‹ Mécanisme de la physionomie humaine; ou Analyse électro-physiologique de l'expression des passionsChapitre 26 sur 70 · II. — Expression · texte numérisé non relu

II. — Expression

La figure 38 fait voir que la contraction partielle du grand zygomatique donne à la physionomie une expression de mauvaise humeur qui annonce l'hostilité; mais jamais ce muscle ne se contracte partiellement, et pour rendre celte expression de mécontentement, il agit de concert avec d'autres muscles.

L'expression de la figure kî, ol le transverse du nez a été mis en action pendant que les paupières étaient un peu rapprochées (par les palpébraux), et alors que les commissures labiales étaient abaissées (par les triangulaires des lèvres), cette

MUSCLE DE LA LASC1VETÉ. 69

expression, dis-je. offre un mélange de mécontentement et de mépris.

L'homme qui est représenté dans cette dernière figure était un ouvrier intelligent, âgé de quarante-deux ans, mais qui avait tant abusé des boissons alcooliques, qu'il élait tombé dans un délire crapuleux (delirium Iremens). Il avait été conduit à l'hôpital, où il avait été traité avec succès par l'opium à haute dose (il avait pris un gramme d'extrait gommcux d'opium). Lorsque je fis des expériences électro-physiologiques sur sa face, il était encore sous l'influence de ce narcotique. Aussi remarquait-on, au lieu de sa gaieté habituelle, que ses traits exprimaient l'abattement ; ses commissures labiales tombaient, et pour qu'il ouvrit les yeux, il me fallait réveiller fortement son attention, comme on le voit dans la figure 40 (1).

J'ai profité de cet affaissement des traits produit par l'opium, et surtout de l'abaissement de ses commissures labiales, pour étudier l'effet expressif de la combinaison du transverse du nez avec le triangulaire des lèvres. Les signes du mécontentement se sont, alors dessinés beaucoup mieux que sur la figure 38; mais cette expression n'était pas encore l'imitation exacte de la nature. Je lui fis ensuite rapprocher les paupières, comme s'il était gêné par la lumière, et je répétai l'expérience précédente; alors je vis apparaître sur sa physionomie, avec une parfaite vérité, un mélange de mécontentement et de mépris: c'est cette expression électro -physiologique que j'ai photographiée dans la figure /il .

H) Il a succombé au delirium tremens, dix jours après cette expérience.

Le transverse du nez s'associe aussi avec l'élévateur commun tle l'aile du nez et de la lèvre supérieure pour peindre une nuance de la même expression. J'y reviendrai à l'occasion de l'étude expressive de ce dernier muscle.

Les expériences photographiées dans les ligures 39 et /|!2 démontrent que la combinaison du transverse du nez avec le muscle de la joie (le grand zygomatique) produit l'expression du plaisir lascif, de la gaieté lubrique. C'est la fonction la plus importante du transverse du nez; aussi l'ai-je appelé muscle de la lasciveté, de la lubricité.

Le vieillard représenté dans la figure 39 n'est rien moins que lascif; il est au contraire d'un tempérament si froid, qu'il avoue que les femmes ne lui ont jamaisinspiré le moindre désir : il est même fier d'avoir conservé son innocence. D'ailleurs, à rabaissement de ses narines et à leur aplatissement, on reconnaît dans son portrait photographié (fig. 3 et 37), que le muscle expressif des plaisirs lascifs est chez lui peu développé.

Malgré ces conditions défavorables, on voit dans la figure 39 que, par l'excitation électrique de son transverse du nez, unie à celle de son grand zygomatique, il m'a été possible de peindre sur sa face une expression de plaisir lascif que la nature lui a refusée. On remarquera que j'ai mis en même temps son frontal en contraction, voulant indiquer par là que cette passion vient d'être éveillée par une cause extérieure, qu'une nudité, par exemple, attire son attention lascive J'avais l'intention de le représenter dans une situation

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