‹ Mécanisme de la physionomie humaine; ou Analyse électro-physiologique de l'expression des passionsChapitre 35 sur 70 · AT POINT DE VUE · texte numérisé non relu

AT POINT DE VUE

DES MOUVEMENTS EXPRESSIFS DU SOURCIL ET DU FRONT. Figures 66, 67, 68, 69, 70, 71, 72, 73.

LEGENDE

Fin. 60 et 67. — Tète de YArrotino (l'Espion, le Rémouleur, elc.) vue de face et de côté.

Les lignes frontales transversales qui s'étendent sur toute la largeur du front ne peuvent coexister, ni avec l'obliquité, ni avec la sinuosité du sourcil, parce qu'il y a antagonisme entre le frontal et le sourcilier, muscles qui produisent, le premier, ces lignes transversales du front, et le second, ce mouvement oblique et sinueux du sourcil.

Fie. 68. — Même tète, dont la courbe du sourcil est mise en

harmonie avec les lignes frontales, telle qu'un l'observe

sous l'influence du muscle frontal (voy. fig. 7 et 8).

Fir.. 69. — Même tête, ilonl les lignes frontales el le modelé des parties latérales du front sont mis en harmonie avec l'obliquité et la sinuosité du sourcil, comme sous l'influence du sourcilier (voy. fig. 19, 20, 2li, 25).

Fie. 70. — Tète du Laocoon de Rome.

Les lignes médianes du front sont en parfait accord avec le mouvement oblique et sinueux imprimé au sourcil par la contraction du sourcilier; mais le modelé des parties latérales du front est impossible.

Fie. 71. — Même tète, dont la partie latérale du front est modelée comme dans la nature, et comme elle devrait l'être dans la figure 70.

Fin. 72. — Tète du Laocoon de Bruxelles (appartenant au prince d'Aremberg), copie du Laocoon de Rome, mais dont l'expression modifiée peint la douleur physique et les convulsions de l'agonie. Même modelé défectueux que dans l'original, fig. 70.

Fig. 73. — Tète de l&Niobé, dont le front plat et le sourcil uni n'offrent pas le modelé produit par le mouvement de la douleur.

EXPLICATION DE LA LÉdENDE.

Je prévois qu'au premier abord les légendes des figures 66,

67, 70, 7o, blesseront l'opinion générale. Les corrections que l'on voit sur les figures 68. 69, 71. et que j'ai eu la hardiesse de taire à des chefs-d œuvre justement admires de tout temps, seront considérées peut-être comme une profanation. Quiconque est bien pénétré des principes nus en lumière par les expériences représentées sur les ligures consacrées à l'étude des muscles moteurs du sourcil, ne tardera pas à reconnaître (pie mes observations critiques sont fondées, et il me sera facile, du reste, de les justifier.

A. — flôraaiiKiisc.

Recherchons d'abord si les lignes, les reliefs et les modelés qui existent sur le front et sur les sourcils de ces antiques, peuvent s'expliquer par le mécanisme des muscles moteurs du sourcil.

Evidemment, d'une part, les lignes frontales de l' Arrotino (fig. 66 et 67), d'autre part, la forme et la direction de son sourcil, examinées séparément, sont bien modelées; mais l'observation de la nature et l'expérimentation électro-physio-

logique démontrent, de la manière la plus irrécusable, qu'elles s'excluent mutuellement, qu'elles ne peuvent exister ensemble sur le même front.

Que l'on regarde toutes les figures destinées à l'étude électro-pbysiologique du frontal et du sourcilier (voy. II et V), qu'on relise les considérations exposées dans les explications des légendes de ces figures, surlout ce qui a trait à l'antagonisme de ces muscles, et l'on verra que mon assertion est fondée sur une expérimentation rigoureuse.

En outre, l'observation de la nature se trouve en parfait accord avec l'expérimentation électro-physiologique; jamais, en effet, je n'ai vu les sillons régner sur toute la largeur du front, comme chez YArrotino (tîg. 66 et 67), sans que le sourcil décrivit une courbe concentrique à ces sillons; et jamais je n'ai vu une contraction volontaire ou expressive donner au sourcil une direction oblique, comme dans ces mêmes figures 66, 67. sans que les sillons cutanés fussent limités à la partie médiane du front, sans que, sur les parties latérales de ce dernier, il se formât des méplats semblables à ceux qui existent sur les figures 23, 2/i et 25. — On sait que ces dernières figures représentent un jeune homme contractant volontairement ses sourciliers.

Comment donc rétablir les rapports de concordance qui, normalement, devraient exister entre les lignes frontales de XArrotino et le mouvement de son sourcil, et vice versa?

Si les lignes qui sillonnent transversalement son front, dans toute sa largeur, sont conservées, il faut changer la

forme et lit direction de son sourcil; il faut que ce dernier décrive une courbe concentrique à ces lignes frontales, comme cela s'observe sous l'influence de la contraction énergique du muscle frontal, chez un adulte (voy. 1, les figures consacrées à l'élude électro -physiologique de ce muscle).

Veut-on, au contraire, laisser son sourcil intact, les rides ne doivent exister que sur la partie moyenne du front, lundis que, sur les parties latérales de cette région, la peau est nécessairement tendue et forme un méplat, ainsi qu'on l'observe, lorsque le sourciller se contracte très énergiquement, chez un adulte (voy. V, les figures consacrées à l'étude du sourcilier).

Ce que je propose ici, je l'ai exécuté moi-même. Ayant obtenu de la Direction du Musée de faire mouler la tête de VJrrolino, dont nous avons une belle copie en bronze dans le jardin des Tuileries, j'ai essayé d'harmoniser sur des plâtres les mouvements des sourcils et le modelé du front, en imitant les lignes, les reliefs et les méplats qui se produisent pendant la contraction énergique, soit du frontal, soit du sourcilier. Les figures 08 et 69 ont été photographiées d'après ces plâtres.

Vu de profil, le front de YArrotino corrigé, — que l'on me pardonne ce mot. — présente un méplat analogue à celui de la figure 25.

J'examinerai bientôt l'influence modificatrice que ces corrections exercent sur l'expression de la physionomie.

ll/i MECANISME DE LA PHYSIONOMIE HUMAINE.

Ces observations critiques sont, pour la plupart, applicables au Laocoon de Rouie. Le modelé des parties latérales de snn front est une fantaisie de l'artiste Agésandre ; il est impossible, car aucune contraction musculaire, partielle ou combinée, ne saurait le produire. Les sillons et les reliefs qui régnent sur ce front devraient, pour être naturels, se continuer avec ceux de la partie médiane, comme dans la figure S. sous l'influence du muscle frontal, et tant d'autres figures où ce muscle a été mis en action. Mais alors, de même que dans YArrotino (fig. 66 et 67), elles ne pourraient coexister avec le mouvement sinueux du sourcil.

On voit sur la figure 71 que j'ai essayé de faire concorder le modelé du front du Laocoon avec le mouvement de son sourcil, conformément aux régies établies par mes expériences électro-physiologiques.

Ces corrections auraient certainement laissé moins à désirer, si elles avaient été exécutées par un artiste. Mais j'ai pensé qu une main profane, seule, pouvait se permettre cette hardiesse. Quoi qu'il en soit, je suis convaincu que les lignes expressives modelées sur les figures 68, 69, 71, sont telles qu'on les observe dans la nature; tandis que le front de Y.-Jrrotino et celui du Laocoon, tels qu'ils sont dans les originaux et qu'on les voit photographiés dans les figures 66, 67 et 70, sont physiologiquement impossibles avec le modelé et la forme du sourcil.

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