PARTIE ESTHÉTIQUE. — PREMIÈRE SÉRIE. Ui
rire ou sourire, etc. J'obtiens ainsi l'expression telle que je la veux, comme je la sens. — Toutes les expressions ne peuvent être, on doit le comprendre, produites de cette manière, puisqu'il est des muscles qui n'obéissent pas partiellement à la volonté, et qui se contractent seulement par l'excitation réflexe des passions, ou sous l'influence de l'électrisation localisée. —C'est au moment où l'expression produite par les mouvements volontaires est bien venue et se dessine avec ses traits caractéristiques sur toute la face, (pie je provoque, d'un côté ou des deux côtés à la fois, la contraction électrique d'un ou de plusieurs muscles dont l'action expressive spéciale, vient modifier ou changer complètement l'expression volontaire.
Tout le monde prévoit quelles difficultés doivent rencontrer de telles expériences, dont l'exécution parfaite exigerait, outre une grande précision, un sentiment artistique assez développé, sentiment que la direction de mes travaux habituels ne m'a pas permis, je l'avoue, de développer assez pour une tâche aussi importante. — Armé de mes rhéophores, il ne me suffit pas d'exciter exactement les muscles dont l'action individuelle produit les lignes, les reliefs et le modelé caractéristiques de la passion ou de l'état intellectuel que j'ai à rendre; je dois, de plus, eh faire sentir les différents degrés et en accentuer les nuances infiniment variées, sans tomber dans l'exagération ou la grimace.
On ne doit pas exiger que les expressions produites alors artificiellement soient toutes complètement irréprochables.
Elles ne peuvent l'être; car, en procédant de la sorte, je ne saurais avoir la prétention de les traduire toujours aussi exactement que les émotions de l'âme.
Lorsque j'expérimente , je ne fais découvrir l'objectif qu'au moment où le muscle électrisé est arrivé juste au degré de contraction nécessaire à la vérité parfaite de l'expression <pie je veux peindre. Mais cette contraction ne se maintient pas toujours assez longtemps à ce degré, pendant tout le temps de la pose, parce que le courant galvanique qui anime l'appareil d'induction n'est pas, de sa nature, parfaitement constant. — De plus, lorsque la pose est un peu trop longue, l'irritabilité du muscle excité s'affaiblit par le fait du passage continu du courant. — Enfin, comme je l'ai dit ci-dessus, la photographie de ces études d'esthétique électro-physiologique présente d'assez grandes difficultés.
Dans la figure 75, le mouvement expressif de la physionomie est semblable à celui que l'on a vu photographié chez le vieillard de la figure /jO (partie scientifique). Dans les deux cas, j'avais fait porter le regard directement eu haut (mouvement produit par l'action synergique des muscles droits supérieurs de l'œil et frontaux). De chaque côté, la courbe du sourcil avait augmenté en s' élevant, et le front s'était creusé, chez le vieillard, de sillons transversaux et parallèles à la courbe des sourcils, comme on l'observe à un âge avancé (voyez le côté gauche de la figure 40), tandis qu'il
était resté uni chez la jeune tille (voyez le côté droit de la figure 75). Au môme instant, j'ai électrisé le muscle sourcilier gauche; les lignes et le modelé dus à l'action de ce muscle se sont dessinés, de ce côté, avec les caractères qui distinguent la différence d'âge des deux sujets (voyez, pour la description des lignes expressives du muscle de la douleur, le chapitre V, partie scientifique) .
Si l'on regarde la figure de la jeune fdle isolément, c'està-dire eu recouvrant tout ce qui se trouve au-dessous du cou. on constate que son expression est à peu près la même que celle du vieillard (fig. 40). Chez les deux on reconnaît, d'un côté (adroite, fig. 75, et à gauche, fig. kO), l'expression du souvenir qui, du côté opposé (à gauche, fig. 7/i ; à droite, fig. /|0), devient douloureux. Il faut noter toutefois que l'abaissement un peu léger des commissures labiales de la jeune fille et l'inclinaison latérale de sa tête ajoutent un peu d'abattement et de découragement à sa douleur. Le vieillard montre plus de fermeté dans l'expression de sa douleur.
Mais voyez la figure 76, dans son ensemble : la scène grandit et change complètement. Ce regard tourné vers leciel, au lieu d'annoncer le souvenir, ne vous dit-il pas que l'âme île la jeune fille s'élève à Dieu avec une foi ardente? De plus, son voile blanc et sa robe de bure ne signifient-ils pas qu'elle accomplit un grand acte, qu'elle va renoncer au monde? Si vous cachez l'œil et le Iront du côté gauche, vous sentez, à
la tristesse répandue sur ses traits (par le faible abaissement de ses commissures labiales), qu'elle ne laisse pas sans quelques regrets ses affections les plus chères. — Mais si, au contraire, vous couvrez l'œil et le front du côté opposé, vous voyez que son sacrifice est douloureux ; vous sentez que le cœur de la religieuse, qui peut-être se sépare d'une mère, d'une famille qu'elle doit aimer, n'est pas encore desséché par l'exaltation des sentiments religieux.
ni.
La figure 76, vue dans son entier, représente la même scène que la précédente: la prise du voile: mais l'émotion de la jeune fille y est si grande, (pie sa physionomie en est devenue plus touchante et plus belle.
Elle se tient assise, les mains jointes, le tronc penché en avant, le dos un peu voûté, la tète renversée en arrière et tournée vers le ciel : cet ensemble très mouvementé montre déjà qu'elle prie ardemment. Cache-t-on alors, à droite, son œil et son front, on voit que sa figure est illuminée par un saint transport, et que son âme absorbée s'unit à Dieu en l'adorant : c'est l'extase religieuse.
Mais dès que l'on découvre le côté gauche, après avoir masqué l'œil et le front du côté droit, tous les traits de cette fille, qui tantôt respiraient un bonheur divin, semblent s'être contractés douloureusement; sa bouche entr'ouverte ne laisse plus échapper que des gémissements; son regard, tantôt exta-