‹ Mécanisme de la physionomie humaine; ou Analyse électro-physiologique de l'expression des passionsChapitre 44 sur 70 · PARTIE ESTHÉTIQUE. — PREMIÈRE SÉRIE · texte numérisé non relu

PARTIE ESTHÉTIQUE. — PREMIÈRE SÉRIE

quel entre en action sous l'influence de l'excitation aux plaisirs de l'amour. Ce sont des figures d'hommes (voyez les fig. 39, 42, partie scientifique) dont l'expression est grossière et même cynique, ainsi qu'on l'observe sur la figure des satyres et des faunes.

Ce muscle transverse du nez donne une expression lascive à la physionomie de la femme. Ainsi j'ai métamorphosé le sourire le plus pur, le plus angélique, et l'extase la plus sainte, que l'on admire dans la figure 76, en expressions d'une lubricité provocante, par l'association de la contraction forte de ce muscle aux autres traits; j'ai ainsi transformé des figures de vierges en figures de bacchantes.

Mais lorsque sa contraction est modérée, ce muscle peint, dans certaines circonstances, sur la physionomie de la femme, une expression charmante de plaisir. L'expérience photographiée dans la figure 77 en est un bel exemple. En effet, avec son œil un peu voilé et obliquement tourné en haut et

à fait dans les tendances d'une certaine école moderne. Et de fait, les essais qu'il a tentés sur trois célèbres antiques, Y Arrolino, le Lancoon, et la Niobê, dont il a, dit-il, corrigé les fautes d'orthographe, paraîtront une application un peu brutale peut-être aux amoureux de l'idéal »

Voici, en résumé, la réponse que j'ai faite à ces objections de mon ami M. A. Latour (voyez l'Union médicale des 26 août, 2 septembre et i octobre 1862):

« Si tel devait être le résultat de mes recherches , les hommes de goût, qui suivent les traditions de l'art, auraient droit et raison de me chasser du temple. Mais, que l'on se rassure: loin de conduire à ce réalisme moderne qui ne sait nous montrer la nature qu'avec ses imperfections, avec ses défauts et même avec ses difformités, qui ne parait aimer que le laid, le commun ou le trivial, bien au contraire, les principes qui découlent de mes

latéralement, avec son sourire et sa bouche entr'ouverte, avec sa tête et son corps légèrement renversés en arrière, avec ses mains croisées sur sa poitrine, et sa petite croix attachée à son cou; grâce à tout cet ensemble, j'avais pu photogra-

recherches expérimentales permettent à l'art d'atteindre l'idéal de l'expression faciale, en enseignant à peindre correctement et avec une parfaite vérité, comme la nature elle-même, le langage des passions et même certains actes de l'intelligence.

» De même l'art antique a su nous faire connaître la beauté plastique, la beauté matérielle, en copiant exactement la nature. Mais , contrairement au réalisme moderne, il l'a imitée dans ce qu'elle a créé de plus beau, de plus noble et de plus parfait.

» J'ai ensuite prouvé, par l'histoire, que, dans l'antiquité, les statuaires grecs excitaient l'admiration générale, principalement parce qu'ils étaient, selon l'expression de Galien, les fidèles imitateurs de la nature.

» 11 est ressorti, en résumé, de l'étude physiologique approfondie des chefsd'œuvre qu'ils nous ont légués, que si les statuaires grecs ont pu s'élever, pour la symétrie et la forme du corps, jusqu'au beau idéal, c'est principalement par l'imitation de la belle nature ; qu'ils ont, en d'autres termes, fait du naturalisme idéal, — deux mots dont la réunion peut choquer au premier abord, mais qui expriment parfaitement ma pensée. »

Je crois avoir également démontré qu'ils n'ont pas craint d'enchaîner leur liberté et leur spontanéité, en se soumettant aux règles sévères instituées par les maîtres de l'art, dans l'étude, soit de la proportionnalité du corps humain, soit des reliefs musculaires produits par les mouvements et par les attitudes.

Hue l'on n'aille pas conclure de ce qui précède, qu'il suffise de copier exactement la nature, même dans ses œuvres les plus parfaites, pour s'élever jusqu'au beau dans l'art. Il n'est pas besoin de dire qu'il faut de plus à l'artiste le génie qui crée.

Je ne dirai donc pas avec Boileau :

« Rien n'est beau que le vrai, le vrai seul est aimable. » Modifiant la pensée du grand poëte, j'écrirai : Rien n'est beau sans le vrai...

Page 1