale doit évacuer.

Le système d'appel à adopter dépendra des conditions locales, et fort souvent il y aura lieu de préférer l'appel par en bas pour conduire l'air vicié dans la cheminée des usines ou dans un conduit qui lui serait adjacent.

609. Ateliers éclairés au gaz. — Dans les ateliers où l'on emploie le gaz pour l'éclairage, on devra, dans tous les cas, adopter l'une des dispositions que nous avons indiquées, pour assurer l'évacuation au dehors des produits de la combustion, qui rendent si pénible le séjour de ces locaux. On cherchera d'ailleurs, toutes les fois que cela sera possible, à utiliser la chaleur développée par la combustion du gaz pour activer les appels, comme nous l'avons dit à diverses reprises.

610. Mesures de police municipale à prendre pour les ateliers. — A ce sujet, je pense même que dans les grandes villes où ce genre d'éclairage est généralisé et où l'on voit souvent de nombreux ouvriers, des femmes et des enfants réunis dans des locaux insuffisants, l'autorité devrait, par mesure de salubrité publique, prescrire l'adoption de dispositions de ce genre et en surveiller l'exécution avec sévérité.

Depuis que je m'occupe de cette question de la ventilation, j'ai reçu sur l'espèce d'infection que l'emploi du gaz produit dans les ateliers, des observations qui, pour m'avoir été adressées par de simples ouvriers et sous forme pseudonyme, ne m'en ont pas moins paru dignes de beaucoup d'attention.

611. Cas où il se forme des vapeurs abondantes. — Lorsque dans les ateliers il se forme des vapeurs abondantes, qu'il importe d'évacuer au dehors, il convient de surmonter les fourneaux, les chaudières qui les produisent, par des hottes aboutissant dans des cheminées d'appel, auxquelles on devra assurer l'énergie nécessaire par l'un des moyens que nous avons indiqués.

Si les émanations sont dangereuses, il faut en déterminer l'évacuation immédiatement au moment de leur formation par un appel puissant exercé par en bas, en employant même quelque moyen auxiliaire dans le cas où l'appel général ne suffirait pas. Un chapeau mobile recouvrant chaque point partiel de production de ces émanations et communiquant avec le conduit inférieur d'appel, assurerait cette évacuation. J'ai rappelé dans l'Introduction l'application que le docteur Reid a faite, il y a longtemps, de dispositions de ce genre, dans son laboratoire à Edimbourg, pour empêcher les o leurs désagréables des préparations chimiques de s'y répandre. Depuis plusieurs années, il existe sur la table du grand amphithéâtre du Conservatoire une grille sur laquelle on place les préparations qui, pendant les leçons, dégageraient des odeurs de ce genre, et l'appel général de la ventilation suffit pour attirer ces odeurs et les. expulser à mesure qu'elles se développent.

6i2. Introduction de l'air nouveau. — Dans les ateliers, comme ailleurs, il conviendra de faire affluer l'air nouveau vers le plafond, le plus loin possible des individus et à une température peu différente de celle que l'on veut entretenir à l'intérieur.

Si la nature de l'industrie exige que cette température intérieure soit élevée, pour rendre cette condition moins pénible pour les ouvriers, il faudra augmenter, dans une assez forte proportion, le volume d'air introduit. On sait, en effet, que l'on supporte d'autant plus facilement une température élevée, qae le renouvellement de l'air est plus abondant.

Les appareils de chauffage à la vapeur au moyen de celle qui s'échappe des machines motrices, au lieu d'être réduits à de simples tuyaux qui traversent les ateliers, devraient être disposés de manière à échauffer l'air nouveau à introduire dans les salles. Ils contribueraient ainsi à la fois au chauffage et à l'assainissement.

615. Accroissement de dépense causé par la ventilation. — Dans le cas actuel, comme dans tous les autres, il ne faut pas se dissimuler que l'introduction d'un volume d'air extérieur à une température plus ou moins basse et son évacuation au dehors donneront toujours lieu à une consommation de chaleur et par suite de combustible, qui se traduira en une dépense additionnelle. Mais outre que c'est un devoir pour tout industriel de ne reculer devant aucun des moyens qui peuvent maintenir en santé les ouvriers qu'il emploie, les dépenses, assez faibles d'ailleurs, qu'entraînerait l'accomplissement de ce devoir seront toujours, je crois, largement couvertes par le surcroît d'activité que le bien-être apporterait au travail et par la diminution des secours qu'on ne refuse jamais d'accorder aux malades.

614. Enlèvement des poussières répandues dans les ateliers. — Quant aux ateliers dans lesquels il se répand des poussières incommodes ou dangereuses, tels que ceux où l'on nettoie les cotons, les laines, où l'on teille et où l'on peigne le chanvre et le lin, les aiguiseries, etc., il faut recourir aux ventilateurs aspirants, qui attirent dans leurs conduits d'appel et expulsent au dehors les poussières les plus lourdes, quand on leur donne l'énergie convenable.

Dès l'année 1842, ayant pris connaissance d'essais avantageux faits chez MM. Pihet, frères, j'avais appelé l'attention du ministre de la guerre sur la nécessité d'améliorer, sous ce rapport, les aiguiseries de la manufacture d'armes blanches de Chatellerault. Plus tard, MM. Peugeot, habiles fabricants de quincaillerie à Hérimoncourt, département du Doubs, après m'avoir consulté, établirent dans deux de leurs

usines à meules des ventilateurs à l'aide desquels ils parvinrent à aspirer et à rejeter au dehors la poussière provenant du tournage ou riflage des meules. Enfin, en 1849, un système complet de ventilation, par appel mécanique, fut établi dans les aiguiseries de la manufacture d'armes blanches de Ghatellerault, qui contiennent chacune 18 à 20 meules. Il y fonctionne depuis cette époque, et, pourvu que le nombre de meules qu'on rifle à la fois n'excède pas 6 ou 8, un ventilateur de 0m,78 de diamètre sur 0ra,30 au plus de largeur, appelant l'air par son centre et faisant 900 à 1000 tours en 1', suffit pour empêcher la poussière de se répandre dans les usines.

Les résultats de ces appareils sont acquis depuis longtemps et la santé des ouvriers en a été grandement améliorée, mais il est triste de dire que les ouvriers, dans l'intérêt desquels ils ont été construits, sont tellement négligents et insouciants que, sans la surveillance des officiers d'artillerie, les conduits seraient bientôt obstrués par la poussière qui s'y dépose.

Dans les dispositifs de ce genre, les appareils qui développent la poussière qu'il s'agit d'évacuer, doivent être entourés de très-près par des enveloppes en bois ou en métal, qui ne laissent libres que les ouvertures absolument nécessaires au travail. Sous la machine, un orifice qui communique avec le canal d'appel, sert à l'écoulement du courant d'air qui entraîne les poussières.

Dans le cas des meules d'aiguiseries qui travaillent mouillées et qui ne répandent de poussière que quand on les tourne à sec, il faut que l'orifice d'appel des meules qu'on ne tourne pas soit fermé, pour que toute l'énergie de l'appel agisse au contraire sur celles que l'on tourne à sec et qui seules donneraient une poussière dangereuse.

Lorsqu'il s'agit de meules qui doivent travailler à sec et qui, par conséquent, sont toujours d'un emploi très-pernicieux pour la santé, on peut encore, à l'aide de moyens analogues, enlever et rejeter à l'extérieur toute la poussière qu'elles

produisent. C'est ainsi qu'à la manufacture d'armes de Chatellerault, M. de Maintenant, alors capitaine, était parvenu, à l'aide d'un petit ventilateur de 0m,30 de diamèlre, marchant à la vitesse de 1200 tours en 1', à attirer et à faire descendre sous la table d'une petite meule, dite à gouttières delà baïonnette, toute la poussière siliceuse qui forçait auparavant l'aiguiseur à s'envelopper la face, pour ne pas la respirer.

Les indications précédentes suffiront, sans doute, pour montrer le parti qu'il convient, dans chaque cas, de tirer des appareils mécaniques.

Ventilation des lieux d'aisances.

61S. Cette partie de la question de l'assainissement des lieux habités est l'une de celles qui présentent le plus de difficultés, non par elle-même, mais par suite des conditions de construction et des dispositions locales.

La plupart des fosses d'aisances des maisons d'habitation ne sont pas munies de cuvettes hydrauliques dans lesquelles plonge l'extrémité inférieure des tuyaux de descente, et dès lors elles se trouvent, par ces tuyaux, en communication avec l'intérieur des appartements.

L'on croit souvent en assurer la ventilation en perçant, vers un de leurs points culminants, une ouverture à laquelle s'adapte un tuyau d'échappement des gaz s'élevant jusqu'au toit. Mais il arrive, au contraire, fréquemment que ce tuyau, au lieu de servir à l'évacuation des gaz méphitiques, donne passage à un courant d'air extérieur descendant, qui refoule ces gaz à l'intérieur des habitations, avec d'autant plus d'énergie que ce mouvement est souvent encore facilité par l'appel que les foyers des pièces voisines peuvent exercer.

Je ne me propose pas d'examiner dans tous ses détails cette question, qui a d'ailleurs été traitée dans plusieurs rapports de commissions d'hygiène, et je me bornerai à indiquer quelques règles et quelques moyens d'une application assez facile.

En général, il ne convient pas de ventiler les fosses d'aisances elles-mêmes; c'est favoriser inutilement la fermentation et le développement des gaz à évacuer. Il vaut mieux les fermer le plus hermétiquement possible, et il n'y a point à craindre qu'il s'y développe aucun excès notable de pression.

Il faut, quand on le peut, placer sous chaque tuyau de descente une cuvette hydraulique, qu'il serait bon de rendre mobile autour d'un axe, afin de pouvoir de l'extérieur la faire basculer et la vider de temps en temps, pour la remplir ensuite d'eau.

L'usage des cuvettes hydrauliques dites à l'anglaise, et dont il y a bien des modèles pour les habitations particulières, et celui des cuvettes ou appareils Rogier-Mothès, à bascule, sont des moyens de mettre obstacle à l'introduction des gaz méphitiques dans les cabinets; mais, malgré l'utilité de ces divers dispositifs, il arrive encore trop souvent qu'ils ne préviennent pas cette introduction; il y a d'ailleurs bien des cas où on ne peut guère les employer, sans avoir à craindre qu'ils ne soient promptement hors de service.

Il faut donc recourir à un moyen général qui remédie aux défauts accidentels, que les appareils peuvent présenter, ou suppléer à leur absence.

Le procédé le plus sûr et le plus généralement applicable aux lieux déjà construits consiste à déterminer dans les cabinets d'aisances un appel de l'air des appartements vers ces cabinets à l'aide d'un conduit qui évacue cet air à l'extérieur.

Il résultera de cet appel que les gaz, qui ont pu ou qui tendent à affluer dans le cabinet seront entraînés au dehors avec l'air appelé des locaux voisins.

Si, par suite du voisinage d'une chambre à feu, on craignait que l'énergie de l'appel exercé dans le cabinet d'aisances ne nuisît au tirage de la cheminée, on pourrait ouvrir une prise d'air extérieur pour fournir au renouvellement de l'air du cabinet; mais, en général, il vaudrait mieux s'en passer, s'il est possible.

Dans le cas où les tuyaux de descente plongent par leur

extrémité inférieure dans une cuvette hydraulique, et où il n'y a pas en haut une petite cuvette à hascule, le dispositif imaginé par M. L. Duvoir, et décrit au chapitre V, me paraît fort convenahle. La partie supérieure de ce tuyau est terminée par une partie renflée appelée culotte (pi. VI), dans laquelle s'emboîte la cuvette proprement dite. Une tubulure, latérale au tuyau de la culotte, communique avec un tuyau dans lequel un appel suffisamment énergique peut être déterminé par l'un des moyens que j'indiquerai plus loin.

Si le tuyau de descente est commun à plusieurs sièges, ainsi qu'il arrive parfois, comme au bâtiment d'administration du chemin de fer du Nord, il n'est plus possible de lui donner la disposition précédente. Mais alors, sous chaque siège, il y a un tuyau biais qui s'emboîte latéralement dans le tuyau commun, et le siège est, sur une partie ou sur la totalité de sa circonférence, isolé du bâtis qui le soutient, ainsi qu'on peut le voir sur la figure 4 (pi. XIII). L'espace vide qui se trouve ainsi entre le siège et la cuvette, ou le tuyau, est en communication avec un tuyau d'appel particulier à chaque cabinet et qui débouche dans un tuyau général.

Une disposition analogue pourrait être prise pour les lieux d'aisances dits à la turque.

Dans ces divers dispositifs, l'on voit que, si l'appel a une énergie suffisante, l'air du cabinet, ainsi que les gaz qui pourraient se développer dans le tuyau de descente ou remonter de sa base, sont aspirés et passent sous la lunette pour aller gagner le tuyau d'évacuation. Il y a donc alors appel de l'extérieur à l'intérieur du cabinet, et de celui-ci au dehors, ce qui empêche la mauvaise odeur de se répandre dans les appartements.

Quant aux moyens de déterminer l'appel et de lui donner assez d'énergie , ils sont divers, selon les circonstances qui peuvent se présenter.

L'expérience prouve qu'un appel de 30 mètres cubes d'air au moins par heure et par siège est nécessaire et suffisant pour assurer l'assainissement d'un siège. Le diamètre du

passage étant d'environ Om, 12, cela correspond à une vitesse de 0n\40 ou 0m,50, au plus, qu'un appel modéré peut exercer.

Dans les maisons d'habitation, si le tuyau d'aspiration de l'air à évacuer était placé de manière à former l'une des parois de la cheminée de la cuisine, la chaleur qui lui serait communiquée suffirait, la plupart du temps, pour assurer une bonne ventilation.

Il en serait de même dans les casernes, ce qui permettrait d'y établir, au moins pour la nuit, des lieux d'aisances à l'intérieur.

Lorsque la position adoptée et obligée pour les lieux d'aisances ne permet pas de recourir à la disposition précédente, l'action d'un simple bec de gaz suffirait largement. L'on sait, en effet, que dans une cheminée ordinaire la combustion d'un mètre cube de gaz détermine l'évacuation d'environ 1000 mètres cubes d'air; par conséquent, un bec de petit modèle, brûlant seulement 30 litres à l'heure, produirait une évacuation d'air supérieure à 30 mètres cubes par heure. La dépense, à raison de 0f,30 le mètre cube de gaz, s'élèverait, pour 365 jours, 0m-c,030 X 0f,30 X 24 X 365= 79* par an, et le gaz ainsi employé servirait en outre à l'éclairage permanent du cabinet. L'amélioration qu'un si simple dispositif introduirait dans bien des habitations ne serait certes pas payée trop cher.

Dans les habitations, qui ne sont pas éclairées au gaz, on peut en remplacer l'action par une lampe ordinaire, et il est facile de déterminer la consommation d'huile et la dépense qui en résulteraient. En effet, puisque 0m,c,030 de gaz suffisent pour l'effet à obtenir, et que la chaleur qu'ils développent par leur combustion est égale à 0m,c,030 X 6000cal= 1 80eal, tandis qu'un kilogramme d'huile à brûler fournit 9000 calories, ou chaque gramme 9 calories, il s'ensuit que, pour développer 180 calories par heure, il faudrait brûler 20 grammes d'huile par heure, ce qui est précisément la moitié de la consommation d'une lampe carcel ordinaire. Mais à cause du

prix élevé de l'huile, qui est de lf,80 le kilogramme, la dépense serait par an égale à

0kil,020 X lf,80 X 24 X 365 = 157f,50,

en supposant que la lampe brûlât jour et nuit pendant toute l'année.

Dans le cas où il y a des appareils de chauffage par circulation d'eau ou de vapeur, il est très-facile de conduire dans la cheminée d'appel des tuyaux spéciaux destinés à donner à l'évacuation toute l'activité nécessaire. C'est ce qui a été exécuté avec plein succès dans le bâtiment d'administration du chemin de fer du Nord en 1862; et comme exemple d'une semblable disposition, à laquelle d'ailleurs on pourrait aussi appliquer l'usage du gaz, je crois devoir décrire cette installation.

616. Application des indications précédentes au bâtiment d'administration du chemin de fer du Nord. — La planche XIII (fig 4), représente l'une des deux dispositions adoptées pour les cinq étages de bureaux à chacune des extrémités de l'aile Nord du bâtiment. Le nombre total des cabinets affectés au service de ces étages est de vingt-sept. Il n'y a que trois tuyaux principaux de descente, ayant chacun 0,m22 de diamètre. A chaque étage ils reçoivent par embranchement les deux tuyaux particuliers des cabinets latéraux; de sorte qu'un même conduit vertical sert au débit des matières fournies par huit ou par dix sièges.

Chaque siège est placé dans une cellule particulière et se compose :

1° D'une tablette en schiste ardoisier présentant une ouverture de 0m,22 de diamètre ;

2° D'une cuvette en fonte, dont le bord supérieur est séparé, dans tout son pourtour, du dessous de la tablette par un intervalle vide de 0m,l0, qui communique avec un con-

duit d'évacuation, lequel, après s'être élevé verticalement, va gagner obliquement la cheminée générale.

L'extrémité inférieure de la cuvette, qui n'a que 0m,14 de diamètre, s'engage librement dans la partie supérieure du tuyau de descente, dont le diamètre est de 0m,22; de sorte qu'il y a entre ces deux tuyaux un intervalle qui permet l'écoulement des eaux qui peuvent tomber sur le sol.

Chaque tuyau de descente plonge dans une cuvette hydraulique en cuivre, qui empêche les gaz de la fosse de s'élever dans ce tuyau.

La ventilation n'a donc à évacuer que les gaz et l'air vicié qui se développent dans les conduits et dans les cabinets.

L'appel est ou peut être à volonté activé par deux moyens : l'un permanent et régulier, l'autre accidentel ou de saison. Le premier consiste en un jeu de tuyaux de circulation d'eau chaude, qui parcourt, sur une hauteur de 16 mètres audessus du sol du rez-de-chaussée, le conduit principal d'évacuation, d'où les gaz se rendent ensuite dans une cheminée générale, dont le sommet est à 22 mètres au-dessus du même sol.

La coupe parallèle au mur de fond (pi. XIII) montre clairement la disposition de tous ces conduits.

Le second moyen d'activer l'appel consiste dans l'utilisation de la chaleur développée par les becs d'éclairage de chaque cabinet. Ces becs sont renfermés derrière un châssis vitré dans les conduits d'évacuation de l'air vicié, et leur combustion est ainsi alimentée par l'air même qu'il s'agit d'évacuer. L'on n'a pas eu jusqu'ici besoin d'y recourir.

Les cabinets particuliers s'ouvrent dans une salle dans laquelle sont disposés des urinoirs, auxquels l'on n'a pas jusqu'ici fourni une quantité d'eau suffisante et dont la disposition n'est pas la plus convenable pour empêcher l'odeur particulière qu'ils développent de se répandre dans cette pièce. Malgré cette circonstance défavorable, la ventilation a assez d'énergie, puisqu'aucune odeur ne se répande dans les

617. Résultats d'expériences. — La multiplicité de ces cabinets d'aisances présentant un cas où la difficulté pouvait être plus grande que dans beaucoup d'autres, il m'a paru utile de faire faire quelques expériences spéciales pour constater les effets obtenus et les volumes d'air évacués par les sièges. Les données de ces expériences et les proportions des conduits sont les suivantes :

Diamètre des tuyaux principaux et particuliers de descente. 0m,12

Diamètre des lunettes des sièges 0 ,228

Section de passage des lunettes des sièges 0m-q,0407

Surface de chauffe des tuyaux de circulation d'eau chaude. 1 ,20

Section libre de la cheminée d'évacuation 0 ,75

Section des conduits particuliers d'appel 0 ,0445

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