CHAPITRE VI
EXAUIEX COMPARATIF DES DIVERS SYSTÈMES EMPLOYÉS EN FRAIVCE, D'APRÈS LES RÉSUL- TATS DES EXPÉRIENCES.
227. Les opinions ont été dans ces dernières années surtout, fort partagées en France sur la préférence que, pour obtenir une ventilation à la fois assurée et économique, il convient d'accorder aux systèmes qui procèdent par aspiration ou à ceux qui opèrent par insufflation. En Angleterre, comme on a pu le voir par les renseignements que nous y avons recueillis récemment, et dont nous avons donné une analyse détaillée dans l'Introduction, l'on a depuis longtemps abandonné le système de l'insufflation pour les grands établissements.
Je me propose dans cette partie de mes études sur la ventilation, de discuter la question de la préférence à accorder à l'un ou à l'autre de ces systèmes, en me fondant principalement sur les résultats des expériences qui ont été faites par divers observateurs et de celles que j'ai pu moi-même faire exécuter.
Quelques considérations générales ne seront cependant pas superflues pour bien préciser la question et pour indiquer les différences essentielles dans les effets que produisent les deux systèmes.
Celui où l'on procède par refoulement, par insufflation de l'air nouveau dans les lieux que l'on veut assainir, exige nécessairement l'emploi d'appareils mécaniques , qui sont presque toujours des ventilateurs de diverses formes, et l'action seule de la chaleur n'est, en général, considérée que comme un auxiliaire dont on néglige beaucoup trop le concours, et non comme l'agent principal de la ventilation.
Dans le système de l'aspiration, au contraire, l'action directe de la chaleur est presque toujours, pour les lieux
halDités, l'agent principal qui produit l'effet désiré; mais rien ne s'oppose à ce que, dans des circonstances données et spéciales, cette action ne soit aidée par celle d'un agent mécanique qui ne devient alors que l'auxiliaire.
Dans certains cas, cependant, l'aspiration peut être simplement produite par des moyens mécaniques, ainsi que cela se fait quand il s'agit d'enlever ou de rejeter au dehors des poussières, comme dans les tarares, dans les appareils à nettoyer les blés et les autres graines, dans les aiguiseries où l'on appelle au dehors la poussière des meules. Il en est souvent encore de même dans certaines usines où il peut y avoir des inconvénients à allumer des foyers d'appel.
Enfin en ce qui concerne les hôpitaux et les autres lieux que l'on veut à la fois chauffer et ventiler, le mouvement des appareils mécaniques étant, sauf de très-rares exceptions, toujours communiqué par une machine à vapeur, dont le charbon, et par conséquent la chaleur, est l'agent moteur, on peut dire en général que, dans tous les cas, la ventilation est produite par la chaleur seule.
Cette distinction étant établie, il y a lieu de se poser tout d'abord cette question dont la solution nous paraît évidente, abstraction faite de toute considération physique ou mécanique.
La chaleur étant l'agent qui produit la ventilation, convientil d'utiliser son action directe sur l'air pour obtenir l'efïet désiré? Ou faut-il employer, comme intermédiaires, des organes mécaniques ou des appareils plus ou moins coraphqués?
Il est clair que, s'il y a moyen d'atteindre le but proposé, de produire la ventilation demandée d'une manière régulière et complète, sans recourir à des appareils' qui absorbent une portion plus ou moins grande, et souvent très-considérable, du travail moteur développé par la chaleur, la préférence ne saurait être douteuse et que dès lors le système où le mouvement de l'air est produit par l'aspiration que provoquent en certains points réchauffement de cet air et la dilatation qui
en est la conséquence, doit être préféré à celui de l'insufflation, qui exige nécessairement des appareils mécaniques. Mais est-il toujours et dans toutes les saisons, possible de produire une ventilation suffisante par le seul effet de l'aspiration directe due à la chaleur? C'est ce que nous apprendront bientôt les résultats nombreux et variés des e-spériences exécutées par plusieurs ingénieurs dans des établissements civils ou militaires.
228 Eff&is généraux du mouvement de Vair dans des tuyaux. — Avant d'aller plus loin, examinons directement quelques- Fig. 40. unes des circonstances physiques qui se
produisent dans l'aspiration et dans le refoulement de l'air, parce qu'elles pourront nous aider à comprendre certains résultats d'expérience en apparence assez singuliers.
Considérons un tuyau ABCD, que nous supposerons en tôle et formé de diverses parties assemblées en ab, cd, ef,... ik, et dans lequel l'air est aspiré du côté de son extrémité CD. Puisqu'il y a aspiration dans ce tuyau, il est clair que la pression est moindre à l'intérieur qu'à l'extérieur : par conséquent, par toutes les ouvertures que peuvent offrir les joints, il se fera des rentrées d'air plus ou moins grandes et le volume d'air qui passe dans la section qui suit un joint, dans celle n" 1 par exemple, se compose du volume qui est passé dans la section qui précède ce joint, augmenté du volume de l'air qui est passé par le joint, et comme la densité ne varie pas sensiblement dans la longueur du tuyau, il s'ensuit nécessairement que la vitesse va en s'accélérant depuis l'origine AB du tuyau jusqu'à son extrémité CD.
Ï7cl
Donc aussi : 1° Tout corps, toute poussière qui aura été en«
traîné par l'air à l'origine du tuyau, ne s'y arrêtera pas et sortira par l'autre extrémité.
2° Dans la ventilation par aspiration, le mouvement s'accélère de proche en proche, quand il n'y a pas, dans les dimensions et dans les contours des passages, des causes qui s'y opposent.
3° L'air rentrant avec une certaine force vive, il en résultera un travail moteur qui viendra en déduction de celui qui a été employé à produire l'aspiration à l'origine CD du tuyau.
C'est par ce motif que presque tous les appareils destinés à enlever, à entraîner des poussières plus ou moins lourdes procèdent par aspiration et non par insufflation.
A l'inverse, voyons ce qui se passe dans un tuyau semblable au précédent, mais dans lequel l'air serait refoulé à son origine par un moyen mécanique quelconque.
Il est d'abord évident que vers l'origine du tuyau, puisque l'air extérieur qui a traversé la section AB y est refoulé, la pression de cet air est supérieure à celle qui a lieu autour de ce tuyau : donc au passage de cet air devant un joint, ou devant un orifice, pour peu que la disposition du passage soit favorable, une certaine quantité d'air s'échappera, et par conséquent le volume d'air qui passera au delà du joint dans le tuyau, sera inférieur à celui qui avait été refoulé en amont et au-dessus du joint, de tout le volume de l'air qui se sera échappé par ce joint : par conséquent aussi, la pression variant d'ailleurs assez peu dans le tuyau, excepté à une certaine distance de son extrémité, le volume d'air qui passera par chaque section et la vitesse dont il est anim.é iront sans cesse en diminuant.
Ces considérations directes ont été complètement vérifiées à l'occasion des expériences que j'ai fait exécuter sur divers ventilateurs en 1861, et qui ont été publiées dans les Annales du Conservatoire des arls et métiers (n° 6, septembre 1861).
Donc : 1° Si la vitesse à l'entrée du tuyau n'est qu'à peu
près suffisante pour entraîner les poussières que l'on veut enlever, il arrivera souvent qu'une partie de ces poussières se déposera dans le tuyau, en quantité d'autant plus grande qu'elles se rapprocheront davantage de son extrémité de sortie.
2° Dans la ventilation par insufflation, le mouvement se retarde de proche en proche, abstraction faite même des pertes de force vive que peuvent y occasionner les changements de section et de direction des conduites, •
3" L'air sortant à l'extérieur par les joints, étant animé d'une certaine vitesse, emporte avec lui la force vive qui lui a été communiquée et dissipe ainsi en pure perte une partie du travail moteur dépensé.
Donc, en résumé, toutes choses égales d'ailleurs, la ventilation par appel doit dépenser moins de force motrice que la ventilation par insufflation, ahslraction faite de la dépense de puissance motrice occasionnée par les appareils mécaniques que ce dernier système doit nécessairement employer.
Enfin, on sait qu'il n'est, pour ainsi dire, pas possible de faire des enveloppes qui conservent l'air ou les gaz comprimés et qui ne donnent pas lieu à des pertes considérables quoique insensibles en chaque point de leur surface. Les conduites ou les réservoirs métaUiques, les maçonneries le mieux faites, cimentées et enduites avec le plus de soin, laissent échapper l'air et les gaz. Il suffît, pour le reconnaître, de jeter les yeux sur le sous-sol des viHes éclairées au gaz, qui circule dans des tuyaux bitumés et bien jointoyés. Les compagnies d'éclairage au gaz savent ce que ces fuites leur occasionnent de pertes. Je pourrais citer l'exemple d'un réservoir d'air en maçonnerie hydraulique avec enduit de ciment, destiné à être placé entre une puissante machine soufflante et des hauts fourneaux, et que des ingénieurs habiles, grands partisans du système de l'insufflation, n'ont, d'après ce que
m'a dit l'un d'eux, jamais pu rendre étanche. On voit enfin tous les jours des ballons en caoutchouc remplis de gaz hydrogène carhoné se désenfler en pende temps et les exemples pourraient se multiplier à l'infini. Il y a donc plus d'une raison pour être convaincu de la difficulté d'éviter des pertes considérables d'air dans des conduites d'une grande élendue, où il est refoulé. Mais avant d'arriver à des faits analogues relatifs à la ventilation des lieux habités, il ne sera pas inutile, ni hors de propos, d'en citer un exemple authentique et bien remarquable, qui est décrit dans la Sidérotechnie d'Hassenfratz avec une naïveté qui prouve que ce physicien distingué était peu familiarisé avec les lois de la mécanique. Nous citons textuellement :
229. Extrait de la Sidérotechnie d'Hassenfratz"^. — « Une expérience extrêmement curieuse, faite par M. Wilkinson, a prouvé que l'air ne peut être transporté par des tuyaux qu'à nue distance limitée, au delà de laquelle il est impossible de le faire parvenir, quelle que soit la compression que l'on exerce sur lui**.
K Ce célèbre maître de forges avait imaginé de fournir le vent à un haut fourneau en se servant de l'eau d'un ruisseau qui en était éloigné de 5000 pieds (soit 1525™). Dans ce dessein, il fit construire une grande roue à chute supérieure; il étabht une machine soufflante dont les pistons étaient mus par cette roue ; enfin il plaça une suite de tuyaux de conduite, disposés en ligne droite, pour porter l'eau de la machine au haut fourneau : ces tuyaux étaient en fonte de fer et leur diamètre intérieur était de 12 pouces (soit 0",325).
« Quand toutes ces constructions furent achevées et qu'on eut mis la première fois l'eau sur la roue, ce fut un grand sujet de surprise pour tous les assistants de voir que l'air
* Page 103, 2^ vol.
'''' CeUe conclusion absolue ne saurait être exacte. L'auteur aurait dû dire : avec une machine d'une force donnée et au moyen de tuyaux de conduite d'un diamètre donné.
comprimé s'échappait avec vitesse joar toutes les plus petites ouvertures et avec une force extrême par la soupape de sûreté, tandis que près du fourneau, une lumière exposée à l'autre extrémité des tuyaux de conduite, n'indiquait pas le plus petit mouvement dans l'air. On boucha alors avec soin toutes les jointures, on chargea peu à peu la soupape de sûreté, jusqu'à ce que l'air comprimé ne pût la soulever; et la roue, malgré une grande affliience d'eau, ralentit ellemême son mouvement et finit par s'arrêter tout à fait. Quoique l'air fût ainsi comprimé à un tel degré que sa force élastique fit équilibre à toute la puissance motrice, on n'aperçut pas le plus léger souffle à l'extrémité des tuyaux de conduite. L'idée la plus naturelle qui se présenta fut que les tuyaux étaient obstrués en quelque endroit, et, pour s'en assurer, on mit un chat à l'embouchure des tuyaux, près de la machine, et on lui ferma l'issue par cette extrémité : peu de temps après cet animal sortit, sain et sauf, par l'autre bout, d'où l'on avait enlevé la buse et il avait ainsi parcouru, sans aucun obstacle, toute la longueur des tuyaux de conduite. On soupçonna dès lors, pour la première fois, que la longueur du tuyau pouvait bien être la cause, jusqu'ici inconnue, de ce phénomène singulier, et, pour s'en convaincre, M. Wilkinson fit percer des trous de 30 pieds en 30 pieds dans le tuyau de conduite, en commençant par l'extrémité la plus éloignée. Quand on vint à percer le tuyau à la distance de 600 pieds de la machine, un léger courant d'air se fit sentir et il augmenta successivement, à mesure que les trous étaient plus rapprochés, etc. »
Sans tirer de cette observafion dernière des conclusions aussi absolues que celles de l'auteur, j'ai cru devoir la citer, pour montrer que le mouvement de l'air dans des tuyaux d'une grande longueur peut donner lieu à des pertes de pression, à des fuites difficiles à constater, qui diminuent considérablement le débit sur lequel on croirait pouvoir compter, d'après des observations faites avec des anémomètres ou d'autres appareils à l'origine des conduites.
230. Examen des résultats cV expériences. — Après ces préliminaires, un peu longs sans doute, mais qui m'ont paru nécessaires, passons à l'examen et à la discussion des résultats des expériences faites par divers observateurs et de celles qui ont été plus récemment exécutées par mes soins. Quelque plausibles, quelque fondés que soient les raisonnements dans l'élude des questions de physique mécanique, on ne saurait trop en effet s'attacher à consulter l'expérience, car elle seule donne la mesure des résultats obtenus, qui sont souvent loin de répondre aux idées que le raisonnement avait fait concevoir.
Ventilation par insufflation. — Hospice Lariboisière.
231. Description des appareils. — Les trois pavillons de cet hôpital, qui sont destinés aux hommes, sont chauffés par la vapeur qui circule dans des conduits ménagés dans l'épaisseur des planchers et dans des poêles contenant une certaine quantité d'eau. Des tuyaux verticaux ouverts par les deux extrémités traversent ces poêles et établissent entre le conduit d'arrivée d'air, passant sous le plancher dans l'axe et l'intérieur des salles, une communication qui permet à cet air de s'échauffer avant d'y pénétrer. Ce système constitue le chauffage mixte par la vapeur et par l'eau, proposé par M. Grouvelle et appliqué par lui dans divers établissements.
La vapeur employée à ce chauffage est fournie en partie par l'échappement de la machine motrice qui conduit le ventilateur dont il sera parlé plus loin , et en partie par les chaudières AA (pi. IV) établies pour le service des machines et de la buanderie de l'hôpital. Quoique cette vapeur soit produite dans les chaudières et agisse dans la machine à la pression de cinq atmosphères environ, elle n'arrive dans les poêles des salles qu'à une pression beaucoup plus faible, de sorte que, sous ce rapport, il n'y a pas d'accidents à craindre ; mais il n'en est pas de même de l'effet des condensations, qui, le matin, lors de la remise en activité du chauf-
fage, produit nn Lruit inquiétant pour les malades et peut donner lieu à des accidents. Par une cause peu connue encore plusieurs de ces poêles ont éclaté à diverses époques.
Le principal tuyau de vapeur (pi. IV et V) parcourt toute la longueur de la galerie souterraine , qui règne devant les pavillons, sous les promenoirs, et fournit par des branchements la vapeur aux diverses parties de l'établissement, qui doivent être chauffées par ce moyen. Les tuyaux de retour d'eau ramènent par la môme voie le liquide condensé à des réservoirs placés près des chaudières (V. pi. III).
Deux machines à vapeur et deux ventilateurs sont établis en D, D (pi. III), et sont destinés à fonctionner isolément en temps ordinaire, ou simultanément en temps d'épidémie. La chambre où sont contenues ces machines doit être habituellement fermée, et l'air appelé par le ventilateur y descend par une cheminée G, établie dans l'un des angles de la tour du clocher de la chapelle.
Le ventilateur refoule cet air dans un grand tuyau en tôle F (pi. V) ayant 1°M43 de diamètre intérieur ou environ, 1 mètre carré de section à son origine et qui est suspendu à la voûte de la grande galerie souterraine. Sur ce tuyau, qu'on nomme l'artère principale de ventilation, s'embranchent perpendiculairement trois grands conduits F'F'F' (pi. lY) qui s'étendent sur toute la longueur des trois pavillons auxquels ils sont destinés à distribuer l'air nouveau.
Outre ces branchements il y en a trois autres F"F'T" qui conduisent l'air dans les réfectoires du rez-de-chaussée.
Dans les caves et sur chacun des branchements F' s'élèvent quatre tuyaux verticaux ccc destinés à fournir l'air aux salles du rez-de-chaussée, et vers chaque extrémité de ces caves les mêmes branchements F' se bifurquent en deux autres DD, qui dirigent l'air dans des conduits en maçonnerie EE établis dans l'épaisseur des murs de refend et qui doivent le mener aux étages supérieurs.
Au premier et au deuxième élage (PI. IV) deux de ces cheminées, vers chaque extrémité, débouchent dans des
carneaiix horizontaux HH, ménagés dans l'épaisseur du plancher, et chacun de ces quatre carneaux doit alimenter d'air l'un des quatre poêles PP de la salle, en le versant dans un carneau central II, étahli dans l'axe de la salle. Les dispositions indiquées planche IV montrent que chaque poêle a ainsi son alimentation particulière.
Le carneau principal II, qui règne dans toute l'étendue des salles, est recouvert de plaques en fonte jointives et reçoit dans son intérieur le tuyau d'arrivée de vapeur et celui de retour d'eau, de sorte que l'air avant d'arriver aux poêles PP est déjà un peu échauffé.
Pour régulariser la distribution de l'air entre tous ces branchements généraux ou partiels, chacun d'eux porte vers son origine un registre ou papillon que l'on ouvre au degré convenable, ce qui, à chaque passage, donne lieu à un étranglement de la veine fluide et par conséquent à une perte de force vive.
Des dispositions analogues et qu'il est inutile de décrire, assurent la répartition de l'air dans les dépendances de chaque salle.
Pour l'évacuation de l'air vicié, des conduits verticaux isolés, de 0'",20 sur 0"\20 (PL IV et V), sont ménagés dans l'épaisseur des trumeaux des murs de face, au nombre d'un pour deux lits et pour chaque étage; de sorte que les trumeaux du deuxième étage sont traversés par trois de ces conduits. Dans les combles, le long de chaque mur de face et dans l'angle des longs pans de la toiture, sont établis deux conduits collecteurs horizontaux, dans lesquels débouchent tous les conduits verticaux d'évacuation et qui dirigent l'air vicié vers deux autres conduits, inclinés selon la pente du toit, placés au miheu de la longueur du pavillon lesquels amènent cet air à la base d'une cheminée en tôle de 2'",30 de hauteur, sans garniture intérieure ou extérieure en maçonnerie qui la mette à l'abri du refroidissement.
Cette disposition, qui n'isole pas assez les uns des autres les conduits d'évacuation des différents trumeaux, a de plus
rinconvénient de permettre le refroidissement des conduits horizontaux placés sous les longs pans, d'en rendre la visite difficile, et surtout celui de donner lieu l'hiver à un refroidissement considérable de l'air évacué, comme on le verra par les observations que nous ferons connaître plus loin.
Telle est, dans son ensemble général, la disposition donnée aux appareils de chauffage par la vapeur et par l'eau et de ventilation par insufflation, établis à l'hôpital Lariboisière par MM. Thomas et Laurens.
252. Résultats des expériences faites sur la ventilation par insufflation à Vhôpital Lariboisière. — Des expériences nombreuses ont été exécutées dans ces dernières années par plusieurs observateurs, et une partie de ces travaux a été pubhée; une autre, inédite, m'a été communiquée comme document propre à éclairer une commission dont j'étais le rapporteur. Plus tard j'ai fait exécuter moi-même d'autres expériences dont j'ai publié en partie les résultats dans les Annales du Conservatoire *. C'est cet ensemble d'observations que je me propose d'analyser et de discuter ici, en examinant les principales questions qui peuvent se présenter dans l'ordre naturel qu'indique la marche de l'air depuis son entrée jusqu'à son évacuation.
255. Quantité d'air nouveau fournie par la cheminée d'appel. — La première question qui se présente est celle de la quantité d'air fournie par la grande cheminée d'appel établie dans le clocher.
Lors de l'étabUssement des appareils de chauffage de ventilation par insufflation à l'hôpital Lariboisière, on a beaucoup insisté sur les avantages qu'il y aurait, tant sous le rapport de la salubrité de l'air en tout temps que sous celui de sa fraîcheur relative en été, à le prendre à une grande hauteur dans l'atmosphère, et à cet effet on a élabh dans le
cloqher central de l'hôpital une grande cheminée d'appel de 25 mètres environ de hauteur. Celte disposition était déjà depuis plusieurs années en usage à Londres pour amener de l'air par aspiration dans les salles du parlement; elle a été plus récemment employée à l'hôpital de Guy de la même ville, et depuis bien des années la ventilation des mines se fait d'une manière analogue par l'appel que des puits d'évacuation, où l'on établit un foyer, exercent sur un puits d'alimentation.
Quoi qu'il en soit, l'air appelé par les ventilateurs devait, dans cet ordre d'idées, être exclusivement fourni par la cheminée d'appel ; mais comme la chaïubre des machines où ces appareils sont installés a deux portes souvent ouvertes, dont l'une, n° 1, conduit aux pompes et aux chaudières, et l'autre, n" 2, dite porte de la communauté, établit une communication directe avec la grande galerie souterraine de ceinture, il en résulte des entrées d'air venant de ces espaces dans la chambre des ventilateurs, ce qui diminue la proportion de l'air venu des parties supérieures de l'atmosphère, outre qu'à certaines époques de l'année le contact des machines et le voisinage des chaudières échauffent notablement cet air avant son introduction dans les conduits.
Il était donc convenable de déterminer l'effet de ces circonstances locales. C'est dans ce but que M. Grassi d'une part, et M. E. Trélat de l'autre, et plus tard MM. Leblanc et Ser, ont entrepris des expériences dont les résultats peuvent se résumer ainsi qu'il suit :
254. Expériences de M. Grassi. — 1° Toutes les portes et les fenêtres de la chambre aux machines étant fermées, le volume de l'air * qui passe par le tuyau porte-vent, ou artère principale, étant représenté par 1,00, celui qui arrive par la
* Annales d'hygiène, tome VI, page 221, ou Thèse de M. Grasse, page 65.
cheminée d'appel est 0,562, celui qui arrive par les ouvertures accidentelles ou venant des caves est 0,438;
2° La porte n° 1 étant seule ouverte, le volume qui passe par la cheminée n'est plus que 0,229, et celui qui vient des caves est 0,771 du yolume total.
Dans ces expériences, on n'a fait marcher qu'une machine et un ventilateur.
L'auteur en conclut « qu'elles démontrent que tout l'air qui circule dans le tuyau porte-vent, et qui est envoyé aux salles, n'est pas pris intégralement à la partie supérieure du clocher, et que près de la moitié est puisée directement dans les caves, en se plaçant dans les circonstances les plus favorables, c'est-à-dire quand toutes les portes sont fermées. »
Outre que cet air pris dans les caves, dans le voisinage des chaudières, n'est pas aussi pur qu'on pourrait le désirer, l'auteur signale avec raison « l'effet du courant d'air rapide qui se produit vers les ventilateurs et qui entraîne avec lui une poussière fine qui est transportée à une grande distance et dont on retrouve la trace dans le promenoir qui précède le premier pavillon. »
255. Expériences de MM. Trélat et H. Pêligot. —Par des expériences analogues, ces ingénieurs. cnt trouvé des résultats qui les ont conduits aux conséquences suivantes :
1° Toutes les portes et les fenêtres étant fermées, l'air qui arrive par la cheminée est les 0,63 de celui qui est envoyé par le ventilateur dans le conduit principal ; l'air fourni par les ouvertures accidentelles en est les 0,37.
2° La porte des chaudières n° 1 étant ouverte, l'air qui arrive par la cheminée est les 0,34
L'air qui est fourni par les ouvertures accidentelles
est les 0,66
du tout 1,00
3° La porte de la communauté n" 2 étant ouverte, l'air
qui arrive par la cheminée est les 0,43
l'air fourni par les ouvertures accidentelles est les.. . . 0,57
du tout 1,00
4° Les deux portes étant ouvertes, l'air qui arrive par la
cheminée est les = 0,245
et celui qui afflue par les ouvertures accidentelles est
les 0,755
du volume affluent total.
2ô6. Expériences exécutées en 1861 par les délégués de la commission instituée par M. le préfet de la Seine pour V examen des divers systèmes de chauffage et de ventilation employés dans les hôpitaux. — La commission instituée à la date du 22 février 1861 par M. le préfet de la Seine, dans sa première réunion, en mars de la même année, avait chargé deux de ses membres, MM. Leblanc, répétiteur à l'École polytechnique, et Ser, ingénieur civil, chef du service des machines de l'assistance publique, de faire sur les appareils de chauffage et de ventilation étabhs dans les hôpitaux Necker, Beaujon et Lariboisiôre des expériences nouvelles pour en comparer les résultats avec ceux des observations antérieurement exécutées.
Les résultats de ces expériences m'ayant été communiqués, je les résumerai, et je chercherai à en mettre les conséquences en évidence en parlant de chacun des systèmes étudiés.
257. Hôpital Larihoislcre. — Introduction de Vair nouveau par insufflation. — MM. Leblanc et Ser ont répété les expériences précédentes et obtenu les résultats suivants :
Volumes d'air appelés par la cheminée du clocher ramenés à zéro.
31 mars l7 442'"-'= par heure.
18 avril 17 074
20 avril 16 920
2 décembre 19 929
Volumes d'air passant par le grand tuyau porte vent.
Tour de la machine en i'.
28 mars âSOlQ''^"' par heure.
31 mars 21 905
2 avril. ... 24 147
20 avril.. .. 22 143
26 avril. .. . 20 653
4 mai 21 771
Moyenne
Moyenne 22 273'""= en 1 hernie.
Les trois pavillons étant destinés à contenir 306 lits, le volume d'air envoyé dans le grand tuyau porte-vent à la vitesse moyenne de la machine, qui est sa vitesse normale de marche, est de 72"'"=,78, tandis que l'on verra qu'à la vitesse moyenne de 59 tours en une minute de la machine le volume d'air introduit dans les salles par les poêles, n'a été, d'après les mômes observateurs, que de 40™"%53 par heure et par lit; résultat qui indique, comme ceux de tous les autres observateurs, que la moitié seulement de l'air refoulé par le ventilateur parvient par les poêles dans les salles.
Je reproduis dans le tableau suivant l'ensemble des résultats obtenus par divers observateurs pour montrer leur concordance générale.
aï ce
VOLUME D'AIR
NOMBRE
appelé
passant
fourni
passant
de