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618. Conséquences de ces expériences. — Les résultats de ces expériences montrent que l'emploi des tuyaux de circulation d'eau chaude, très-modérément chauffés, .a suffi pour déterminer par siège une évacuation moyenne de 63m'c,55 par heure, ou en tout, pour les 27 sièges, de 63m*c,55 X 27 = 1 7 16m-c par heure. L'excès de la température dans la cheminée d'évacuation sur la température extérieure n'a varié cependant que de 4 à 7°, et il pourrait être plus considérable, si la nécessité s'en faisait sentir.
Le volume moyen de 63mc,55 d'air vicié, bien que trèssupérieur à celui de 30 mètres cubes, qui était suffisant à l'hôpital Beaujon pour assurer l'assainissement des lieux d'aisances, ne me paraît pas surabondant dans le cas actuel. Le grand nombre des cabinets, la disposition générale et les chances d'un défaut de surveillance sont des motifs pour exagérer notablement le volume d'air à évacuer,
A cette occasion, je ferai observer que, quand on a établi pour des lieux d'aisances des moyens de ventilation qui déterminent par les sièges un appel suffisamment énergique, c'est une erreur d'ouvrir les fenêtres des cabinets ou des pièces qui les précèdent. Il arrive, en effet, alors, que cet appel est alimenté par l'air extérieur affluent par les fenêtres et non par celui des corridors ou des pièces voisines. De sorte que, si dans ces pièces il y a aussi des foyers qui attirent et évacuent un certain volume d'air, il devient possible que, tandis que l'air pur venu des fenêtres passe par les cabinets d'aisances, celui des abords de ces cabinets soit appelé vers les locaux voisins, qui alors peuvent être plus ou moins infectés. Le but et l'effet de la ventilation des lieux d'aisances doivent être, au contraire, de déterminer des pièces voisines vers ces cabinets un mouvement d'air, qui y renouvelle sans cesse celui qu'ils contiennent et s'oppose ainsi à leur infection.
619. Lieux d'aisances du bâtiment b de l'hôpital militaire de Yincennes, — Le service du génie a fait établir dans le bâtiment b de cet hôpital des lieux d'aisances à la turque, dont
il a assuré la ventilation par des moyens analogues à ceux que nous avons indiqués plus haut.
Ces cabinets sont placés à droite et à gauche du grand escalier et précédés par un petit cabinet d'entrée (pi. XII, fig. 3 et 4). Il y a trois sièges à la turque dans chaque cabinet, et ils sont tous munis d'appareils à cuvette Rogier- Mothès. Ces sièges sont placés dans une même verticale pour les trois étages, et sont desservis par des tuyaux de descente venant du troisième étage et qui aboutissent chacun à un tonneau de vidange garni d'un appareil séparateur. Les liquides s'écoulent dans les égouts, et au delà dans le rupt de Montreuil, qui passe sous l'hôpital. Des regards ouverts sur les cours extérieures, permettent d'enlever les tonneaux où sont restées les matières solides.
La ventilation des cabinets se fait par deux petites cheminées qui s'ouvrent à 0m,60 au-dessus du sol (pi. XII, fig. 4), et débouchent dans une même cheminée d'appel. L'une de ces cheminées est chauffée l'hiver par le tuyau de fumée d'un calorifère, l'autre par un courant d'air chaud envoyé par le même appareil.
J'ai signalé l'inconvénient de ce dernier moyen d'appel, qui, dans certains cas, peut donner lieu à des rentrées d'air vicié.
En été, le chauffage étant suspendu, on se contente, pendant le jour, d'ouvrir les fenêtres, et, pour la nuit, l'on utilise la chaleur des becs de gaz d'éclairage que l'on a placés en g' g' (pi. XII, fig. 3 et 4) dans les petites cheminées d'appel, en arrière d'une paroi en verre placée à la hauteur convenable. Les becs de gaz sont alimentés par l'air vicié que l'on extrait des cabinets.
Sous l'influence de cet appel énergique, l'air extérieur pénètre dans le cabinet par la porte souvent ouverte, par les joints des fenêtres et aussi par deux carneaux établis sous le sol et venant du calorifère.
L'air chaud sort de ces carneaux assez abondamment pendant l'hiver, mais en été sa vitesse est peu sensible.
Les fosses du bâtiment b ne sont pas ventilées, et d'ailleurs, dans la plupart des cas, la ventilation des fosses présente, comme nous l'avons dit, plus d'inconvénients que d'avantages.
Pendant l'hiver, les cheminées d'appel suffisent pour assurer clans chaque cabinet une évacuation d'air de 2ni-°,30 par minute, et le renouvellement de l'air en 18 minutes; ce qui revient à environ 46 mètres cubes par siège et par heure.
Pendant les jours d'été, la ventilation naturelle de jour donne une évacuation de lm,c,33 en 1', ou 26m,c,60 par siège et par heure, et le renouvellement de l'air en 31 minutes.
La nuit, la ventilation, activée par le gaz, évacue 8m-c,36 en 1', ou 167 mètres cubes par siège et par heure, et renouvelle l'air en 5 minutes.
En hiver, la rentrée de l'air chaud par les carneaux venant du calorifère est de lm-c,25 par minute. En été, elle n'est pas sensible ; quand la ventilation naturelle n'a pas d'auxiliaire, elle atteint à peine alors 0m-°,84 par l'action du gaz.
Quoi qu'il en soit, ces cabinets sont à peu près sans odeur, à la condition pourtant que tous les jours le sol soit lavé avec une solution de sulfate de fer. Sans cette précaution, le ciment s'imprègne d'urine et donne de l'odeur. Mais cette odeur arrive rarement dans le corridor des salles. L'inconvénient précédent est d'ailleurs inhérent au système des lieux à la turque.
La consommation du gaz employé à activer la ventilation est de 1 litre par mètre cube d'air extrait, en sus de l'écoulement produit par la ventilation naturelle ; par conséquent, un mètre cube de gaz produit l'évacuation de 1000 mètres cubes d'air, comme je l'ai trouvé parles expériences rapportées au chapitre V.
Ce dernier exemple montre d'autant mieux l'efficacité de l'emploi des becs de gaz pour la ventilation des lieux d'aisances, que ceux auxquels il s'applique sont loin d'être d'un système irréprochable et admissible dans les habitations particulières.
Les indications qui précèdent suffisent pour montrer que le moyen le plus efficace et le plus certain d'assurer la ventilation des lieux d'aisances consiste à y déterminer un appel énergique qui produise par heure l'évacuation de 40 à 50 mètres cubes d'air provenant tant des tuyaux et des appareils employés que d'une partie de l'air du cabinet, de sorte que ce cabinet lui-même exerce un appel sur les pièces voisines, au lieu de servir de passage à de l'air infecté.
Des écuries et des étables.
620. L'aérage des écuries et des étables n'est pas moins nécessaire à la santé des animaux qui y séjournent, que ne l'est à l'homme une ventilation convenable des lieux qu'il habite. Si, pour l'engraissement et la production du lait, un certain nombre d'éleveurs pensent que le séjour dans des étables peu aérées, où l'air chargé d'acide carbonique maintient les animaux à un état d'engourdissement et de somnolence favorable au but que l'on se propose d'atteindre, il ne saurait en être de même pour les animaux de travail, que l'on a tout intérêt à maintenir dans un état de santé et d'énergie aussi grand que possible.
L'on sait d'ailleurs quelles sont les influences funestes qu'exerce sur l'hygiène des races bovine, ovine et chevaline la privation d'espace et d'air, et elles ont assez longtemps pesé sur la cavalerie de nos armées, pour que des améliorations considérables aient été successivement introduites dans les écuries, et que tout récemment des expériences très -remarquables aient été faites pour constater l'influence d'une aération complète et permanente, en toute saison.
Pour montrer à la fois l'utilité des mesures prises et la marche des idées sur cette question importante pour l'agriculture et pour l'armée, je ne puis mieux faire que d'extraire les passages suivants d'un discours, prononcé le 14 janvier 1862 à l'Académie impériale de médecine, sur Y Influence de
V aération et de la ventilation sur les animaux sains ou rnalad es, à l'occasion des discussions qui eurent lieu à cette époque dans le sein du corps médical, par M. Renault, membre de cette académie, correspondant de l'Institut et inspecteur général des écoles vétérinaires, que la science vient de perdre tout récemment, victime de son dévouement.
Convaincu que la question de l'hygiène des hôpitaux peut recevoir quelque lumière des observations faites par les vétérinaires, sur les mauvais effets d'un air confiné et altéré sur la santé des animaux et sur la marche ou la terminaison de leurs maladies, M. Renault a examiné cette influence sur les animaux en santé et sur les animaux malades.
621. Influence sur les animaux en santé. — Vers la fin du dix-septième siècle, Vauban avait fixé à trois pieds en largeur l'espace à donner à chaque cheval de troupe dans les écuries, et c'est d'après cette proportion restreinte que, jusqu'après la paix de 1814, la plupart des écuries de nos casernes de cavalerie furent construites. Pendant les longues guerres de la fin du siècle dernier et du commencement de celui-ci, la cavalerie, rarement casernée à l'intérieur, eut peu l'occasion de s'apercevoir du défaut de proportion des écuries, et les vétérinaires de cette époque, peu instruits et peu soigneux, ne s'en inquiétèrent guère.
Mais lorsque, avec le retour de la paix, toutes les parties du service furent étudiées avec plus de loisir et de soin, l'on reconnut bientôt, par la comparaison avec les écuries de la cavalerie étrangère, que la proportion adoptée en France était de beaucoup au-dessous de celle qui était nécessaire. Des vétérinaires instruits et dévoués signalèrent avec persévérance les inconvénients de cet état de choses, et des commissions d'hommes compétents furent nommées pour constater l'influence des proportions données aux écuries sur la santé des chevaux.
Le lieutenant général Wathiez fit paraître en 1835 un mémoire dans lequel il attribuait la plus grande partie de la
mortalité observée alors dans la cavalerie française, au défaut d'espace et de ventilation, et citait à l'appui de cette opinion la, comparaison suivante :
« Tandis qu'à Sarrelouis, où étaient casernes deux escadrons de hussards prussiens, et à Deux-Ponts, où tenait garnison un régiment de chevau-légers bavarois, la morve était à peu près inconnue, elle régnait en permanence et faisait éprouver de grandes pertes à notre cavalerie des garnisons de Thionville et de Sarreguemines, qui touchent pour ainsi dire Sarrelouis et Deux-Ponts.
« C'est le même climat, ce sont les mêmes conditions atmosphériques, la même qualité de fourrages, nos chevaux sont peut-être mieux choisis et constitués ; ils reçoivent des soins de propreté au moins égaux. Il n'y a que cette seule différence, qu'à Sarrelouis et à Deux-Ponts chaque cheval jouit dans les écuries d'un espace suffisant, et que la masse d'air qu'il respire dans ces écuries spacieuses et largement ventilées n'est point viciée. »
A la suite des rapports de plusieurs commissions, au nombre desquelles s'en trouvait une formée dans le sein de l'Académie de médecine, il fut décidé en 1841, que les anciennes écuries seraient modifiées, de manière que chaque cheval y eût un espace de lm,45 à lm,20 au moins, et que les nouvelles écuries seraient proportionnées à raison de lra,45 de longueur et environ 55 /mètres cubes d'espace cubique par cheval.
Les modifications prescrites ont été exécutées successivement et ne sont pas encore toutes terminées, les constructions nouvelles sont conformes aux bases adoptées, et déjà les résultats se sont fait sentir d'une manière favorable. Ainsi en relevant au Ministère de la guerre les chiffres officiels de la. mortalité dans toute la cavalerie française, pendant chacune des dix années, qui, de 1835 à 1845, ont précédé le commencement d'exécution de ces mesures, et pendant chacune des treize années, qui, de 1846 à 1858, en ont vu l'ap-
plication successive, M. Renault signale les résultats suivants :
Moyenne des pertes sur 1000 chevaux.
Par toutes les maladies, Par la morve. y compris
la morve.
Période de 1835 à 1845 51 94
Période de 1846 à 1858 21 48
Outre cette décroissance générale de la mortalité pendant la seconde période, où les améliorations n'ont été introduites que successivement, M. Renault signale la continuité de l'amélioration, puisque la mortalité n'a plus atteint dans les dernières années que les chiffres suivants :
Moyenne des pertes sur 1000 chevaux.
Par toutes les maladies, Par la morve. y compris
la morve.
En 1846 (1" année de la 2e période). 35 64
En 1847 26 58
En 1857 16 37
En 1858 10 28
« Or, dit M. Renault, depuis 1846 il n'y a eu absolument de changé, dans les conditions d'hygiène des chevaux de l'armée, que la largeur de la place qui leur est allouée dans les écuries, que l'augmentation de la capacité, que l'aération et la ventilation de ces locaux. La nourriture, l'exercice, le pansage, etc., sont restés les mêmes. Il n'y a donc pas à se méprendre sur la cause de cette amélioration, si rapidement et si sensiblement croissante, de l'état sanitaire. »
Tout en reconnaissant l'utilité et l'efficacité de l'accroissement de l'espace cubique alloué à chaque cheval, je ne suis pas aussi sûr que des mesures à peu près convenables aient été également et généralement prises pour assurer suffisamment le renouvellement de l'air. Je reviendrai tout à l'heure sur cette partie de la question.
Les résultats favorables obtenus en France par l'augmentation de la capacité des écuries étaient d'ailleurs passés à
l'état normal et permanent dans plusieurs parties de l'Allemagne, où, par suite de dispositions analogues, la morve était devenue à peu près inconnue, et si rare, qu'un colonel de hulans de l'armée westphalienne fut destitué, parce que son régiment, en garnison à Munster, avait perdu, pendant l'automne de 1844, douze chevaux de la morve, ce que l'on crut pouvoir attribuer à la fatigue causée par des manœuvres excessives.
Les idées favorables à l'aération complète des chevaux devinrent tellement en faveur dans l'armée française, qu'en 1854, à l'époque où l'artillerie était mise sur un pied de guerre, pour lequel les écuries qui lui étaient affectées devinrent insuffisantes, il fut ordonné de faire bivaquer jour et nuit, en toute saison, une partie des chevaux du 7e régiment d'artillerie, qui passèrent ainsi à Metz plus de six mois de cette année.
Si cette mesure, empruntée aux habitudes de l'armée d'Afrique, présenta par suite de l'attache au piquet et de la consommation utile du fourrage des inconvénients, elle ne paraît pas en avoir eu pour la santé des chevaux.
Sans aller aussi loin, des vétérinaires instruits ont constaté, par de premières observations, qu'une aération obtenue par l'ouverture permanente des portes et des fenêtres, même en hiver, était éminemment favorable, non-seulement aux animaux en santé, mais même à ceux qui étaient malades.
«De 1858 à 1861, dit M. Renault, M. Oger, alors vétérinaire en premier au 7e régiment de lanciers, convaincu par une longue expérience que, même dans leurs conditions actuelles d'amélioration, la plupart des écuries anciennes ne donnent pas encore aux chevaux un air aussi pur et aussi abondant qu'il conviendrait à leur santé, obtenait de son colonel l'autorisation de laisser portes et fenêtres ouvertes, nuit et jour, non-seulement dans toutes les écuries occupées par les chevaux du régiment, mais encore dans les infirmeries. A peine quelques mois de ce régime s'étaient-ils écou-
lés, que déjà son influence se traduisait par une remarquable amélioration dans l'état sanitaire des chevaux de ce régiment, et par la gravité sensiblement moindre des affections de ceux qui étaient aux infirmeries. Ce fut à ce point que les colonels de deux autres régiments, le 4e de chasseurs et le 5e de hussards, frappés de ces résultats, suivirent l'exemple donné par le 7e de lanciers, et depuis lors ont vu, comme ce dernier, les excellents effets de cette aération permanente se manifester par une diminution notable dans le nombre de leurs chevaux malades et le chiffre habituel de leur mortalité. »
Le système de l'aération continue par l'ouverture permanente des portes et des fenêtres est aussi en usage dans le 3e régiment de dragons depuis huit ans, et les résultats en ont paru si constamment favorables dans les diverses garnisons que le corps a occupées, que les colonels qui l'ont successivement commandé ont toujours maintenu le même usage.
En rentrant des manœuvres, on se contente de couvrir les chevaux avec la couverture pliée en quatre, pendant le temps nécessaire, mais les portes et les fenêtres ou lucarnes restent toujours ouvertes.
Au camp de Châlons, en 1862, on a remarqué que ce régiment a eu beaucoup moins de chevaux malades que les autres corps de cavalerie, qui ne suivaient pas le même mode.
Ces renseignements, qui m'ont été fournis par M. le colonel de Brauer, ont été complètement certifiés par le vétérinaire du corps , qui y est en fonctions depuis plus de huit ans.
Frappé de ces résultats remarquables, M. le maréchal Randon, ministre de la guerre, a ordonné que des expériences sur une grande échelle fussent poursuivies dans des régiments de diverses armes, au centre, au midi et au nord de la France.
Voici le programme donné pour ces expériences :
« MM. les chefs de corps, dans lesquels elles auront été prescrites, choisiront dans leur régiment deux escadrons logés dans des écuries ayant autant que possible les mêmes dispositions et la même orientation. L'un de ces escadrons, devant servir de point de comparaison, sera soumis à l'aération habituelle du corps, l'autre à l'aération permanente.
« Celle-ci consistera à laisser les portes et les croisées de l'écurie constamment ouvertes, quel que soit l'abaissement de la température. Il n'y aura d'exception qu'en hiver, dans les deux cas suivants : 1° lorsque les portes, dont l'une serait située au nord et l'autre au midi, se correspondraient; 2° lorsque les chevaux rentreront du travail ou des promenades. Dans le premier cas, on fermera la porte du nord seulement; dans le second, les portes et les croisées seront fermées pendant l'espace d'une à deux heures au plus. »
L'on voit que, dans cette instruction, il n'est pas question des conduits d'évacuation de l'air vicié, et que, pour sa sortie comme pour l'introduction de l'air nouveau, l'on compte uniquement sur les courants naturels qui s'établiront dans l'intérieur des écuries.
Les résultats des observations recueillies, depuis le mois de décembre 1861 au mois de décembre 1862, dans les régiments où les expériences ont été faites, ont été l'objet d'un rapport adressé, à la date du 20 mai 1863, au Ministre de la guerre, qui a bien voulu m'en faire donner communication.
Les conclusions générales auxquelles s'est arrêtée la commission d'hygiène hippique sont les suivantes :
« 1° Les 311 chevaux soumis à l'aération habituelle n'ont éprouvé aucun changement bien appréciable dans leur état et dans leur énergie. Leur état sanitaire a été le même que celui des autres chevaux du corps. D'après le tableau des
mutations, le chiffre des entrées aux infirmeries a été de 92 ou 29,6 pour 100,- et le chiffre des pertes de l'année a été de 5, soit 16 sur 1000.
« 2° Les 451 chevaux soumis à l'aération permanente ont, au contraire , subi d'avantageuses modifications dans leur état et dans leur énergie. Leur état sanitaire a été sensiblement plus satisfaisant que celui des chevaux de la première catégorie, puisque le relevé des mutations n'a constaté pour l'année que 63 ou 13,9 sur 100 entrées aux infirmeries, et qu'il n'était mort que 3 chevaux, soit 6,6 sur 1000.
« 3° Les différences observées entre la température extérieure et la température intérieure des écuries, affectées aux chevaux soumis à l'aération habituelle, ont varié, suivant que dans ce système l'aération a été plus ou moins large, plus ou moins complète ; mais cependant lorsque la température extérieure était de +4° et au-dessous, la température intérieure a toujours été plus élevée de 8 à 12°; au contraire, lorsque la température extérieure dépassait +20°, la température intérieure était plus basse de 6 à 10°.
« 4° Ces différences, en ce qui regarde les écuries affectées aux chevaux soumis à l'aération permanente, ont été beaucoup moins sensibles, puisque dans le premier cas la différence en plus n'a été que de 2 à 4°, et que dans le deuxième cas elle n'a été en moins que de 3 à 6°, ce qui évidemment plaçait déjà les chevaux de cette catégorie dans de meilleures conditions d'hygiène, attendu que ceux-ci se trouvaient moins exposés aux influences des transitions brusques de température.
« 5° Les chevaux de cette dernière catégorie ont paru mieux résister au travail et suer moins facilement, et ils étaient aussi moins exposés aux arrêts de transpiration et aux répercussions cutanées.
« 6° En présence de ces résultats, évidemment très-expli-
cites, les commissions régimentaires ont été unanimes à reconnaître que l'aération permanente présentait une supériorité notable sur tous les autres modes employés dans l'armée. Cette supériorité était d'autant plus marquée que dans le système qui servait de point de comparaison, l'aération était moins large et moins complète. Le mode d'aération permanente offrait en outre le grand avantage de fournir toujours à la respiration des chevaux une grande quantité d'air pur, et d'augmenter ainsi leur résistance à l'action des agents morbifiques, en les rendant, en même temps, moins impressionnables aux influences atmosphériques.
« 7° Deux commissions, celle du 2e régiment de hussards et celle du 3e régiment de cuirassiers, ont exprimé l'opinion que ce système ne saurait être adopté d'une manière définitive qu'à la condition de remplacer les châssis de fenêtres des écuries par des toiles métalliques, et les portes entières par des demi -portes, ne s'élevant qu'à lm,50 au-dessus du sol. »
La prudence qui doit guider l'autorité, quand il s'agit d'un intérêt aussi important que celui de la conservation des chevaux de toute la cavalerie de l'armée, engagera peut-être à renouveler et à multiplier les expériences avant de prendre un parti définitif. Il est d'ailleurs possible que, pendant les hivers rigoureux, il puisse y avoir nécessité de restreindre un peu les ouvertures d'accès de l'air, mais il n'en reste pas moins acquis, par ces expériences exécutées dans quatre régiments stationnés au nord, au centre et au midi de la France, que l'aération continue paraît être d'un effet trèssalutaire pour la santé des chevaux.
622. Observation relative au tonclage des chevaux. — L'usage très-ancien dans le midi de tondre les animaux de trait ou de bât s'est, depuis un certain nombre d'années, étendu aux chevaux de luxe, auxquels il donne une apparence plus agréable à l'œil que le poil d'hiver. Un des avantages qu'on
lui attribue, c'est de faciliter l'évaporation de la transpiration à mesure qu'elle se produit, et d'empêcher ainsi les animaux de rester longtemps mouillés et d'être plus tard refroidis par la sueur, quand ils sont rentrés à l'écurie. Cela est vrai, mais le dernier effet n'est que la conséquence du défaut à peu près complet d'aération des écuries, défaut que les cochers exagèrent encore dans nos habitations, aujourd'hui si rétrécies, en ayant soin de tenir presque toujours les ouvertures closes pour entretenir à l'intérieur une température élevée qui, rendant le poil moins nécessaire, s'oppose à son développement.
Sans rien vouloir exagérer, je crois qu'il vaudrait mieux aérer complètement les écuries et couvrir chaudement les chevaux. L'air qu'ils respireraient serait plus pur, les gaz ammoniacaux seraient incessamment enlevés, au grand soulagement de la vue et des organes de la respiration.
625. Observations recueillies à Denain. — Une circonstance particulière m'ayant récemment conduit à Denain, j'ai eu l'occasion d'y visiter une belle exploitation agricole réunie à une sucrerie, dont le service et les cultures exigent l'emploi d'un grand nombre de bœufs.
Les étables, qui contiennent parfois jusqu'à cent têtes de bétail, tant en bêtes de travail qu'en élèves et en animaux à l'engrais, ont environ lm,14 de longueur par bête, 5m,70 de largeur, 4m,50 de hauteur, ce qui correspond à une capacité de 27 mètres cubes par tête, et me semble insuffisant. Elles sont simples, percées sur les deux faces de lucarnes toujours ouvertes, et munies chacune vers le milieu de leur longueur d'une ou de deux cheminées d'évacuation de l'air vicié. La somme des orifices d'admission, en y comprenant les portes et les lucarnes, correspond à 0m-i,26 par tête de bétail. Les cheminées d'évacuation présentent une section de 0m,,î,03 par bête.
L'aération est donc continue en toute saison, et le propriétaire, M. H. Macarès, m'a affirmé que son bétail, toujours
en parfaite santé, n'était jamais éprouvé par les épidémies qui se répandent souvent dans les étables mal aérées.
Dans la disposition que je viens d'indiquer, l'on remarquera que l'existence de cheminées d'appel, dans chaque étable, et l'ouverture permanente des lucarnes pratiquées sur les deux faces, assurent à la fois l'évacuation régulière de l'air vicié et l'introduction de l'air nouveau. En mettant, à l'aide d'un dispositif analogue à celui que j'indiquerai plus loin, les cheminées d'évacuation à l'abri des effets des bourrasques, l'on peut obtenir par ces dispositions simples et peu dispendieuses une aération continue des étables et des écuries.
624. Observations faites dans les écuries de la Compagnie générale des Omnibus. — Les écuries de cette compagnie contiennent généralement 24 chevaux, disposés sur deux rangs, et n'offrent qu'une capacité variable de 20 à 25 mètres cubes par cheval, ce qui est tout à fait insuffisant. Elles ne peuvent être éclairées et aérées que par les deux extrémités. Des cheminées d'évacuation de l'air vicié y ont été établies, d'abord au nombre de deux dans les angles, une pour chaque rangée de chevaux, offrant chacune une section d'environ 0m,*,70,soit ensemble lm-i,40; ce qui, avec une vitesse de 0m,80 en 1", pourrait produire une évacuation d'environ 168 mètres cubes d'air par heure et par cheval.
Mais l'ouverture de ces cheminées, directement au-dessus des chevaux placés à l'extrémité de chaque rang, a présenté quelques inconvénients; les animaux plus immédiatement soumis au courant d'air déterminé par l'appel étaient séchés trop rapidement quand ils rentraient en sueur du travail. L'on a alors, pour quelques écuries, remplacé les deux cheminées par une seule, établie au milieu de l'écurie au-dessus de l'allée, ce qui est bien préférable; mais cette cheminée unique, dont la section aurait dû être égale à la somme de celles des deux cheminées précédentes, n'a qu'environ
0m"*,49 de section, ce qui n'est pas suffisant, comme on le verra par les résultats des expériences.
Malgré ces moyens d'aération, la Compagnie a dû se préoccuper de l'état de l'atmosphère de ses écuries, où la nuit, quand tous les chevaux sont rentrés, il règne une température supérieure souvent de 10 à 12 degrés à celle de l'air extérieur et où l'air est saturé de vapeur.
Pour constater d'abord les effets obtenus avec les dispositions existantes, j'ai fait faire quelques expériences qui ont fourni les résultats suivants :
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625. Conséquences des résultats précédents. — Ce tableau montre d'abord l'insuffisance de capacité de ces écuries qui n'ont, comme je l'ai dit plus haut, qu'un volume de 20 à 25 mètres cubes par cheval, pour des animaux très-robustes, abondamment nourris et soumis à un travail continu, tandis qu'on a reconnu que, pour les chevaux de la cavalerie, il fallait allouer au moins 50 mètres cubes de capacité par animal.
L'on voit qu'un renouvellement d'air de 83 mètres cubes par cheval et par heure est tout à fait insuffisant pour empêcher la température de s'élever, puisque le 10 mars, alors que la température extérieure était de 6°, celle de l'intérieur de l'écurie est montée à 17°, 5, ou s'est ainsi accrue de 11°, malgré l'évacuation de ce volume d'air.
Les expériences faites sur les écuries n09 7 et 2, où le volume d'air vicié évacué s'est élevé à 156 mètres cubes, et à 194 mètres cubes par heure et par cheval, font voir qu'un volume de 180 à 200 mètres cubes environ est nécessaire pour empêcher la température de s'élever de plus de 7 à 8° au-dessus de celle de l'air extérieur.
On voit aussi que, sans le secours d'aucun moyen artificiel, la seule action d'une différence de température intérieure de 11° peut déterminer une vitesse d'évacuation de lm,13, et celle de 7°, 5 une vitesse de 0m,75 à 0m,90 en 1" dans des cheminées en métal de 6 mètres environ de hauteur. Par conséquent, en partant de cette donnée et en proportionnant convenablement la section des cheminées d'évacuation, on pourra, dans des cas analogues, déterminer l'évacuation de tel volume d'air qui sera jugé nécessaire.
Mais, dans le cas actuel, où l'on ne peut songer à employer que la ventilation naturelle, il faut se rappeler qu'elle est sujette à des renversements de sens, soit par l'action du vent, soit par des causes accidentelles, quand les différences de température sont faibles. Il convient donc de prévoir les cas, assez rares d'ailleurs, où il se ferait des rentrées d'air par les cheminées destinées à l'évacuation et choisir leur empla-
cément ou celui des orifices d'appel, de façon que les animaux ne puissent jamais en être incommodés. C'est par ce motif que, dérogeant à la règle générale que j'ai posée, d'appeler l'air vicié le plus près possible des points où il est altéré, je crois devoir, pour les écuries et les étables, indiquer que ces orifices devront être pratiqués loin des animaux et de manière cependant que l'air affluent ne s'y dirige pas immédiatement.
626. Observations sur le degré d'hygrométricité de Vair. — La proportion plus ou moins grande de vapeur d'eau contenue dans l'air d'une écurie ou d'une étable, étant, comme ailleurs, l'une des causes qui influent -le plus sur leur salubrité, j'ai fait exécuter quelques expériences spéciales à ce sujet, dans les écuries de la Compagnie générale d es Omnibus.
Pour l'exécution de ces expériences, qui ont été faites avec l'hygromètre de M. Regnault, l'on a observé successivement à l'air extérieur et dans les écuries 12, 7 et 2, qui contenaient des nombres différents de chevaux. Les résultats des observations sont consignés dans le tableau suivant, auquel j'ai joint les volumes d'air moyennement évacués de ces mêmes écuries, dans des conditions de température à peu près semblables.
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